ONZIESME LITRE
Da mariage de François, premier fils du roy, et daulphin de France, avec Marie de Stuart, royne héritière d'Escosse. — De la prise de la très forte ville de Théon ville, et de la ruine d'Arlon. — De la desfaite des François près Gravelines, et autres choses advenues depuis. — Finalement^ de la paix Cadte et accordée entre ces deux grands rois, en Tan 1558.
(1558) Ayant le roy, ainsi qu*a este déclairé cy-dessus, pourveu et donné ordre de recouvrer deniers, connne la première et plus nécessaire chose pour venir à bout de toutes autres, il voulut en second lieu de bonne heure s'asseurer d'hommes, mesmement tf Allemans^ sur tout de reitres et pistoUiers, pour ce que, Fan précédent, le» plus grandes forces que son ennemy cust, et dont l'on estimoit qu'il s'estoit peu le plus advantager sur luy , esloit par le moyen de ces reitres, qu'ils ont depuis appelle harnois noirs, lesquels se trouvans tous chargés depistolles, armes de traict àfeu, furieuses et espouvantables, sembloîent estre inventés pour l'estonnement et roupture de la gendarmerie fraaçoise. Et pourtant, afin d'en affoiblir d'autant son ennemy, et pour accoustumer et apprendre aux François à estre usagiers et asseurés de telles armes, voulut en retirer à son service, et pratiqua celéement et couvertement en estre faite en toute TAllemagne la plus grande levée qu'il seroit possible, n'y espargnant la solde ny l'accoustumée libéralité des rois de France; aussi, que la première entreprise où il vouloit entamer son ennemy advenoit en tel endroit, que ceste nation y e^toit la plus proche et moins suspecte. Par mesme moyen ordonna aux capitaines de ses vieilles enseignes, qui estoient en garnison es villes fortes le long des frontières, qu'ils eussent à tenir leurs compagnies complettes et bien armées; départant, oultre plus, à nouveaux capitaines nouvelles commissions, pour faire levée de soldats et gens de guerre, spécialement en la Guyenne et es provinces les plus esloignées de deçà, et que ce fust le plus tacitement et sans bruit que se pour-
roit flaire, leur ^achu-geant trèa expresséoieiii ne mettre rien aux champs sans spécial con^ mandement de luy. La gendarmerie, afin de ae rien éventer, n'en fiit pkistot hasiée,. ains, selon l'ordonnance erdinaire, fut advertie de se trouver avec tout équipage aux monstres g^ néralles qui oai accoustumé estre faites siot la fin du mois d'avrlL Ainsi le ray de bonne heure assigna les arres, et dressa son premier estât» pour rassembler et mettre aux champs son armée à l'esté prochain.
En après, avant commencer toute autre œuvre, vouhist estre parfait et accompli le mariage de François, son premiei fils, daulphin de France, et de Marie de Stuart, royne héritière d'Escosse, Tune des plus belles et vertueuses princesses de l'Europe, fille de Jac^ies de Stuart V du nom, et dernier roy d'Escosse, et de Marie de Lorraine^ auparavant veufve du duc de LongueviUe, Moyennant lequel mariage l'on dit que, par le cooseniement dies Estais, ee royaume d'Escosse seroit comme uny et joint à la couronne de France, et auquel suecédereient par cy-après les premiers fils et daulphios; et dès lors leur fiit donné ce tiltre de roy daulphin. Ceste mémorable solemnité fut célébrée en la fameuse ville de Paris < le vingt-quatriesme d'avril en cest an 1558, avec très opulentes et très magnifiques pompes et triomphes^ (pii seroient trop prolixes à ici particulariser; ou se trouvèrent plusieurs prélats et grands princes de ces royaumes, comme les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guyse, de Chastillon et de Sens ; et le roy et royne de Navarre,, les ducs
(I) U lIMe «ut Hf» a rHOteMte-Vil»* Oay MpMflNsam oie pièce de JodeHe,
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GUERRES DE BELGIQUE, LtV. XI.
4e Lorrame, de Gay9e, de Neverg, de Nenioors et d'AumaUe; les prkices de Condé et de la Roche-sur-Yon, et plusieurs autres princes et {(raïuk seigneurs français. Du royaume d'Es- ^eosse y vindrent Tarcbevesque de Glasco, métropolitain de ce royaume ; le révérend prélat Robert Reid, évesque des isles Orcades et premier président d*£scosse, lequel décéda à Dieppe en retournant; le prieur de Sainct- André, fils naturel du dernier roy ; le comte de Rothes, le comte de CasseUes> le milord Flemyng, le mi- IcHxl Setomi, le baron de Dun et autres seigneurs et gentilshommes de ce pays, lesquels estoient fort aises et contents de se trouver et veoir ceste très grande et indissoluble alliance de ces deux royaumes. Durant ces festins et jours de bonnes obères, vindrent quelques nouvelles de propositions de paix, moy ennée par la duchesse douairière de Lorraine, laquelle, estans lors près du roy Pbilippes stm cousin, pour sa vertu de Sa M^^té grandement favorisée, faisoit tout devoir et emplo\ oit jusques au bout son gentil esprit pour accorder et unir ces deux grands princes, et auquel tant sainct œuvre elle s'est rendue si ententive et persévérante, que Dieu luy a fait la grâce par son moyen Tissue en avoir esté heureuse, ainsi qu'on le verra cy-après.
Ceste très illustre princesse, dès lors comme Bière très aCfectionnée et désireuse de la veue et présence de son fils le duc de Lorraine, qui sfïtoît en France, obtint sauf-conduit de ces deax princes, k ce qu'il l'allast veoùr à Péronne OB elle Tattendoit, comme il fit) accompagné de M. de Vauldemont son oncle, et où, peu de jours ensuy vans, se trouva aussi M. le cardinal de Lorraine, que le roy y envoya pour entendre sur q^els moyens et articles Ton pourroit entrer en termes de paix ; toutefois que pour rheore lesthoses ne peuvent trouver bon fondement, et s'en retourna ledit sieur cardinal sans mueun edéct, et avec un bruit qui s'esleva de par^leçà que les ennemis l'avoienl voulu arrester et surprendre par les chemins, Depuis il fut sceu que c'estoient les garnisons de Sainct« Quentin et de Han, et quelque autre petit amas d'armée qui, s'estant mis aux champs, avoient desfiait ceux de Nelles, et saisi et prins ceste petite ville* Au mesme temps vint d'antre part advertissement comme une armée de mer anglesqiae avoit esté descouverte sur la coste de Norinandie, au nombre de sept à huict-vkiatH
vaisseaux, que l'on doutoit faire descente au Havre de Grâce ou à Dieppe, ou en quelque autre endroit qu'ils sentiroient despourveu et mal gardé; parquoi soudainement et en diligence y fut envoyé le duc de Bouillon, pour y pourvoir et commander. Mais estant desjà les communes ad verties, selon qu'elles ont accoustumé s'assembler et mettre en armes au signal que l'on fait de garde en garde, ceste armée marine ne print point terre et ne fit descente en aucun lieu, ains se jetta en haute mer. L'on a voulu dire depuis que les Anglois avoient mis en mer ceste armée pour empescher ravitaillement que l'on faisoit à Calais, ou bien pour la doute qu'ils avoient que nostre armée mesme, qui portoit cest avitaillement, en après ne fist descente en leur pays.
Dès le commencement du mois de may ensuyvant, M. de Bordillon fut envoyé à Mets poursecrettement recognoistre encore une au* tre fois les moyens et endroits par où se pour* roit assiéger Théonville, et pour entendre quels vivres et gens de guerre estoient dedans, soubs couleur et un bruit que l'on faisoit que le roy l'avoit là envoyé pour aller au-devant et rece^ voir certains grands princes d'Allemagne qui venoient devers Sa Migesté, et par mesme moyen pour à l'improviste faire envelopper ceste ville par les forces d'Allemagne qui y dévoient bien-tost arriver, comme il fit ; car, tost après estant venu des premiers l'un des fils du duc de Lunebourg, les colonels Grombak, Scheneveux, Baudo-pré et Henry Stoup, avec chacun quatre cornettes de reitres, comme aussi Reifberg avec quatre autres cornettes dont il estoit lieutenant, pour l'un des fils du lansgraf de Hess, qui sont en tout de quatre à cinq mille chevaux, et les régimens de gens de pied des colonels Rocquendolf, Reicrocb, de Lussebourg, fils dudit Reicrocb, et celuy dudit Reifberg, chacun de dix enseignes, avec celuy de Waidebourg, qui n'estoit que de quatre, montant le tout au nombre de treize à quatorze mille hommes de pied, avec toutes ces troupes alla des premiers environner et enclorre ceste très forte place, où alla pareillement M. de Yieilleville^ gouverneur de Metz, avec sa compagnie et une partie des vieilles enseignes françoises qui estoient là en garnison. Et d'autres furent tirées aussi des plus prochaines garnisons, nQiATûe de Yerdun, de Thoul et Danvillé. Peu
f RANÇOIâ DE RABUTlM.
de jours ensuy vans, ledixhaictiesmcde ce mois de may, M. de Nevers partit de Chaaions en Champagne pour se trouver à ce siège, et alla passer à Stenay, afin d'y amasser le surplus des vieilles enseignes, où l'on les avoit mandées se rendre ; et semblablement pour faire marcher l'artillerie, pouldres et munitions qui y estoient, et que desjà en ce lieu l'on avoit assemblées pour ceste entreprise. Au partir de là M. de Nevers print le chemin du Pont-Camouson, où se trouva aussi M. de Guyse; et de là, ensemble allèrent au coucher à Mets, d'où ils départirent le premier jour de juin environ minuict, pour aller recognoistre ceste ville, et ad viser et conclure avec tous les capitaines des moyens que l'on devroit tenir pour l'obtenir et recouvrer. Un jour ou deux ensuyvans, ces deux princes se départirent le commandement de l'armée, M. de Guyse demeurant campé deçà la rivière de Moselle, vers Florenges, pour commander en la bataille, et comme lieutenant général pour le roy ; et M. de Nevers passa de l'autre part, et alla loger en un chasteau appelle La Grange aux Poissons, pour commander en l'avant-garde. M. de Nemours, avec la cavallerie légère, campa un peu plus avant sur le chemin de Luxembourg, aundessoubs d'un mont qu'on appelle Mont d'Estraing; et M. de Jamets, avec quelques compagnies de gendarmerie reitres, encore plus avant sur l'advenue et chemin de Mets. Dès le commencement furent les premières approches et trenchées faites deçà la rivière, et prises d'assez loing, fort larges et creuses, et au dehors devers la ville relevées fort hautes, ayans les terrains et gabionnades en façon de piatesformes, tant pour estre à couvert contre la foudre de l'artillerie qui tiroit incessamment de la ville, que pour donner plus aisément à plomb là-dedans, et pour de tant plus facilement descouvrir les endroits où il falloit battre et rompre les défenses. Là-dessus furent logées trois ou quatre longues coulevrines et cinq ou six canons renforcés, qui tiroient de droict fil aux parapects d'un gros boulevert qui estoit en teste, et taschoient à démonter trois ou quatre pièces que les ennemis avoient mis à une tour au dedans de la ville, lesquelles pièces battolent et descouvroient tout le circuit, et faisoient de grands meurtres par nostrecamp. D'autre part, au couvert et seurté de ces premières trenchées, en forent.reprises et recommencées la nuict en- I
suivante deux autres aux deox bouts, le long desquelles l'on fit tant que l'on coula et affiista en chacune cinq ou six canons, pour rompre en croisant et traversant les flancs et défenses de ce boulevert et des piatesformes qui estoient aux deux coings de ceste courtine. A la feveur desquelles trenchées l'on en approcha d'autres plus près de la rivière, où furent logées autres dix ou douze pièces en batterie ; et n'est à douter que ce ne fust avec un grand labeur et hazard de M. d'Estrée et des commissaires et canonniers, voire des princes et grands seigneurs qui s'y trouvoient le plus souvent des premiers, y pleuvant les boulets aussi espais que la gresie, dont estoit fait grand massacre de ces misérables pionniers et vastadours.
Tant y a que, nonobstant tous ces dangers, le cinquiesme jour de juin l'on commença à battre ceste ville de trente-cinq grosses pièces ; qui estonna fort pour le premier advénement les assiégés, voyant que, contre leur espérance, et malgré toute la tempeste de leur artillerie, en si peu de temps l'on en avoit approché la nostre en telle quantité et en tel endroit qu'ils ne se doutoient pas, et ce que desjà les faisoit craindre et débattre et mal espérer de ce siège, mais surtout pour le principal défault, qui estoit d'hommes, sur lequel au despourveu avoient esté enveloppés. Parquoy de là en avant tous les efforts des ennemis tendoient à recouvrer secours, tellement que, dès le troisiesme de ce mois, environ minuict, le comte de Home y estant en personne, pensant surprendre nostre guet, essaya d'y faire entrer trois enseignes de vieilles bandes espagnoles ; mais trouvant les advenues bien garàées, et les guets renforcés, fut contraint se retirer avec sa courte honte, ne trouvant à son retour au logis le nombre de ses gens aussi complet comme il l'ai^olt mené. Et de rechef, un jour ou deux après, à ladiane et changement du guet, se vindrent présenter quatre enseignes de gens de pied wallons et namurois, soustenus de cinquante hommes d'armes; lesquels, pour la seconde fois, ne se retirèrent à si bon marché encore que les premiers. Après que, par deux jours entiers, l'on eut tiré aux défenses, et qu'elles semblèrent assez rompues et désarmées, l'on commença le huietiesme jour de tirer en batterie fort forieusement et soudainement, estant principalement l'artillerie addressée à ce gros boulevert rond et à la cour-
GUERRES bE BELGIQUE, LlV. Xl.
tine joignante ; de telle sorte que, dans deux ou trois jours ensuivans , le boulevert fut en la meilleure part escartelé et ouvert, et la muraille abbaîssée et ruinée de près de quarante pas de long. Toutefois, la bresche, pour en parler à la vérité , estoit fort douteuse et non raisonnable poar estre assaillie, d*autant que, oultre ce qu'il falloit passer la rivière de Moselle à gué pour y aller, encore que l'on la voulustdire guéable en cest endroict, elle davantage estoit bien haulte, et le rempart derrière bien peu offensé.
