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qodrasîefs et y aroleDt afidsté tane harquor imses à croc ^pmt descharger sur nous. Derrière ce coastao et ce mont estoit toute leur cavailerie à couvert, et hors de danger d'estre offensée de nostre artillerie, ny d'estre forcée de nous, pour ce qu'il noua falloit passer encore un petit ruisseau, et au partir de là monter et nous présenter en butte à toute la batterie de leurs forts. Or, pour de trop loing ne m'esgarer en ceste description, quand les premières compagnies de nostre cavailerie furent descendues au plus bas de ceste combe, jusques sur le bord du petit ruisseau^ soudain elles trouvèrent certain nombre d'barquebusiers à pied eimemis, qui les commencèrent à escarmoucher, et quelques-uns de leurs reistres y vindrent à la file; les nostres d'autre costé' les soustindrent et rembarrèrent vivement; ainsi commença à s'attaquer Tescarmouche fort furieusement et chaudement. Cependant M. de Bordillon, qui estoit ord(Hmé pour les soustenir.avec sa compagnie et quelques autres, dévalla et s'approcha, semblablement aucunes de cavailerie des ennemis en gros nombre se monstrèrent sur le haut de ce coustau; et quand et quand un gros esquadron de leurs harquebusiers desbanda sur les nostres, les repoulsans impétueusement. Ce 'qu'estant veu par M. de Ne vers, fit tirer des bataillons des François et des Allemans, à deux ou à trois fois, bien près de mil ou douze cens harquebusiers à pied, qu'il feit descendre en ceste combe, pour si bien entremesler et eschauffer l'escarmouche, qu'elle ne se peull départir sans amener les ennemis en lieu plain et aisé à les combattre; y estant sollicité d'un parfait désir, pour le grand advantage qu'il se cognoissoit avoir adonc sur eux.
M. le mareschal de Sainct André d'autre part commença avec l'avant-garde à marcher et descendre , estant suyvi d'assez près de l'arrièregarde , et les deux bataillons dé gens de pied furent un peu approchés jusques sur le haut, où commençoit la descente. Promptement que nos harquebusiers furent descendus et abordèrent ks ennemis, les recuUèrent et leur feirent à toute haste regaigner le haut ; et n'est possible , pour en parler au vray , de voir soldats mieux faire leur devoir qu'adonc feirent les nostres ; car, chaussés et vestus, ils se jettoient dans l'eau, l'harquebuse au poing , pour chercher et joindre l'ennemy , mesmement nos Allemans , ce
qu'on ne voit pu commouàa^t aux autres, pource que ceste natMm n'est duitte ae dispose à tel exercice. Et lors sourdit et s'esleva un horrible et espduvantaUe tintamarre et retentissement , tonnant nostre artiUerie et harquebuserie, et la lair aussi , tellement que toutes ces montagnes estolent remplies et couvertes de feux, de pouidres et fumées. Leurs harquebusTers, qui s'estoient tousjours tenus couverts au haut de ce moQt , commencèrent en ces entrefftittes à se descouvrir et à descendre pour venir secourir leurs compagnons ; toute leur cavailerie s'advança et sortit en évidence, pour, ce leur s^oUoit, favoriser et dopner cueur aux leurs , et deux cornettes de leurs reistres vindrent à dévalla , comme voidans afbroi^er les nostres. Donc que messieurs le marquis d'£lbeuf , de Nemours, de Randan et La Bochè Sainct Maz les .veirent si à propos pour les charger ( encore que M. de Nevers leur eust mandé expressément de ne rien entreprendre au hasard), Impatiens de tant temporiser, ponlsèrent et passèrent oultre le ruisseau ; comme aussi feirent messieurs de, fiordilloo et de Sîpierre , et tous.d'une charge descochèreot sur ces reistres, qui ne les attendirent