CHAPITRE LXn
Coaunenl Boucicaut, maréchal de France, gouverneur de GAnei, fut débouté de la dite Tille par les citoyen» d'icelle, Uadi* qall éloit alM an mandefflent du duc de Milan.
En cet an, Boucicaut, maréchal de France , qui étoit gouverneur de Gftnes de par le roi , et lA se tenoit de par lui*, fut évoqué et requis de par le duc de Milan et le comte de Pavie, son frère, pour aider et apaiser une question qui étoit promue entre eux, es parties de leurs dominations. A laquelle évocation il alla, cuidaot faire agréable service au duc de Milan s, non lui doutant d'aucun mal engin. Mais durant son voyage^, ceux de la dite ville de Géoes se mirent du tout en rébellion contre leur dit gouverneur, et mandèrent à être à eux aucuns étrangers leurs alliés et complices ; et de fait occirent cruellement le seigneur de Cbelettc, chevalier, seigneur de GoUettrie -^ , natif d'Auvergne, lequel étoit le lieuteuant du dit maréchal.
Après laquelle mort, les autres François qui étoient parmi la ville, pour la doute de la mort, s'enfuirent es châteaux d'icelle , èsquels par ceux de Gènes ils furent présentement assiégés; et ooandèrent en leur aide les dits Génois le marquis de Montferrant s, avec grand' puissance de gens d'armes ; lequel y vint hfltivement atout quatre mille combattants ^ parce qu'ils lui promirent & payer chacun an pour ses gages dix mille ducats et le firent sans délai duc de Gênes. Avec lesquels furent faits et constitués douze conseillers, selon la coutume du pays ^, pour gouverner la chose publique.
* Booeicut arait pris poiMMion dn vicariat de Oi' M» le 31 octobre 1401.
■ Jean-Marie ViscoDtt.
* Boodeaut partit de Gène* le 81 Jatllet 1409.
* n eat appelé le ctievalier de Chaxeron daoa VAm de ttrilUr Ut daiet. Il fut mauacré le 3 septembre 1409. Le moine de Saint-Denis le nomme le tire de Choleton.
* Théodorr, marquis de Montrerrat, se ligna avec Facia« Cane, et marcka sur Gènes i la tète des bannis gé- Mie, mit partiweDt à s'en fatra oanir le* portes.
* Théodore, lurqait de MoDlferral, fat placé k la
Et brefs jours après, Facbin-Quant, capitaine très renommé en Italie, moult cordial ami au dit marquis, sans délai, avec tout ses gens, vint au dit lieu de Gênes, sur intention d'être en aide d'icelui marquis; mais les dits Génois ne voulurent point le recevoir, et fut par eux refusé; et en s'en retournant, ses gens, qui èloient huit mille, prirent une ville nommée NeufviUe, oiiy il y avoit un châlel qui se tint par les François, et fut assiégé hâtivement. Mais le dit Boucicaut, accompagné de ses gens et des gens des dits frères, c'est à sajoir du duc de Milan et du comte de Pavie, après ce qu'il eut oui les nouvelles de la rébellion des dits Génois, vint h&livement au cb&lel de Gaing , assis et situé entre Gènes et la dite ville de Neufville, et combattit contre le dit Fachin- Quant et ses gens : en laquelle bataille furent occis bien huit cents hommes, dont la plus grand' partie étoient à icelui Fachin^^uant ; et en la fin, pour la nuit qui survint, l'une partie et l'autre laissèrent la bataille, et Boucicaut , par le conseil d'Enguerrand de Bournouville , qui étoit avec lui, et de Gadifer de La Saile, tous deux hommes d'armes et de grand' prouesse, retourna en cette même nuit au dit chàtel de Gaing, lequel il garnit et pourvut grandement de vivres et autres choses nécessaires à guerre. Et le dessus dit Fachin-Quant demeura dedans la ville; mais dedans brefs jours ensuivant, voyant qu'il ne pouvoit avoir le dit châtel, se départit atout ses gens et retourna eu ses forteresses.
Le maréchal Boucicaut 'commença à mener forte guerre aux Génois et eux à lui; et avec ce envoya ses messagers devers le roi de France, pour lui signifier les besognes dessus dites, en lui requérant qu'il lui voulstt envoyer incontinent aide de gens d'armes. Lequel roi et son grand-conseil, quand il sut les nouvelles, considérant la muableté et déloyauté des dits Génois, disposa à procéder mûrement contre iceux. Et depuis y envoya à ses dépens les seigneurs de Torcy, de Rambures et de la Yieuville, atout certain nombre de gens d'armes jusqu'à la cité d'Ast, appartenant au
tète de ces douze conseillers, dont la moitié étoient OMiphes et l'antre moitié Gibelins, avec le titre d« capltaiiM-géBértl et les ém'duawM de dofe.
CHRONIQUES D'EJNGUERR/UND DE MONSTRELET
duc d'Orléans, prochaine au territoire de Gênes, sur espérances de bailler secours & icelui Boucicaut. Mais quand Us furent venus Jusque là, ils surent véritablement que tout le pays éloit tourné en rébellion, réservé aucunes forteresses que tenoienl encore les dits François au-dehors de la dite ville de Gènes, lesquels ne pouvoient pas faire grand dommage , parce qu'ils ne pouvoient tenir grand nombre de gens, pour les vivres qu'ils avoient à danger. Et par ainsi les dits chevaliers eurent considération l'un avec l'autre qu'ils ne pouvoient faire chose qui fOt de grand' valeur, et s'en retournèrent en France. Et adonc ftirent quis dedans Paris et ailleurs tous les marchands et autres gens du dit pays de Gènes ; et ce qui en (Ut trouvé furent mis prisonniers, et leurs biens arrêtés et détenus sous la main du roi. Si avoient été iceux Génois par très long temps en l'obéissance du roi de France et l'avoient servi en plusieurs guerres assez diligemment.