‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 108 sur 761 · CHAPITRE LXffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXffl

Contment \et leigncnn du langrojtl conclurent ensemble de Ikire réformer ceux qui iToienl gouTerné le* Unaiicei do roi, elde la mort de Hontagu.

En ces propres jours, les seigneurs du sang royal étant à Paris , c'est à savoir le roi Louis, le roi de Navarre, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, avec plusieurs autres grands seigneurs , sachant et eux bien informés que Charles, roi de France , étoit de tout appauvri de ses finances par ses officiers et gouverneurs, et mêmement que sa vaisselle et la plus grand' partie de ses Joyaux étoient en gage, exposèrent un Jour à la personne du roi l'état et pauvre gouvernement qui étoit en son hôtel, et entre les dits officiers, présents la reine , le duc d'Aquitaine et autres du grandconseil , en requérant qu'il fût content qu'aucun d'eux pût avoir la puissance de réformer tous ceux généralement qui , depuis le commencement de son régne , avoient eu le gouvernement des dites finances et de ses offices, sans nuls en excepter, et qu'ils pussent iceux destituer, corriger, punir ou condamner, selon les cas qui seroienl trouvés sur eux ; laquelle requête fut par le roi accordée. Et pour mieux )f besogner et entendre^ grand' partie de ces sei-

gneurs dessus dits laissèrent leurs hôtels et s'en allèrent loger & l'hôtel du roi à Sainl-Pol, dedans lequel , par le conseil d'aucuns des seigneurs du parlement et de l'université, continuèrent par plusieurs jours à la dite réformation. Et firent tant qu'à bref dire ils aperçurent clairement que ceux qui avoient gouverné les dites finances du royaume , depuis seize ou vingt ans par avant, s'étoienl très mal acquittés, et avoient acquis pour eux et pour leurs amis ou prochains innumérables finances au préjudice de sa seigneurie. El par spécial, Montagu, qui avoit été un des principaux gouverneurs, fut questionné, et tellement qu'il fut ordonné qu'on le prit et mtl en prison en Ch&telel avec aucuns autres.

Et pour parfaire cette exécution , fut commis messire Pierre des Essarts, prévôt de Paris, et avec lui plusieurs de ses sergents ; et pour l'accompagner, lui furent baillés, de parle dit duc de Bourgogne , les seigneurs de Helly et de Robais, et messire Rolant de Hutequerque, lesquels tous ensemble trouvèrent un certain Jour le dit Montagu, et avec lui Martin Gouge, évêque de Chartres, tous deux allant au moûtier de Saint- Victor pour ouir la messe. Lequel prévôt , accompagné des dessus dits, quand il les rencontra, mit la main à lui et au dit évoque , en disant à iceux : « Je mets la main à » vous de par l'autorité royale , à moi com- » mise en cette partie. »

Et adonc icelui Montagu , oyant les paroles du dit prévôt , fut fort émerveillé et eut très grand' cremeur. Mais tantôt que le cœur lui fut revenu, il répondit au dit prévôt : « Et tu, » ribaut , traître , comment es-tu si hardi de » moi oser attoucher ? » Lequel prévôt de Paris dit : « Il n'en ira pas ainsi que vous cuidez ; » mais comparerez les grands maux que vous » avez faits et perpétrés. »

Lequel non pouvant résister au dit prévôt , fût mené lié très rudement et destroitement au Petit-Châlelet , et avec lui le dit évêque de Chartres , qui étoit président en la chambre des généraux^ auquel le dit Montagu fat mis par plusieurs fois en gehaine. Et tant , que lui doutant & approcher sa fin, demanda k un sien confesseur quelle chose il avoit i faire. Et icelui lui répondit : « Je n'y vois autre ranède « fors que vous appeliez du prévôt de Paris. >

Page 1