Or, du costé de M. de Nevers, a l'un des coings de la courtine, estoit une tour ronde assez basse qui senroit d'un flanc, et au dedans de la ville, en l'encoignure estoit une plateforme plus hapte qui commandoit dans ceste tour; mais elle estoit si mal percée, ei la plateforme si inégalement appropriée, et sans contremines, que l'une apportoit bien peu de secours et d'avantage à l'autre ; de façon qu'estant tout cela bien considéré de M. de Nevers, M. de Guyse etiuy advisèrent ensemble qu'il n'y avoit ordre d'emporter ceste ville si ce n'estoit par cest endroit. Par quoy fut conclud de faire une trenchée de ce costé pour gaigner le pied de ceste tour; et nonobstant que les marais y fussent fort bumides et abreuvés d'eaue, l'on les plancba d'ais et de clayes, et furent les costés et entredeux affermis et conroyés de gazon, de paulx et de joncs, de telle industrie et diligence, que, contre Fopinion de beaucoup de gens, ces trenchées se trouvèrent autant belles et seures que si elles eussent esté en terre ferme. En quoi il faut dire et confesser que M. de Nevers ne s'y employoit point seulement en qualité de prince, pour non-seulement y commander, mais, comme le moindre soldat de toute la troupe, n'en bougeoit et jour et nuict. Et avec telle promptitude continua ceste œuvre, que, nonobstant les boulets d'artillerie qui y gresloient imnumérablement , qui estoient cause que l'on n'y pouvoit besongner que deux ou trois heures de la nuict, dans bien peu de jours il approcha ces trenchées fort près du but et jusques-là où il vouloit aller. Aussi avoitil teDement gaigné le cueur des hommes, qu'estant suivy de plusieurs gentilshommes et soldate, il n'y avoit celuy, depuis le grand jusques au petit, qui volontairement n'y meist la main.
Pendant que l'on travailloit à ceste besongne, M. de Guyse, tant pour scavoir si la hres-
che commencée estoit ou se pourroit parachever raisonnable, et quels flancs et défenses restoient encore aux ennemis, que, pour considérer et recognoistre l'asseorance des assiégés, le soir du 9 de ce mois, après minuit, envoya cinq ou six cens soldats des plus braves et expérimentés harquebusiers et corcelets, soubs la conduite des capitaines Cypierre le Jeune, Sainct-Estef, Millas, Sarlabos et Jacques, y donner un feulx assault, avec commandement de ne rien bazarder et entreprendre, si ce n'estoit avec bien grand advantage. Estans arrivés au pied de la bresche, et crians de toutes parts: « Escalle! escalle! » comme s'ils eussent voulu combattre et assaillir généralement, ils effroyèrent tellement ceux de la ville qui y estoient en garde, ou les trouvèrent si endor-' mis, que cela leur présenta occasion de poulser encore plus oultre, et, sans grande résistance, gravirent et montèrent jusques au bault du rempart, exécutans à la première rencontre ceux qui se présentèrent des premiers. De sorte qu'en cest effroy inespéré, ils se faisoient maistres de toute la ville si tous les soldats eussent esté aussi hardis et courageux que les chefs, et les eussent suivis. Mais estans Fallarme gênéralle par toute la ville, et s'adressans celle part tous les gens de guerre qui estoient là-dedans, ne fut possible aux chefs et plus hazardeux soldats soustenir ceste recharge ; et furent ainsi repoulsés et renversés, y restans plusieurs des plus vaillans soldats des nostres tués et blessés, et des principaux capitaines, entre lesquels fut tué le capitaine Jacques, soldat fort estimé et plainct, et le capitaine Sainct-Estef fort blessé au bras, comme aussi fut l'enseigne du capitaine Cypierre. Les assiégés, voyans qu'on les tenoit et serroit de si près que les aller forcer dans leur ville par si petite entrée, et que, d'un autre costé , Ton fouilloit et cberchoit-on un autr^ passage et entrée pour assaillir leur ville, en lieu qu'ils jugeoient inacessible, présumèrent mal, et préveurent dès lors leur futur danger, s'ils A'estoient en brief secourus. Et pourtant, en toutes les sortes qui leur estoient possibles , cherchèrent moyens d' advertir ceux de Luxembourg les vouloir secourir. Toutefois ils se vovoient de si près tenus et enveloppés, et les ptoage^ *^ occupes, qu'ils ne pouvoient y env^r^ersoû^^. sinon avec un grand hazard. . ^ jer p^ ^^^^^ ^^^^ plusieurs signais de nuict
avec feux et torches allumées, et cognolssans que pour tout cela ne leur arrivoit rien de renfort, ils entreprindrent de faire une sortie à la faveur de laquelle ils envoy croient gens pour advertir le prince Mansfel , gouverneur de Luxembourg , de leurs nécessités, et pour entendre de luy ce qu'ils auroient à faire, principalement soubs couleur que Tun des premiers chefs de- ceste entreprise se disoit avoir cognoissance au duc de Luxenbourg, que ils scavoient ou avoient esté advertis avoir son régiment de reitres en garde en Tendroit où ils vouloient passer. Par quoy, suivant ceste délibération, le 11 ou 12 de ce mois, entre trois et quatre heures après midy, sortirent de ià dedans environ de trois à quatre cens hommes de pied et cent ou six-vingts chevaux à Tescarmouche, partie desquels, tirans droit le chemin de Luxembourg, furent arrestés sur cul, et là escarmouchans et combattans, Tun d'eux commença à crier et demander le duc de Lunebourg, pour parlementer avecques luy de la reddition de la ville, et cependant se parforceroient de faire gaîgner chemin à leurs gens. En quoy estant descouverte leur fraude et intention furent ramassés et recueillis de telle strette, que, sans leur donner loisir de passer oultre, furent remis et rembarrés jusques dans leurs portes.
Quand les trenchées de M. de Nevers furent parachevées et parvenues jusques à la contrescarpe et entrée du fossé. Ton commença à y relever et terrasser une gabionnade, et y furent approchés cinq ou six canons pour rompre la caze-matte d*un ravelin qui estoit et joignoit ceste tour à Pencoignure de la courtine; et, de mesme suite, de l'autre costé de la rivière, Ton creusa et approcha une trencliée bien fort près du bord, et là pareillement Ton amena cinq ou six canons, pour rompre le cosié et flanc de la plateforme de devers Mets, qui pouvoit cognoistre et voir jusques au pied de ladite tour. Tout à l'instant, l'on amena en ces trenchées cinq ou six cens harquebusiers, les plus senrs et justes que l'on peust eslire ; lesquels estans couchés sur le ventre, et ayans fait avec des gazons de petites lumières par dedans lesquels ils prenoient leur mire, tiroient à couvert si justement et expressément, que il n'y avoit homme des assiégés qui s'osast présenter ny seulement se descouvrir sur le bault de ceste tour ny de la plateforme, à qui Ils ne fissent
<?RANÇOIS DE RABUTIN. Ji6S»J
faire le saut ; de maxûère que kseUiesiae de.oe mois, SOT les neuf heures da soir, d'une foiîe et hardiesse incrédible, ils oitrepriAdFeBt et gaignèrent le pied de ceste tour, fort près de une palissade qui estoit joignante, et fermeit l'un des bouts de ceste contrescarpe. De laquelle ils arrachèrent les pieux et palUs, larges de quatre pieds et d'un en espesseur, qu'ils meltoient devant eux, et s'en coavroioit contre les harquebusades et roousqoelades que ceux de la ville leur envoyoient en infinité. Nonobstant toutes lesquelles, s'y fortifians et couvrans d'une petite trenohée qu'ils y relevèrent incontinent, occupèrent oultre plus oe ravelin qui y estoit joignant, où ils se logèrent m près des ennemis, qu'ils se pouvoient de maifi à main tirer coups de pierres et de pîcques. En après l'on fit passer quarante ou cinquante mineurs et pionniers, pour ensapper et dérocher les fondemens; mais pource que le ciment et maçonnerie estoit fort dure et espesse, et qu'avec leurs pics et marteaux ils n'en pouToient guères élocquer et arracher, l'on amena un eu deux canons jusques dans le fossé, an plus près du pied de ceste tour, desquels, ayant esté tiré trois ou quatre volées, le pertuis commença fort à s'aggrandir et ouvrir.
Cependant, de l'autre part, l'artillerie qui tiroit en batterie ne se refroidissoit, ains se renforçoit d'heure à autre, tonnant sans întermission, faisoit voUer esclats deê muraillea et maisons , remplissoit de toute horreur ceste ville; avec nos soldats travaiUoient contkiiiellement les assiégés d'innuméraUes harqu^msades, de manière que, d'un costé et d'antre, on ne voyoit que fouldres, feux et esclairs. Eslani l'ouverture de ceste tour continuée, et une partie de ta muraille sur laquelle estoit posé le parapect de ceste tour abattue, fut question en après de l'occuper et gaigner, et ce que fut par nos soldats aussi-tost entrepris que commandé ; toutefois que la résistance des ennemis s'y trouva tant désespérée, que pour la première et seconde fois en furent reculés. Ce néantmoins le danger évident et la terreur des feux et artifices ne les peut tant intimider et aflbibitr de courage, qu'ils n'y retournassent aussi bazardeusement que le premier coup . Et là certainement fut vcue la vertu et valeur des princes et che&, et la militaire et bien aCfecti<Huiée obéissance des soldats ^ car, et M • de Guyseet
GUERRES DR BELGIQUE, LIV. XL
M. de Nevers, diaeun endroit soH, sans avoir Ttspeci et onblians le degré et autborité qu'ils teno&eat, et fiiîsans aatant bon marché de leurs persoimes que le moindre de tous ceux à qui ils commandoient, les morions en teste, et les grandes targes d'acier au bras, se présentèrent les premiers pour monstrer le chemin à chacun. Aussi ne se peut-il dire qu'ils ne Ifussent bien suiris ; et croy qu'il ne peut estre leu ny avoir esté veu soldats mieux finire et combattre qu'à eeste fois, pource que d'autant que les assiégés résistoient et se parforçoiént de toutes leurs forces et avec toutes sortes de feux artificiels et en toutes inventions les repouiser et renverser, il sembtoit que d'une rage furieuse les nostres en fussent davantage enflammés et poulsés, grimpans les uns le long de leurs picques, les autres, avec eschetles et quelques pièces de bois et perches, bâtissoient des taudis, et se ehafaudoîent les uns les autres comme maçons, et oà les armes leur défailloient aux mains, arracholent les pierres des muraiHes povr les mer.
En ce très furieux combat se passa toute ceste noict, esdairée de divers feux tant d'artillerte et barqnebuserie ^e d'autres artificiels, comme trompes à feu, grenades, et plusieurs fricassées qui se appareillent à cm assaut. Tant y a que l'obstinée résistance des ennemis ne sceut estre si ferme et opinîastre, que les nostres ne demeurassent maistres, et feurent veues ce matin les efiseigiies françoises plantées sur le parapeet et le hault de ceste tour. Il ne se faut esbahir si les assiégés employoient tous leurs efforts à débouter et repouiser les nostres de ceste advepue, s'asseurans (et comme un jour ou deux précédemment ils avoient recogneu à use sortie qu'ils avoient faite), sitost que ceste tour seroit gaignée et occupée, facilement tomberoieat en prise ; d'autant que par là l'on pouvoit sapper et miner le pied de ceste plateforme, et la (aire sauter sans qu'ils y pussent remédier, n'ayant ancunefl contremines et caze-mates, ainsi qu'il en fut liût; car tost après que les nostres s'en furent saisis, l'on y fit entrer fbrce mineurs et pionniers, qui commencèrent à groUer ^. €e matin , ainsi que ces princes estoient encore en ces trenchées, déhbérans et concluansdetout ce tait, M. le mareschalde Strossy
(D Mot consenré encore dans quelques provinces, creuser la terre.
fut attaint d'une barquebusade au-dessus du^ tetin gauche, M. de Guyse parlant à luy, et ayant Tune des mains sur son espaule, duquel coup ce vaillant seigneur décéda bien peu après, fort regretté de chacun, depuis les grands jusques aux petits, pour beaucoup de bonnes vertus qui rehiisoient en luy, estant Fun des bons serviteurs dont le roy eost sceu faire perte. Les grottes et mines dessoubs ceste tour et plateforme s'en alloicnt prestes à y mettre le feu, quand les assiégés, le 21 de ce mois, environ les neuf heures du matin, feirent monter un trompette devers la porte de Luxembourg pour demander à parlementer pour leur reddition. Lequel estant entendu, fut accordé que pour cest effect te sieur de Caderobbe, qui en estoit gouverneur, pourroit à fiance venir devers ces princes pour en traiter et transiger. Pour la seureté duquel , et comme en manière d'hostages, pendant le pourparler, furent envoyés dans fai ville te seigneur de Haultcourt, gouverneur d'Yvoy et le capitaine Cadiou, gouverneur de Montmédy; cependant, toutefois, l'on ne hissoit à poursuyvre la batterie, et la continuation des mines n'estoit intermise. Finablement, après que les vaincus eurent esté entièrement débcwtés de plusieurs frivoles demandes et réquisitions, leur fat ceste capitulation proposée et approuvée d'eux à tels articles qui s'ensuivent : Premièrement, que le seigneur de CaderoMie et les capitaines mettroient et délivreroicnt présentement en l'obéissance d^a roy et des princes là présens la ville et forteresse de Théonvilte au mesme estât qu'elte se trouvoit, sans y rien ruiner ny démoHir. Laisserotent en icelle touterartiilerie, pouHres, boulets et munitions, tant de ladite artillerie que de guerre, sans plus en consommer, gaster, cacher ny démolUr aucune chose, ny es choses susdites procéder de maie fby; laisseroient pareillement leurs armes avec les enseignes, tant de cheval que de pied, de quelque langue et nation que ce fust, et sans en rien gaster, comme dessus. En ce fiiisant, sera permis ausdits gouverneur et capitaines, et généralement aux gens de cheval, d'en sortir avec teurs armes, et aux soldats avec leurs espées et dagues, pour toutes armes, et les uns et les autres avec ce qu'ils auront d'habiHemens et argent^ »t^* ^'^^* tussent fouillés ne qu*il teUT fa»t fe^ aucun desplaisir. Sortiroient pa- 1 t^nTifttit ^* *^1^^ ^^ 8«^ d'église, gen.
