NOTICE SUR PIERRE DE LA PLACE
s*e8vanoiiit;etc6capUaijieayantreçu environ mille escus, comme il se retiroit , fut prié de la demoiselle Des Marets , fiile dudit sieur, de la conduire avec le sieur Des Marets son mari, chez quelque ami catholique, ce qu'il accorda et Taccomplit aussi. Après cela, ledit sieur de la Place, ayant esté refusé à trois divei*s logis, fut contraint de rentrer dans le sien, où il trouva sa femme désolée et se tourmentant inGniment, tant pour ce qu'elle craignoit que ce capitaine menast son gendre et sa fille en la rivière , qu'aussi pour le péril tout certain ou elle voyoit 'eslre son pauvre mari et toute sa maison. Mais ledit sieur de la Place fortiGé de l'esprit de Dieu, avec une constance incroyable la reprint assez rudement, lui remonstrant combien doucement, et comme de la main de Dieu il falloit recevoir telles afflictions*, et, après avoir un peu discouru sur les promesses que Dieu fait aux siens, la rasseura.Puis commanda que les serviteurs et servantes qui estoient de reste dans la maison fussent appelés; lesquels estant venus en sa chambre, suivant ce qu'il avoit accoutumé tous les dimanches, de faire une forme d'exhortation à sa famille, se mit à prier Dieu, puis commença un chapitre de Job avec l'exposition ou sermon de M. Jean Calvin. Et ayant discouru sur la justice et miséricorde de Dieu, lequel , disoit-il, comme bon père exerce ses esleus par divers châtimens , afin qu'ils ne s'arrestent aux choses de ce monde, il leur remontra aussi combien les afflictions sont nécessaires au chrestien, et qu'il n'est en la puissance ni de Satan , ni du monde de nous nuire et outrager, si non autant que Dieu par son bon plaisir le leur permet , et que partant il ne falloitcraindre leur puissance qui ne se peut estendre que sur nos corps. Puis il se remist de rechef à prier Dieu, préparant lui et toute sa famille à endurer plustost toutes sortes detourroens et la mort mesme que de faire chose qui fut contre l'honneor de;Dieu.
• Ayant finisa prière, on lui vint dire que le sieur deS6nesç«y,prévostde l'hostel, avec plusieurs archers, estdt à la porte du logis , demandant qu'on eust à lui ouvrir la porte de par le roy, en disant qu'il venoit pour conserver la personne dudit de la Place, et empescher.qiie le logis ne fust pillé par la populace. A eeste occasion ledit sieur de la Place commanda que la porte lui fust ouverte. Lequel estant entré lui déclara le carnage qui se faiaoit dès huguenots, par tonte la ville, et par le commandement duroy, adjoustant mesme ces mots entremeslés de latin : qu'il n'en demeureroit un seul quimingatadptKrietem; toutesfois qu'il avoit exprès commandement de Sa Majesté d'empescher qu'il ne lui fiist fait aucun tort, ains l'emmener au Louvre, par ce qu'elle désiroit estre instruite par lui de plusieurs choses touchant les affaires de
ceux delà religion, dont il avoit en maniement; et pourtant qu'il se préparast pour venir trouver Sa Majesté. Le sieur de la Place respondit : qu'il se sentiroit toujours fort heureux d'avoir le moyen, devant que partir de ce monde, de rendre compte à Sa Majesté de toutes ses actions et déportemcnts ; mais que lors, pour les horribles massacres qui se commettoyent par la ville, il lui seroit impossible de pouvoir aller jusqu'au Louvre, sans encourir un grand et tout évident danger de sa personne; mais qu'il estoit en lui d'asseurer Sa Majesté de sa personne, laissant en son logis tel nombre de ses archiers que bon lui sembleroit , jusqu'à ce que la furie du peuple fust appaisée.Senesçay lui accorda cela, et lui laissa uii de ses lieutenans nommé Toutevoie, avec quatre de ses archiers.
« Peu de temps après que Scnesçay fust parti, le président Charron, pour lors prevostdes marchaus de Paris, arriva au logis , auquel après avoir parlé quelque temps en secret, se retirant , il lui laissa quatre archiers de la ville avec ceux de Senesçay. Tout le reste du jour avec la nuict suivante fut employé à bouschcr et remparer les advenues du logis , avec force busches , et à faire provision de cailloux et de pavés sur les fenestres, tellement que, par ceste si exacte et diligente garde , il y avoit quelque apparence que ces archiers avoycnt esté mis dans le logis pour exempter ledit sieur la Place et toute sa famille de la calamité commune , jusques à ce que Senesçay, retournant le lendemain sur les deux heures après disner, lui déclara qu'il avoit très exprès et itératif commandement du roy de l'emmener, ctqu'il ne fa!oit plus reculer. Ledit sieur de la Place lui remonstra comme auparavant le danger qui estoit par la ville, à cause mesme que ce jour-là au matin on avait pillé une maison près la sienne. Ce néantmoins, Senesçay insista au contraire disant que c'estoit un commun dire des huguenots de protester qu'il estoient fort humbles et obéissants sujets et serviteurs du roy , mais que quand il estoit question d'obéir au commandement de Sa Majesté , ils se monstroyent tout refroidis , et sembloit qu'ils eussent cela fort en horreur. Et quant à ce qu'il alléguoit du danger qui estoit à aller jusques au Louvre, Senesçay respondit qu'il luy bailleroit un capitaine de Paris qui seroit fort bien cogneu de tout le peuple, qui l'accompagneroit. Comme Senesçay tenoit un tel langage, le surnommé Pezou, capitaine de Paris, et des principaux séditieux,'entra en la chambre dudit sieur de la Place, et s'offrit à le conduire. La Place le refusa fort instamment , disant à Senesçay que c'estoit un des plus cruels et méchants hommes qui fussent dans la ville; et pourtant il le pria seulement, puis qu'il ne pouvoit plus reculer qu'il n'allast trouver le roy, de raccompagner de sa personne. A quoi Se-