pas, ains de vistesse et à toute bride regaignèrent le haut, et se retirèrent près de leur grosse troupe. Nos reistres et harquebusiers à pied de leur part feirent un si grand eflfort , qu'ils feirent klAÛn tourner le dos et bien vistement remonter sur ce mont leurs ennemis , les châssans a coups d'harquebuses et coups de main, jusques à my chemin de ce coustau , qu'ils gaignèrent sur eux, où ils se tindrent assez longuement, les appellans et invîtans à descendre ; ce qu'Us n'orèrent, mais leur tiroient de loing ; et, pensans se vanger, essayèrent de donner feu à ces harquebuses à croc qu'ils avoient attitrées pour endommager la gendarmerie. Toutesfois leor amorce ne voulut jamais prendre , et leur fat encore la fortune si contraire , que , se approchans trop près de leurs munitions, mirent le feu à une cacque de4)oudre, qui en brusia et fncassa quinze ou seize. Pour conclure, j'ay opinion que si on eûst poursuivy la victoire qui se présentoit desjà à nous, c'est chose seare que nous les eussions , nonnseulement rompos et desfaits , ains chassé et mis hors de irârB forts , comme nous ont depuis confessé aucuns de leurs prisonniers, qui ont dit que, quand on
GUERRES DE BELGIQUE, LIV. VII
vit lesjeor» ftiUfirepookèiiOiifit passer les malades et les bagages delà la Meuse ; mais le devoir et robéîssance que ce prince voaloit rendre aa roy le retint de passer oukre.son commandement. Vray èstqoe, pour ne rien obme^ tre de toutes occasions qu^on peut présenter à Tennemy , quand on désire combattre à force ouverte et esgale , il envoya son trompette devers le comte de Barkmont, qui estoit Ueutenant pour l'empereur dans ce fort, et luy manda que le roy ayant esté adverty comme l'empereur avoit en ce lieu amassé la pluspart de ses forces , le menassant de luy venir brusier ses pais jusques au milieu de son royaume, où le con*traindroit de luy donner une bataille qu'il s'asseuroit biendegaigner, avoit aussi recœllly les siennes, pour non-seulement se garder et défendre de luy , mais que davantage , plusto^ que le venir chercher si avant, avoit bien voulu envoyer au devant de hiy pour le recevoir en toutes les aortes qu'il vouldroit esiire. Toutefois le trompette ne perdit que temps et peine, et mit encore sa vie en grand hazard ; car ce comte de Barlemont, marry et fort despité d'endurer ceste bravade, ne luy feit autre response sinon que, s'il ne se retiroit bien-tost, le feroit percer à jour de cinq cens harquebusades, et ne sçay encore s'il luy en fat tiré ; parquoy ce fut le plus seur au trompette retourner hastivement. Donc , après avoir veu et sceu leur froide volonté , ne nous estant permis de rien entreprendre davantage,commençasmesànou8 retirer ; ce qu'eux eognoissans , pour monstrer quelque apparence de se vouloir vanger, et cuidans réparer et colorer la honte qu'ils avoient receue , feirent semblant de nous sayvre , mesm'emenft de leur fort d'en haut sortirent fcnrce harquebusiers , et s'advancèrent jqsques à la moiUé de la plaine pour charger sur la queue des nostres; qui fat cause de nous faire tourner visage et leur faire teste , estimans qu'ils avoient repris le cueur , qu'à ce coup s'achèveroit là partie -, mais quand ils nous veirent retourner aussi feirent ils, et regaignèrent leur fort , se contentans de nous avoir donné ceste baye « et s'estre mocqués de nous. A ceste cause, voyans que la phispart du jour estoit passée, et que peu nous en restoit pour arriver d'heure au lieu de nostre retraitte; pareillement appercevans que l'air se troubloit et pré- (D Tromperie, promeife i|u*oii ne leni pat tenir.