'FRANÇOIS DE RABUTIN
tilshommes et bourgeois, avec tout ce qu'ils pourront emporter d'or, d'argent, et autres leurs meubles; et leur sera baillé, au sortir de ladite ville, bonne et suffisante conduite, sans qu'il leur fust fait tort en leurs personnes et biens meubles ny argent, n'y touchera l'honneur des femmes et des filles, que ces princes sur leur foy promeirent conserver de tout leur pouvoir. Et seroient semblablement accommodés de bateaux et chariots, pour emporter leurs malades la part que bon leur sembleroit, et recevroient en ladite ville tels personnages qu'on leur voudroit envoyer, jusques au nombre de quatre, et en envoyeroient lesdils gouverneur et capitaines quatre autres dçsprmcipaux d'entre eux devers les princes, pour seureté et accomplissement de la présente capitulation. LaqueNe fut signée de la main desdits princes et d'iceux gouverneur et capitaines le 22 de juin 1558.
Ces choses ainsi passées et accordées, ce jour mesme sortirent de la ville trois à quatre mille personnes du populaire, hommes, femmes, filles et petits enfans; comme aussi feirent le lendemain les gens de guerre au nombre de quatorze à quinze cens, la pluspart blessés et fort mal de leurs personnes, en quoy se pouvpit cognoistre k travail et continuel dommage que nostre artillerie leur faisoit. Au mesme instant, M. de Nevers entra dans ceste ville pour policer et donner quelque commencement d'ordre à ceste nouvelle conqueste, et pour empescher qu'il ne survinstaucunmutinement et meurtre,ainsi que bien souvent Ton voit advenir es recherches et pilleries que font les soldats, où ils pensent et espèrent recouvrer quelques butins et profits. Et d'autre part, M. deGuyse estoit demeuré au dehors, à ce qu'il ne fust fait aucun grief et tort aux misérables et pauvres habitans, ny aux soldats aussi, selon qu'il leur auroit esté promis, usant encore ce prince envers eux de sa tant accoustumée pitié et clànence, que retenir les plus malades et blessés pour les faire panser et guérir, ordonnant expressément chirurgiens et autr^ gens pour ceste charge. Ouitre plus, commande une bonne forte escorte pour la conduite de ceux qui estoient sains et pou voient s'acheminer, afin que par les champs ils ne fussent dévalisés et brigandés; et par mesme moyen, fait serrer et amasser tant de chariots et bateaux que faire se peut, pour em-
mener et transporter le résidu des blessés et malades, et le meilleur de leurs maibles. Ainsi gracieusement furent traités ceux de Théonville après la reddition de leur ville, dans laquelle l'on feit depuis entrer neuf, ou dix enseignes de fEmterie firançoise ; et en fut donné le gouvernement à M. de Vieilleville, pour estre ceste place fort voisine et comme un secours de Mets. Au recouvrement de laquelle le roy borna fort bien et seurcment sa frontière odle part, estant, en ce qu'elle comporte, Tune des fortes villes et de naturel et d'artifice qui peult estre en toute l'Europe, et comme de toute ancienneté elle en a aussi la réputation, combien que ce seul défaut s'y soit trouvé dont la prise seroit advenue. Mais sur cela il faut confesser que les esprits des hommes sont pour ce jourd'huy si subtils et aigus, que je croy n'estre rien impossible maintenant aux hommes, mesmemeut où la volonté et permission divine s'entremesle. Aussi faut -il confesser que l'efEeade ce siège fut tenu desi près, et poursuivy avec tant de promptitude, et le tonnent des assiégés tellement redoublé, qu'à peine leur donnoit-on loisir de respirer, qui est le principal moyoi pour rendre toutes choses difficiles et laborieuses, traitables et faciles.
Ceste ville, encore que quelques uns qui se sont essayés dé la portraire luy ayent donné forme ronde, me semble toutefois plustost pentagone qu'autrement, ou à parier plus funilièr^nent, presque la vraye forme et desseing d'une escarcelle S ayant du costé de la rivière de Mozelle, à l'endroit où on la battoit, une courtine de trois à quatre cens pas de profil et diamètre, aux deux bouts de laquelle sont deux plateformes fort belles et massives, mais non encore accomplies comme il seroit requis pour le mieux, à cause que elles ne sortent assez en dehors, et qu'en cest endroit il y a faote de flancs, lesquels, encore si peu qu'il y en avoit, hirent tantost ostés et rompus, n'ayant eeste courtine en tout pour la fûncquer que ceste tour ronde, qui fut aussi batue, comme a esté dit cy -dessus. Aux autres trois encoignures sont aussi trois platesformes fort bien terrassées, desquelles les défenses paroissent aucunement en dehors; mais c'est si peu et de si facile oppugnation, qu'elles ne pouvoient empescher d'y assaillir une bresche. U est vray» et
(1) Grande bourse de cuir.
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GUERRES 1)Ê ftÉLGÎQUË, LiV. XL
fc'est mon advîs, oti ceux qai Pont fortifiée ont eu plus d'esgard qu'en la pluspart de ce circuit elle est close de marets et de petits ruisseaux qui les abbreuvent et s'y escoulent, qui faisoit penser et croire qu'il n'y avoit Weu d'y pouvoir approcher et loger artillerie, et par ainsi, qu'à si peu de remparts qu'on adjousteroit au dedans la ville, la difficulté et naturel du lieu inaccessible leur serviroit au surplus assez de défense ; mais, suivant ce que j'ay dit cydessus, les inventions des hommes sont en ce règne si estranges et incrédibles, que l'usage et longue expérience y sont novices et comme apprentives. Au demeurant, ceste ville est au dedans autant parfaitement remparée et terrassée que l'on peut dire et souhaiter, n'estant aucunement commandée ny subjecté à aucune montagne ou colline en tout son contour et environ ; qui me fait dire, pour conclusion, que c'est Tune des plus belles oppugnations d'une très forte ville que le roy de France peut avoir faite pour estendre ses limites, et autant daisible pour la conservation des frontières de son royaume. Je ne veux oublier à dire, avant davantage m'eslongner de ces termes, que M. de Guyse, incontinent après ceste prise, envoya devers l'évesque de Trêves, qui est l'un des électeurs de l'empire, n'estant la ville de Trêves distant de Tbéonville que neuf ou dix lieues, ce me semble, pour l'asseurer et oster de toute crainte et suspicion de l'armée du roy, la Majesté duquel ne vouloit en aucune sorte entreprendre sur ces terres, biens et appartenances, ains plustost le conserver et ayder de son pouvoir et faveur, et tout ce qui estoit et attentoit au Sainct-Empire.
Pour quelques jours après la prise de ceste place, l'armée françoise demeura campée à i'entour, tant pour faire réparer et raccoustrer les brèches, pour la munir et la rafreschir de nouveau, que pour attendre le surplus de la gendarmerie, qui arrivoit tous les jours à la file; aussi que le nombre des estrangers que le roy avoit asseuré et retenu à sa solde n'esloit pour lors encore complet et venu. Mesmement l'on attendoit l'un des frères du duc de Saxe, qui, dès ce temps, s'estoit acheminé de son pais pour venir au secours et faire service au roy et à la couronne de France, en recognois* sance des plaisirs et faveurs que leur maistre en avoit receu. Pendant lequel temps l'on eu<» XYl* SIÈCLE, La PI. et La P|.
voya deux ou trois mille chevaux recognoistre la ville de Luxembourg, estant adonc la délibération en termes, et mise en avant si on l'iroit assiéger ou non. Surquoy aucuns allégaoient estre le plus expédient qu'adonc l'on pourroit entreprendre , jugeans que ceste grande viDasse, non aucunement forte, pleine de populaire pauvre et effrayé, ne tiendroit jamais vingt quatre heures, et encor que l'on sceut bien que le prince Mansfel et comte d'Horie, et plusieurs autres seigneurs et capitaines, fussent dedans avec force gens de guerre , si est-ce que la terreur générale des hommes surpasseront et surmonteroit l'assurance du plus petit nombre, outre ce que il seroit fort difficile que les vivres qui estoient là dedans pussent longuement suffire pour toute la multitude qui s'y estoit réservée; par ainsi que c'estoit le meilleur au plustost les aller assaillir en cest effroy, avant leur donner loisir de penser aux remèdes, et se pourvoir et fortifier. Autres remonstroient tout le contraire : disans que, nonobstant que ceste ville fust foible et peu fortifiée, si est-ce qu'elle estoit si grande et d'estendue si diverse et séparée, qu'il faudroit une fort grande armée pour Penclorre et envelopper entièrement, laquelle encore il faudroit démembrer et séparer en lieux où il y auroit difficulté de se pouvoir secourir les uns les autres , estant mesmement garnie et pourvue , comme l'on l'a voit peu sçavoir certainement, de bons chefs et gens de guerre expérimentés, entre autres du nombre des vieilles enseignes espagnolles que le prince Mansfel y avoit fait venir en ferme asseurance de défendre et garder la capitale ville de son gouvernement, au siège de laquelle pour le moins se consommeroit un long temps, qu'il vauldroit beaucoup mieux employer en plus longue estendue et recouvrement du territoire circonvoisin , pendant lequel temps ceux qui seroient dedans ceste ville mangeroient leurs vivres, ou seroient contraints vuider et se descharger de nombre; et cependant l'on apprendroit tousjours quelque chose de leur faict et nécessités, pour, selon ce que l'on verroit pour le mieux, résouldre de ce siège.
Selon cest advis, ainsi que j'en puis juger par Vaççatcûce qui s'en est démonstrée, l'ar- «^èc îr«nço\8e , au deslogement d'auprès de ThéOW^*^^ d\a camper auprès du Mont Sainct •
iTJtàNÇOlS DE tlABCTUV.
Jeta , 4oDt elle cliépartit le prenais jour de joiUet, s'approchaat près de Arlon, dedans la* quelle ville le bruit estoit estre environ cinq ou six enseignes de gens de pied et quelques gens de cbevai. Geste ville, le soir du deuiiesme de ce mois, fut sommée de se rendre ; toutefois, ceux qui estoient dedans, voulant eontrefiadre des braves, et se persuadans reporter quelque h(mneur en leur reddition , voulurent parlementer, proposans certaines conditions assez audaeieuseset téméraires, dont ces princes irrités, ou plustost se mocquans, soubs fainte de ce parlement, leur appareilloient cou vertement ane camisade, pour leur faire sentir Teffect et payement de leurs réquisitions , ayans ordonné dix-buict enseignes françoises pour leur en aller porter tesmoignage par certains endroits que Ton avoit recogneus faciles à estre escbellés; mais ceux qui estoient dedans, se doutans ou advertis de cest appareil, en ces entrefaites sortoient par une poterne, en un endroit où Ton ne se doutoit point, et abandonnèrent ainsi la viUe, après y avoir mis le léu par tout. Ce qu'estant apperceu des François, à la foule entrèrent là-dedans, et essayèrent en toutes sortes d'esteindre ce feu, pour seulement recouvrer les meubles et butins qui brusloient; toutefois, il y estoit desjà si embrasé, qu'il n'y eut ordre d'en sauver la meilleure partie. Trois ou quatre jours après, < quand la plus grande violence du feu fut amortie, Ton fit sapper et démolir les fondemens des murailles et fortifications ; et fut ainsi démantelée et ruinée en la meilleure part, afin d'oster en i^près toutes occasions à Tennemy de soy pouvoir reloger et fcurtifier de ce lieu. Derei^f, M. de Nevers avec trois ou quatre mille chevaux, la pluspart reitres« alla recognoîstre Luxembourg, où furent dressées de fort braves et furieuses escarmouches, et sortirent ceux de dedans de fort grande asseurance au combat, et en grand nombre, fisiisant suffisante démonstration de n'avoir aucune crainte, jBt d'avoir volonté de se bien défendre. Avec ce, l'infinité de canonnades qu'ils deschargèrent faisoit juger qu'ils n'avoient faute de munitions, et la multitude de gens qui se présentoient en armes sur les murailles couvertes d'enseignes donnoit à penser qu'il y avoit force soldats là-dedans. De ce lieu aussi, M. de H<iultcourt, gouverneur d'Yvoy, avec cinq
tl558]
ou six compagnies de gens de pied et cent ou deux cens carabins (qui sont harquebusiers à cheval), et M. de Prie avec la compagnie de gens d'armes du comte de YiUars, dont il est lieutenant, y estant les sieurs de Guévant, enseigne, et de Yauzay, guidon, avec deux pièces d'artillerie, allèrent prendre et saisir les chasteaux de Rossignol, Villemont et Chigny, que les ennemis avoient repris depuis le voyage de Herbemont; desquels les deux, à scavoir Rossignol et Villemont, furent bruslés et ruinés, et Chigny fut gardé et fortifié pour favoriser^ tant Herbemont que Yvoy.
