‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 121 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dominatioD de ce royaume; et rautoritë, exerciee et paÎMance de régner librement soient et demeurent en TOUS , comme raison est, et non à autre quelconque. Et à ces Ans et conclusions obtenir et exercer réaoment, et de fait imposer et exaucer, nous, les dessus nommés, nous voulons exposer en votre service , nous , nos biens, nos amis, nos sujets, et tout quant que Dieo nous a donné et prêté en ce monde, pour résister aussi et débeller tous ceux qui poudroient le contraire, s'il en est aucun.

»En outre, Irésredoutéetsouverain seigneur, nous n'entendons point à nous déjoindre, jusque adonc que tous nous ayez ouis et pourvu aux inconvénients devant dits ; et que nous l'ayons vu ; et qu'il nous apperra clairement vous être réparé, et remis en l'honneur et l'obéissance de votre majesté, et en l'autorité et pleine puissance de votre domination. Et à ce, très redouté et souverain seigneur, sommes contraints, tenus et obligés, tant pour les choses dessus dites, comme pour la crémeur, honneur et révérence de notre créateur, duquel premier vient et procède la naissance de votre domination , et aussi à satisfaire à Justice , et après à vous qui êtes souverain roi en terre, et notre seul seigneur, auquel, pour cette cause et aussi pour la prochaine consanguinité , sommes tant tenus et obligés que plus ne pouvons. Et en vérité, très redouté et souverain seigneur, il n'est rien en ce monde que tant doutons avoir otfendn Dieu et courroucé , et vous consèquemment , et notre honneur avoir blessé , que si longuement les devant dits inconvénients avoir laissé passer •ous dissimulation.

Et que toutes ces choses soient notoires et manifestes à un chacun , semblablement que nous vous signifions les choses dessus dites, BOUS les signiQons en effet aux prélats, seigneurs, universités , cités et bonnes villes, et A tous les bienveillants de votre royaume.

•Trésredouté seigneur, outre nous vous supplions tant humblement que nous pouvons qui! vous plaise à nous ouir et considérer et aTertir à notre intention et propos , et aux fins où nous contendons , qui précisément, comme dit est , touchent l'honneur et réparation de TOUS et de votre état, et que vous veuilliez de tout votre pouvoir tellement disposer que

réaument et de fait pourvoyez à la réparation, conservation , liberté et iVvnchise de vous , de votre domination , du bon gouvernement de votre peuple , de votre justice , et de tout votre royaume, et de toute la chose publique , aussi à l'honneur et louange de Dieu premier, et en après de vous, et à l'exemple de tous vos bons sujets qui désirent votre bien. Et ce écrivonsnous à vous , afin que vous connoissiez notre intention et propos , qui sont tant seulement à l'état et réparation de monseigneur le roi, A la conservation de la franchise de sa personne et seigneurie, au bon gouvernement du peuple et de son royaume et de la chose publique ; et avec ce , avons intention avec aucuns prud'hommes, par les meilleures manières et voies que Dieu nous enseignera, d'aviser et pourvoir au bon gotuvernemént de tout le peuple ; et avons aussi empris de tant faire envers monseigneur le roi que Dieu et le monde en seront contents. Et pour ce , très acerles vous prions qu'A cette œuvre et aux fins dessus dites, en vous adhérant avec nous, veuilliez aviser, jaçoit ce qu'A proprement parler , non mie A nous, mais A| votre roi et le nôtre souverain seigneur, comme par foi êtes et sommes tenus, sachant qu'en ce faisant, vous serez recommandés de prud'hommie et de loyauté.

» Donné A Chartres, le second Jour de décembre 1410. »

Lesquelles lettres reçues par ceux de la dite cité d'Amiens, furent vues et visitées en la chambre du conseil ; mais pour le contenu en icelles peu ou néant se muèrent de volonté. Et étoient tous ou en plus grand 'partie favorables au duc de Bourgogne. D'autre part, icelles let» très , ou les pareilles , vues et visitées par le roi et son conseil , (tarent petitement mises A effet. Et ne fut aucunement conclu qu'iceux seigneurs vinssent par-devers le roi ; mais leur manda que tantôt et sans délai ils donnassent congé A tous leurs gens d'armes, sur peine d'en» courir son indignation. A quoi ne voulurent pas obéir, mais dirent au messager pleinement qu'ils ne cesseroient pas jusqu'A tant qu'ils auroient eu audience devers le roi et qu1l les auroit ouis.

Adonc en ces propres jours les ducs d'Aqui* taine et de Bourgogne allèrent visiter la reine de France au châlel de Melun, où eDe étoît, et

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

y laissèrent garnison de gens; et amenèrent la dite reine, ses enfants et sa famille demeurer au bois de Yincennes.

