‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 44 sur 69 · XVI- siicLB, U PI. et La PI · texte numérisé non relu

XVI- siicLB, U PI. et La PI

res, afin aussi que je face auctmettient paroistre bt diversité et varii^ion des accidens qui sont ceste année advenus, sdon que dès le commencement de ce livre j'ay aucunement touché, encore que je sçache bien qu'ils soient desgà tant publiés et cognus à chacun, qu'il ne me seroit jà besoing en dire davantage; mais j'ea ay voulu faire ce brief recueil pour démonstrer que, combien que ces exploits militaires se feissent en lieux esioignés et loogtains, et à divers traits de temps et opportunités, si est-ce que le toutdépendoit d'un mesme commencement, et tendoient tous les effects à une mesme fin, qui estoit de demeurer supérieur et victorieux. Au^ quel bref narré on pourra veoir le bonheur qui adonc accompagnoit le roy, conduit, comme j'estime, par la main de Dieu, luy départant en séparés et escartés endroits une mesme yïo toire. Et pour ce faire, suis contraint reprendre le fil de l'histoire un peu loing, qui ne sera néanmoins par trop prolixe et ennuyeux, mais pour déduire les premières causes, selon que les ay peu ramasser et recueillir ensmnble, pour en après les rapporter et référer à mon d^ibéré subject. Donques diray-je qu'estans les pas* sages de la Yan-d'Oste, et des Alpes Penins et Graies, pour entrer en Piedmont et semUablement en Lombardie et Italie, asseurés et ouverts pour nous, par la prise que fit M. le mareschai de Brissac Thyver précédent de la ville d' Yvrée ; s'estant aussi volontairement réduite soubs l'obéissance du roy la ville de Bielle, avec toutes ses appartenances, de sorte que cest ac^ ces et entrée nous estoit seurement bornée ceste pftrt ; pour ne prendre temps, et deuement em* ployer une brave petite armée qu'il avoit adonc, et ne laisser inutilement consumer les frais que la majesté du roy exposoit libéralement à l'entretenement d'icelle pour la tuition et défense * de son pays de Piedmont, délibéra sur le nouveau temps, à l'entrée de ceste année 1555, estendre davantage ses frontières et limites, et ne laisser fieu à l'ennemy, pour se trouver si proche voisin, qu'il se peust de plus près ad^ vantager et eslargir sur le milieu de son pays, et au surplus tenter toute fortune pour le déjetter et mettre hors de ce qu'il détenoit si près de luy; ce que non-seulement lui pouvoit nuire à cest efTect, mais aussi de long-temps rendoit toute la contrée circonvoisine en subjection, (f) Omrerte.

f RÀNÇOiâ DE RABUtlN.

cMqaxA inftHB pîtlages et ToH«ries. Pourunt considéra, comme chevalier sage et expérimenté, qne de promptem^t entreprendre a combattre des forts, de la pierre et de la terre, feroit non^olement hasarder, ains peolt-estre perdre à petit profit grandes forces, mais anssi de périr grandes provisions et vivres inutilement, . qui astoient adonc fort rares et chers, et destniire la province desjà fort pauvre, travaillée et fiEmllée grandement, et outre plus trainer ceste exécution en plus grande longueur de temps, et par ainsi mettre toutes ces aSiaires au danger d'un mauvais succès ; parquoy il résolut pour le plus certain, délaissant derrière luy ce que ne luy pouvoit fuir et eschapper, retrancher à Fennemy le chemin du secours qu'il pouvoit donner et avoir, lui mettant au-devant une harnère et empeschement qui l'arresteroit tout eourt; et avec ce, s'il estoit possible, le devancer, et regagner sur luy autant d'avancement qu'il en avoit sur nous. Pour à quoy donner bon commencement, en premier lieu fortifia une place appellée Sanct-Iaco, qui hii sembla, et à tous tes efaefis et capitaines se trouvans près de luy, en fort belle assiette et propre pour estre fi>rtifiée facilement, estant située en une planure grande etspatieuse, où eHe pouvoit en tout comoiander sans estre en aucune sorte subjette; à laquelle il desseigna une forme quarrée, flanquée de quatre gros bodevers, couverte et défendue de deux haultes et massives plates formes, descouvrans tout le circuit à la portée d'une fort longue coulevrine. Laquelle place, ainsi iHèn fortifiée et munie, comme il la rendit en peu de jours par sa très grande diligence, fermait le pas à ceux de Versel, Crescentin, et de toute la Lombardie, et aicore plus tenoit sttt]ject et soubs' bride Yulpian, pour le rendre en brief affirmé et sans secours. Ce qu'estant entrepris et mis en bonne disposition, pour 4escouvrir aussi et estre certain de l'advenue de Pavie, fit battre le chemin par qudque nombre de cavallerie et gens de pied ; ou trouvans utie place nommée Crepacuore, ou Crèvecueur ai françois, mal pourveue et gardée, la saisirent et gaignèrent; chose bien advenante, pour estre place fort commode à rendre ce passage ouvert et libre pour nous. £n ces entrefaictes se practiqua une ruse par le seigneur de Salvoison, g(mvemeur de Verrue, gentilhomme de bon esprit, et autant vaillant qu'il

