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lendemam le reste suivit, ainsi qu'il avoit esté promis, sans leur estre fiiit aucun tort ny destourbier, n'y demeurant un seul Anglois, mais bien une incroyable quantité de pouldres, artillerie, munitions, laines et vivres qui ont esté réservés et retenus, et le surplus fut donné en proye aux soldats.
En ceste sorte, en moins de six ou sept jours fut reconquise toute la forteresse de la ville de Calais, que l'on estimoit pour le présent impre-, nable, devant laquelle, ainsi que le tesmoignent les chroniques de France, régnant PhilippesYI, dit de Valois, et en Angleterre Eduard III, l'armée anglesque tint le siège l'espace d'un an entier. Finalement, estans les assiégés réduicts à telle nécessité et famine que de manger les rats et les cuirs de boraf , estant dedans capitaine et chef un vaillant chevalier nommé messire Jean devienne, leur fut rendue le troisiesme d'aoust en mil trois cent quarante-sept. Et de laquelle ville iceux Anglois ont jouy depuis le terme de deux cens dix ans ; tellement que maintenant l'on peult dire qu'en ayant esté par eux dépos:> sédé un PhiHppes roy de France, estant un Philippes roy d'Angleterre, elle a esté réduite e| remise es mains de son vrai et naturel seigneur. Ainsi les faits esmerveillables de l'Omnipotent surpassent toutes les puissances et préméditations des honuÉies, quelque grands qu'ils puissent être. Il ne faut douter que, lorsque les Anglois l'usurpèrent, elle ne fust de beaucoup moins forte qu'elle n'est pour le jourd'huy ; car adonc, je pense, et comme encore l'on le peult veoir, elle estoit seulement fermée et close de murailles de pierre, avec force tours rondes, proches les unes des autres, percées pour tirer cassefrusts et flèches, et tous autres coups de traicts sans feu, à la vieille mode, sans aucuns rempars, ny autres artifices et fortifieaiicm inventées contre l'esmerveillable tempeste de l'artillerie dont à présent l'on bat les forteresses. Mais, en Testât ou elle est maintenant, est jugée Tune des plus belles et fortes villes de guerre de l'Europe, d'autant qu'oultre ce que naturellement elle est située en lieu inaccessible, pour estre environnée des trois parts de rivière» ruisseaux et marescages, et de l'autre flanquée de la mer, avec un fort grand et spacieux port, sans en estre en rien subjette ny conmiandée, artificiellement ils luy ont donné une forme plus quarrée qu'autrement, revestue par le de-
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bor« da remparts fort largM et ma»i& et bifin conroyés ; ayant aux trois coings devers les malaires, bien tlancqués et armés, poar couvrir et rets trois gros bouleverls en pointe et triangudéfendre les courtines; et à l'autre quarré, de* vers les dunes, est le chasteau^ par lequel, pour n'en avoir esté cogneue, ou pour n'avoir remédié à Timperfeclion, est advenu ceste dernière prise. Oultre plus, ceste ville est en tout environnée de fossés larges et fort creui , à fonds de euve, tousjours pleins d'eaue, à cause qu'il y a une petite rivière qui vient devers Hames, laqiiette passant à travers la viUe les abbreuve et remplit ; aussi que tous les autres petits misseaun qui résourdent dans ces marets, y tombent et s'y escoulent la pluspart. Mais, ce qui est encore plus à louer en une ville de guerre, il y a une des plus belles places publiques qu'il Mt possible, en laquelle pour le moins Ton mettra en bataille de quatre à cinq mille hommes. Pour conclure, je croy que ceste ville est accomplie de la meilleure part des perfections requises en une forteresse inexpugnable ; et si le profit et le grand revenu du port l'améliore eaor core davantage, pour estre l'un des principaux et plus renommés de la mer Océane, auquel sont apportées de toutes les parties du monde infinies et inestimables richesses, et tout«s sortes de marchandises, et de là aussi en après départies et distribuées en divers pays et régions; de laquelle traûcque et commerce revient journellement grand denier et émolument. £n ce port à la prise de ceste ville forent trouvés, prins et saccagés quelques vaisseaux pleins et chargés de marchandises, et autres meubles de bonne estoffe et valeur; et dit on que d'autres, se cuidans sauver à voile en mer, forent combattus et arrestés. Toutefois il est fort difficile le spécifier et déduire plus apertement, d'autant qu'en tels saccagemens et pillages le tout y est si confus que le plus souvent le faux y précède le vray . Pendant aussi que l'on eombattoit ceste ville, le tonnerre et le bruit de l'artillerie estant entendu d'Angleterre, ou bien estans advertis de ce siège, furent armés force navires, et remplis de soldats et toutes munitions pour y en* voy^r secours. Mais quand ils approchèrent, et qu'ils reco^eurent les enseignes et croix blanches plantées et venteler desjà sur la tour de Risban et les murailles de la ville, sans api^roebf r davantage/s'ea retournèrent pour repor-*
ter advertifsement de eesie maovawa advent«ire en leur pays.