En ce lieu, près d'Arlon, commença le premier mutinement entre les François et Allemans ; mesmement les reitres, le troisiesme de ce mois, environ les quatre heures du matin, lesquels estoient desjà tellement eschaufTés et aigris, qu'ils s'estoient mis en armes, prests à se choquer, se couper la gorge les uns aux autres, quand M. de Guyse et M. de Nevers, en estans advertis, se présentèrent et mirent entre deux, et les séparèrent sans coup ruer, et dès lors cherchèrent tous moyens, et donnèrent tout ordre, à ce que tels mutinemens et séditions, qui sont fort dangereux en une armée, n'advinssent. Sur quoy je ne puis que je ne die, n'estant toutefois aucunement picqué et transporté d'affection naturelle, que ceste nation, là où elle se sent la plus forte, est, ou est devenue la plus présumptueuse et hautaine qui peult estre entre toutes les autres, et laquelle se peult moins conserver et hanter sans querelles, mesmement pour beaucoup de bonnes complexions qui sont en elle, et qu'ils honorent fort aussi. Je laisseray ce propos odieux et inutile, pour parachever de dire qu'en ce lieu M. de Guyse receut une grande perte par feu, lequel fut mis en ses tentes, ne scay-je comment à la vérité. Luy furent bruslés et estoufTés les meilleurs de ses chevaux de service, et la pluspart de sa vaisselle d'argent dépérie, fondue et perdue, avec plusieurs autres bons meubles estimés à la valeur de plus de sept ou huit mille escus; et, a-t-on voulu dire davantage, que sa personne fut en danger avec d'autres gentilshommes de sa maison. Il en advint autant à M. de Bordillon, qui fut encore poursuivy de ce feu de si près, jusques à brusler son lit de camp. Ce sont les faveurs et largesses mx^ fortune le plus souvent a accoua*
tumé départir à ceux qui suivent les armes. L'armée françoise demeura campée à Feutonr d'Arien, d^nis le premier jour de juiDet jasques au neufviesme, tant pour ruhier ceste ville d'Arlon que les autres forts des environs, pareillement aussi pour advîser et attendre s'il se présenteroit quelque occasion d'assiéger Luxembourg. Toutefois, se représentant l'entreprise de plus en plus douteuse, et d'ailleurs estant de longue main les principaux desseings prémédiiés et tendans devers la Picardie, où jà M. de Thermes devers Calais avait une petite armée, et M. d'AumaRe à La Fère dressoit un antre amas et assemblée, pour se joindre et a»sembief à certain lieu ordonné, au partir de là, le camp s'alla former auprès de Vireton, où il fit séjour huict jours entiers, pendant lesquels, le plus souvent, se dressoient force escarmouches devant Luxembourg. Quelquefois aussi, ceux de là-dedans estoiem bien si hardis que <ie venir escarmoucfaer et donner aRarmes jusques en nostre camp ; qui faisoit de phw en plus penser que ce seroit perdre temps de les assiéger. En ces entrefirites et pendant ce séjour, vindrent nouvelles que M. de Thermes, le treiziesme de ce mois, avoit esté desfaict près de Gravelines, et m'est fort dHBcile de déduire et narrer certainement tout le faict de ceste adventure, tant pour n'y avoir esté présent, que pour en estre les rapports si dîfférens et partiaux que la vérité s*y trouve le plus souvent masquée et dissimulée, et par ainsi, en la cuidant quelquefois ensuivre, on làrt bien souvent tort et injure à qui l'honneur appartient, ouhrc ce que, pour le jourd'huy , à la trop tenir de près et déclairer, il n'y va que de h vie. Toutefois, ne voulant offenser personne, je dîray simplement ce que j'en ai appris. Ayant M. de Thermes assemblé à Calais de quatre à cinq cens hommes, trois compagnies de che* vaux légers escossoises, quatorze enseignes de gens de pied françoises, et dix-huict d'Allemans, où se trouvèrent s^blaMement pour chefs et capitaines messieurs de ViHebon, de Senarpont, d'Annebault, de Chaulnes et MorvîUiers; et estant adverti que la phispart des villes selon la coste de la marine estoient mal pourveues et garnies de gens de guerre, ftt une entreprise de s'aller emparer d'une fort belle ville appellée DuhAerke, selon ceste
GUERRES DE BELGIQUE, LIV. XL
dâibérant encore d'entrer plus avant, voire entreprendre et essayer Gravelines, tfîi s'en of* froit quelque occasion. Suivant ceste délibération, et feignant toutefois prendre autre chemin, passa au-dessi» de Gravdine», el aUa assiéger une petite ville appellée Berghes^ laquelle il print en peu de temps, et fut pillée et saccagée, où forent trouvés et prins de grandi butins. Cela feiet, sans y faire séfour, il vint assiéger Duinkerke. Laquelle, après avoir tenu quatre jours seulement, fot prinse, pillée et saccagée, et où se trouvèrent de phw riches et précieux meuMes et butins que les préeédei» ; de sorte que l^on disoit qu'il n'y avoit jusques aux gougeats et laquais, qui ne s'y fussent 6its riches. Durant ces exécutions, M. de Tbermet va devenir malade à DuiidLerhe; ce nooobsumt, afin de poursuivre ce bon eommawement et première pointey mesmement em eéste terreur et espooventement ou il voyoh tout 1* pays esbranlé, il &it mafdMr et approcher l'armée de Gravelines, en reoftetlant k charge à messieurs de YiUebon et de Senai^pebt. Ainsi, estant ceste armée campée le long de la imoîm et des dunes, près de Gravelines, quelques jours se passèrent en escarmouches et sorties de ceux de la viHe, attendant la convalescenee et bonne disposition de M. de Tberme»y afin d*adviser et résouldre de ce siège, ou d'autre exploit pour le mieux. Et cependant la comte d'Aiguemont , qui est lieutenant po«t le rey PhtKppes en ces Paya-Bas, assembla les gar»sons à h phis grande diligence qu'il peut, et ramassa, tant de gens du pays d^ conummes que de gens de guerre, jusques au nombre de quinze ou seize miMe hommes de pied, et de trois à quatre mille chevaux, y comprins douze ou quinze cens reitres, qui estoi«it ceste part en garnison, en intention de venir faire teste à nostre armée et kvy retreneher le ebeuiin d'entrer plus avant, ou pour le moins interrompre Fentreprise et siège de Gravelines, dont il se doutoit. Dequoy Ton dit que messieurs de YHIebon et de Senarpont advertirent M. de Thermes; lequel, encore qu'il ne fost bien sain, hiy estant redoublé que le comte d'Aiguemont avec ses forces marchoit desjà vers eux, se retira h part où estoit l'armée. Où il ne fost sitost arrivé que l'ennemy se trouva deqft f<y^ P^ ^ voisin, toutefois sans que
f oste, où il y a un fort beau et rich^ port ; \ ^^ deoi «imèes iîsaent aucun semUaat de
venir aux prises. M. de Thermes, sentant ses forces inégales, et beaucoup moindres que celles de son «tmemy, délibéra se retirer devers Calais. D'autre part l'ennemy, ou s'en doutant, ou en estant adverti, proposa de s'y opposer et luy couper chemin, et l'enserrer entre Gravelines et luy, et le contraindre de combattre à son désavantage , ou l'affamer. Ce que considérant et prévoyant M. de Thermes se mist en devoir de prévenir et de pasrser le premier la rivière qui vient devers Sainct-Omer, et passa auprès de Gravelines : toutefois ce ne fut encore si tost que les ennemis ne l'eussent desjà la pluspart passé, et la passoient encore, se voyant les uns ei les autres.
Quand l'avant garde de M. Thermes fut arrivée à l'autre bord, elle se rangea un peu plus avant en bataille, pour couvrir et soustenir le surplus de l'armée, qui traversoit la rivière au plustost qu'il estoit possible, lorsque deux troupes d'ennemis, partie reitres, partie cavallerie, chacune de douze à quinze cens' chevaux, qui estoient arrestés et se présentoient en front, commencèrent à marcher comme voulans charger. L'une desquelles, et la première s'advançant, donne en teste à nostre avant garde, qui Ait fort bien et vaillamment soustenue, comme aussi fut l'autre, pensant couler et donner en flanc. Et l'une et l'autre furent à ce premier choc si bien rembarrées et repoulsées, que les nostres dèslors pensoient avoir gaigné le camp et estre demeurés les maistres, crians desjà : « Victoire ! victoire ! ** Sur cela, et comme ils estoient escartés, arriva un gros hot de gendarmerie d'autres quinze cens ou deux mille chevaux, où l'on dit qu'estoit le comte d'Aiguemont, qui, les rechargeant de nouveau, les renversa et mist à vau de route, estans mesmement mal secourus du surplus de nostre gendarmerie, et où l'on accuse aucuns des chefe et quelques compagnies avoir fait mauvais devoir, ^insi que les ennemis mesmes l'ont rapporté et tesmoigné : disans que si les premiers des nostres eussent esté soustenus et secourus à la première charge où ils avoient fait si bien, de deux ou trois cent chevaux seule^ ment, ils eussent tenu leur armée en ordre et âvoient la victoire en main. Au surplus, en ce désordre, s'étans nos gens de pied mis et serrés en bataillons, quant ce vint à cond)attre et
FRANÇOIS DE RABUTIN. [1668
que les emiemis se présentèrent pour les rompre, les compagnies françoises soustindrait et combattirent tant longuement qu'ils se peurent remuer, et jusques à ce que les armes et les vies leur défaillirent. Mais Ton dit que les AUemans ne feirent aucune résistance, ains, se rompans d'eux-mesmes, haulsèrent leurs picques, et jettèrent là leurs armes ; ce que l'on a trouvé bien estrange et mauvais. Voilà comme pour vérité l'on m'a fait entendre la desfaite de M. de Thermes près Gravelines, où estant fort blessé, il demeura prisonnier; comme aussi firent les seigneurs de Senarpont, d'Annebault, de Villebon, de Morvilliers et de Chauhies, et beaucoup de gentilshommes et vaillans soldats, les noms desquels certainement je voudrois sçavoir, afin qu'en les nommant ici, par leur mémoire,il peussent servir d'exemple à leurs successeurs. Et n'y ay point ouy parler qu'il y soit mort gens de renom de nostre part, combien que je sçache bien, et comme il ne peut estre autrement, qu'il n'y ait eu beaucoup de gens de bien tués et blessés, lesquels, encore qu'il n'ayent grand bruit et ne soient grands seigneurs, ont autant vertueusement et honorablement combattu et fait leur devoir que aucun des chefs mesmes. Toutefois, n'en ayant peu recouvrer les noms, je suis contraint les passer en silence, souhs protestation que, s'ils estoient sçeus de moy, je ne serois receleur de leur vertu et mérite, ains le déclairerois d'autant bonne volonté que de plus grand capitaine de ce royaume. Ceste double recharge de fortune adverse interrompit, comme l'on a voulu dire, beaucoup de belles et advantageuses entreprises qui avoient esté de longue main préméditées et prévenues, pour avoir sa revanche sur l'ennemy. Néantmoins que dèslors le bruit estoit de quelques propositions de paix, et disoit-on que M. le mareschal de Sainct-André avoit eu sauf-conduit et congé sur sa foy pour en venir faire l'ouverture, et porter les propos auroy,à la sollicitation de ceste vertueuse princesse la duchesse douairière de Lorraine, laquelle, ainsi que l'ay touché dès le commencement de celivre, aura à jamais ceste gloire d'avoir donné le commencement et fin à ceste paix, et d'avoir réconcilié ces deux grands rois, si fort irrités. Auquel bon et sainct œuvre chacun scait bien aussi que ce bon et vertueux chevalieTi M. le connestable, s'est employé
GUERRES DE BELGIQUE, LfV. XL
joflqoes à tout, voire depuis le temps qa'il fut prisonnier; la vertu duquel en cela, et toute autre chose d'importance, a esté révérée et en admiration aux ennemis.
Après avoir sceu ces nouvelles, l'armée françoise fit peu de séjour en Champagne; ains, sans longuement camper ny s'arrester, à raisonnables journées tira et s'approcha de Picardie, mesmement ayant esté rapporté que les ennemis s'assembloient et tenoientdesjà camp en grand nombre près de MaroUes et Maubeuges, qui n'est fort loing de Guyse. Parquoy, costojant ceste lisière, et passant près de Sedan et de Mésières, et le long du pays de Tirasse, nostre camp se vint dresser et loger le vingthuictiesme de ce mois de juillet au lieu de Pierrepont, lieu fort propre et en commode assiette pour lastance et séjour d'une armée, pour estre et de naturel assez fort et facile à fortifier, et oultre plus environné de campagnes descouvertes de longne estendue, où l'on peult ranger et ordonner une armée en bataille ; avec ce, de ce lieu l'on peult eslire telle adresse que l'on veult pour y départir secours, soit en Champagne ou en Picardie.