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m pêult estre, pour r^coovnr fiud k Un pe^ Ute perte et despense pour nous; qui est Vmt des meilleurs moydis qu'un chef d'armée doit suivre pour conquérir et entrer en pays, et sans grand effiroy et ruine, tant du peuple que des soldats. Advint que ledit sïenr de Salvoison de longue main avoit attiré à sa menée» et pour la conduite de son chef d'oeuvre, un bon compagnon nommé FontaroUe, homme subtil et prompt, lequel estoit du pont de Sture ; et pour ce qu'il ^voit accoustumé de hanter ceste YiHe, à cause des trafiques de sa marehandise, U pouvoit sçavoir toutes les rues, entrées et issues fortes et foibles, dont il rendoit certain ledit seigneur de Salvoison , sur quoy pouvoit fonder et arrester ses entreprises, et pareillement dresser tous appareils de surprises. Si bien succéda encore pour l'exécution de son faict,* qu'un gros festin et solennelles nopces se vont faire en ceste ville, à un jour déterminé qu'il sceut à la vérité, où le seigneur Figuerol*, gouverneur de là, se trouvoit, pareillement plusieurs gentilshommes et dames, tant estrangers que voisins, pour soiemniser ce jour en bonnes chères et passe-temps, sans penser, à mon jugement, de tomber «u dang^ qui leur advint. En quoy se présenta ceste apparente occasion au seigneur de Salvoison d'imaginer ne pouvoir choisir meilleure opportunité pour obtenir bonne issue de son négoce, qa'aiîonc n'y estant plus requis qu'une grande célérité et conduite bien couverte et celée, ayant au surplus toutes ses esdielles, cordages et autres engins prests. Ainsi, pendant qu'il contrefaisoit le malade à Verrue, pour faire croire qu'il n'estoit en disposition de se remuer, ayant envoyé quérir médecins à Casai, pour estre arrivés tard, remit à estre veu d'eux au lendemain matin. Cependant avoit donné ordre qu'estant pourveu de ses gens que M. de Brissac luy avoit envoyés ceste nuict mesme, se rend au pied des muraittes de Casai, où, ayant appliqué ses eschelles, montèrmt sans aucun en^eschement ; et trouvans les sentinelles , corps de gardes et généralement la meilleure part de tous ceux qui estoient léans, tant habltans que gens de guerre, endormis et «oœvelis en vin et profond sommeil, après en avoir &it grand carnage se saisirent de la place pubU* que»des*portes et des fim forts endroiude U (1) Figaeroa.

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. VIL

ville. Le seigneur Figuerol, goovernenr, à demy endormy encore, estant estonné d'onyr ces voii^ non accoustumées, crians : France I France I n'ent jamais pins grande haste qne se sauver i deniy habiUé, en chausses et pourpoint» en la citadelle, aveoqnes quelques gentilsboromes et soldats espagnols des plus apparens. M. le mareschal de Brissac, avec le surplus de Tannée, ne fit traite au matin de se présenter devant la ville pour parachever la iictoire ; lequel, voyant qu'il ne restoit plus qu'à prendre oeste citadelle à demy ébranlée, pour continuer une. bonne suite à ce. que tant heureusement avoit com* raencé, poursuivit ceste première poincte avec telle promptitude, qu'ayant tait approches, traachées et mis son artillerie en batterie en bien petit espace de temps, la canonna si furieusement qu'il contraignit le seigneur Figuerol et ceux qui estoient là-dedans avecques hiy, quitter la place à composition, telle que, si dedans vingt-quatre heures il n'estoit secouru, il sortiroil avec ceux qui l'accompagnoient, vies et bagues sauves, sans autres choses transporter de l'artillerie, et toutes autres munitions de guerre. Telle fut donc la surprise de la ville et forteresse de Casai, le dixiesme de mars mil cinq cens cinquante cinq ; magasin et estappe des provisions qu'on préparoit pour le recouvrement de Piedmcmt; de laquelle dépendoit aussi toute Pasaeurance et commandement de la pluspart du marquisat de Montferrat, qui estoit desjà entre les mains du roy, comme estant icelle vilk le chef de toute ceste province i et Fouverture de la Lomhardie; pourquoy l'ennemy à bonne considération l'avoit ainsi forti^ fiée et munie. M. de Brissac, pour la rendre plus libre et hors des doutes des courses et surprises, d'un mesme train se saisit de tons les petits forts qui Penvaloppoient, la pluspart desquels il ruina; et, poobant plus oultre vers Alexandrie, print aussi Sainet- Salvador et Valence, qu'il fit pareillement raser, pourn'estre tenablés et difficiles à estre prompiement fortifiés et secourus, pour estre aussi trop esloignés, que les ennemis toutefois depuis reconvrte^nt et fortifièrent pour dorre l'entrée aux François du plat pays milanois, qui leur estoit desjà ouverte. Tous ces bons événemens estans venus en évidente cognoissance aux Impériaux, et préveyaas qu'avec les inttUîgeaces grandes qut que le roy avoit alors en Italie, et l'apfpui «t

