LIVRE PREMIER
et armée , et qu'ils venissent deirers lui à son mandement & Paris , et sans armures, comme vassaux doivent et sont tenus de Taire et venir devers leur souverain seigneur, et qu'il leur feroit raison et justice sans doulance ; et que , si ce ne faisoient , il leur feroit guerre brièver ment. Lesquels dirent et répondirent qu'ils n'en fèroient autre chose que ce qu'ils lui en avoient naguère par leurs lettres-patentes intimé et signifié. Et par ainsi les dits ambassadeurs, cooune néant faisant, et vuides de réponse c<Mnme autrefois , s'en retournèrent à Paris devers le roi.
Pareillement l'université de Paris envoya devers eux ses ambassadeurs et gens de grand' solennité, et moult sages et enseignés, à savoir, Amé, l'abbé de Poigny, docteur en théologie , qui solennellement et moult notablement de par la dite université proposa devant eux. £1 furent très grandement et honorablement d'iceux seigneurs reçus, par spécial du duc de Berri, duquel entre les autres leur fut dit qu'il lui déplaisoit moult que le roi son neveu étoit tellement et ainsi gouverné de tels vilains comme le prévôt de Paris et plusieurs autres , qui ont tout le gouvernement de son royaume, qui est vilement gouverné , dont c'est pitié à voir. « Ainsi , dit-il , que nous le dirons et » montrerons d'article en article , quand nous » serons devers lui. « Et autre réponse ne rapportèrent , sinon qu'au plaisir de Dieu ils accompli(oient, selon leur pouvoir, le contenu es dites lettres-patentes naguère envoyées par eux i la dite université.
Après, le roi et son conseil derechef mis en» semlde, envoya la reine , le cardinal de Bar et le comte de Saint^Pol avec elle , et plusieurs antres envers les dessus dits pour la cause devant dite. Et «Bt vrai que le dit comte de Saint- Pol atoit accepté l'office du grand bouteillier de France , et du consentement du, roi , lequel occupoit le prévOt de Paris, «pii l'avoit tenu et eu du comte de Tancarville * par le don du roL Et jaQoit ce ^{ue la reine par les devant dits ducs et comtes fftt honorablement reçue , toutefois elle ne demeura pas en leur exercile et assemblée , mais s'en alla au chftteau de Marcoussy, qui n'est guère loin du dit M<Mit-
• GnUlMMdiMelnn.
le-Héry, avec ses gens , où elle fut par moult de jours à traiter avec eux ; et venoient chacun jour les dessus dits princes ou aucuns d'eux devers elle. Etjaçoit ce que diligemment elle ftt son devoir pour les mettre à conclusion , néanmoins elle ne put venir à son intention ; car iceux seigneurs étoient du tout fermes et délibérés d'aller devers le roi à puissance, pour lui requérir et remontrer qu'il ftt justice et prenstt autre gouvernement qu'il n'avoit.
Pour ce, voyant qu'elle perdoit son temps, s'en retourna à Paris, avec elle que ceux qui étoient allés en sa compagnie , et raconta ce qu'elle avoit trouvé , dont le roi fut très courroucé et troublé : et le lendemain vingt-quatrième jour du mois de septembre, fit évoquer et assembler tous les gens d'armes qui étoient venus pour le servir, et fit charger charrois et charrettes, sur l'intention d'issir hors de Paris avec lui, et en sa compagnie ses princes et ses chevaliers pour combattre iceux seigneurs.
Et après quand tout fut prêt, ainsi qu'il oyoit la messe , pour après iceUe monter à cheval , vint devers lui le recteur de l'université, grandement accompagné avec lui des maîtres et suppôts d'icelle, lequel lui dit et remontra comment sa fiUe l'université de Paris étoit disposée de soi départir de Paris pour la grand' défaute de vivres, lesquels, à l'occasion des gens d'armes, tant d'une partie comme de l'autre, ne pouv9ient venir en la ville de Paris, qu'ils ne fussent tous robes et détroussés ; et avec ce, que tous les biens ^ient dissipés et dégfltés sur Iq plat pays pour la grand' multitude d'iceux gêna d'annes. Pour quoi très humblement requéroient et suppUoient que sur ce lui plût à pourvoir de remède et répondre ce que bon l«i sembleroit. Et tantôt le chancelier, c'est à ^ivoir nuitre Arnault de Corbie, prit la parole et dit : « Le roi appellera son conseil, et après ■ vous. fera réponse. » Et ce dit, incontinent le roi de Navarre étant présent supplia au roi qu'il leur assignftt heure, et qu'après dîner les voulstt ouir; et le roi, inclinant à sa requête, bailla aucune heure au dit recteur à venir dev«8 loi.