Estant la ville de Calais surprise et emportée en si peu de jours qu'à esté dit ey-dessus, par la très prompte diligence de M. de Guyse, fiit en après disputé et consulté auquel des deux l'on s'adresseroit, ou à Gra vélines ou à Guines, d'autant que ces deux forteresses sembloient estre comme les deux espaules etappuis de ceste ville, et comme deux forts bouleverts et obsta^ des pour clorrc les deux principales advenues^ à sçavoir, Graveiines pourj^landres et les Paya* Bas, et Guines poar France Toutefois, toutes causes amplement débattues et esplucbées, la plus saine opinion résolut, à mon jugement, que Guines importoit plus pour la conservation de Calais que Gcavelines, encore qu'elle fost plus forte et de difficile oppugnaiion. Sefon lequel ad vis, ce prince d'invincible courage, et auquel le travail de la guerre est comme exercice cous* tumier, proposa l'assiégci*, et n'en départir qu'il ne l'eust ou de gré ou de force* Parquoy, sans donner grand loisir à l'enoemy de respirer el penser aux remèdes, poursuivant de près sa victoire, le treiziesme de ce mois enveloppa et alla assiéger Guines, là-dedans estant chef un grand seigneur anglois, nonuné miUord Gray^ avec force gens de guerre et de toutes autres munitions. D'arrivée, nos soldats francois, trou* vans la ville abandonnée, s'y logèrent pour s'en aider à battre et assaillir la forteresse qui estoit joignante; mais les Anglois, les surpreniinB sur un commun désordre des lo^s, firent une sortie par une poterne du chasteau, et les en déboutèrent de première forie, et maugréeux mirent le feu par la meilleure part des maisons, puis se retirèrmt. Tantost après, M. de Guyse, suivant son accoutumée célérité et promptitude, fit commencer les tranchées, encore que i'espouvantable et incrédible lempeste de l'artiUerie luy donnast tous les empeschemens qu'il estoit possible, ce nonobstant, d'une obstinée asseurance, sans intermission fit poursuivre l'œuvre où luymesme, pour augmenter les courages et pour servir d'exemple à chacun, se présentoit le pre^ - mter, et avoit aussitost la main à l'outil et à i tirer et poulser le canon, que le moindre pion- ; nier de toute la troupe. £t tellement continua à remuer terre et dresser gabionnades, que dans dew oeu trois jours après il approcha et mit lea bouches de son artillerie, au nombre de trente^
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cinq pièc^, m. batterie, josqaes sar le bord et contrescarpe des fossés, pour battre tant de droit fil qij^en croisant et traversant en trois en^ droits, principalement Taddressant à Fun des plus grands et principaux bouleverts qui flanoquoit d'un costé la courtine de la porte, et de l'autre part leur grand boulevert, qu'ils appelaient le grand boule vert de la Cuve, entreprenant le plus iprt dç ces bouleverts, soubs espé-^ raoce d'obtenir en après à bon marché les ipoindreset plus petits. Autant ou plus soudainement commença la batterie, laquelle dura sans cesse deux jours et demy en si esmerveillable furie et tonnerre, que le commun bruit est tel, en si peu de jours y avoir esté deschargés de huit à neuf mille coups de canon ; de sorte qu'estant ce gros boulevert désarmé et ouvert, la bresche apparut, dans le vingtiesme de ce mois« raisonnable pour l'assaillir et forcer. Ce néant* moins, M. de Guyse bien instruict, et sçacbani. en combien de sortes et artifices se peult racoustrer et réparer une bresche, et les moyens et ruses que l'ennemy peult inventer pour y attrapper l'assaillant et se fortifier au dedans, avani qu'y bazarder ses soldats, voulut à plus que d'une fois faire recognoistre la bresche et Taccès pour y aller. Et pourtant du premier ' coup y envoya quatre soldats des plus dispos qu'il peut eslire, suivis d'une vingtaine d'autres braves et vaillans, qui en furent incontinent retirés par son commandement. Le lendemain de recbef y envoya cinq ou six autres soldats non moins hardis et adventureux que les premiers, lesquels donnèrent bon espoir et advenue de ceste bresclie. Ce nonobstant, ce prince très humain, ne se fiant à tous ces rapports, pour ne vouloir exposer à crédit et à une soudaine fricassée la vie de vaillans hommes qui sont volontiers des premiers en un bon affaire, encore une autrefois envoya six vingts soldats françoispour gaigner et préoccuper des premiers le dessus et le plus hault du narapect qui estoit du costé des assaillans, afin de couvrir et soustenir certain nombre de pionniers qu'il y feit monter par mesme suite, pour applanir et adoucir la montée de la bresche qui estoit encore haulte et roide. £t commanda toutefois à ces six vingts soldats i^'attenter ny entreprendre au par-dessus de leur charge et ce qui leur avoit esté commandé; à quoy ils obéirent, exécutans l^rdiment et vaillamment ceste entreprise. Et ae peult croire