support des potentats qui s'entendoient avec-* qoes Sa Majesté, et (des villes de par-delà qui luy estoient obéissantes et CEivorables, se pouvoient promettre un facile accès pour non-seu-* lement recouvrer son duché de Milan, de long temps querellé, et pour lequel, à monjygement, sont renouvellées ces dernières guerres, mai| un grand eq[)oir d'enjamber plus avant, où il y avoit encore autre occasion de vieilles querelles, advisèrent tous expédiens pour arrester ses entreprises, et interrompre ce bonheur duquel il estoit guidé, si la fortune estoit stable et permanente. Et, pour ce faire, ainsi que l'on penlt juger par le succès qui depuis en est advenu , conclurent de tenter et mettre en avant ceste proposition de paix de l'issue de laquelle j'ay aucunement escrit cy-devant, à la sollicitation et conduite du cardinal Pol, de la royne Marie d'Angleterre, et des Anglois ; nonobstant laquelle toutefois ils ne désisteroient en premier lieu, avec toutes les forces qu'ils pourroient assembler et en toutes les sortes qu'ils pourroient inventer, de débouter et déjetter les François de l'entrée d'Italie, et leur renverser et emmesler toutes les faciendes * et pactions qu'ils pratiquoient, et surtout réduire la ville de Siène à telle extrémité, luy estant osté tout espoir df secours de France par le désastre du mareschal Strossy, qu'elle vint à se soubroettre, reprendre et^recevoir les conditions et loix de l'empereur, au mesme estât qu'elle estoit auparavant; d'autant que c'estoit, ce leur sembloit, la principale ressource et capitale banque où respondoient pour l'heure les factions des Fran* çois ceste part, et en laquelle se départoient les délibérations qui se traitoient pour eux en Italie. De laquelle se faisans maistres et demourans supérieurs, fitcilement entroient en espérance peu après révoquer et retirer les autres à leur ligue, et les pourroient induire à accepter les alliances, avec promesse que le roy Philippe, succédant à l'empereur son père, leur présentoit; selon aussi que desjà se traitoit l'ac-' cord et convention de Parme avec le duc Octave par la conduite du cardinal Famèze, ainsi que plus à plain cy après nous déduirons. Or en ceste première charge estans desjà entrés le duc de Fforenoe et marquis de Marignan, avec si heureux commencement que d'avoir desfait

le mareschal Strossy Tan précédent 1554 , le troisiesme d'aoust, et avoir repris et retiré, partie par ruses et subornations, partie par force, la pluspart des forteresses circonvoisines de Siène, firent un si grand devoir et seèvrent si . utilement user de leur victoire, que cesle puissante et très ancienne république fut réduite en Tobéissance de l'empereur le 21 d'avril en cest an 1555. Et peu de jours après, ponr demeurer du tout maistre, et ne laisser seur accès aux François d'y pouvoir remettre le pied, emportèrent d'assault le Port-Hercule le 14 de juin .ensuivant.

Le succès advenu en ce premier advis selon que les Impériaux le préméditoient leur augmenta davantage le courage d'entreprendre plus avant, et leur donna fantaisie que, si la fortune les avoit jà tant favorisés que leur remettre en main ce qu'ils craignoient le plus du pouvoir que les François s'estoient acquis en Toscane , d'autant plus aisément les pourroient reculer de la 'Lombardie et duché de Millan , et finalement reconquérir sur eux non-seulement ce qu'ils avoient empiètes au marquisat de Montferrat, mais davantage tout le résidu du Piedmont. Parquoy estant le duc d'Albe envoyé en Italie comme lieutenant général de l'empereur ( bomme de qui la conduite et expérience en autres grands affaires et expéditions militaires, avoit acquis excellente réputation par |out le monde, et l'avôit fait juger digne et capable pour mettre si ardues et difBciles entreprises à fin prospère ), ayant retiré et recueilli toutes les forces qui y estoient , tant celles du duc de Florence et marquis de Marignan que les garnisons, que autres nouvelles qu'il y joignit, se prépara mettre en campagne son armée , avec laquelle , entrant en espouvantable fiirie au marquisat de Monferrat,se prômettoit mm-seulement en peu de jours recouvrer ce que les François y occupoient, et au surplus razer et ruiner ce qui ne luy sembloit propice , mais aussi aller rencontrer M. de Brissac pour ou l'assiéger ou combattre, ou rendre enfin , en quelque sorte que ce fust, si atténué qu'il ne luy osast faire teste, et ainsi rester maistre de la campagne, où il se jugeoit et sentoit adonc le plus fort. Or adonc, comme j'ay desjàdit, l'on estoit sur ceste proposition de paix, et en estoit Fattente de chacun tournée en bonne part, mesmement pour le grand désir que tout le pauvre «