En ce lieu de Pierrepont, sur la fin de ce mois, le duc Guillaume de Saxe, second fils de Jehan Frederich, électeur et duc de Saxe, duquel j'ay desjà parlé cy-dessus, se vint joindre à Tannée du roy, au service duquel il amena avec luy sept cornettes de reitres, montans au nombre de deux mille cent chevaux, à trois cens chevaux pour cornette, fort bienenpoinct, et se représentans hommes hardis et furieux, la pluspart Prussiens. Avec luy vint aussi Jacob de Ausbourg, vieil soldat expérimenté aux armes, ayant esté lieutenant du marquis Albert de Brandebourg en toutes ses guerres, fort estimé de luy, qui amena pareillement au service du roy un régiment de dix enseignes de gens de pied allemans, bons soldats et aguerris, comme ils le démonstroient en leurs apparences. Le septiesme du mois d'aoust, jour de dimanche, ce prince allemant alla à Marchets trouver le roy et luy faire la révérence, accompagné de cent gentilshommes de sa nation, de ses plus favorisés et cognus. Le roy luy fit fort bon et honorable recueil, le remerciant de sa bonne volonté et affection, avec promesse et asseurance de le recognpis)re Coptes les fois
(<) Caaipqneot
qu'il en seroit requis, et que le moyen se présenteroit. Le rey s'estoit approché de ce lieu de Pierrepont pour veoir son armée en ordon^ nance et rangée en bataille, y estant le liea fort propre, comme je l'ay dit, pour autant qu'on avoit fait entendre à Sa Majesté, et comme il estolt vray, qu'il se trouveroit avoir et verroit assemblée l'une des plus belles et des mieux complettes armées que roy de France meit oncquesaux champs ; n'estant mémoire qu'en toute autre précédente s'y soient veus tant d'estrangers allemans, mesmement de cavallerie, montant avi nombre de près de huict mille chevaux. Parquoy, le huictiesme de ce mois d'aoust, aprèls que M. de Guysa luy eust donné à disner et a tous les princes qui accompagnoient Sa Majesté audit Pierrepont, une heureaprès midy alla trouver et veoir son armée mise en ordonnance en une belle campagne rase, an-dessus de ce lieu, de laquelle ordonnance j'ay bien voulu faire icy ample description, ayant esté de moy diligemment et songneusement vene et considérée comme de chose rare et digne de marque et mémoire, et servant d'advertissement à ceux qui suivent les armes. En premier Ueu, sa forme estoit en demy cercle ou comme un croissant , ayant les deux cornes de Pavantgarde et arrière-garde estendues comme les deux aisles, et au milieu estant comme le corps et principale force et la bataille. A la corne senestre, devers Laon et sur le chemin de Cressy , à la pointe de l'avant- garde, estoient les compagnies d'harquebusiers achevai descapitaines Faverolles et Tnchasteau, chacune de cent chevaux, et celles de chevaux-légers des capitaines Pieries, Laigny, La Valette, Rotigotty et Bneil, chacune de cent chevaux, joignant et suivant lesquelles estoient les quatre cornettes de reitres du duc de Lunebourg, qui suivoient autres compagnies de cavallerie légère des capitaines comte de Boissy , Lombay, Truchepot, Thomas et comte d'Eu, chacune de cent chevaux, réservé celle du comte d'Eu, qui estoit de deux cens, et celle de g^darmerie de cinquante hommes d'armes de M. de Nemours, qui y estoit en personne comme général sur toute la cavallerie légère. Tout auprès d'un moulin à vent qui estoit là commençoit la bataille, où estoient de premier front les compagnies de gendarmerie de messieurs de Curton, princedeLaRocbe-sur-Yon, de Randan, de La
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Rochefoncault , de LaYaaguyon,de Janlis, de La Roche-da-M aine et de Montmorency, chacune de cinquante hommes d'armes, entre lesquelles et les autres compagnies qui joignoient, estoient quatre cornettes de reitres du colonel Scheneveax ; puis s'estendoient de front Ie« compagnies de gendarmerie de messieurs de Beauvais, Ta vannes et de Bordrîlon, chacune de cinquante hommes d'armes, et celles de messieurs les ducs de Lorraine et de Guy se, lequel estoit là en personne comme lieutenant général pour le roy, et commandant en la bataille, duquel la cornette estoit au-devant de sa compagnie, et sa garde de cent reitres soubs la charge du capitaine Baudopré encore plus avant, comme aussi estoient cent harquebusiers à cheval soubs la charge du capitaine Ventou. Âu-dessoubs de ce prince estoit le duc de Saxe avec ses sept cornettes de reitres, et tout après estoîent rangés en bataillon quarré les deux régi mens de gens de pied allemans des colonels Reifberg, de dfx enseignes, et de Waldebourg, de quatre, qui flancquoient; d'autre costé quatre cornettes de reitres du colonel Henry Stoup. En après s'entresutvoient en file les compagnies de gendarmerie du comte de Chamy et prince de Salerne, chacune de cinquante hommes d'armes, et celle de cent de M. le connestable. Au bout de ceste file estoient en bataille les dix enseignes d' Allemans du régiment du comte de Rocquendolph, et six de Suisses soubs la charge du colonel Wittes PreHch. L'artîflerie estoit après attelée et traînée fa bouche devant, preste à jouer, montant au nombre de quarante canons , doaze coulevrines bastardes et une moyenne, au costé de laquelle estoient arrangés sei^e enseignes de vastadours et pionniers, et tout au-devant estoient advancées quatre compagnies d'enfans perdus. De Fautre flanc de ceste artilterie, à la main droite, estoient pareillement en bataille huici enseignes d'infanterie françoise,.|oîgnant lesquelfes estoit aussi en bataiHe le régiment du comte Reichrocb, de neuf enseignes. A leur costé droit estoient quatre cornettes de reitres du fils de lansgraf de Hesse; puis s'estendoient en front les compagnies de gensdarmes du foy-daulphin et des ducs d'Aumatte et de Bouillon, chacune de cent hommes d'armes, au-dessoubs desquelles compagnies s'estoient mis en bataille les deux régimens d'ABemans des eoloneh Luxeb<nirg
FRANÇOIS DE RABUTIN. fi558]
et de Jacob d'Ausbourg , chacun de dix enseignes. En cest endroit convenoit Fautre corne, ou, si on veult, Faisle droite tirant devers Marie. Et là estoit la compagnie de M. de Névers, de cent hommes d'armes, où ce prince se trouva en personne comme commandant pour lors en Farrière-garde, encore qu'il se trouvas! mal, loutefbîs que depuis, pour mieux recouvrer sa santé, le roy luy permîst se retirer i Laon ; et en son fieu fut ordonné M. JAumalIe. Tout joignant ceste compagnie estoient celle de M. d'Eschenetz, de cinquante hommes d'armes, et celle de M. le mareschal de Saiftct-Aiïdré, de cent, et au-dessus d'eux quatre cornettes de reitres du colonel Grombau. Encore plus hault qu'eux s'estendoient en file lés compagnies de gendarmerie de messieurs le marquis d'Elbeuf et duc de Montpensier. Ain^ estoit rangée ceste belle et furieuse armée, que le roy, accompagné de plusieurs grands princes de son royaume, visita et voulut veoir d'un bout à autre. En quoy H ne feuTt doubtet que Sa Majesté print un singulier pfarsîr et consentement, voyant tant de prtnces, grands seigneurs, capitaines, gentilshommes, et générallemeni tant d'hommes là assemblés, se présetïtans pour sacrifier leurs vies pour son service et potiT soustenir sa querelle. Mais ce qui donna encorfe plus grande admiration, et là où Ton pétrit cognoistre les estranges et borrfbfes puissttiices et inventions de ce furieux et sanglant dîtn Mars, ce fbt à ouyr tonner et bruire ceste artillerie, et là veoir descharger harquebusiers et les pistolâdes de ces reîtres: on eust dit proprement que le ciel et la terre s'esclattoient en infinis tonnerres, ou que !e Tout-Puissant vouloit à ce coup fouWroyer toute ceste machine ronde. Après ceste reveue généralle, se retirant ce soir mesme le roy à Marchets, chacune compagnie retourna en son quartier, se trouvant, à mon advis, chacun soldat bien hus et travaillé d'avoir derteuré depuisr le matin six ou sept heures en bataille jusques à quatre ou cinq du soîr, chargés d'armes, et peult estre mal repeus, et davantage altérés pour la grande chaleur qu'H fit ce jour , la poussière qui y lut rtmuée et esmeue, qui sont les exercices ordinaires que pauvres soldats sont coustumiers avoir. En cest endroit, et pendant le séjour de Pierrepont, je ferai une brîefve digression, pour dire comme une armée de mer de six ou sept
CtJERRÊS DE BELGIQUE, LIV. XI.
vingts vaisseaux flamens et anglois, ayant costoyé et tasté les endroits foibles de la coste de Bretagne» finalement le vingt-neafviesme du mois de juillet précédent encest an, à la pointe du jour, comparut devant un havre nommé le Conquest, où est située Fabbaye de Sainct- Mabé, que Ton dit est^ m finibus terrœ^, lesquels d'abordée sembloient estre plus de quatre cens. Mais s'estansarrestés et les voilles baissées pour commencer leur descente, fut cognu qu'ils ne pouvoient estre plus de six ou sept vingt», partie de bien grands, comme vaisseaux sarragosses et autres du port de mille ou douze cens tonneaux. S'approchans du port envi nm les huit heures du matin, ils trouvèrent six ou sept vingts hommes et quelque peu d'artillerie qui leur résistèrent et tirèrent parmi eux, et n'en firent grand cas. A leur première arrivée Ib sonnèrent une fanfare avec leurs trompettes, laquelle finie ils deschargèrent toute leur artillerie en façon d'une salve, puis après jettèrent quinze bateaux à plat fond , portans chacun cinq cens hommes, tous lesquels arrivans en terre faisoient bien le nombre de six ou sept mille hommes, qui donnèrent si grand tremeur et frayeur de plein sault à tout le peuple, qu'on leur abandonna tout soudainement. Parquoy, se voyans supérieurs et maistres, commencèrent à piller et saccager le village de Conquest, où en après ils meirent le feu mesmement aux temples et églises, où davantage ils perpétrèrent infinité d'insolences scandaleuses et infâmes. Quatre enseignes de Flamens se jettèrent à la campagne pour butiner, lesquelles estans rencontrées de M. de Kersimon, qui en dix ou douze heures avoit amassé des gentilshommes et des communes jusques au nombre de cinq ou six mille hommes, tant de cheval que de pied, lesdesfit et en massacra plus de cinq à six cens ; avec ce plus de six ou sept vingts des principaux restèrent prisonniers, Fun desquels prisonniers, qui estoit Hollandois, confessa que trente navires estoient venues de Hollande par le commandement du roy Philippes à l'isle de Huye* trouver l'armée d'Angleterre, qui estoit au nombre d'environ cent ou six-vingts vaisseaux, où ils pouvoient avoir quinze ou seize chevaux légers, et que le desseing de toute ceste armée estoit de prendre Brest avant que s'en retourner. Ajans commission ainsi le faire
(I) I>iim> le FInUièro, - (2) \V!gt,
è peine d'estre pendus à leur retour, les Anglois qui estoient descendus avec les Tlamens, quand ils veirent ceux qui s'estoieni advancés des premiers, si mal menés et si bien estrillés, à toute haste retournèrent en arrière pourcuider regaigner leurs vaisseaux, où ils ne laissèrent pourtant à estre poursuivis et sentir leur part des coups, et où surtout ils beurent plus que leur saoul d'eaue sallée. Depuis se tindrent tousjours embarqués devant ledit Conquest. Cependant les communes de l'évesché de Léon et de Comouaillesà la conduite des gentilshommes s'assemblèrent et se présentèrent à eux, au nombre de trente mille hommes.
Deux ou trois jours après arriva aux ennemi^; renfort de trente grands navires, et néantmoins tous firent voile et se retirèrent douze ou quinze lieues en mer, tirans vers l'isle de Bast', où ils s'arrestèrent vis-à-vis du Rosou^, qui est un havre au mesme évesché, et n'est de distance du Conquest que de huit ou dix lieues pour le plus. Les communes par terre les costoyèrent tousjours à veue d'oeil, afin qu'ils ne prinssent terre en quelque lieu au despourveu. M. d'Estampes, qui est lieutenant pour le roy au duché de Bretaigne, ayant eu advertissement, en toute diligence meit ensemble sept ou huit mille chevaux, et douze ou quinze mille hommes de pied pour leur faire teste et les soustenir s'ils se fussent addressés en quelque endroit pour entrer en pays, ayant au demeurant pourveu et muny les places fortes, comme Brest, Sainct-Malo, et toutes les autres le long de la coste, toutefois qu'ils n'entreprindrent rien au pardessus de ce qu'a esté di t , et s'en retournèrent et évanouy rent ainsi qu'ils estoient venus, ayans seulement fait leurs monstres. Ce que j'ay bien voulu adjouster ici pour faire paroistre en combien d'endroits, tant sur terre que sur mer, la guerre se démenoit pour la querelle de ces deux princes, et combien aussi de divers estranges maux adviennent au pauvre peuple, par le moyen et occasion d'icelles guerres; maintenant j'iray retrouver l'armée du roy.
Trois ou quatre jours après ceste revue générale, nostre armée décampa de Pierrepont, tirant le chemin devers Cressy et La Fère, mesmement pour avoir esté sceu que l'armée de l'ennemy fort engrossie marchoit en pays, suivant la traicte devers Péronne. Et nonobstant qu^
(f}BaA.^(l}K08COfr,
ibi FRANÇOIS CE RABUÏIN.
bruit fost grand ei paUié partout que la paix se traitoit à boa escient, et que, soubs ceste intention, plusieurs allées et venues se feissent (Tune part et d'autre, pour adviser et de terminer du lieu propre où se trouveroient les députés pour cest effect, si est-ce que l'on estoit tousjours en doute que, soubs ce prétexte et dissimulation, il n'advinst quelque surprise, ainsi que d'autres fois se trouve avoir esté fait. Par quoy, si tost que nouvelles vindrent que l'ennemy s'acbeminoit ceste part, estantM.de Humières adverty, qui en est gouverneur, on lui envoya de renfort les compagnies de cavallerie légère des capitaines Piennes, La Yallette, Tuty, La Ferté, les barons de Banna et Trichasteaux, de Laigny et de Faverolles, avec quatre enseignes de gens de pied françoises. Toutesfois Tenncmy, sans faire semblant de s'y vouloir arrester, coulant seulement le long de ceste rivière de Somme, reprint le chemin plus à main droite devers Miraulmont, approchant de Corbie, pour de là tirer vers Authie, à deux ou trois lieues près de Dourlan, qu'ils menassoient fort, selon que les rapports en venoient tous les jours. Nostre armée ayant fait peu de séjour à La Fère, et passant près de Chauny, vers Nesle et près Corbie, finalement vint camper auprès d'Amiens, le long de ceste rivière de Somme, où elle arriva sur la fin de ce mois d'aoust. Et pour remédier à ce que ceste place de Dourlan, où estoient chefs adonc messieurs de Bouchavannes et de Crèvecueur, ne fust surprise et assaillie au despourveu, à cause des advertissemens qui venoient comme les ennemis bastissoient force gabion^t dressoient autres préparatifs pour un siège, M. de Guyse, dès le dix-huitiesme de ce mois d'aoust, avoit commis le capitaine La Ferté pour y conduire trois ouquatrecensharquebusiers à pied, soubs la charge du capitaine Drenelle,ouItre les compagnies de cheval et de pied qui y estoient desjà. Et incontinent que ces deux grandes armées eurent choisy leurs stances et lieux pour camper, celle du roy Philippes s'estendant le long de la rivière d' Authie, et celle du roy le long de la rivière de Somme, au dessoubs d'Amiens, se fermèrent et remparèrent encore de trenchées flancquées et armées d'artillerie, comme s'ils eussent attendu d'estre assiégés Tun de l'autre, et comme s'ils se fussent desjà tout résolus d'y faire un long sé}our pour se matter et
tisséj
vaincre l'un l'autre paf la longuetir du temps.