qnece ne fot sans expérimenter et se soubsmettre à infinis dangers qui sont ordinairement prests et préparés à ceux qui font les premiers essais des assaults, combien que ce prince, les ayant en fort grand espargne, estimant leurs vies fort chères, pour les soulager les faisoit rafreschir et rechanger de fois à autre. Enfin estant certain que le chemin estoit abaissé et préparé, commanda à M. Dandelot, général sur toute la fenterie françoise, se tenir prest avec ses soldats, pour, quand il donneroit le signe, se présenter promptement à l'assault. Et luy, pour spéculer et veoir à l'œil le commencement et l'issue de ce qu'il en adviendroit, et, s'il estoit possible, le dedans de ceste bresche et l'appareil que nos gens y trouveroient , monta sur u» tertre et colline assez hauhe, d'où II descouvrit? quepoursousteniretdéfendrecestebteschenesé présentoient tant d'hommes qu'il doutott etavoie en opinion. Parquoy tout à l'instant, ce mesme jour 20 de ce mois, feste Sainct*8ébastien, feit avancer et marcher droit à la bresche, pour ouvrir le premier passage, un régimetot d'Altemans esleus, lesquels, de grande atseurance et sanff crainte, s'y enfournèrent. Par mesme moyen feit signe à M. Dandelot qu'il suivis! avec se» troupes, comme il feit; et tout cela ensemble feit un merveilleux effort peur entrer, seplongeans la pluspart des soldats et entrans dan» l'eau et les creux des fossés, profonds de septante pieds de haulteur, de telle ardeur et désespérée hardiesse, qu'ils en oublioient tout danger, fust de l'eaue ou du feu; encore que M. de Guyse eust fait bastir des ponts à travers ces fossés de pippes et vaisseaux vuide» attaché* les uns aux autres, sur lesquels l'on avoit fait jelter et lier des planches et clayes, ce nonobstant, la véliémente furie les précipitoit et poulsoit tellement, qu'ils n'avoient esgard ny à ponte ny à passages, pour le seul désir d'y entrer. Toutefois leur impétuosité ne peut estre si grande et furieuse, que de premier bond ne fus. sent repoulsés par les ennemis, s'aidans fort bien de leurs feuxartificiels, etcombattans pour leur tuition avec une estrangeet incroyable obstination. Ce qu'apperoevant M. de Guyse, descendit inoaatinent de ceste montagnette, et, se représentant au milieu d'eux, reprenant les uns, sollicitant les autres, leur remit de telle aor^e le cueur au ventre, que, retournans visacrs et r<îcfl«w>ensans de plus belle, redoublèrent-
FRANÇOIS DE RABUTIN
on extrême devoir, et 8*7 esvertoèrent de teHe force que les assiégés défoillirent soobs le f&is, »e )>ouvaDs davaufitage soustenir ceste dernière recharge; ett estans ainsi renversés, abandonnèrent Titrée et la bresche aox nostres, avec perte des leurs de plus de trois à quatre cens hommes, entre lesquels se trouvèrent près de ^^tre- vingts ou cent Espagnols des plus braves et de réputation qu'ils eussent; le surplus tourna le dos, et furent, ou tués à la furie, ou faits prisonniers. D'un autre costé, ce jour mesme, les Allemans du colonel Reichroch, conduits par isen nepveu, forcèrent et emportèrent deux au* ïres petits bouleverts qui aussi avoient esté battus, où Ton avoit fait bresches. Et ainsi ftit ce jour du tout gagnée la basse court du chasteau. Le millord Gray, avant ceste perte, et prévoyant ce danger arriver, s'estoit retiré avec un Bien fib dans le vieil chasteau et leur principal fort, qu'ils appelloient leboulevert de la Cuve, comme aussi estoient les principaux capitaines et meilleurs soldats, et avec eux avoient transporté leurs plus riches et précieuses bagues et 'meubles. Tous ceux-là, ayant quelque peu pourpeané à leur fait, ne se sentans assez asseurés et forts pour esprouver derechef ceste effrénée et comme enragée furie des François, délibérèrent de parlemrater. Et envoya le millord Gray ce jour mesme deux gentilshommes vers M. de Cuyse , lui remonstrer qu'en défendant ceste place de marque et d'importance, à la garde de laquelle il avoit esté commis, il ne devott trouver estrange ny mauvais s'il s'estoit , comme homme fidèle et selon son devoir, bien défendu et jusques à endurer l'assault; faisant autrement, c'eust esté contre son honneur et sa foy , le requérant enfin luy octroyer une honneste composition. Ce prince, après avoir entendu ses propositions, en remit la response au lendemain, et non sans que depuis beaucoup d'hommes de bon jugement nesesoient esmerveillés comme ce millord Gray, que l'on a tenu entre les plus expérimentés capitaines de sa nation, perdit sitost cognoissance et entendement, et que si soudainement le cueur et le courage luy assoupirent, se rendant si légèrement, sans adviser et considérer qu'il estoit encore sur pied et presque aussi fort qu'en premier, ayant encore ce vieil chasteau sain et entier, de très forte et très ancienne matière, environné de fossés fort creux et pleins d'eaue, où il eust Mu faire nou-
velle batterie, et où aussi il se fiist peu retrancher, estant la place assez spacieuse. Oultre cda luy restoit ce gros et large boulevert de la Cuve, qui commandoit à tous les aultres, le tout gamy d'artillerie et munitions, et défendu des mieux advisés et plus vaillans hommes qui fussent. Mais en cela ne feut donner autre response, sinon que ce sont oeuvres de Dieu, lequel, quand il luy plaist, déprime et rabaisse les grands, et feit faillir le sens et science aux sages, et extdle et e^ve de mesme les petits et infimes. Or, le lendemain, qui estoit le vingt et uniesmede ce mois, M. de Guyse accorda ceste composition qui s'ensuit au millord Gray: que les soldats sortiroient avec leurs armes, mais que leurs enseignes demeureroient dans la place avec toute l'artillerie, pouidres, boulets et toutes autres munitions, tant de guerre que de vivres. Quant au millord Gray et tous les capitaines et hommes de qualité qu'il avoit avec luy, ils demeureroient prisonniers de guerre, en la puissance du roy et de M. de Guyse. Estant ceste capitulation receue et approuvée desassiégés,le jour suivant sortirent de ceste place de neuf cens à mille hommes de guerre, partie Anglois, partie Bourguignons, et quelque nombre d'Espagnols, sans le menu