Après dtner, le roi et ses princes, c'est à savoir les ducs d'Aquitaine , de Bourgogne et de Brabant , le marquis de Pont , le duc de Lor^ raine , les comtes de Mortaigne » de Nevers et
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
de Yandemont, avec plusîenrs autres seigneurs, tant d'église eomme séculiers, vinrent à Paris en la chambre terte, et le roi de Navarre fit en françois quatre supplications. La première , que les seigneurs du sang royal , tant d'un côté comme de l'autre, s'en retournassent chacun en leurs seigneuries, et que plus ne s'entremissent du gouvernement du roi, et aussi que désonnais en avant ne reçussent nuls profits ni pensions tant des subsides qu'ils ont accoutumé de prendre sur leurs terres, comme d'autres exactions, mais vivent de leur propre jusqu'à tant que le roi et son royau^ me soient en meilleur étal qu'ils n« sent à présent; toutefois, si le roi vent à aueunS d'eux donner quelque chose oa les appeler vers lui, ils sont toujours prêts de le servir. La seconde siq^lication tat qu'aucune diminution fût mise sur les subsides qui couroient sur le peu[^e. La tierce, qu'à aucuns bourgeois de Paris soit faite assignation de pluâeurs grosses sommes de deniers, lesqu^es ils ont prêtées au roi, et lesquelles on leur a promis à rendre. La quarte, que les besognes el affaires du roi 'et de son royaume fussent gouvernée set disposées par prud'hommes de trois états de son dit royaume. Après lesquelles requêtes et remoBtrances , le roi , de sa propre bouche , répondit au roi de Navarre que sur ieelles il auroit conseil, et après ee tellement répondroit que lui et tous tes autres devroient être contents.
En après ces choses faites, le roi eut conseil, eomme par avant ces choses faites avoit été proposé, d'Msir de Paris le matin à Fencontre des seigneurs et de leurs aUiéB, dont dessus est faite mention^ Mais derechef fat conclu qu'en- T«proit la reine sa compagne el ses autres an»bassadeurs devers icem pour traiter de paix ; laquelle, quand eBe fat là venue, s'y em^oya, eomme l'on (fit très bien et loyaament, jaçoit ee qu'il étoitcommoM renommée qu'elle étoit fort affectée au dit parti d'Orlèws.
Durait laquelle ambassade, Amé, comte de Savoie, mandé de par le roi, vint à Paris atout cinq cents bassinets. A rencontre duquel aHèrent jusqu'à ht porte SaintrAntoiae les trois frères, e'est à savoh* les dotes de Bourgogne, de Braftant et le comte de Nevers', ses serourgM, avec moult tf attires seigoeivs ; et de li te m»<
nèrent au palais, devers le roi, lequel le reçut très honorablement. Et aucuns jours après, la dite reine , non pouvant rien besogner de la dite ambassade où elle étoit allée , retourna devers le roi son seigneur, et rapporta comment iceux elle ne pouvoit rompre de leur propos, car en icelui ëtoient tous obstinés ; et puis s'en alla au bois de Yincennes le plus tôt qu'elle put. Et le lendemain matin, les devant dits seigneurs se partirent de Mont-le-Héry et vinrent, leduc de Berri, en son hôtel de Yicestre, qu'il avoit aucunement rëédiflé , et lé duc d'Orléans se logea à l'hôtel de l'évêque, à GentiOy ; le comte d'Armagnac , à Yitri, et les autres, eh autres lieux au plus prés qu'ils purent ; et aux vêpres vinrent loger à Saint- Marcel et jusqu'à la porte de Bordelles. Pour lequel logis le roi, le duc de Bourgogne et tons les autres princes eurent grands merveilles.