pâroît à la prochaine {daye, sans davantage temporiser en vain, rqurinsmes le chemin pour nous retirer. Telle fat donc l'issue d'une si haute entreprise , nous rapportant moins de profit que d'honneur, d'autant que, sans le travail qu'y supportasmes, qui estoit plus excessif que je ne veux dire, et sans les frais qui ne pouvoientestrepetits, le tout n'engendra qu'une opinion aux ennemis de nostre foiblesse de cueur et mauvaise cognoissance de sçavoir user d'une victoire , et à tous ceux qui n'ont sceu les causes , de juger les chefe de ceste en-^ treprise n'estre parfeittemait expérimentés en l'art militaire ; parquoy j'ay bien voulu amplement déduire le tout, et ce qu'estant venu à la cognoissance du roy, s'est repenty grandement d'avoir plus adjousté de foy à la doute et envieuse opinion , qu'à la prudence d'un sage prince. Combien que la perte de nostre costé n'y fut si grande ( mesmement d'hommes de renom ) qu'on la présumoit devoir advenir^ et y
. farenttuésun capitaine d'une compagnie d'Escossois chevaux légers, nomme Grey, et un autre de gens de pied, nomn^ Sainct Larry , vray est qu'il y en eut aucuns blessés, comme les capitaines Vauguedemar, Soleil et autres, ensemble cpelques soldats au nombre de cent ou six vingts. Je ne puis dire certainement le nombre des morts et blessés de la part des ennemis, sinon qu'aucuns François, qui, quelque temps après, retournoient de prison d'entre leurs mains , nous contoient avoir ouy murmurer d'un gros nombre des leurs y estre demeuré, entre lesquels on parloit d'un nep veu de Martin Roussan, et d'un ou deux capitaines espagnols, fort plaincts et regrettés. • Or, pour n'estre trop ennuyeux en ce dis-
. cours, je diray que ce jour mesme nous retoumasmes au coucher à Nimes, à quatre lieues deçà, et demie lieue près de Mariembourg, non par le mesme chemin que nous estions allés à Givets, mais suivismes le haut chemin et la coste de la montagne, pour autant que c'estoit le plus court. Ce Mime*s là estoit autrefois un assez beau village , et où il y avoit une église assex forte ettenable sans le canon ; maintenant le tout est brasié. Dès ce soir , pour autant qu'on av<Mt délibéré en ce voyage d'aller voir ceux de Sautour et de Cimets , et de les forcer ^'il estoit possible, afin de supporter et soulager un peu les soldats , et pour ne leur faire d'un
ITRANÇOIS DE RABtlTlPÎ-
tii^
dbmând&œLy MigM, comme j'ay cy-dessos dtt^ qa'on Toyoh t*àir se changer , nous menassant 4e iiocheiises plnyeé, ainsi que de^H com* mencoit , fat adviié et conclu par tons les capitaines qoe , de ce lien, ceste noict , on envoycT roit à Sautoor certaines compagnies de cheval des moins grevées , avec un chef aceort et expérimenté pour le sommer, lequel advertiroitle prince de la response qui luy auroit esté fiûtte, dès le poinct du joi>r , avant que Tannée fiist a«x champs , afin de luy faire prendre le chemin tel que le besoin requerroit ; à sçavoir, que s'ils se rendoient volontairement, ce que l'on présumoit , eux sçachans et estans advertis de la force des François, à laquelle la leur ne' pou- Toit résister ne dont peussent estre secourus, on feroit tirer Tarmée droit à Cimets , sans se fourvoyer n'y esloigner du droit chemin de nostre retour; autrement, s'il estoit besoing d'y aller, ce fust dès ce lieu, sans avoir la peine d'y retourner une autre fois. Ceste commission fut donnée au fils de M. de La Roche-du-Maine, lequel , faisant toute diligence , avec la compagnie de son père et quelques autres , à la diane et changement du guet , avant que le jour fust du tout clair, se trouva devant Sautour; dont oeux de léans se trouvèrent à l'instant tant estonnés, qju'à la première semonce qu'iTleur fett respondirent qu'ib se vouloient rendre à honneste composition. Laquelle response altost avoir esté entendue, promptement et le plus tost qu'il fut possible , ledit sieur fait sçavoir à M. de Nevers, n'y ayant de là que deux lieues jusques à Kimes , ainsi que les trompettes sonnoient à cheval, et que les gens de pied mettoien» aux champs; dequoy ce prince fut fort