peuple avoilde l'obtenir , et pour laquelle estoient faites très dévotes prières et oraisons en toute la chrestienté. Toutefois M. de Brissac, se tenant de son costé sur ses gardes, et retenant en mémoire que volontiers durant ces traictés et propositions de paix se brassent surprises et conspirations, avoit tousjours ses forces unies, et pareillement l'esprit et l'œil tendus à considérer et prévoir pour n^estre point décem et surpris. Doncques voyant le duc d'Albe avec ceste grosse armée preste et appareillée d'estre employée, estant aussi bien informé de la délibération dudit duc , et d'ailleurs, sentant deqà remuer les garnisons des places que Fennemy tenoit encore ceste part, entre autres que, durant la trefve. César de Naples et le capitaine La Trira'té estoient sortis de Vulpian av«c grosses troupes et soldats à cheval et à pied , pour ravir et voler sur les communes, et outre plus essayer de nouveau munir et avitailler ceste place, quant et quant <teiM)n costé meit son armée aux champs, et par mesme moyen, faisant la reveue des villes et places fortes qui Sont en l'obéissance du roy, et les munissant de toutes choses nécessaires, enveloppa et assubjectit Yulpian de quelque fort qu'il feit bastir à l'entour, où il laissa gens pour empescher les saillyes de ceux de là-dedans, pour n'estre troublé et fasché d'eux à dos, tandis qu'il respondrolr au duc d'Albe s'il se présentoit. Pendant que ces prémices et préparatib de guerre future se démesloient ainsi de par-delà , l'assemblée qui s'estoit dressée de par-deçà pour le fait de la paix , et que les Impériaux avoient tousjours tiré en longueur pour voir sortir l'dSect du duc d'Albe,se va rompre et séparer sans aucune résolution d'accord ny de trefves, de sorte qu'expirans tousdélais la guerre recommence comme auparavant. De quoy M. de BrissM adverty , estant aussi bien acertené des défanlts fUi estoient au camp de Fennemy, entre autres de vivres et argent , cause et empescfaement qu'il ne pouvolt promplement s'adieminer , voulut user du temps et de Foccasion qui se présemott si propre pour destoumer et divertir tons les desseings du duc d'Albe. Pourtant sur la my juin, ayant réuni et rassemblé les forces qu^îl pouvoit adonc ayohr, au nombre d'environ dix ou douze mille hcnnmes de pied françois , suisses et allemans, et quelques deux mille chevaux de g^ndarmme et cavallerie, et quatre canons

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. VIL

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et deux coalevrines, au partir de Casai alla as^ siéger un chasteau appeUé Pomar, qui hiy fat reada après avoir enduré cent ou six vingts coups de canon. Puis, luy estant rapponé que les ennemis se fortifioient à Valence , et que là se devoit rendre toute Tannée du dac d'Albe , pour dresser ses entreprises comme il les saitiroit avantageuses pour luy, les voulut aller voir de près et recognoistre avant qu'ils fussent les plus forts, pour essayer aussi s'ils voudroient point venir aux prises , et se joindre au combat pendant qu'ils estoient égaux. Toutefois» se tenans forts dans la ville, et serrés sur le bord de la rivière du Pau qui les flancquoit , les François se contentèrent de les avoir escamuMiehés de si près joignant leurs portes, qu'ils leur fiaisoient paroistre comme ils n'eussent pas eu du meilleur s'ils fussent sortis plus avant. Au partir de là, M. de Brissac alla à leur oez assiéger Sainct-Salvador, dernier chasteau de Montfer^ rat, à cinq milles prèr d'Alexandrie , lequel , après avoir tiré contre trois cens coups de canon, luy fut rendu à telle composition que les soldats sortiroient avec leurs esi)ées, et les capitaines avec les armes, et laisseroient leurs enseignes. Au même instant M. de Brissac le fit rainer avec tous les autres petits forts qu'il tenoit et seùtoit non tenables , tant pour oster la commodité à l'ennemy de s'en pouvoir servir que pour ne laisser perdre les soldats qui estoient à les garder , qu'il vouloit assembler pour en croistre ses forces, se retirant aux lieux les plas seurs,et qu'il proposoitdéfendre. D'autre part l'ennemy se renforçoit d'heure à autre, tant pour la crainte qu'il avoit d'estre rompu et desfait pendant qu'il estoit encor foiUe , que pour arrester et empescher les François d'en^ trer plus avant, et ne plus souffrir eeste honte àleur barbe ravir et forcer les places, et estre jourodlement sacmentés et escarmouches jusque» en leur» tranchées , aussi que la saison propre à bàm bt guerre dédinoit fort, et ne resloit ptosgoères de bon temps pour exptoitter tant grandes choses qu'ib tenoieat fomt seores et en main ; et davantage estoient bien certains que* si en peu de jours ne faisoient un dernier eiffort à secourir Yulpian , estoit réduit à telle extrémité et nécessité de vivres , que il estoit impossible qu'il peust longuement tenir. Toutes ces causes et considérations feirent haster le duc d'Albe d'assembler ses forces, et les ren-

dre si grosses et puissantes, et prouveues de tout équipage, qu'elles peussent non-seulement repoulser les François , et les aller chercher , mais aussi recouvrer ce qu'ils avoient perdu, et secourir leurs places esbranlées et esperdues , et les renforcer de ce qu'ils avoient de besoing.