populaire, qui prinrent tous tel chemin qu'ils voulurent, sans leur faire aucun mal ny desplaisir; et restèrent ou furent en tout, par leur dire mesme, des leurs de morts ou blessés, de quatre à cinq cens. Le miHord Gray fut retenu prisonnier; aussi fut un capitaine espagnol que l'onappelloit Mont-Dragon, lequel, auparavant ayant esté prisonnier en la Bastille à Paris, s'estoit sauvé, et depuis s'estoit renfermé là dedans. Cela fait, M. de Guyse, pource que ceste place sembla dangereuse si elle estoit reprise, et grandement nuisible au chemin de France à Calais, mesmement pour estre fort proche d'Ardres; aussi que ce seroit double despense de la garder, ayant fait mettre hors toute l'artillerie, munitions et vivres, la feit ruiner et démollir. A ce propos j'ay bien voulu cy adjouster qu'il est escnt aux chroniques de France qu'en l'an mil trois cent cinquante et un la ville et le chasteau de Guines furent prins par les Anglois, nonobstant les trcfves qui estoient lors, pour la conspiration et trahison d'un nommé Guillaume de Beaucouroy, lieutenant du capitaine dudit lieu, lequel, pour ceste cause, et s^on qu'il le méritoit, en fut décapité et
GUERRES DE BELGIQUE, LIV. X
après pendu. Donoqnes ne restoit phis de tout le comté d'Oye qn*un petit chastean appelle Hames, qn'il ne fiost remis entièranent en l'obéissance da roy ; et, ponrce que ce chastean, encore qn'îl soit petit et non remparé, ny fortifié d'artifices, est néantmoins natordilement en telle difficile et commeinaccessibleforte assiette, pour estre environné de palods, viviers et marescages, cpi'il est presqae impossible d'y approcher n'y asseoir artillerie, n'ayant qu'une bien estroitte chaussée pour y aboMer, encore traversée en plusieurs endroits de ponts de bois rompus et ostés, Ton estoit en fort grand doute en quelle manière et invention l'on le pourroit assiéger. En ces entrefaites, M. de Sipierre, qui avoit este commis avec la compagnie de Lorraine, dont il estoit lieutenant, et quelques autres, pour garder ceste chaussée, advertit M. de Guyse que ceux qui estoient dans Hames, effroyés et espouvantés de la prise de Guines, Tavoient abandonné et s'en estoient fuis ceste nuict là par certains sentiers qu'ils sçavoient dans ces marets; et ainsi fut fort aisé à s'en saisir, ou l'on trouva force artillerie et provisions. En après demeurèrent les François en tout et partout les maistres, et n'y eut forts ny chasteaux qui ne leur fussent ou rendus ou abandonnés, estant chose manifeste qu'en ces places que M. de Guyse a conquis sur les Anglois, oultre les riches butins qui y ont esté trouvés et pris , ont esté gaignées et recouvrées plus de deux à trois cens pièces d'artiHeriede fonte, montées sur roues, et autant de fer. En quoy sera clairement cognue la fertilité et richesse du pays, et combien ceste gent angloise curieusement travailloit, et estoit soigneuse à cultiver, augmenter et garder ceste province, laquelle, à mon opinion, est celle dont la seule ViUe de Calais porte le nom maintenant, et laquelle César escri t en ses commentaires avoir conjuré avec les Belges contre les Romains, et qui envoya en ceste guerre dix mille hommes de secours.
Au mesme temps que M. de Guyse entreprenoit et estoit en ce voyage, M. de Nevers, qui n'ayme à estre oysif et séjourner longuement en repos inutile, ayant envoyé au long de la frontière de Champagne, tant pour scavoir comme toutes choses y passoient et estoient conduites, que s'il s'y pourroit recouvrer aucune occasion d'entreprendre sur Pennemy de ce eostéf fat adverty que la j^spart des garni-
sons et forces ordinaires du duché de Luxembourg estoient retirées où estoit leur phis grosse armée, ou en leurs maisons, tellement que les places fortes estoient fort vuides et despourveues. Sur lequel advis voulant délibérer et londer une bonne exécution, secrettement, et le plus couvertement qu'il ftii possible, advertit les gouverneurs et capitaines qui estoient restés es places de son gouvernement; qu'ils eussent à tenir leurs compagnies prestes, et au meilleur équipage que faire pourroient, et, ouitre plus, de recueillir et amasser tant d'hommes de guerre et soldats de ceste contrée qu'ils en sçauroient recouvrer. Et d'ailleurs manda aux cheis et membres des compagnies de messieurs de Bouillon et de Jamets, qu'ils eussent à foire retirer en leurs garnisons tous les gentilshommes de leurs compagnies avec armes et chevaux, pour estre prests à estre employés quand ils seroient advertis ; commandant oultre plus au sieur de Saint-Simon, guidon de sa compagnie, qui lors estoit près deluy, mander et resserrer le plus qu'il pourroit de ceux de sa compagnie, mesmement de ses voisins, carie surplus avoit eu congé pour se retirer es vieilles garnisons, afin de l'accompagner et se trouver en ce voyage. Ainsi, ayant diligemment pourveu à toutes choses, M. de Nevers partit en poste d'une sienne maison près de Chaaions en Champagne, le 2 de février, (este de Nostre-Dame de la Chandeleur, et arriva le vendredy ensuyvant à Yvoy, où ce jour mesme avoient assignation, et estoit le rôidez-vous à tous les susdits capitaines et ou aussi se trouva ce bon vieillart et sage chevalier M. de Jamets. Auquel lieu, et en présence de tous lesdits capitaines qui s'y estoient desjà assembles, le seigneur de Haulcourt, gouverneur de ceste ville d'Yvoy, remonstra en bons termes, sentans son sage et bien advisé capitaine, à M. de Nevers, qu'il n'avoîtpour lors place plus dommageable et nuisible à ceste firontière, que le chasteau de Herbemont, pour estre le principal lieu où s*amassoient toutes les asscrnblées des Ardennes, et ou se dressoient toutes les entreprises que ils appareinolent ceste part, et ou aussi après ils fiaiisoient leurs TCtraitcs. Parquoy estoit la première ^^ où n falloit, et où estoit le plus né^çggatî^ «'aAàresser, en laquelle prenant, on <^^ |t tioû-watement teste vlBc d'Yvoy et