aise, pour doute qu'il avoit qu'eussions à séjourner et souffirir phis que nos provisions ne se pourroient estendre , qui n'estoient que pour trois ou quatre jours, nous estant mcore le temps contraire. A ceste cause, pour diligenter et gaigner toujours pays, fit marcher Tarmée droit à Cimets, qu'on luy avoit aussi asseuré luy estre rendu si-tost que les coureurs arriveroient devant ; et y adjoustoit-on encore , selon que j'ay entendu , que ce seroit de merveille si on trouvoit personne de défense dedans. Et prenoient ceste opinion sur ce que, quand le marquis d'Elbeuf et M. de Bordillon y estolent passés premièrement, avoient trouvé les portes ouvertes et la ville
sans personnes de contredit. Or, pour .retoiurner à ceux de Sautour, Je ne sçay s% se r'avisèrent ou s'ils se repentirent d'avoir si soudainement dit le mot ; tant y a qu'en après demeurèrent longuement 'à parlementer et consulter ensemble, cependant que le sieur de La Roche-du-Maine attendoit qu'ils hy fissent ouverture et déiivranoe de la place et eux en sortissent. Mais après qu'ils eurent longuement débattu et disputé de leur reddition, finalement ils vindrent redire audit sieur qu'Hs ne pouvoient et ne dévoient se rendre sans voir le canon, comme aussi l'avoient juré et promis; s'assurans pour tout certain que, si autrement le faisoient , ne pouvoient espérer que passer par les mains d'un bourreau, ou, pour le moins, d'estre à jamais bannis de leurs biens et maisons, et d'estre estimés traistres. Ainsi demeura ledit sieur de La Roche-du-Maine abusé et déceu ; et par ce moyen ceux de Sautour se sauvèrent et exemptèrent de la venue des François; car, avant que M. de Ne vers soeust ceste dernière response , toute Farmée estoit desjà près de Cimets , fort battue et travaillée de la pkiye qui nous avoit accompagné la pluspart du chemin; pourtant n'y avoit |dus ordre de retourner.
A l'arrivée de nos coureurs et de bt cavallerie légère devant Cimets, fut trouvé tout autrement qu'on espéroit et qu'on ne l'avoit fêit entendre à M. de Nevers; car on trouva que dedans estolent logées deux ens^gnes de gens de pied et une compagnie de eavaUerie, en délibération, selon qu'ik se présentoient et CuLsoient mines, de se défendre et de ne se point rendre qu'à contraincte, desehargeant force mousquetades et harquebusades à ceux qui trop près s'en vouloient approcher. Et croy que l'opinion ou l'advertissement qu'ils pouvoient avoir que ne charroyons point artillerie pour leur bien faire les rendoit ainsi assenrés, et point la force de la ville, qui rfest ny forte ny basUnte d'attendre batterie, ne de naturel, ne d'artifice. Parquoy, après avoir quelque temps escarmouche devant pour essayer à les faire sortir, et voyans qu'ils n'en fossoîent compte, nous retirasmes et allasmes loger en des villages au long de la lisière du bois, en l'un desquels se trouva une petite église fortifiée, où estolent quelques paysans qui , à l'arrivée et entrée du village, deschargèrent pluateora harquebusadttv
GUERRES DE RBLGIQUE, LIV. VIL
sur eeia qfà y dévoient camp^« dont fot tné, comme me fot dit, un boHume d'armes de la eompagniede M. de Montpensier. Mais à la fin, en peu d'heures fot oe fort surpris et esehelié : mesmemeiit un soldat harquebusier desnostres fut si hardy et adventureuji d'y monter avec les ridelles d'une charrette, et y entra par une fenestre ; qui estonna tellement ceste canaille^ qu'il en fit sauter une partie du haut en bas, aucuns exécuta , et les autres amena prisonniers, qui lurent depuis chastiés comme ils le méritoient. Sur l'entrée de la nuict, ceux de Cimets entreprindr^t une saillie, et s'addressèr^at premièrement aux fourra§eurs qui amassoient du Soing et de l'herbe par les prés, et à d'autres qui retoumoient de chercher vivres en aucuns villages des plus prochains du bois. Depuis, sur la nuict close, ayant rencontré partie de la compagnie du. capitaine l'Adventure, retournant de courir et reeog^oistre les chemins de ces bois, pour estre adone les plus forts, les desfirent et en priwkent quelques-uns prisonniers.