. Parquoy , sur la fin de juillet, ceste fort grosse et bien complette armée du duc d'Albe commença à marcher, montant au nombre de plus de trente mille hommes de pied, tant d'Allemands , d'Italiens que d'Espagnols , et de six à sept mille chevaux, et trente ou quarante pièces d'artillerie. Dont M. de Brissac, bien certain et asseuré de tout ce faict , et cognoissant ses forces n'estre assez roides pour l'arrester , mesmement pour estre départies en divers endroits, aussi qu'il estoit en doute où il voudroit desgorger sa première furie, fut contrainct retirer ce qu' il a voit de gens à l'entour de Yulpian , et, se fortifiant près Casai, qu'il craignoit estre assailly, adviserlà en aprèsàtous remèdesqu'il pourroit prévoir contre les attentats du duc d'Albe; et par mesme moyen en toute diligence advertit le roy de le renforcer de secours.

Le duc d'Albe au commencement fit quelque semblant de vouloir tourner à Casai, tellement qu'ils prindrent un petit chasteau à trois milles près, appelle Fracinetdu Pau, où sedémonstra le premier acte de leur délibérée cruauté, ayans fait pendre et estrangler le capitaine, mettre en galère les François, et tailler en pièces tous les Italiens. D'autre part, pour donner terreur aux communes, et pour advertir et encourager ceux

*qui tenoient pour luy, fit fi&ire une sortie au . capitaine La Trinité, qui estoit adonc à Yallefenière* , avec trois ou quatre cens chevaux , et quatre ou cinq cens hommes de pied, afin aussi de rebrousser et revisiter les advenues qu'il vouloit suivre. Lequel, estant rencontré et chargé de quelque gendarmene firançoise , se trouva le plus foible , de sorte qu'estant fait grand massacrede ses gens, lut contrainct avec le surplus de sa cavaDerie se retirer à grand haste à Ast et Alexandrie. Enfin le duc d'Albe, après avoir tasté en tous endroits ou il se devoit prenûèrement addresser, résohit avant tout œuvre rafreschir et munir Yulpian de gens de guerre, de vivres et toutes autres provisions, pendant que ses forces estoient firesches et entières, pendant aussi qu'il avoit et le temps et (1) vafliMera.

FRANÇOIS DE RABUTIN

le loisir iavoràble , «e doatant bien que, s'A tem))orisoit davantage, le secours des François arriveroit assez à pomct poar lay fermer le pas et le divertir ; avec ce, M. de Brissac ne Candroit i le traverser d'infinité d'empeschemensetdestroQSseg. Parquoy, ayant toutes ses provisions prestes en deux jours , librement remplit Yulpian de tout ce qu'il voulut sur la fin de juillet. Cela fait, balança et contrepensa en son esprit que d'aller trouver et combattre M. de Brissae à forces déployées, ce seroit trop tost bazarder son bonheur et l'exploit de son armée, ayant affure à homme sage, et qui avoit préveu à tous dangers qui luy pouvoient advenir, ayant aussi à besongner à vieux soldats aguerris qui luy vendroient leur sang et leurs vies bien dïèrement ; et d'ailleurs , d'entrer plus avant en pays, et le laisser derrière luy avec les- places fortes qu'il tenoit pourveues ot bien armées, ce seroit se deafaire soy-mesme, pour estre en brief afiamé et rompu sans desgainer espées. pour ces considérations tomba en dernière opinion prendre autre addresse^ et, traversant la rivière de Dorie au commencement du DH)is d'aoust, alla assiéger la nouvelle fortification San<^-Iaco, que il estimoit adonc imparf&icte et encore neufve, et par ainsi &cile à estre emportée en bien peu de jours à la furieuse batterie qu'il proposoit y faire; résolvant qu'après ceste prompte et soudaine exécution, qui seroit terrible et nomparetlle, remplirolt le surplus des autres places fortes de telle crainte et espou ventement, que on luy apporteroit les clefs au devant, et qu'il entreroit par tout sans frap-' per seulement à la porte. Toutefois, estant arrivé devant Sanct-îaco , trouva la forteresse neufve en meilleur estât qu'il ne présumoit , et que pour la défendre estoient dedans d'auiant braves et vaillans hommes qu'il eust sceu rencontrer, desquels estoient les principaux chefs le sieur de Bonivet, colonel de la fanterie finançoise, et le seigneur Ludovic de Biraigues, accompagnés de deux mille François, soldats esleus; de deux enseignes de Allemans, du régi^ ment du comte Rocdoiphe, et de deux d'Italiens, et de cent chevaux légers albanoi8,soubs la chài^ de Théode Bedaine. Tous lesquels luy feirent paroistre, en quinze jours ou trois se» maines qu'il, les tint assiégés, par les désespérées et hazardeuses aaillyes (pi'ils fùsoient sur son camp , et en Tasseurance et contenance

qu'ils se représentoient sur les remparts et murailles, qu'il n'estoit si près à en demeurer maistre conune se Testott persuadé et promis; tellement qu'après avoir foudroyé et rué par terre grand* partie de leurs forûfioations , il n'osa s'aventurer de lemr présenter Tassault.