Pendant ce séjour et voisinage de ces deux armées, et que les propositions de paix estoient en termes, le plus souvent néantmoins se £aisoient courses, entreprises et escarmouches les uns sur les autres, mesmement la cavallerie légère, laquelle, estant logée le plus près des ennemis, journellement estoit sur leurs bras et à leurs talions, de façon qu'ils empescboient bien que leurs fourrageurs ne s'escartassent et ne vinssent charger vivres du costé de deçà, approchant l'armée du roy. Toutefois que de les racompter toutes les unes après les autres il me seroit presque impossible, d'autant qu'elles se dressoient en divers endroits et en divers temps, tellement qu'il n'en venoit à nous que le bruit, mais bien entre autres je diray que, dès le quatriesmede septembre, M. de Nemours, général sur toute la cavallerie légère, accompagné de M. le comte d'Eu, fik aisné de M. de Nevers, et des capitaines le comte de Rosânon, Le Pelou, de Piennes, La Vallette, La Ferté, Laigny, Tuty, Puygaillard et le baron de Banna, et autres capitaines avec leurs compagnies de cavallerie légère, partit ce soir pour aller donner une strette et camisade aux ennemis. En quoy il usa de si bonne conduitte, selon qu'il est prince de gentil esprit, prompt et vaillant, et luy fut la fortune si heureuse, qu'ayans esté les sentinelles trouvées endormies ou estonnées, et dépeschées sur le champ, entrèrent bien avant dans le camp de leur cavallerie et des gens de pied de leur avant-garde; mais je dis avec une telle allarme et efîroy à toute ceste armée, que tout fuyoit devant eux, et leur fut loisible de donner jusques aux tentes et en coupper les cordages, voire jusques à l'artillerie, qu'ils eurent en leur pouvoir abandonnée près de demie heure. Enfin voyans que les grosses trouppes commençoient à se remuer, et qu'ib serolent en danger si on leur couppoit chemin, ou s'ils estoient enveloppés, se retirèrent de bonne heure sans aucune perte. Il ne faut pas aussi que j'oublie l'entreprise du baron de Bueil, pour estre si brave et hasardeuse, que d'avoir, avec sa compagnie, bruslé un soir partie des foolxbourgs d'Arras, se feignans Bourguignons, et demandans à repaistre et loger.
Je pourray pareillement icy adjouster comme, en ce mois de septembre, M. le vidasme de Chartres I lors gouverneur de Calais, estant
GUERRES DE BELGIQUE/LIV. XL
[ises]
M. de Termes prisonnier, fit une entreprise d'aller surprendre Sainct-Omer, par le moyen de quelques intelligences que les François prisonniers là dedans avouent avec aucuns habitans d'icelle ville, qu'ils avoient attirés à leur faction. Pour laquelle entreprise mieux couvrir et dissimuler, icduy sieur vidasme vint à Ardres, soubs couleur de vouloir pourvoir et munir ce$te place, y temporisant pour ceste cause certains jours; où là estans se dévoient trouver à Dévre M. de Sipierre avec la compagnie de M. de Lorraine, dont il est lieutenant, celles des capitaines Laigny, chevaux légers, et Thomas Albanois, et une de harquébusiers' à cheval, comme aussi le seigneur de Mailly, gouverneur de Montereuil, et douze compagnies de gens de pied. Toutesfois, de malheur un soldat espagnol de la compagnie du capitaine La Lane, ayant esté adverty de toute ceste menée, en diligence en advertit cepx de Sainct- Omer, soubs espérance d'en recouvrer toute bonne rétribution et récompense. A l'arrivée à Dévre, M. de Sipierre, avec la Compagnie de . M. de Lorraine et les autres, desfeit vingt ou vingt-cinq chevaux de la garnison de Ranty, . qui estoient là venus pour voiler la vache et piller le pauvre paîsan, selon qu'ils ont accoustumé par toute ceste frontière. Estans ceux de Sainct-Omer advertis, sans faire bruit meirent gardes et guets partout, et donnèrent tout bon ordre pour n'estre surpris. Ce nonobstant, les prisonniers françois, non sçachans que tout leur fait fust descouvert, ne laissèrent à poursuivre et exécuter leur délibération,et d'abordée tuèrent deux ou trois corps de gardes ; cela taxi, 86 retirèrent et gaignèrent le chasteau, où ils se renfermèrent. Ceux de la ville, pour les avoir et pour enfoncer les portes^ qu'ils savoient n'estre remparées, menèrent deux canons; desquels ayans tiré cinq ou six voilées, et estant ÙLÏie ouverture, taillèrent en pièces, à l'arrivée, la plupart de ceux qu'ils trouvèr^t. Et ainsi n'eut bon effect ceste entreprise, combien que M. le vidasme,' encore qu'il sceust toutes ces •choses, ne laissa de s'y aller présenter ; et, tu partir delà, bien fasché et ennuyé de si mauvais exploit, s'en retourna à Calais, et toutes les autres compagnies au camp.
Depais le parlement de l'armée françoise de Pierrepont, et pendant qu'elle s'acheminoit et séjcmniçit près d'Amiens, elle s'augtnentu et XVI- «jicLB, U PU et La p^
engrossit de beaucoup plus'qu'elle n'cstoit à la reveue généralle ; car il s'y joignit autres dix enseignes de Suisèes, oultre les six qui y estoient. D'autre part, M. de Jours s'y vint assembler avec huit ou dix enseignes françois de la légion de Champagne, lequel depuis fut envoyé à Calais. Semblablement y arrivèrent dix ou douze epseignes vieilles, retournans de Ferrare, que l'on nommoit le tiers d'Italie, soubs la charge du colonel La Molle, que j'ai bien voulu icy nommer, pour avoir esté ces compagnies trouvées fort belles, remplies de vieils soldats aguerpîs, àsçavoir : celles des capitaines de Monestier, du Daulphiné, du baron de Dorade, gascon,. Bourdet, Berthelémy, Colincourt, Jaulnay, Mazey, Vallefrcnières , La Chapelle, qui fut tué près de Ferrare, et celle.de Béguin, qui fut depuis cassé. Oultre cela, y vindrent encore les compagnies de gendarmerie qui s'estoient trouvées à la desfaite de M. de Thermes^ lesquelles, estant quelque peu séjoumées et refaites, y furent mandées. Je ne feray point ici de nombre de plusieurs grands seigneurs et gentilshommes qui s'y trouvèrent pour leur plaisir, comme aussi toute la maison tlu roy et ses gardes, qui donnoient grand accroisseinent à ceste armée. L'on disoit aussi que l'armée du roy PhiHppes s'estoit de beaucoup renforcée, et qu'y estoient arrivés beaucoup de régimens de gens de pied d'Allemans et force reitres. Pour conclusion, il sembloit que ces deux grands roys deussent assembler en ces lieux toutes leurs forces, pour, à ceste dernière fois, départir toutes leurs querdles avec une très cruelle et sanglante bataille, y estans là en personne, ou se contraindre l'un l'autre d'accepter les.coflditions de paix. Mais le seigneur Dieu, dominateur et tout puissant, lequel void de son siège céleste jusques au bas, voire le dedans des cueurs des hommes, et sans le vouloir duquel toutes choses sont impossibles aux humains, voyant desjà son pauvre peuple afiSigé de tant d'autres calamités, adoucit et refréna l'ire et fureur de ces princes, et ne voulut permettre que la vie et le sang de tant de milliers tfhommesterminastlcurcomToux, ouïes in*itast davantage; ains, toutes armes déposées, . et cessant toute hostilité , divinement inspirés, se rengèrent unanimement •de recevoir une amiable paix et union entre eux, usant d'une 1 récip^^^^ équité, se faisant juste restitution, \ le moN^^ 4^.U<Jae\lîe cesseroient et seroient
FIVANÇ01& DB RABUTKN-
[xm]
aflsonpies tontes vieilles qaereDes, pour estre de là en après unis, et pour donner repos à leur peuple presque desjà exanimé.
Pour donner commencement et procéder à ce saiûct œuvre, fat approuvé et désigné le lieu et abbaye de Cercamp, limitrophe et comme situé en la séparation d'Arthois et Picardie; et là se trouvèrent députés pour le roy , environ la my-octobre, M. le cardinal de Lorraine, archevesque de Reims et premier pair de France; Anne de Montmorency, aussi pair et connestable de France ; Jacques d'Albon, seigneur de Sainct- André et mareschal de France ; messire Jean deMorvilliers, évesque d'Orléans, conseilter au conseil privé du roy, et Claude de l' Aubespine, chevalier, seigneur de Haulterme, conseiller aussi du conseil privé et secrétaire d^estat des finances du roy. Et de la part du roy Philippes, dom Fernando Alvarez de Toledo, duc d'Alve, que nous disons en France d'Albe, grand-maistre de son hostel ; Guillaume de Ptassau, prince d'Oranges, chevalier de l'ordre de la Toison ; Ri-Gomez df Silva, comte de Melito, eschanson de Sa Majesté ; messiit Antoine Perrenot, évesque d'Arras, ^t messire VigUius de Zubicher ,- chevalier et président du conseil privé du roy Philippes ; estans sur toute ceste assemblée tenus et receus de chacun de ces deux prin^ ces la duchesse douairière de Lorraine, et le duc de Lorraine son fils, comme neutres et vrais médiateurs de tous leurs différens. Et ne veux oublier à dire sur ce propos, qu'avant que ceste assemblée se fermast, M . le cardinal de Lorraine àvoit fait un voyage devers le roy Philippes, comme pour adoulcir et régler les plus grandes dîfEcultés amiablement entre eux, avant entrer plus avant en parlement Depuis encore, M. le connestable ayant composé de sa rençon^ estant remis en pleine liberté, estoit venu trouver le roy en ce lieu d'Amiens pour conférer avec Sa Majesté, et, conmie l'on disoit, pour quasi conclure et résouldre de sa dernière intention sur chacun des principaux articles. Lequel, après avoir esté bien receu et caressé de son.maistre, selon que le mérite un tel bon et fidèle serviteur, un jour ou deux après, estant seuremeni informé de la volonté du roy , s'en retourjoa pour eptrer en ce parlement, délaissant à chacun une très grande espérance que la départie ne se feroit qu'avec une ferme et longue paix. Et €« q[i4 ep donna mjo^ flqr ffjwdf confinm *
tiôn, fut que, presque en ce mesme temps, les deux armées s'esloignèrent et départirent, par l'advis et opinion, ainsi que le bruit couroit, des députés, à c^ qu'estans *ces deux armées proches et voisines, par le moyen de quelque3 courses ou telles autres entreprises, les choses ne vinssent à s'aigrir et changer,
L'armée du roy Philippes, au partir d'Authie, coula le long de la rivière devers Abbeville, puis tout à coup se retourna de devers Sainct->Omer, et s'alla rompre en Artois ; parquoy , afin d'éviter toute suspicion, et afin de luy oster toute occasion d'entreprendre au despourveu, l'on la &it toujours costoyer, de ville en ville, de dixhuit enseignes françoises, jusques à ce qu'elle fust du tout rompue* Nostre armée semUablement fut séparée et escartée en divers endroits; car la gendarmerie la pluspart fut renvoyée se rafreschir et reposer en leurs maisons; et non sans cause, estant autant inal menée et travaillée qu'elle eust peu estre, non pas des corvées et autres fatigues miUtaires, mais de l'indisposition et rigueur du temps, de la cherté et faute de vivres, mesmement pour les chevaux; et, à bref dire, pour tant d'antres nécessités, que, sans le repos de la paix, il estoit à douter qu'elle ne succombast soubs la pesanteur du tais. Qu^ ques compagnies d'icêlle gendarmerie, des plus loingtaines ou travaillées, furent levées es phis prochaines garnisons pour se rafreschir attendant les monstres ; et les gens de pied françois furent aussi départis et mis en garnison è^ viUes et places fortes et le long de la frontière. Quant aux estrangers, les AUemans, tant reiUes qc^ lansquenets, demandèrentM. de Nev^rs, pourôe qu'il est prince de l'une des plus anciennes maisons de la Germanie, pour les mettre Jiors des limites de France, et pour, leur estre seoreté d'une graxide partie de'leur solde, qui leur estoit deue^ ce que ce prinoe débonnaire accota mh lontairement, pour d'autant plus dàaionstrer âa parfaite affection au service du roy de France, et en quoy il s'acquitu si bien, que, nonobstant la rigueur qu'ils tindrent de vouloir estse payés en or, il moyaufia et rëgl^ si prudemment tout ce fait, et plusieurs autres occasions de mutinemens qu'ils cberchoiênt, qu'enfin, oontenta et paisibles, il les convia U t^tia hors du pays du rof , dent toutefois son eottié de Rb^ûakûs sTq)porta les prlncipatix frais. Lesâaisaes fimat
tissé]
GUERRES DE BELGIQUE, LIV. XI
farent ordonnée, vivans paisiblement par'estappes qui leur farent establies et dressées à journées raisonnables, se retirèrent en leur pays. Sur le rompement de ceste armée, je ne veux laisser au bout de la plume comme ce jeune comte de Lunebourg, que l'on a veu ci-dessus avoir amené des reitres au service du roy, fut au camp près d'Amiens arresté et saisy prisonnier, et depuis amené en la Bastille à Paris, pour avoir mis la main aux armes contre M. de Guyse, lors lieutenant général pour le roy, et représentantSa Majesté, n'en pouvant dire autre plus certaine causé.