FRANÇOIS DE RABUTIN
avoit-oa eatrée de plos de six ou sept grande lieues daos le pays de reanemy. Sur lesquelles remoastrances , ^près avoir advisé de tou$ moyens, fut résolu par M. de Nevers d'atleuier cest exploit, et de partir ce jour mescoe à oùnuict. A quoy le seigneur Despots, qui pour lors commandoit en toute ceste frontière ea Tabsenee de ce prince et de M. de Bordilloa^ avoit donné si bon ordre, que deijâ estoit prest ua bon nombre de chevaux, pour trainer six canons et une longue coulevriae, et par metme moyen avoit levé certain nombre de paysans et manœuvres^ pour servir de vastadours et pionniers ; estans avec tout cela les compagnies de gens de pied et de cheval, si peu qu'on en avoit, prestes à marcher. Ton commanda aux sieurs de Troussebois, gouverneur de Mésières, de Chambry, gouverneur de Maubert-Fontaioe, et à celuy de Bouillon* que dès ce soir ils allassent, le plus soudainement et diligemment qu'ils pourroient, enclorre et envelopper ce chasleau; et par le chemin de Sedan, avec autres compagnies de gens de pied et quelques chevaux-légers» on £eit marcher une partie de Tartillerie. D'un autre costé, le sieur de Haultcourt eut la conduite du reste de Tartillerie et des munitions^ dont estoit commissaire le capitaine Jacques Tolf i : le tout conduit avec une si grande promptitude, que M. de Nevers, le samedy à sept heures du matin, avec ses petites forces et équipage susdit, se trouva campé devant ce chasteau» et non sans avoir eu grandes fatigues et difficultés à faire passer Tartillerie oultre la rivière de Semois, qui a son cours au-dessoubs de ce chasteau, à cause des grandes neiges et glaces. D'arrivée fut de près recogneue la place avec force escarmouches, et où le capitaine Caumont avec sa compagnie feit fort bravement, ayant gaigné, maulgré toutes les barquebusades et canonnades de ce chasteau, une petite bassecourt et enclosture où les bonnes gens et paysans £aisoient la retraite 4e leur bestail.Tantust après fut affustée et logée une partie de l'artillerie pour canonner et battre l'un des flancs de ce cbasteau ; mais pource que Ton cogimi la petite exécution qu'elle y faisoit à cause de la difûcile et mauvaise assiette où elle estoit, l'on fut eontrai^t^ et la feit-on planter et braquer droit au &ont et à la teste, pour battre un bo^ulevert qui y estoit, et qui couvroif et défeqdoit U, seule ad-
. (I) WoJI.
venue pour y aller et entrer; l»queUe y tira si furieusement, ei y besongna si bien en peu d'heures, que, ce faisant et monslrant presque la bresche raisonnnable pour y donner l'assaut, le capitaine se présenta à parlementer, requérant quelques conditions. Mais estant du tout débouté de ses demandes, et lui estant faite briefve response par ce prince, qu'il ne falloit parler d'autre composition que de se rendre à sa volonté et discrétion, autrement, que s'il ne se bastoit bientost, il le feroit, avec tous ceux qui estoient avec luy, tailler en pièces, iceluy capitaine, craignant tomber en ce danger, encore qu'il ne luy fiist si proche que faute de cueur le luy représentoit , se confiant en l'humanité et bonté de ce prince, se rendit à sa miséricorde, et laquelle aussi, aux prières de M. de Jamets, ils trouva et expérimenta, usant M. de Nevers de telle clémence et douceur que le ren* voyer avec sa femme et famille, et générafement tous les soldats qui estoient là-dedans, vies et bagues sauves, sans estre pillés ni rançonnés. Cela fait, ce prince envoya quelque nombre de chevaux-légers et barquebusiers à cheval, pour recognoistre les forts de Jan\oigne, Chigny, Rossignol et Yillemont, partie desquels ils trouvèrent desjà abandonnés, et les autres à la première semonce se rendirent. L'on estoit sur les arres et en délibération de poulser encore plus avant et donner jusques à Neufchastel es Ardennes; mais les pluyes, neiges et grandes froidures interrompirent ses desselng^. Or, la seule prise de ce cbasteau de Herbemont ne doit estre mise et nombrée entre les moindres ; car, oultre ce qu'il est naturellement fort et facile à estre rendu inexpugnable, comme estant situé sur un hault et dur rocher de tous endroits ipaccessible, fors que par l'advenue, où il fut battu et pris, et hors de batterie, encore estoitil fort propre et convenable pour couvrir et asseurer toute ceste advenue des Ardennes en toute la Champagne, et secondant le fort cbasteau de Bouillon, pour commander et assubjectir toutes les Ardennes. Il appartient au comte de Billistin et de Rochefort, à la garde duquel fut ordonné capitaine le sieur de La Croix, lieutenant de M. de Haultcourt. De ceste prise, advenue le six de février,,M, de Nevers advertii incontinent le roy parle sieur de Sainct-Simon, guidon de sa compagnie, lequel en fut très aise çt content, et en rendit, comme j'esiime, gra-
ets à Dieti. de oe ^'estant la fortime eontraûre eUogée, en od BMwne tenpis et eo divers lieot lay ottroyoit de si belles et amples victoires, qu'elles sembloient à toat le monde comme mir^epleuses, tant esloient admirables.