Pendant oe siège, Parmée de M. de Brissae s'engrossit et augmenta de secours qui luy forent envoyés de France ; car, estant ie brtdt commun de par-deçà que l'enneray tenoît Sanctlaco si estroittematit assiégé qu'il estott plus besmng le secourir en bref (estant place de très grande importanee peur tout le Pîedmont),autrementqu'elléestoit en fort grand danger d'estre perdue avec beaucoup de gens de biea et d'estime qui estoloit dedans, ce que Ton ne pouyoit faûre sans grandes forces pour estre l'armée impériale fort grosse el puissante, le roy y envoya les princes et dues d'Aumalle, d'Anguian, de Condé et de Hemours; les sdgnairs vidasme de Cbafh*es, de Gonnor etd^Aid)igny, et plusi^irs autres grands seigneurs et capi taines, avec grand renfort de gendarmerie, ca^ vaUerie et gens de pied. Outre tout cda encore, pour se trouver en tm si glorieux et mémorable affaire, et pour y avoir part de Phonneur et réputation, y allèrent de leur gré plusKurs autres seigneurs et gentilshommes firançois, «n plus gros nombre que ne pourroîs dire ; entre lesquels estoient les seigneurs de Yentadour, d'Urféde La Roue, de Lévy, du Inde, de La Chastre, ^ le puisné de LaTrimouiUe,deLausun, de Gourvillct de Yassé, de La Bastie, de Prunel, de Malicome et de La Ghasteneraye, et infinis autres. Tout ce secours arrivé ^ joinct à M. de Brissae luy redoubla et à tous ceux qui estoient desjà avec kiy la vokmté et courage de rembarrer le duc d' Albe, et le Caire retirer avecques sa courte honte, tellement qn'estans les François auparavant resserrés et retirés es forts, sortirent adonc en campagne etmeirent les enseignes au vent, délibèrent d'aller accoster l'ennemy, et, sans davantage marchander, ne tiendfoit qu'à luy ou à eeccrap la partie seroit parachevée. Au contraire, H duc d'Albe commença deslors abbaisser ses grands coups, et à modérer et refroidir sa première iurîe ; ée sorte que, sans se préparer i recevoir la bataille, après avoir descbargi i»fiaies canonnades contiieSanel<-]aeo, aveepere»

GUERRES Ï>E BELGIQUE, LIV. Vil.

do grand maistredePartAerie de rempereor et près de deux mille hommes de ses meUfeurs soldats, leva lesorphis de son année de ce siège reprenant son chemin devers Versel, snyvant lequel luy forent rendos et prinsquelqneschas^ teaux ; aucuns (tesqueis il fortifia, entre autres le ehasteau de Gabiano et leboui^ Sainet-Martin, quatre milles près Casai, et les autres ruina. Ce qu'estant rapporté àTarmée françoise, meirent en dâibération de le suyvre ^ toutesfois, après avoir bien débattu et considéré les dangers qui sont autrefois advenus pour avoir voulu par trop suyvre Tennemy désespéré, et que desjà nous eédoit assez la victoire en nous abandonnant la place et pouvoir de exécuter Cie que nous sembler oit le meilleur, fot jugé plus certain employer et convertir nos forces ailteurs. Et, dès l'heure, fot mise en avant l'eti* treprise de Ydpian, tant pour effacer et oster du tout Tenvie et occasion d'y retourner, que pour affranchir et deacharger le pays de la doute de ce fort, qui tenoit en subjection et la campagne et les grands chemins ; de sorte qu*il n*y a voit personne, de quelque qualité que ce fust, qui s'osast mettre aux champs sans bonne escorte et compagnie. Ainsi, sur la fin du mois d'aoust, se trouva l'armée françoise campée à fentour de Yulpian, montant au nombre de vingt ou vingt-deux mille hoihmes de pied,fhinçois, suisses, allemans et italiens, de hulct cent ou miUe hommes d'armes, et mille ou douze cens chevaux légers, estant adoncM. d'Aumalle tieutenaftt général pour le roy, et commandant sur toute ceste armée ; de laquelle armée fut tellement enveloppée ceste place de tous eostés, qu'il estoit presque impossible d'y entrer oa sortir personne sans tomber en prise. Toutesfois, le duc d'Albe, la voulant favoriser et consoler de tant peu de secours que il pouvoit adonc, essaya d'y faire entrer cinq ou six cens barquebusiers à cheval, espagnols et ita- Tiens, à la conduitte d'un capitaine fort accort et adventureux, nommé Emanuel de La Lune, Espagnol. Lequel, encore qu'il eust traversé à gué la rivière du Pau, ne sceut guider son astuce et entrer si couvertement qu'il ne se trouvast surpris au passage, où estant attendu et guetté expressément, à l'improviste fot desfait par le sieur de La Roche Posay qui l'attendoit de guet-apens, et la pluspart de ses barqueliumers exécutés, rompus et prisonniers ^ 1ère-