Incontinent les Parisiens , à lenrs propres dépens, mirent sus mille bassinets cette nuit , pour faire le guet , et firent par toute la ville de Paris très grands feux. Et afin qu'ils ne passassent la rivière de Seine par un lieu assez près de Gharenton , y envoyèrent deux cents hommes d'armes pour garder le dit passage. Et le troisième jour ensuivant, Arthur, comte de Richement, ft^re au duc de Bretagne, vint en la compagnie des ducs de Berri et d'Orléans atout six mille chevaux , dont moult déplut au roi, et par spécial aa duc de Bourgogne, pource que le duc de Bretagne, qui naguère avoit été mandé par le roi aveé ses Bretons pour le servir, «voit reçu du roi finances. Pour cette cause le dit duc , pource qu'il étoit occupé par aucunes antres besognes, avoif envoyé son frère en son lieu pour servir le roi et non autre. En lequel exercice le sire d'Albret, connétable de France, les dites finances qu'il avoif reçues du roi, comme on disoit, il avoit jà exposées et dépendues en son service, c'est à satoir du duc de Berri.
En après allèrent plusieurs de la dite as- \ Semblée à Saint-Glotlid et autres villes à l'environ. Lesquelles ils pillèrent, et prirent tont ce quf bon leur étoit, et dépoulRèrent de tons biens à eux el à fieur ost nécessaires. Et arec ce aucuns raat^vais garnement? vblèrentet ra' virent plusieurs femmes , lesquelles vinrent à Paris devers eux, en eux oot^ptaiBBanf et Ai
sant grands clameurs dés dits ravisseurs , en requérant au roi vengeaince d'iceux, et aussi être restitués de leurs biens si l'aire se pouvoit tors. ]^À roi , pour leur infortune , et aussi mu ^e pitié, lés dits princes et tous ceux qui étoient en leur compagnie et aide , nonobstant quelque aide ni excuse, les déclara, par son décret et sentence , être exemptés de leurs biens et ious confisqués <. Et entre-temps que les lettres s'écrivoient, le duc de Berri, oncle du roi, envoya ses ambassadeurs dedans Paris devers ie roi moult en l^âte , afin que la sentence ne sortît son effet pour cette fois ; lesquels ambassadeurs requirent instamment de par leur seigneur que la besogae fût àtargée , et qu'au plaisir de Dieu aucun bon moyen s'y trouveroi t. A la requête desquels fut cette besogne prolongée et ton commença à traiter entre les parties.
Iifonobstant toutes les avenues dessus dites, ètoitle roi moult déplaisant de ce qu'il véoit que ceux de son sang étoient en dissension f un contre l'autre , et qu'il convenoit qu'il procédât contre eux à grand^ rigueur. Et aûn que sans effusion de sang la chose pass&t, requit à son chancelier et & aucuns autres de son privé conseil qu'ils se voulsissent employer diligemment que le dit traité se fU : et pareillement en parla bien à certes au duc de Bourgogne, au comte de Saint-I^ol et à aucuns autres princes, lesquels promirent, chacun en droit soi, d'eux y employer.
Durant lequel temps , est à savoir que le seigneur de Dampierre, Fevèque de Noyon , le seigneur de Tignonville, maître Gautier Col^ et aucuns autres ambassadeurs du roi, furent envoyés de Paris à Boulogne à rencontre de l'ambassade du roi d'Angleterre ; c'est à savoir le seigneur de Beaumont, l'évéqiie de Saint-David et aucuns autres qui étoient venus à Calais pour traiter les trêves avec euxj lesquelles furent rallongées du jour de la Youssaiut, qu'elles dévoient faillir, jusqu'au jour de Pâques ensuivant.
OIAPITRE i^
Comment, aprit let asKmUéet faites d'entre les princes, d%ii oMi et d'autre, Ait la paix bite. entre eux, laquelle io DOiuma la paix de Vicettre, qui toi la Mconde.
* Une ordonnance royale antotrise même les babilans à défendre leurs biens el leurs personnes contre qal .qne ce soit, fût-il ua prince da sang royal, eol'fxcu&ant d'avance de tout meurtre commfs sur sa personne.
* Secrétaire du roi.