Le roy, sor ce prospère commaicement qu'il avoit pleq au sopresme Dieu toat-poissant lay départir, délibéra s'évertaer davantage, et eov* ployer jnsques an bout toate sa puissance, pour contraindre son ennemy par un dernier effort se retirer des limites de son royaume où il avoit empiété, ou accepter une amiable paix, ainsi que par plusieurs fois luy avoit présentiêe. et acquérir avec les armes le repos universel à tput son peuple. Pour ce foire, tant pour dé* clairer et démooslier publiquement son entière aifactionet intention, que pour requérir et coo^ vier chacun à le secourir de ses moyens, voulut convoquer et assembler em sa capitale ville de Paris tous les estais de son royaume, au si^Liesme jour de janvier en cest an. Auquel jocu* se trouvèrent au Palais-Royal plusieurs prélats et nûnistres de TÉglise, députés et ^* voyés pouf toute la généralité, comme aussi feirent autres grands seigneurs et gentilshommes pour la noblesse, et généralement autres pour la justice et le populaire, tant des villes qae du labeur; et où mesmement le roy voulut comparoislre et assister avec François son pre* mier fils, daulphin de France, pour déclairer par sa propre voix et parolle à soa peuple et subjecu les parfaites et cordiales affections qu'il avoit envers eux, et qu'au réciproque il espéroit et attendoit d'eux, avec un grand contentement du passé ; et finalement pour leur affermir et asseurer le désir qu'il avoit de les conserver et difendre, et d'user envers eux de tous offices d'un bon roi. Doncquesestans tous les députés de ces estats arrivés et assemblés eu l'une des salles de ce palais, appellée la salle Sainct-Louys, furent les prélats et ministres ecclésiastiques, vestus de leurs rocbets et surplis, assis sur des sièges qui leur avoieot esté préparés à dextre et à senestre ; et en un siège hault eslevé, du costé droict, estoient le» bailli&, séneschaux et autres pour la noblesse. Sur yn banc bas, couvert de fleurs de lis, estoient les présidens des parlemens; au bout duqueU ^ur un autre plus petit, du mesme costé, estoieut lea gens du roy du parlement de Paris» les deux liVQoats et procureurdu roy. Au milieu du par**
GUERRES DE BELGIQUE, LtV. X.
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quet y avoit une petite table quarrée, couverte d'un tapis de toiUe d'argent, près de laquelle estoientassis trois secrétaires descommandemens, à sçavoir, l'Aubespine, Duthier et Clausse. Et deux pas plus avant, sur un bane bas, au pied de la chaire du roy, estoient assis les tbrésoriers généraux des finances, an-dessus desquels, et au plus éminent et apparent lieu de ceste salle, estoient deux chaires : l'une, et la plus haute, couverte de velours violet, semé de fleurs de lis d'or, qui estoit le siège du roy ; et à un pa4 et demy près, d'un mesme rang, y en avoit une autre plus basse, couverte de toille d*or, pour M. le daulphin son fils ; et au-dessus estoit un ders ^ de mesme parure que le couvert de la chaire royale. Le prévost des marchanda de Paris et les escbevins, les députés de Rouen, ceux de Lyon, ceux de Tholose, et consécutivement des autres villes. Curent rangés du costé des évesques, où la place estoit phis spacieuse. Tost après arrivèrent les chevaliers de l'Ordre de France, ayans au ool leur grand Ordre, à soavuir : M. de Nevers, N. le prince de L» Roohe-sur-Yon, le comte de Saneerre, mes^ sieurs Durfé et deBordiHon, lesquels montèrent do costé droict aundessns de toute la noblesse, auprès du duo de Lorraine et autres jeunefi prinoes. Peu après vindrent le roy et M. le daul* phin son fils, accompagnés de messieurs les cardinaux de Lorraine, de Bourbon, de Guyse, de ChastiUon et de Sens. Estant le roy assis, s'assirent M. le daulphin et lesdits cardinaux du mesme costé et rang. Le roy commença le premier à remoastrer que, depuis son advénO" ment à la couronne, il avoit continuellement eu Uguerre contre les anciens ennemis de France, les Anglois et les Bourguignons, laquelle guerre il ftit contraint commencer pour le recouvrement des places frontières que lesdits ennemis avoient usurpées et occupées, comme le Boulonnois et autres ; et que, pour fournir aux frais d'icelie guerre, il avoit esté contraint vendre son domaine, et depuis imposer sur ses subjects plusieurs subsidies, desquels, à son très grand regret, ils ont esté fort tri^vaillés. Que, pour l'esgard et commisération de eux, il s'es- (oit offert d'obtenir la paix, encore que ce fust à conditions dommageables pour luy, mais pour le désir singulier qui l'esmouvoit de tenir son peuple en pacifique repos, lequel a too^urK
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FRANÇOIS DE R^BUflN.