sidu à toute pehie se sauva dansTulpian» Ceste place fut battue et canoânée par trob endroits; à sçàvoîr, du costé des Suisses, vers lemouliit^ où forent logés quatre gros canons ; en un autre endroit, entre la ville et le ehasteau, vers le camp des François, où forent pareillement bracquées cinq grosses pièces ; la tierce batterie estoit du costé du grand boulevert, vers lé ehasteau, de quatre grosses pièces. Et se peult dire qu'en vfaigt et quatre jours ceste batterie y continua autant forieusement qu'il est mémoire en avoir esté. Avec ce, par mesme suitte,' se continuoient les mines qu'on trainoit dessoubs ce grand boulevert qui flancquoit et la ville et le ehasteau , avec telle diligence que l'un et l'autre se trouva prest à poinct nommé quand on y voulut donner l'assault, ce que plu ^ rendit les assiégés estonnés, et fot la princi* pale cause de la prise et reddition ; car, estans les bresches faites soudainement, et sans respît assaillies avec une dé&spérée hardiesse de nos soldats, en mesme instant faisans ces deux mines sauter la plus entière part de ce grand boulevert, rendirent une tant large ouverture et si grand estonnement et terreur, tant aux Espagnols qui estoient dessus qu'aux François mesmes qui l'assailloient, qu'ils se trouvèrent pesie mesie esbiouis en ceste obscurité ; laquelle estant un peu esclaircie, et se voyans les ennemis à la mercy des François, quittans ce boulevert, les uns se rendirent, les autres, à la course employèrent ce que leurs jambes pouvoient avoir de vistesse, pour se renfermer dans le ehasteau, où toutesfois ne leur fot donné entrée, craignans ceux qui estoient dedans, pour sauverquel* ques hommes, perdre l'un et Tautre ensemble, Parquoy restans ainsi à la discrétion des Fran« *çois, desquels estoient poursuivis en extresme cholère et foreur, les uns passèrent au tranchant de l'espée, entre lesquels, des hommes de nom, se trouva le nepveu du duc d'Albe, et les autres furent retenus prisonniers, comme le seigneur de Sigismond de Gonzague et le capitaine Lazare, lieutenant de la garde du duc d'Albe, et beaucoup d'autres seigneurs et vaillans soldats. Quant à la bresche d'enbas de la ville, laquelle, en mesme heure que les autres, avoit esté assaillie avec une incrédible dextérité et forieuse hardiesse, ne se trouvant raisonnable à cause qu'après avoir passé le fossé en Feau jusqucs à U ccincture il fidloit que lea

soldats gravissent et y montassent avec les escbelles et picques, les assiégés la défendirent pour ce jour là si bien, et avec telle vertu, qu'il .fut impossible aux François en demeurer maistrès, combien que les princes d'Anguian et de Condé y fussent présens, et plusieurs autres grands seigneurs et capitaines; lesquels, pour servir deconduitteetd'exempleàchacun,ymontoient des premiers, et n'y espargnoient leurs personnes ny vies, non plus que le moindre de la troupe. Ce néantmoins en furent repoulsés enfin, y demeurans beaucoup de gentilshommes et vaillans hommes morts et blessés; entre lesquels fut le comte de Créance, seigneur vaillant et hardy jusques au bout, qui, y ayant esté fort blessé à la teste, depuis en mourut. Le jeudy ensuyvant, M. d'Aumalle feitamenersur une partie de la plate-forme de ce grand boulevert restée entière, trois ou quatre pièces d'artillerie, qui pouvoient tirer à plomb et battre par la pluspart des rues de la ville, et descouvroient tout le derrière de la bresche, de façon qu'il estoit fort malaisé aux assiégés la défendre sansestre grandement offensés. Cela lesestonna tellement qu'ils demandèrent à parlementer et capituler pour leur reddition. Ce que leur fut accordé à tels articles ; à sçavoir qu'ils sortiroient en gens de guerre, enseignes desployées,tabourins sonnans.avec leurs hardes et bagues sauves, et seroient conduicts à sauveté jusques à la rivière de la Dorie, près de Trin, moyennant aussi que toute l'artillerie et munitionsde guerre, tant vivres que pouldres et boulets, demeureroient en la place. Su y vant lesquelles conditions le capitaine du chasteau se rendit aussi vingt etquatre heures après ; se réservant au par dessus, pour son plus grand honneur et justification envers le duc d'Albe, qu'on tireroit. encore cinquante coups de canon contre le chasteau ; ce que luy fut accordé. M. de Brissac, qui ne s'estoit peu trouver au commencement de ce siège pour beaucoup de causes, fut présent à l'accord de la reddition de ceste place, advenue sur la fin du mois de septembre ; laquelle place après fut démantelée de toutes ses fortifications, et devint d'une fort belle et forte ville de guerre une bourgade champestre. Ces exécutions parachevées, fut délibéré d'aller à Pont-^e-Sture, que le duc d'Albe fortifioit en toute diligence, tant pour faire teste et s'opposer aux sorties de ceux de Casai, que pour estre