Toute ceste nuict il plut si merveilleusement et en si grande abondance, qu'il n'y avoit tentes ny pavillon qui ne fossait outrepercés et qui ne baignassent en l'eau, estans les petits ruisseaux devenus rivières, et ceste pluye si froide, que c'estoit chose pitoyable voir trembler, tant les pauvres soldats que les chevaux, dont en mourut beaucoup de valeur et de service, mais plus des chevaux de cbarroy , qu'on avoit levés par les villages pour traîner la munition. A ceste cause estoit presque impossible d'y pouvoir séjourner et temporiser davantage ; et bien estoit encore advenu qu'on n'avoit point amené d'artillerie, car j'ay opinion qu'eUe eust donné un incrédible travail a la retirer des chemins tels que aous trouvasmes. Pourtant H. de Nevers, pour descharger et soulager le surplus de nostreattelage etcbarroy , renvoya à Mariembourg le reste des vivres et munitions dont nous pouvions passer, à oa qi^elles ne fussent perdues, et leur donna partie de sa compagnie et queltpies autres de la cavaUerie légère pour les y conduire. Le surplus de l'armée ce matin, qui estoit du dix-huictiesme de juillet, prit le chemin, en se retirant à travers les bois, droit à Acd)eaton, cinq grandes lieues de là. Le chemin, sans mentir, s'estant de beaucoup empiré par ee temps pfovieux, estoit aussi mauvais et inalaisé qu'il me semble en pouvoir estre» tant ppur
ce qu'il est fiarcy de toutes soties de mottes c$ esgouts de fontaines, qu'estant la contrée fort scabreuse et estrange; ce que ceux de Cimets avoient bien sceu choisir et cognolstre si leur entreprise se fust trouvée teUe qu'ils espéroient, et qu'on n'y eust point préveu, car ils estoienf embusqués en des plus forts lieux et difficiles passages, pour charger et £aire butin sur k queue du camp. Mais, en la considération 4e ceste doute, on avoit laissé quelques compa* gnies de cavalierie, avec les pistoUiers qui sùy^ voient de ioing, pour ne laisser rien derrière perdu. Si que eu:^, rencontrans les ennemis^ qui s'estoient trop tost descouverts, les remeï^ rent et firent rentrer dans le bois, non sans y en laisser des morts sur place, et en ramen)^ rent nos gens vingtcinq ou trente prisonniers : le surplus se sauva dans les bois. Ce soir, M. de Nevers et M. le mareschal de Sainct-An^ dré couchèrent à Auhenton ; les AUemans re^ tournèrent à Montcomet en lliirasse, et les compaignies de gendarmerie du gouvernement de Picardie allèrent loger es villages selon les brisées de leur retraite ; ceHes de Oiampagne prindrent à la main gauche, devers Rhétet et Chastel en Porcéan et en leurs garnisons ordinaires ; les compagnies de gens de pied feirent le semblable. Ainsi se départit toule nostre armée en divers quartiers.
