CHAPITRE LXX
Comment l« duc de Berrl t'en alla de Paris en ton paji, et dcpuia i Angen, oïl il s'allia arec le duc d'Orléani et autres prince* de ion sang.
Il est vérité qu'en ces propres Jours le duc de Berri, pource qu'il n'avoit point si grand' audience et gouvernement autour du roi et du duc d'Aquitaine qu'il avoit accoutumé, en prit très grand' dëplaisance et retourna en son pays, non content de ceux qui avoient le gouvernement, et par spécial de son neveu et filleul le duc de Bourgogne. Et bref ensuivant
alla à Angers, où furent assemblés les ducs d'Orléans et de Bourbon et tous les grands seigneurs de celte alliance. Lesquels tous ensemble, en l'église cathédrale. Jurèrent et promirent par leur serment moult solennellement de garder dorénavant l'honneur et profit l'un de l'autre, en promettant que tous ceux qui voudroient porter contraire ou dommage contre aucuns d'eux, excepté le roi , ils le feroient savoir, et s'entretiendroient tous ensemble en bonne union et fluternité, sans jamais aller au contraire par quelque manière que ce fût. Desquelles alliances plusieurs grands seigneurs de France firent peu de Joie; et bref ensuivant vinrent les nouvelles d'icelles à Paris devers le roi et son grand-conseil, qui en ftit moult émerveillé et non point content. Et pour ce , par l'enhort du duc Jean de Bourgogne et d'aucuns autres, issirent de Paris, accompagnés du duc de Brabant et du comte de Mortaing, avec grand' chevalerie ; et s'en alla à Sentis, et de là en la ville de Creil, pour reprendre et remettre en sa main le chfttel du dit lieu, que tenoit de lui le duc de Bourbon, qui pour la garde y avoit commis de ses gens ,- lesquels le tinrent au plus longuement qu'ils purent, et tant que par leur attargation le roi ni ceux qui étoient avec lui ne le prirent pas bien en gré. Et pource que de prime face n'avoient voulu obéir, furent pris prisonniers et menés très délroitement liés au Chfltelet & Paris. Et depuis, à la requête de la comtesse de Clermont, cousine germaine du roi, furent délivrés.
Le lendemain, le roi commit autres gardes, et puis s'en retourna à Paris; pour lequel voyage les Orléanois furent très mal contents , et continuèrent chacun Jour d'assembler gens à très grand' puissance. Laquelle assemblée ne fût pas plaisante au duc de Bourgogne, doutant que le duc d'Orléans et ses frères n'eussent volonté d'enfreindre la paix naguère faite par le roi en la cité de Chartres, ou que lui et ses alliés ne vinssent & main armée en la ville de Paris, pour avoir le gouvernement du roi et du duc d'Aquitaine. Et pour à ce obvier, tantôt et hâtivement fit faire et publier en plusieurs parties du royaume certains mandements royaux, afin d'assembler gens d'armes à venir & Paris ou es villages d'entour, pour résister contre ceux qui mal lui voudroient ; et se conclut et