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un arrest aux Francis de ne passer phus (mire} et pour leur barrer le cours delà rivièrede Ca-» sal à Tarin. Pour ces causes, sembla il a quelques uns le meiUei^ advi9 d'aller intiçrroBipre ceste entreprise des Impériiiux, avant qn'ils eussent mis ceste forteresse en défense et perfection. £t, sur ceste délibération, l'année françoise costoya les places fortes que l'ennemy tenoit sur.ce chemin, comme Crescentin et Trin, devant lesquelles furent dressées de fort braves et gaillardes escarmouches de chacun costé ; puis alla caipper k YiUeneufve près CasaU £t là fut faite la résdution de remettre l'entreprise de Pont-de-Sture à une autre foii^, d'autant que ceste place , bien advertie d'estre menassée, s'estoit;pourveue jusques à tout pour soustenir un long siège, à la longueur et temporisement duquel les ennemis avoient mis le but et fin de nos desseings, cependant que les places circonvoisines se renforceroient de toutes choses, et que la contrariété et ip^sposition du temps et rhy ver y arriveroient, y estant desjà la saison fort prochaine. Pourtant le plus expédient estoit tournera Montcalvo, qui s'appuyoit àPont-de- Sture, et qui ne se doutoit de nous; laquelle prise bridoit ettenoit sutyecte, non seulement la forteresse de Pont-de-Sture, mais toutes les autres le long de la rive du Pau, et de la plaine du marquisat de Montferrat ; mais encore seroit un grand paremerft et affranchissem^jnl des appartenances de Casai. Parquoy, sur ceste conclusion, au décamper de Villeneufve, Variaèe françoise semonstra seulenient,et passa à Pontde-Sture, où la cayallerie attaqua une furieuse escarmouche, pour tousjours tenir ceux de dedans en doute du siège, pendant que les gens de pied, l'artillerie çt t,out l'attirail suyvoient la traitte à Montcalvo. Pour l'arrivée si soudaine et non suspecte de l'armée françoise devant ceste place, furent ceux qui estoient dedans si estonnés et esbahis, que ceste nuict mesme la ville fut eschellée et prise à bien petite défense et perte d'hommes ; ne sçay aussi, et ne veux asseurer s'il y avoit dedans aucunes intelligences. D'une mesme suite furent faites les approches au chasteau, et l'artillerie plantée et bracquée pour le canonner et battre, comme il fat l'espace de six ou sept jours, sans faire bresche suffisante pour l'assaillir. Depuis forent amenées de renfort de Casai quatre grosses pièces, lesquelles furent logées devant le grand

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. VIL

l>ortail, qui défendoit l'im des flancsi'^afin de rompre se» défimses et le désarmer, et en on antre endroit fet grattée et crensée une mine soohsnn bonlevert qni respondoit à nn antre flâne. Estant tons ces osarres condnicts avec nne si grande promptitude et célérité, que les assiégés ny pouvoient s'assenrer faire grande résistance, et ce qu'estant cogneu d'eux, se représentant de fresche mémoire la prise de Yulpian, place beaucoup plus forte que la leur, s'offHrent i la quitter et en sortir, soid>s les conditions et promesses que ce seroit bagues sauves, renseigne desployée, avec une pièce d'artillerie, trois boulets et trois charges de pouidre ; ce que leur fut accordé, fors que la pièce d'artillerie qu'ils demandèrent se trouva desmontée, qui fut cause qu'ils ne l'emmenèrent point. Eux sortis, et les François mis dedans, se retirèrent à Pont-de-Sture, où pour récompense furent pendus et estranglés les principaux et plus apparens, pour avoir rendu si légèrement ceste . place, sans, pour le moins, avoir enduré un assaut. Telle fut la prise et reddition de la ville et chasteau de Montcalvo, le septiesme d'octobre en cest an 1555, advenue plus soudainem^t à l'advantagedes François qu'ils nerespéroient,etpluslost que les ennemis ne le cuidoient, se promettans et les uns et les autres ce siège avoir plus longue durée qu'il n'eut Cependant que l'on réparoit \eé brescbes du chasteau et qu'on le renforçoit, et semMablanent qu'on Sortifioit et remparoit la ville, l'armée firançoise demeura campée à l'entonr, et à HontecÛaro, ville de

Dia, à Lapîa, et autres viUages cirçonvoisins» et de là en avant n'y furent faites choses dignes de grande mémoire, que quelques courses et tournois dont ne feray ici mention, pour avoir esté desjà assez publiés et hnprimés, et ne seroient ainsi que redites et remplissage de papier. Estant donc la saison de l'hy ver prochahie, et les œuvres de la fortification de Montcalvo parachevés et mis en bonne disposition; ayant M. de Brissacpourveu ceste place, généralement toutes lesautres, de toutes chosesnécessaires pour un an, retira l'armée firançoise es gamisims. Et demeura ainsi le duc d'AIbe frustré et fort esloigné de ce qu'il s'estoit promis, présumant en quinze jours ou trois sepmaines reprendre tout le Piedmont ; et en ceU, il a fait preuve que ce que npus appelons bonne fortune ne respond pas également et n'est semblable en toutes choses ; que si elle luy avoit esté favorable à la conduite des guerres d'Allemagne, en ceste entreprise le succès estoit changé.

J'ai bien voulu adjouster àce que j'avois escrit estre passé de pardeçà toutes ces choses d'immortelle mémoire, advenues et exécutées en Italie et Piedmont, non que je y aye esté présent, mais suivant la vérité et le plus certain que j'ay peu allicer ^ et tirer des rapports communs qui en ont esté jfaits, et de ceux qui en ont escrit. En quoy on pourra veoir les mutations et variables changemens qui sont advenus en cest an, selon la volonté qu'il plaist axk Seigneur Dieu omnipoteat tes décatir.

(4) Altiror&floi, dalatiBOiUcerv.

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