Chacun s'asseuroit certainement qu'à peine se termineroit le mois d'aoust sans que les Im* périaux eussent leur revanche de la bravade que leur avions fait. Toutefois nous passasmen jusques au quinziesme qu'ils n'avoient rien en^ trepris plus que de coustume, à seavoir, de courir sur nos frontières et Jes nostres sur eux. Mais aviron le seisiesme ou dix-sq)tiesme , nouvelles vindrent qu'ils s'estoient de beau-' coup renforcés, et que le prince d'Oranges estoit arrivé en leur camp, comme lieutenant pour l'empereur, avec renfort d' AUemans de cheval et de pied. De quoy M. de Nevers ad-^ vertit les gouverneurs et capitaines des placet le long de la frontière, et redoubla les garnisons es lieux qu'il sentoit fbtbies, et les munit de ce qu'il pouvoit penser y défaillir et estre nécessaire; présumant et prévoyant, avec ce qu'aucunement luy en estoient &it rapports, que si^gros amas d'armée ne se faisoit sant quelque plus^ apparente cause, veu que la phi» grande partie de la bonne saison pour faire M
FRANÇOIS DE RABUTIN
guerre se passoit jà, et qu'ils ne pouvoient jrfus différer sans se dédairer et exécuter leur délibération ; que pour le moins ils ne se déparliroient sans attenter et entreprendre aucune chose, comme il advint. Car, encore que depuis ceste entreprise^ de Givets les Impériaux eussent redoublé leur diligence et labeuç à continuer et parachever leur fort de Givets, appelle Charlemont, à la venue du prince d'Orenges, ils s'employèrent davantage à y travailler en toute et dernière solicitude, et s'eslargirent comme pour y recommencer un autre fort jusqùes à ceste planure, et sur la descente que nous occupions lorsque les allasmes veoir. Peu de jours ensuivans se mirent à - la campagne avec toutes leurs forces et artillerie, tenans le chemin pour venir à Mariembourg, qu'ils faisoient bruit devoir assiéger, et en chemin sommèrent quelques soldats qui estoient dans le chasteau de Faignolles de se rendre, ce qu'ils feirent, ne se sentans en pouvoir de résister, voyans le canon. Ausquels le prince d'Orenges fit honneste et gracieux traitement, comme il est prince humain où il est requis, mesmement envers les débiles et non puissans, et ruina les plus forts endroits de ce chasteau. Ce qu'estant sceu par M. de Nevers, quand et quand s'approcha à Rozoy en Thirasse, et là, en bien peu de temps, y assembla à Tentour de luy toutes les forces qui luy restoient en Champagne, pour les départir et employer où il sentiroit que l'affaire s'adresseroit, pour la doute qu'il pouvoit conjecturer n'estre la vraye intention du prince d'Orenges d'assi^r adonc Mariembourg, mais bien se doutoit du fort de Rocroy, aussi qu'il en sourdit quelque murmure. Toutefois qu'il n'attenta ny l'un ny l'aultre, peult estre ayant sceu que M. de Nevers t'estoit approché, aussi que vivres luy eussent esté difficiles à recouvrer. Mais ayant couché une nuict près de Mariembourg, et de là à Couvins, d'où semblablement il fit sortir quelques soldats firançois qui estoient dedans, et ruina la grosse tour du chasteau ; passant par Bossu, s'alla parquer près de Saultour, où tousjours demeura campé avec la meilleure part de son armée, pour favoriser l'œuvre et commencement d'un nouveau fort, ou, comme ils ont depuis semé le bruit, d'une nouvelle ville, à laquelle ils ont donné le nom de Philippe- Ville.