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trouvé fort fidMe et ertdîn à son obéissance et service. Et pource qu'il avoit esté adverty que sesdits ennemis estoient en plus grande délibération que jamais d'entreprendre et assaillir le royaume de France, il avoit toute sa fiance, après Dieu, en la fidélité et secours de sesdits subjects; et pourtant il proposoit, comme contraint parla nécessité, de faire une forte, grande et extresme guerre pour recouvrer une bonne paix. Mais d'autant que l'argent est le principal nerf de de la guerre, il prioit bien fort un chacun des estats le vouloir maintenant secourir pour résister à l'ennemy, et qu'en après il se mettroit en tout devoir d'acquérir et conserver à ses subjects une tranquillité ; promettant, en vfoy de bon roy et prince, les traiter d'ores en avant si gracieusement, et remettre toutes choses en tel ordre, que chacun auroit occasion de se contenter; que, pour tesmoignage de sa bonne volonté et affection, il avoit voulu faire telle promesse en public et en présence dé son fils, afin que tous deux y fassent compris et obligés. Le roy ayant fini son propos, M. le cardinal de Lorraine, tenant le premier lieu, et parlant pour Testât de l'Église, commença une oraison et harengue fort docte et gravement prononcée, qui dura l'espace d'une heure, tant à la louange du roy que pour le remerciement de sa volonté et promesse; concluant pour le clergé, que tous leurs corps et biens ils soubmettoient à son bon plaisir et disposition. M. de Nevers, parlaïit ponr la noblesse, en peu de paroles dit qu'elle estoit tant affectionnée à son service et à la défense du royaume, qu'elle présentoit au roy, non-seulement les corps et les biens, mais la vie. En après, M. de Sainct-André, premier président de Paris, respondant pour la justice, estant à genoux, et tous les présidens des autres parlemens de France, a en premier lieu remercié leroydu bien et honneur qu'il avoit pieu à Sa Majesté leur faire, érigeant un quart estât de sa justice, et aussi de manifester à ses subjects sa bonne volonté etaffection, avec plusieurs autres propos et remerciemens tendans à louer sa grandeur et sa promesse de vouloir magnanimement soustenir la guerre pour, ext repoulsant l'ennemy, acquérir une longue et perpétuelle paix à ses subjects, et puis redresser toutes choses en leur ordre et bonne suite, an repos et contentement de chacun ; oSnni pour cest estât, et pour y survenir, non seule-
ment les biens, mais les co^ des officiers de sa justice. Pour le dernier estât du populaire et des députés des villes, M. du Mortia' se leva, et, ayant fait trois grandes révérences, remercia le roy très humblement de sa bonne volonté qu'il porte à ses subjects, les voulant conserver en paix après avoir résisté à l'ennemy; spécialement luy approuva et loua grandement ce grand désir qu'il avoit de poUicer la France, laquelle a souffert quelques désordres pour la nécessité des guerres; que néantmoins, encore que le pauvre peuple fiist desjà fort atténué et aflbibli de puissance, si est-ce qu'il se salgneroit encore plustost soy-mesme, pour, après luy avoir exposé les corps et les biens, luy sacrifier les vies pour la tuition du royaume. Après que tous les députés eurent parachevé leurs dires et propositions, avant que le roy se levast de son tribunal, M. le cardinal de Sens, garde des sceaux de France, se mit à genoux devant leroy, inclinant sa teste fort bas, puis se levant, se retourna devers les assistans, et dit que le roy hiy avoit commandé porter ce propos atout le peuple : que, pour commencer de remettre toutes choses en bonne disposition, pour le soulagement et repos de France, un chacun des députés des villes eust à rédiger par escrit toutes leurs doléances, et mettre par articles les poincts ayans besoing de réformation, et iceax rendre entre les mains dudit sieur du Mortier; sur lesquels le roy, avec les seigneurs de son conseil, ordonneroit particulièrement à un chacun ce qu'il verroit estre à faire par raison, et dans tel temps qu'il leur serdt dit; et que les députés n'eussent à s'en aller de la ville jusques à ce que ils eussent entendu la volonté phis ample du roy. Ces choses dites, le roy se leva et s'en alla, puis tout chacun se départit. Quelques jours après, les députés des villes furent mandés au logis de M. le cardinal de Sens, où se trouva M. le cardinal de Lorraine ayec autres seigneurs du conseil privé, et là icduy cardinal de Lorraine déclaira etremonstt^ ansdits députés des villes la fin et le but de ceste assemblée, qui estoit que le roy vouloit emprunter trois millions d'or, et qu'il vouloit trouver trois mille personnes en son royaume qui luy prestassent chacun mtHe escus, déclairant que le clergé avoit desjà offert mille hommes qui en presteroient diacun mlDé; qu'il falloit que les villes de France nommassant et tiuuvassrat
GUERRES DE BELGIQUE, LIV. X