Après que les ambassadeurs des deux parties, c'est à savoir ceux du roi et du duc de Bourgogne d'cme part, et ceux des ducs de Berri, d'Orléans el de Bourbon d'autre, eurent, par plusieurs et diverses journées, communiqué l'un avec l'autre sur les traités d'entre icelles parties, finalement, le deuxième jour de novembre, vinrent à conclusion. Et fut le traité fait, promis et confirmé parla manière qui s'ensuit : c'est à savoir que les seigneurs du sang royal d'un côté el d'autre, excepté le comte de Mortaigne , relourneroient en leurs terres et seigneuries, chacun en son lieu, et ramëneroient leurs gens d'armes en faisant le moins de dommage qu'ils pourroient sur le plat pays, sans fraude ou déception. Et pourra le dit duc de Berri , s'il lui platt , aller demeurer à Gien-sur-Loire , el le comte d'Armagnac avec lui l'espace de quinze jours ; le roi de Navarre pourra aller en sa duché de Nemours; le duc de Brabant, s'il veut, j^ourrà aller en Bourgogne voir sa sœur la duchesse.
Item, les dits seigneurs d'un côté et d'autre, eux et leurs gens ne passeront pas ni n'iront par les terres l'un de l'autre , ni souffriront aller, afin que par ce aucuns inconvénients ou dommages n'en viennent, dont aucun mal pût sourdre oti venir.
Item, en toutes garnisons où il y a ^lus.do gens d'armes que le nombre qui y souloit être, n'y demeureront ]^s , sinon ceux qui y seront nécessaires à garder pour la sûreté des dits lieux , et sans A-ande ou déception aucune. Et afin que ces choses demeurent plus fermes, les devant dits seigneurs jureront et bailleront lettres de serment et promesses 4 aucuns princes commis de par le roi. Semblablémént jureront les capitaines qui seront élus de chacune partie.
Item, s'il est métier, et qu'il plaise au roi, il commettra aucuns de ses chevaliers, qui voisent avec les dessus dits capitaines à les cour duire et mener, afin qu'eux et leurs gens d'armes ne fassent longue demeure et qu'ils fassent le moins de dommage que faire se pourra.
CHRONIQUES 0*£NGUERRANp ÎÎE
/temples dits seic^' i ,,
j.^, çtfuurs ni aucuns d'eux ne
...vaiiieront point devers le roi, sinon qu'il les mande par lettres-patentes scdiées de son grand scel, confirmée» par son conseil, et pour cause nécessaire; et aussi ne pourcbasseront pas les dits seigneurs ni aucuns d'eux de retourner devers le roi ; et de ce jureront aussi et promettront en la main de celui spécialement à ce commis ; et de ce baillera le roi ses lettres, comment ils auront juré et promis, et qu'ainsi l'aura ordonné. Et s'il advenoit que le roi mand&t le duc de Berri, semblablement il manderoit le duc de Bourgogne; et semblablement, s'il mandoil le duc de Bourgogne, il manderoit le duc de Berri. Et ainsi les manderoit, afin qu'ik soient tous deux ensemble au jour as.signé jusqu'au jour de P&ques prochain venant.
I Item, jureront les dits seigneurs que, de là jusqu'au jour de Pâques prochain yenant, qui sera l'an mil quatre cent et onze, ju^u'à Pftques l'an mil quatre cent et douze, nulà d'eux ni aucun d'eux ne procéderont de .voie de fait ni de rigueur , soit en parole ni autrement , l'un contre l'autre ; et de ce seront lettres faites de par le roi, contenant les dits serments et proniesses par l'ordonnance de son conseil royal, contenant aussi certaines peines si les enfreignoient.
Item, le roi élir acertains notables e( idoines, non suspects et non pensionnaires d'aucuns d'eux, mais seulement ayant seraient an roi , afin qu'ils soient au conseil du roi; desquels ainsi élus les noms seront montrés aux seigneurs d'un côté et d'autre.
Item, les ducs de Berri et de Bourgogne, ayant le gouvernement du duc td' Aquitaine, commettront, d'un commun consentement, aucuns qui, en leur absence, auront le gouvernement du duc d'Aquitaine au lieu d'eux ; et pour ce , seront faites lettres et écrites au duc de Berri , qui ne les a pas encore.
Ittm , le prévôt de Paris sera ôté de tous oiBces royaux , et le roi y pourvoira d'un autre, selon que semblera .fttre expédient.
Item, que nuls chevaliers ni autres, de quelconque condition qu'ils soient, eux ni leurs hoirs ou leurs biens, n'aient aucun empêchement, maintenant ni en temps à venir, pour la dite cause et raison, s'ils venoient ou