En ces entre&icteSf une partie de nos rièresbans et certaines compagnies de cavallerie légère qu'on avoit mis en garnison le long de la frontière de Picardie furent desfaites assez malheureusement entre Arras et Bapaulme. Dont je ne puis parler certainement pource que j'en estois trop esloigné, et qu'on desguise ceste desfaite en plusieurs sortes, s^excusaDs les uns sur les autres. Vray est que, par la plus commune opinion, Us avoient finit une entreprise autant belle et louable qu'il esUÀt possible si la fin eust esté semblable au eommencemoit, rapportans et ramenans gros nombre de butin. Mais eux rettoumans à la desbandade, sans tenir ordre, ou comme gens mal excarcités aux armes ou trop mois, ou non accoiistumés de porter longuement le travail et soeor du hamois, furent en cest estât rencontrés et enveloppés entre un bois, un village et une rivière, de laquelle les ennemis avoient cooppé et rompu les ponts, et par eux chargés de si grande ruse et furie, qu'estant plus esperdus et estonnés que rompus, furent desfiûts et mis à vau de route par bien petit nombre de geos de cheval et quelques gens de pied ramassés, eux estans^ comme^ l'on disoit, au nombre de douze à quinze caos chevaux, et près de trois à quatre cens hommes de pied, y restans quelques-uns des plus gaos de bien morts et blessés, et grande quantité de prisonniers, entre lesquels se trouva le sieur de la Jailie, leur général. On attribue l'honneur de teste exécution au sieur d'Haubimont, gouverneur de Bapaulme, chevalier des plus estimés de l'empereur. De laquelle les impériaux prindrent tant de gloire, et la tournèrent à si gruide mocquerie de nostre noblesse, qu'ils eh forgèrent un proverbe, à sçavoir : «qu'ils prenoient les noÛes]^ de France sans poiser, » combien qu'à la vérité la pluspart de ces rières bans, qu'on appelle autrement les bandes des nobles, ne sont fournies ny complettes en la meilleure pari de gentilshonmies, lesquels se retirent communément es compagnies des ordonnances, ains le plus souvent sont roturiers aniioUis de l'an et jour, ou de quelques valets que les vieîk seigneurs, femmes veufves ou orphelins y envoyent ; et fault dire qu'en ceste ordonnance y sont commis de grands abus, que délaisserons à réformer à Ceux qui y ont la superintendance
(ij te Qoble était auEci le nom d*uiie monnaie.
tl555]
GUERRES DE BELGIQUE, LIV. Vil dMie qui n*eat de DO0tre
et rcqMct, ùoù hiiU>ire.
PourcecoDuneDcement heiureax de œste petite victoire, les ennemis se promettôîent desjà quelques plias grandes choses que depuis ne leur sont advenues, proposans de changer et convertir leurs entrc^Hrises par les entrées de Picardie, puisque fortune commençoit favoriser eeste part; et de^à Ton ent«Mloit aucunes de leurs secrètes menasses de .vouloir assiéger Guyse, teUeBMotquecestedoute^encorequelV dresse ne leur fiist si facile qu'ils présumoient, fat eaus^que M. de Guyse s'y retira avec sa compagnie et oertaines antres de cheval et de pied, pour y Caire besongn^r à la fortification nouvelle en toute diligence. Et M. Tadmiral, auquel peu de temps auparavant avoit esté donné le gouverxkement de PicMtiie (ayant esté mis entre les mains du roy par M. de Vendosme < pour succéder au royaume de Navarre, estant peu de jours précédemment décédé Henry, dernier roy, duquel il avoit espousé la fille unique et seule héritière, Jeanne, à présent régnante), réunit et assembla toutes les forces qui y estoieut, pour prévenir les délibérations des ennemis. Le roy aussi avec toute sa maism s'en approcha peu à peu, jusques à Yilliers-Cottrets, attendant quelle issue auroit ce bruit, qui ne fut autre chose que vent et paroUes sans eÎTect ; car, depuis ceste cavalcaade du prince d'Orenges, se contrindrent tousjours serrés en leurs fort^ plustost doutans qu'on les chercbast qu'ils n'avoient volcmté de nous venir irriter et travailler.
Puisque j'ay le phs amplement qu'il m'a esté possible narré les choses dignes de mémoire, passées es parties de deçà, desquelles je pouvois rendre certain tesmoignage pour y avoir esté présent en aucunes, et pour avoir employé toute diligence à sçavoir la vérité des autres, il m'a semblé que, sai» m'esloigner par trop de mes termes, ains attendant le poinct de retomber en la suite de mon délibéré discours, n'adviendroit hors de propos d'y adjouster plusieurs et diverses adventures et exécutions traitées es autres endroits de nostre Europe, èsquels ces denx grands princes, ou de leurs serviteurs et confédérés, eierçoient aspres et furieuses guer-
(i) Antoioé de Boorboo qui avait époosé à MoqNos, le » octobre UM8, Jeune (fAlbret, béridère duroyMmede Havarre et mère d^Beori nr.