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àma mille hommes, et qu'on leur constitneroit une rente an denier dowse. Et dit davantage ledit seigneur, que le roy voubit diminuer les tailles pour le soulagement du menu peuple, quiestoit fort travaillé, etqu'onnemettroitplus de subsides sur la marchandise pour Tentretenement du commerce; encbargeant ausdits députés de iaire deux choses : Tune, de bailler chacun àpartsoy des rooles des aisés, qui fourniroient argent, et Tautre, de mettre et donner par escrit, entre les mains du sieur du Mortier, tous les articles qui bons leur sembleroient pour la réformation des affaires. Au partir de là, les députés advisèrent ensemble que, pour le devoir de leurs charges, ne devoi^t bailler aucun rooUe, parce qu'il est impossible de pouvoir cognoistre la faculté des particuliers; car tel a réputation d'avoir argent, qui n'en a point. Et pour se descharger de donner tels rooUes, le mesme jour furent devers M. le cardinal de Lorraine, auquel remonstrèrent qu'il n'estoit possible accomplir et rendre réellement tels , roolles, à raison qu'on ne peult sçavoir et cognoistre la puissance et moyen des habitans, parce que tel a des biens en apparence qui n'a point d'argot ; et pour le regard des marchands qui font leur train sur le crédit, tel fait grand monstre et traficques extérieurement, qui est fort proche de faire bancqueroutte. Depuis, messieurs du conseil privé mirent ce bict en délibération ; sur quoy considérans que les députés des villes ne pourroient fournir tels roolles vériuMes, pour l'incertitude des facultés des personnes, conclurent qu'on chargeroit et cottiaeroit en chacune ville tant d'hommesqui presteroient argent; et s'ils ne pouvoient prester mille eseus, qu'ils en presteroient cinq cens, en augmentant le nombre des personnes. Le quart estât depuis bailla les articles pour la réformation des aflaires, selon le temps présent. Le dixiesme du mois de janvier, le roy, la royne, le dauphin, plusieurs princes et grands seigneurs, et généralement toute la cour, firent ouyr messe en la Saincte- Chapelle, pour rendre grâces à Dieu de la prinse de Calais, pour lesquelles bonnes nouvelles tous les estats ensemble accreurent de plus grande volonté d'aider au roy à poursuivre sa victoire; tellement que dès lors restât ecclésiastique accorda au roy, en par don, un milfion d'or, ouUre les décimes ; et U qwrt estât deux millions, luy déclairant qae^ XVl-8rtcui,UPl.ctI^p|^
si cela n'est suffisant pour seustenir la guerre et contraindre l'ennemy se ranger à quelque bonne paix, ils exposeroient tout le demourant de leurs biens et personnes pour son service. Ce que j'ay bien voulu déclairer et déduire amplement, encore qu'il ait esté desjà publié, mais pour en rafraischir la mémoire et la rendre pluâ durable et exemplaire à la postérité; faisant démonstration et représentant le bon naturel ei très grande humanité d'un grand roy envers ses subjects affligés ; voulant pour leur tuition exposer, non seulement ses avoirs et puissance, ains sa propre vie. En quoy aussi sera veue la très affectionnée et très fidèle obéissance d'un bon peuple, ne refusant, ains présentant les biens, les corps et les vies, pour aider et secourir son prince.
Le quinziesme de ce mois, le roy, foisant sa délibération d'aller veoir sa ville de Calais pour la fortifier» voulut premièrement aller au palais pour tenir le siège de la justice ; et y demeura depuis huict heures du matin jusques à unze, accompagné de M. le daulphin et de cinq cardinaux, avec les autres seigneurs de son privé conseil. Où devant Sa Majesté furent leus et publiés plusieurs édicts et autres constitutions touchant l'ordre politique. Quelques jours ensuyvans il parfit sondit voyage de Calais, et visita d'un bout à autre ceste belle et très forte ville, pour adviser et disposer, tant de la fortification qu'il y vouloit ajouster, que de toutes autres nécessités, pour la conserver et garder ; ordonnant, pour y commander et y estre son lieutenant et gouverneur, M. de Thermes, chevalier de son ordre , autant sage et digne de ceste charge, qu'il en eust peu eslire en tout son royaume.
Je ne veux oublier à dire, avant que faire fin à ce livre, que M. de Guyse, attendant la venue du roy, et temporisant avec l'armée en ceste nouvelle conqueste du comté d'Oye, cornmençoit tousjours cependant à fortifier et amé* liorer Calais, et d'autre part parachevoit de ruiner Guines, ainsi s'accommodant et appropriant de ce qu'il voyoit nécessaire, et ruinant ce qui estoit nuisible, pour, après avoir sceu le bon plaisir et volonté de Sa Majesté, donner et passer oultre ou à Gravelines, ou à Sainct-Omer. Toutefois l'byver s'aigrissant et empirant en {^j^utes et toutes rigueurs du temps, l'on adi vîM. de tomate wa^i pour mettre une partie
FRANÇOIS DE RABUTIN
ée Fannée es garnisons et TiUes fortes le bng 1 diir et reposer, posr se trooTer prest dé wmde lafrtmtière, et renvoyer le sorplos se rafre»- | vean, à Pesté eBfoyvaiit.