Auquel temps se partit le duc de Brabanl de Paris pour aller en son pays assembler ses Brabançons, pour venir servir le roi : et alors furent envoyés plusieurs notables ambassadeurs de par le roi devers les dits seigneurs, entre lesquels étoit le grand-mattre de Rhodes* en la cité de Chartres, pour eux signifier, comme par-dessus , qu'ils rompissent leur armée et vinssent devers lui , s'il leur plaisoit, avec leur simple état; laquelle chose ils ne voulurent pas faire , et désobéirent : et pour tant fit mettre le roi en sa main les comtés de Boulogne , d'Etampes , Valois , Beaumont , Clermont et autres terres des dits ducs et comtes, et de tous leurs serviteurs , de quelque état qu'ils fussent ; et ses ofiiciers et sergents fit mettre en garnison es maisons et forteresses des dessus dits, lesquels il ordonna à gouverner d'iceux héritages aux dépens des dessus dites seigneuries.

Et est vrai qu'adonc vint si grand nombre de gens d'armes autour de Paris , au mandement du roi et du duc de Bourgogne, qu'il n'étoit mémoire que très long temps par avant eût été vue si grand' armée. Et entre les autres y étoit le duc de Brabant à très grosse compagnie ; lequel fut logé dedans Saint-Denis en France. Et là se gonvernoienl la plus grand' partie aux dépens des habitants, comme s'ils eussent été logés es villages du plat pays. Et y avoit aussi grand nombre de Bretons avec le comte de Penlhièvre, beau-fils du duc de Bourgogne. Et d'autre part, les gens du comte Waleran de Saint-Pol, qui étoient bien deux mille combattants, furent logés à Ménil-au-Bois et es villages à l'environ.

Et pource que le dit comie se tenoit en sa personne en la ville de Paris, fit un certain jour assembler tous ses gens dessus dits, sous la conduite et gouvernement du seigneur de Chin , lequel les mena au dit lieu de Paris pour faire leur montre et passer à gages ; mais il advint qu'en faisant leur chemin par emprës Saint- Denis, s'émut aucun discord entre les Brabançons et icelle compagnie, à l'occasion d'aucune

. ■ Philibert d« Naillac.

entreprise que les dits Brabançons avoient faite contre le seigneur de Carquand, chevalier, natif de Boulenois , et tant que les deux parties se mirent en armes et en bataille pour combattre l'une contre l'autre. Durant lequel temps en fut averti le duc de Brabant, qui étoit à Paris ; et pour cette cause vint devers ses gens hâtivement, et aussi devers l'autre partie , et fit tant que besogne fut mise Jus. Si fut très mal content de. ceux qui avoient ému cette rigueur, car il avoit épousé la flUe héritière du dit comte Waleran.

Et après, iceux passant parmi la dite ville de Saint-Denis , allèrent à Paris devers leur seigneur et comte , lequel , après ce qu'ils les eut vus, et aussi qu'il eut fait très grand' révérence à ses capitaines , les envoya au gtte es villes dont ils étoient partis. Et adonc, pour payer les gages et soldées d'iceux gens d'armes qui étoient venus au mandement du roi et du duc de Bourgogne , comme dit est , et lesquels furent trouvés en nombre , par les papiers des montres, quinze mille bassinets et dix -sept mille que arbalétriers que archers, furent levés par tout le royaume très grands pécunes, tant par emprunts et tailles qu'autrement , et par spécial sur la ville de Paris. El quant à parler des maux qui se faisoient par iceux gens de gnerre, tant d'une partie comme d'autre, ils se pourroient écrire au long, mais pour vrai , les églises et les personnes avec le pauvre peuple , furent pour ce temps fort oppressés.

Et après les dits Orlèanois vinrent atout leur puissance, en dégfttant fort le pays, du dit lieu de Chartres jusqu'à Mont-Ie-Hèry, et à sept lieues de Paris, et là et es villes à l'environ se logèrent. Si portèrent tous les princes de leur alliance , et aussi tout leurs gens , de quelque état qu'ils fussent , tant d'église comme séculiers, pour enseigne', bandes étroites, qui étoient de linge, sur leurs épaules, pendant au séneslre bras , de travers, ainsi que porte un diacre une étole en faisant le service d'église.

Quand le roi et son conseil ouïrent nouvelles qu'ils étoient si approchés , tantôt hâtivement furent envoyés devers eux le comte de La Marche, l'archevêque de Reims, l'évèque deBeauveais , le grand-^naltre de Rhodes et plusieurs autres pour traiter avecque eux ; c'est à savoir qu'ils dissipassent et envoyassent leurexercile

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