Pour retourner à l'assemblée des députés, le principal effect de la paix estoit assis sur un si bon fondement, qui estoit sur les mariages de dom Carlos, seul fils du roy Philippes et prince d'Espagne, avec madame Elisabeth, fille aisnée du roy, et de M. de Sàvoyé avec madame Mar- ^ . guérite, sœur unique.du roy, que, par telles et si estroittes alliances, chacun proposoit voir toutes ces grandes maisons réunies et rassemblées. Et quant au surplus, les courages de ces deux princes sembloient estre si conformes et divinement inspirés en toutes restitutions réci* proqueset amiables, que, pour conclusion, toute la chrestienté sfepromettçit obtenir une paix universelle, quand, sur lepoinct que l'on n'attendoit plus que la ratification et proioiesse de toutes ces choses, la royne Marie d'Angleterre et les* Anglois envoyèrent de nouveau brouiller les cartes et pervertir tout ce bon commencement, pour le fait de Calais, demeurans opiniastres à la ravoir, alléguans sur cela infinité de vieilles querelles qui seroient Icy trop longues et ennuyeuses à déchiffrer, et lesquelles aussi je ne pourrois certainement déduire, pour n'avoir leu ne entendu tous ces droicts, et n'estant curieux et studieux de telles matières. Tant y a que ces nouvelles propositions, accompagnées de plusieurs autres difficultés que ceste royne meit en avant à son mary , remeirent toutes conclusions en première doute et à recomn^encer, et d'afltant plus eslpignées des premiers termes, qu'elles sembloient estre proches d'avoir bonne issue. Pendant toutefois que chacun des députés de son costé songeoit à inventer quelques expédients pouf transiger et appointer de cest article de Calais, pource que le roy n'estoit rien moins que résolu de le garder et ne le point ren- ^^^ ^ „ dre, qtie la royne d'Angleterre et les Anglois 1 (î):Wfexe.
estoient importuns et pertinaces à le demander, icelle princesse passa de ce siècle transitoire en l'autre des bienheureux sur la fin du mois de novembre; laquelle, peu de jours après, suivit ce bon cardinal Pol, de la maison d'Yorck, duquel j'ay tant de fois parlé en mes hvres précédens. La mort desquels suscita nouveaux troubles en Angleterre; de sorte que les institutions de l'ancienne religion ecclésiastique, que de nouveau ladite royne et ce vertueux cardinal avouent à grande difficulté remis sus, furent de rechef abolies et dépravées, pour r'introduire et adhérer à la nouvelle doctrine qu'ils ont appellée Évangélique.
La princesse Ysabelle , fille du roy Henry dernier de ce nom, roy d'Angleterre, et d'Anne de Boulen, une simple damoiselle qu'il espousa pour son plaisir, et qu'il feit en après décapiter, laquelle auparavant avoit esté toujours cq)tive, fut appelléc de tous les Estats du pays, et esleue pour royne^, et couronnée le 16 du mois de janvier ensuyvant. Ces soudaines et inespérées mutations furent cause de faire séparer ceste assemblée sans aucune résolution, d'autant que le décès de ceste rôyne, femme du roy Philippes, luy importoit de beaucoup, et où il y avoit beaih. coup de choses à démesler, qui requéroient tems et séjour. Parquoy délaissans .tous traittés au mesme estât où ils se trouvôient pour lors, les députés se départirent sur le commencement de décembre, remettalos la partie à se rassembler au Chasteau-Cambresis, pour parachever et conclure du surplus, au mois de janvier ensuyvant, après qu'on auroit veu en quels succès se terminerpient beaucoup de variétés et changemens qui se préparoient et se démonstroient desjà en l'Europe. Mesmement l#brult s'eslevoit fort que les Allemagnes se disposoient a convoquer une assemblée généralle, qu'ils ont nommé Diée*, en laquelle se dévoient trouver et comparoir l'empereur et la pluspart des électeurs, et généralement beaucoup des principaux prin* ces et plus grands seigneurs de tpute la Germa* nie, laquelle assemblée se devoit Usure en la ville d'Ausbourg, autrement dite Auguste.
Peu de jours après le département de cestê assemblée, nouvelles vindrent de par-deçà, que la nouvelle royne d'Angleterre Ysabel avoit en*
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FRANÇOIS DE RABUTIN
voyé un millord devers le roy PhUippes, pour se soubmettre, et son royaume en sa protection; qui ne fut sans faire penser à plusieurs personnes, et comme la pubKque renommée le publioit par tout, et faisoit croire que le mariage se pourroit redresser entre luy et elle, pour de tant ' plus stabiliter les premières alliances et rendre ce royaume de plus en plus fortifié et mieux appuyé du support de ce grand roy, combien que le faict semblast fort difficile et estrange d'espouser les deux sœurs. Il fut dit pareillement que icelle royne envoya devers Tempereur et les électeurs, pour se soubmettre et ses pais en leur protection, à quoy elle fut receue, et que depuis l'empereur envoya devers elle le comte Laderon pour entamer les propos du mariage de Parchiduc Ferdinand son fils et d'elle. Toutefois le bruit estoit tel, qu'à sa réception et couronnement elle avoit promis et juré ne prendre à mary aucun prince estranger, ains un qui fust de ses païs et origine. Les causes, à monadvis, pourquoyelle s'asseuroit ainsi de bonne heure des princes ses voisins, et principallement de ceux qu'elle avoit plusàcraLidre, estoit à raison de la mort du yieil roy de Dannemarc, qui estoit décédé environ ce temps, ayant délaissé un fils remuant et martial , lequel elle doutoit luy appareiller à son advénement quelques nouveaux attentats, prétendant le royaume d'Yrlandc; ou bien auroit ce fait pour assentir et apprendre quelque secret de la volonté de ces princes, se doutant bien que ce changement et réception de nouvelle religion estoit odieuse à beaucoup d'eux, et à d'autres estoit agréable. Pendant le délay et remise de la résolution de la paix, chacun de ces princes en droit soy ne délaissoit pourtant à prévoir aux objects que le temps par ocftision leur distribuoit; et, selon que les événemens succédoient, se parforçoient d'accommoder les remèdes. Et d'ailleurs, durant ce loisir, mettoient à finetaccomplissoient leurs plus privés et particuliers affaires, afin que quand encore toutes ces choses changeroient en pis, pour le moins fussentdeschargés d'autant de temps bien employé et d'expédition de négoces. Entre autres œuvres mémorables que le roy Philippes accomplit en ce mois de décembre, furent les obsèques de l'empereur Charles son père, lequel estoit mort en Espagne au mois de septembre auparavant , comme l'on m'a dit , qu'il célébra à Bruxelles le vingt-neuf viesme de
c&mois, avec fort rdigteoses et dévotes cérémonies, faisant ample démonstration d'une singulière et très parfaite amiUé du fils au père, magnifiées et extollées aussi de très opulentes et riches pompes funèbres, pour déclairer et remémorer universellement la haultesse et gestes d'étemelle récordation de ce grand empereur. A toutes lesquelles choses icy particulariser il me faudroit recommencer un livre à part, lequel toutefois, sansen rebastir d'autres, se vend et publie desjà partout. Mais , pour faire un brief extrait des principales singularités qui en sont escrites, ceste navire me semble plus à louer, que l'on eust dit estre tirée sur mer par deux monstres marins, conduits par une jeune pucelle tenant en main une ancre d'argent, paroissant et démonstrant une face joyeuse, comme voulant prendre port, ayant la pouppe enrichie .d'excellentes et ingénieuses graveures et peintures, avec les arbres et tous équippages de noif , et plusieurs enseignes et flaôimes de diverses couleurs pendues au timon. Tout le dedans de laquelle navire estoit rempli de riches quarreaux sur lesquels estoient posés les escussons et armoiries des royaumes et païs que possédoit Sa Majesté; et au-devant du grand mast, aux pieds d'un riche siège impérial qtii estoit vuide, sur une pierre quarrée <5ù estoit escrit Christtu, estoit la Foy, vestue d'un drap blanc, tenant la croix rouge en sa main. Derrière, sur lapoappe, estoit la Charité, qui tenoit en main le gouvernail de ceste navire, comme le voulant addresser à main droite ; tout cela signifiant, comme je conjecture : que toute l'intention et les labeurs de ce grand empereur ne tendoient qu'à l'aug mentation et accroissement de la foy de Jésus- Christ, y estant conduit par une singulière charité et amour qu'il luy portoit, et aux peuples que Dieu luy avoit soubmis pour commander. Aux deux costés de ceste navire estoient peintes les victoires qu'avoit en sa vie obtenu cest empereur, tant contre les voisins que Contre les barbares infidèles et estrangers, avec les dictons et trophées mis et apposés ingénieusemeAt dans des compartimens et tables d'attente bien rapportées et inventées. Beaucoup d'autres singularités y furent vues et remarquées comme elles le méritoient, que j'adjousterois icy si elles n'estoient desjà escrites, et si communes, qu'elles ne serviroient que de redites. Avant aus^ le retour de ceste assemblée, le roy voulut estre
accompli ef par&dt le mariage de Charles duc de Lorraine, et de madame Claude sa seconde fille. Et furent ces mémorables et solennelles nopces célébrées en la royale ville de Paris, et^apitale de France, avec toutes largesses et festins remplis de délices. Les cérémonies et solennités furent parachevées dans ce beau et riche temple de Nostre-Dame, eh la présence du roy et de la royne, et de plusieurs prélats et princes, comme de MM. les cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Guyse, de Chastillon et de Sais; des ducs de Guyse, d'Aumalle, comte de Vaudemont,
• marquis d'Albeuf, et grand-prieur de France, les plus prochesjparens dePespoux, et d'autres princes, comme des ducs de Montpensier, de Nevers, de Nemours, princes de Condé, de Ferrare et de la Roche-sur-Ton, le duc de Longueville, le comte d'Ep et autres ; ensemble plusieurs grands seigneurs qui tiendroient icy un grand roolle à tous nommer.. Près de sept ou huit jours durèrent ces jours fériaux, èsquels n'estoient veus et démonsti^ que tous plaisirs et toutes sortes de passetemps, tant au Palais- Royal qu'en ceux de messieurs de ceste maison de Lorraine, èsquels se tenoit maison ouverte; et se faisoient convives et distributions profu-
. ites et à qui en vouloit. Mesmement devant le palais de M. de Guyse, fut fait un toumoy ouvert à tous chevaliers, pour s'esprouver en lice à la lance et au combat de toutes sortes d'armes. Beaucoup d'autres choses exquises et de marque y furent érigées et faites, ou que je ne puis pas avoir veues, ou dont je n'ay.pas souvenance, et que je délaisseray à descrire à quelqu'un qui les aura ou mieux considérées ou mieux retenues que moy. Quelques jours auparavant ces festins, le roy avbit fait partir M. de BordilIonetM.deMarilIac, archeVesquedeVienne,
• l'un des plus doctes et dignes prélats du royaume, pour se trouver de sa part à ceste Diée qui se devoit faire à Ausbourg, dont nous avons parlé cy-dessûs, et où jà estoit attendant l'empereur dès la fin du mois de décembre ; où pareillement le roy Philippes avoit envoyé le comte d'Aremberg, dit Brabanson, pour autant que la commune renommée estoit, ceste convocation * et assemblée estre faite pour beaucoup depoincts qui importoient toute la chrestienté et les princes chrestiens, spécialement pour le fiiict de la religion, que Ton voyoit presque du tout exterminée^ et, d'autre part, pour adviser à trouver
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remèdes et moyens de résister au Turc, lequd, ne se contentant d'avoir usuipé la Hongrie et la meilleure part de la Transylvanie, taschoitd'empiéter en Autriche, et $e fortifier pour ceste occasion à l'entour de Vienne, et où jà estoit allé le roy de Bohème avec certaines forces pour le divertir et interrompre une fortification qu'il s'eflforçoit rebastir sur ses frontières, que les chrestiens lui avoient desji une autre fois abbattue et démolie, et laquelle, s'il avoit relevée, porteroit grand dommage à Vienne. Pour ces causes et autres très nécessaires, et appartenans au bien universel, y estoient mandés les élec • teurs, princes et potentats des Allemagnes, comme aussi en avoient esté advertis, pour y assister ou y envoyer, tous les autres prince» chrestiens.
En ce mesme mois de janvier, le 27, le pape Paul fit un consistoire qu'il ne voulut du tout fermer; ains comme àhuys demy ouverts, et en particulierfitappellerleseigneur Camille Orsin, le marquis de Montesarche, le seigneur Ferrand de Sanguine, le gouverneur de Rome, le vicegérant de la chambre apostolique, le dataire, l'évesquede Bergamo, le berengo, le fior-de-belle, et trois secrétaires. Et estant assis en sa chaise commença son propos par la mauvaise administration qu'il voyoit estre faite des Esiats de l'Eglise, qui requéroient une sévère et bien reîglée réformation, se plaignant sur tous, en termes généraux, de ses neveux, toutefois sans nuls nommer, lesquels il déclaira avoir privés de toutes authorités qu'U leur avoit commises et données, à sçavoir : le seigneur dom Joanni Caraffe, qui est le duc de PaUiane, de l'estat gênerai de l'Eglise, et de toutes pensions et appomtemens qu'U avoit du Samct-Sié|e apostolique , e( davantage de la charge des gallères de l'Eglise; et que, quant à celles des Sforces qui estoient en différent, il évëcquoit icelle cau^ à sa personne pour la déterminer ; plus dom Antom'o Caraffe, qui est le marquis de Montebel, de l'estat qu'U avoit, tant de gouverneur des soldats que céluy de la garde de sa personne, et de toutes pensions et appointemens qui luy pouvoient appartenir, en quelque manière que ce fut. Et oultre privoit le cardinal Caraffe de toute administration, de tous pouvoirs de molu P^oprio, concessions, privil^es et authorités qtf i\ poOVoVl en sa personne avoir et tenir du S^^fc^^a^^Xonuèvensea^ légatica
de Bologne ; et révoqua et cassa tous gouverneurs, nonces, commissaires, capitaines des places, et tous autres officiers, excepté ceux qui seroicnt par cy-après de rechef nommés par Sa Salncteté. Voulut que sesdits trois neveux, avec tous leurs serviteurs et famille, eussent à sortir et s'esloigner de Rome dans le terme de douze jours, enjoignant expressément au gouverneur et vice-gérent qu'ils eussent à donner ordre que iceux ses neveux partissent, et que son intention fust, sans répliques et excuses, mise en exécution. Et après, se tournant vers lesdits secrétaires, leur commanda qu'ils notassent bien en mémoire tout ce qu'il avoit dit, déterminé et prononcé touchant lesdltes privations, et tout le demeurant ils le rédigeassent par éscrit, afin d'en laisser une perpétuelle mémoire, pource qu'il vouloit dès le soir mesme le voir cauché par escrit. Geste sentence ouye, ehaeua demeura comme estonné et muet; et n'y eut personne qui osast y répliquer, considéré le courroux avec lequel il l'avoit prononcée. En après il continua son discours fort gravement et élégamment, touchant le reiglementdes ministres et administration ecclésiastique, et le bien et utilité que c'estoit d'ainsi user d'un tel chastiment nécessaire des erreurs qui s'y commettoient. Que pour ceste cause vouloit luymesme le premier commencer aux siens, afin que Dieu n'y mist la main pour les punir en après plus aigrement, alléguâtnt pour exemple Pierre Loys Famèse*, et, addressant sa parolle au cardinal de Saine t-Ânge là présent, luy dit: que si le pape Paul troisicsme l'eust chastié, faisant sans respect sévère démonstration de ses abus et énormités, Dieu n'en eust pas fait mi si horrible et manifeste chastiment. Et quant àTadministration en général, b'ientost. Dieu aidant, il y pourvoiroit en sorte que, commençant àsoy-mesme le premier, ilseroit exemplaire aux autres. Et de ceste heure là ordonna au seigneur Camille Orsin de prendre la charge de touteschoses appartenantes aufaiçtdelaguerre, et qu'il advisaât en quoy il se pourroit aider du marquis de Montesarche et du seigneur Ferrand deSanguine.Lelendemainfhtaudience publique, que Sa Saincteté tient une fois le mois, et qu'elle mesme a institué; en laquelle ,a vant que commencer autre chose, elle appella les susdits Camille, marcfuls de Montesarche et Ferrand , disant ip'dle avoit (H^lonné ceste audience afin qu'un
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chacun peust venir à Sa Saincteté, et lui dire librement son affaire, et avoir satisfaction d'estre ouy de son prince. Parquoy ils advisassent que toute piersonne , de quelque condition qu'eUe fust , n'eust à estre empeschée de se trouver et offirîr en sa présence ; que s'il y en avoit quelqu'un si osé d'empescher le moindre pauvre, vœ illi! malédiction à luy! qu'il luy donneroit telle punition, que ce seroitune exemple atout jamais. Après s'adressa à messire Marc-Anthonio Borguese, advocat des pauvres, luy disant hault et clair 'qu'il ne pou voit luy faire plus grand plaisir, ne service plus agréable à Dieu, puisque il estoit advocat des pauvres, que de £aire cest office entièrement, prenant garde que nul de ceux qui alloient luy porter des requestes ne demourast exclus et débouté, pour autant que son intention estoit que ceste audience servist de syndicat pour ses ministres, et que chacun d'eux cognoissant que tout pauvre qui se sentiroit grevé de quelque injure, se pourroit aller plaindre à Sa Saincteté, par ainsi, si jusques à l'heure il n'y avoit eu bon ordre, qu'elle vouloit qu'il y fust à l'ad venir; dont toutefois elle avoit grand regret et repentance que de meilleure heure la faute n,' estoit venue à sa cognoissance. En ceste sorte, ce bon père copamença à procéder à la réformation des abus des ministres de l'Église romaine, et ce que je n'ay voulu faillir de réitérer et remémorer icy, encore qu'il soit desjà imprimé et publié partout, mais comme un exemple autant notable qu'il en peuU estre veu ny leu, eti à la mienne volonté, que plustost les pasteurs et conducteurs de ce troupeau ecclésiastique eussent ouvert les yeux pour se recognoistrç, et adviser les lourdes et si évidentes fautes qu'eux et leurs collatéraux et substituts ministres ont commises en leurs charges, qu'elles ont e^sté un thème et argument, en reprenant icelles, de causer et formaliser divers scismes et sectes en noslre religion. Depuis, ce bon pasteur, pour donner moyen, autant aux petits qu'aux grands, de lui faire entendre et sçavoir leurs doléances, fit mettre un tronc dansPéglise .Sainct-Pierre, duquel luy seul tient la clef, où chacun pourra mettre par escrit en billets et requestes ce qu'il aura à requérir et remonstrer à Sa Saincteté, et ce qu'ils n'oseroient exposer en pul)lic. Le Seigneur Dieu luy doint la grâce de continuer et parachever ce bon commencement, à ce que, par l'aveuglement des ministres
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GUERRES DE BELGIQUE, LIV. XI
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et coofoaioa des abus, le pauvre pq>ulaire ne çoit plus séduit et mené en la fosse de ténèbres, ains que la lumière soit eslevée sur le tonneau, illuminante et esclairante à tout le monde.
Maintenant, après avoir quelque peu parlé des mutations qui régnoient et estoient advenues en l'Europe, je retournerai à ceste dernière résolution de la paix entre ks princes, tant désirée et attendue par tout le monide, que tous les peuples cbrestiens mcessaounent tendolent les mains au ciel pour la requérir à celuy qui est la paix luy-mesme. £t croyjque tous les autres empereurs et rois, tant cbrestiens qu'infidèles, estoient escoustans et attendans l'issue, sçacbans certainement que ces deux grands rois, unis et alliés, fj^roient trembler et ranger tout le reste de cest bénûsphère soubs eux. Or, sur la my-février seuleo^t , se trouvèrent au Chasteau Cambresis les mesmes députés de ces deux princes que j'ay deqà «ommés cy-dessus> comme aussi fit madame la douaW rière de Lorraine, et on alla aussi M. de Lorraine, lequel depuis alla trouver madame Claude sa nouvelle espouse» pour le singulier désir que madame sa mère avoit de lavoir. Laquelle encore passa plus avant, jusques à Mons en Henault, où'estoit le roy Pbiiippes, duquel elle fut magnifiquement et dignement' honorée et estrenée de très riches et rares présens. Pour ^la royne d'Angleterre, se trouvèrent à ceste assemblée l'évesqu^ Tbavart^ millord et grand chambellan de ladite royne, l'évesque d'Ely et le doyen de Cantorbie. Du commencement et entrée, à ce que l'on a dit et sceu, les députés du roy Pbilippes se démonstrèrent aussi froids et nouveaux comme si c'eust esté chose nouvelle, et dont jamais ils n'eussent ouy parler; qui donna au sembhble aux députés du roy occasion de Caire aussi bonne mine et contenance qu'eux, et leur donner à entendre que Textrcme nécessité ne contraignoit point le roy de chercher et importuner le roy Pbilippes d'avoir la paix avecques luy, ains plustost une pure et entière affection d'avoir son alliance, pour réunir et rassembler ces deux grandes maisons, desjointes et séparées pour petites causes. £t avec ce Tincitoit la pitié et Commisération universelle, tant de la religion chrestienne, qui s'en alloît, sans une paix, dépérie et comme esteinte, que des pauvres peuples ruinés et des- ' (i)TlK)inMflowârd,comte(rElfl08iMm,o'étoitp^^
truits; à quoy l'on devoit avoir plus d'esgaid que à toutes autres particulières et privées affections. L'on a jugé que ce qui, au commen*cément, tenoit les députés du roy Pbilippes si roides, estoit pour raison que leurs affaires alloient bien du costé d'Italie, et estoient les plus forts en Piedmont, ayans conquis de nouveau quelques places sur le roy. Enfin estans ces deux princes rangés en une mesme volonté» comme inspirés d'une mesme grâce de Dieu, et y estans davantage sollicités et induicts par ceste vertueuse princesse de Lorraine, les dé« pûtes de chacun party rentrèrent plus que auparavant à la détermination et condusicn d'une bonne et stable paix. £tpource que, comme l'on a veuçy-dessus, lejoy Pbilippes estoit de nouveau veuf, et que, pour plus estroite et ferme alliance, le mariage de luy et de madame Elisa^ betb, fille aisnée du roy, estoit plus traitaUe et de {dus grande aûthorité que du fils, les dép«tésadvisèrent aux moyenspour le contracter, ce ' que heureusement parfirent, pareillement cduy deM. de Savoye avec madame Marguerite, sœur mnque du roy» qui estoient les deux principaux prâicts où oonslstoit tout le but et efifect de ceste paix. Mais quand ce vmt à diffinir en après de plusieurs autres particularités, comme de la reddition'des villes, réparation des torts, restitution des dommages et intéresis de pin* sieurs princes et autres qui avoieot esté destruicts ou fort endommagés en ces guerres, pour la restitution des forussis^ et exilés, pour la tuition et protection d'aucuns qui avoient esté en ces guerres ennemis de l'une des parties, il s'y trouva tant d'espines et difficultés, qu'à tous coups l'on disoit que tout estnit rompu, et que Ja paix ne se feroit pas; de sorte que quelquefois les députés. se sont trouvés prests à se dé-^ partir sans aucun effect. Mesmement le duc de Savoye, tout le bien duquel estoit occupé de ces deux princes, insistoit fort, et à bonne cause, à ' ce que, avec toute seurçté, l'un et l'autre luy en feissent restitution, et avec tel accord et consentement unanime, ratifié par tous deux à ceste fois, que par cy-après ils ne eussent plus à y rien quereller et demander, voulant demeurer neutre, parent et amy a tous deux. Ainsi et en ce seul î^^<^^ T pouvoît a\oir beïiucoup de dispTxtes C** ^^^^' fesquels se passa tout le mois A ^ cçoftYoTitf atlendoitla paix qu'endoute.
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FRANÇOIS DÉ RABUTIN
Sur la fia de ce mois tontes difficultés s'en alloient appoinctées et finies, réservé un seul' article, de la jouissance de quelques villes en Piedmont, pour certain tems, que chacun de ces princes vouloit. Sur lequel article se trouva tant grande contrariété d'opinions, et si mal accordantes, que Ton veit l'heure quéj'assemblée se départoit aussi mauvais amis qu'auparavant. Mais le Seigneur Dieu, qui guidoit, à mon advis, cesainct œuvre, voulant monsirer aux hommes, quelque grands esprits et scavans qu'ils soient, que sans son vouloir leur science n'est que folie, ayant entendu de son throsne céleste les clameurs de tant de misérables peuples attendans ceste paix, enfin les rassembla et leur suggéra et afiseigna les moyens pour pacifier toutes choses; de manière que le troisiesme d'avril, en l'an mil cinq cens cinquante-neuf, en ce lieu de Chasteau Cambresis, en ceste belle maison de Févesque de Cambray, messieurs les députés susdits, pourveus et garnis de tous pouvoirs de leurs princes et maistres, conclurent une alliance et amitié perpétuelle entre eux, avec une paix et communion entre leurs peuples et çubjeets, pour aller, venir, négocier et traficquer, comme amis et sans aucun danger, pour converser ensemble et exercer tous commerces et marchandises par terre, mer, riVières et toutes ea«es douces. Ensemble appoinctèrent et transigèrent de phisieurs autres leurs différents et
discords, ainsi que l'on pourra veoîr par les articles qui sur tout ce fait ont esté passés et rédigés par escrit.
Quatre jours après, le roy en advertit la ville de Paris, pour en louer et en rendre très dignes et très dévotes grâces à Dieu, afin aussi de s'en resjouir et célébrer les feux de joie, ainsi qu'il en fut dit, et là et partout le royaume de France, estant ceste tant heureuse et tant désirée paix autant bien venue et receue avec actions de grâces à celuy de qui elle vient, et avec autant de joye ^ allégresse extérieure, que pour toute autre félicité qui pourroit advenir, ne doutant point qu'au semblable n'en soit fait autant des estrangers. La très haulte et céleste Trinité, de qui elle est fille, la aous veuille avoir envoyée, non point faite des hommes, ou selon le monde, mais-d'en hiiult et selon son vouloir, et nous ia veuilte continuer si longuement que nos cueurs convertis à malice et iniquité puissent estre fleschis et frappés d'amendement, en recognoissant celuy qui nous invite et appelle avec toute bonté et douceur; çt finalement soit occasion,, et donne pouvoir aux princes chrestiens, de relever l'église de Dieu chancelante et vacillante, et d'extirper et réformer tant de hérésies et scismes qui y régnent ; et, en augmentant la foy de Dieu par tout le monde, puisse maintenir eux et leurs peuples en tranquillité et heureux reposl Amen.
FIN DES COMMENTAIRES W UXCtîS.