LIVRE PREMIER
tice, ni percevoir par quelconque manière que Justice 8e voulstt aucunement de ceentremettre. Laquelle chose est et sera douloureuse et misérable, seulement àl'ouir réciter, attendu aussi et ccMisidéré les grands œaux, dommages et inconvénients par ce venus en votre royaume, et qui nécessairement adviennent et adviendroDt encore plus grands, sinon que ce cas ici aoil réparé. Car ainsi que vous pouvez voir clairement, depuis la venue dudit cas ethomimicide , ce royaume d'inconvénient de plus grand en plus grand toujours est passé, et aussi est-ce propre droit défaut de justice, engendrer , nourrir et multiplier tous inconvénients.
» Pour ce plaise vous, de votre grâce, en faisant votre royal devoir de voire office , en obéissant i Dieu votre créateur, duquel l'état de justice dépend et directement procède, et dont aussi vous tenez icelle, et aussi en regard et pitié au bon maintiennemenl de votre sehgneurie et de votre régne, veuillez vous exciter et éveiller, et promptement, toutes grandes dilations derrière mises, vous exposer à la dite exécution de justice. Et de ce, en telle et si grande humilité que nous plus pouvons , voos supplions et resupplions, sommons et requérons très instamment ; et par nous et par toutes voies, voulons procurer et poursuivre , tant de fait comme autrement, la réparation du dit homicide et l'honneur de notre très redouté seigneur et père, duquel Dieu ait merci! auquel de fait, ainsi blessé et contemné , sommes-nous obligés et contraints , et par droit, et sur très grosses et grands peines nons est commandé , c'est à savoir sur peine d'encourir nom de diffiame, de non être réputés ses enfants , ni à lui appartenir en aucune manière , être réputés aussi indignes de sa saecession, de son nom, de ses armes et de sa seigneurie ; lesquelles peines nous ne voulons ni ne devons encourir ; et nous aurions plas cher à soutenir et souffirir mort , comme devroit faire tout cœur noble, de quelque état qu'il soit.
» Nous vous supplions, tant humblement comme plus nous pouvons, qu'à ce'et aussi à résister et à rebouter sa maligne intention laquelle il a contre nous, par toutes voies et à noire destruction tendant , vous plaise de vo-
tre bénigne grâce, nous auxquels Dieu a fait tant et si grand' grâce qu'il nous fit naître en ce monde vos parents et tant prochains de votre génération, et comme vrais neveux , enfants de votre seul frère germain, aider, secourir et conforter de votre puissance; et & proprement parler, vous plaise aider, secourir et conforter votre dit frère : auquel en cette partie nous déduisons et entendons à déduire la cause.
» Las ! notre très redouté et souverain seigneur, il n'est si pauvre noble homme, ni de si bas état en ce monde, ni quelconque autre, à qui tant cruellement ni tant tratlreusement père ni frère fût occis, que lui ou ses parents ou amis ne se fissent partie Jusqu'à la mort et qu'il ne poursuivissent le dit homicide ; et mémement quand le dit malfiiiteur de plus en plus en l'obstination de son cruel et faux courage persévère, comme notoirement fait le dit tratleur, qui naguère vous a osé écrire et en plusieurs antres lieux notables dire qu'il a fait mourir votre frère , que Dieu absolve ! notre très redouté seigneur et père, bien et duement. Esquels lieux Je , moi Charles , affirme lui avoir menti ; auquel de plus avant répondre je me déporte ppur le présent. Car comme il est dit devant , il appert dairement qu'il est menteur, mauvais, faux, traître et déloyal : et moi, par la grâce de Dieu, j'ai toujours été, suis et serai sans reproche et vrai disant. Et pour ce, notre très redouté et souverain seigneur, que les choses dessus dites sont et seront faites au grand {vitupère et préjudice de votre personne , de tout votre royaume et de la chose publique, vous supplions, tant et si humblement que plus pouvons, qu'il vous plaise à vous exposer ainsi que de raison faire le devez à la réparation de cette besogne , et nous aider , secourir et conforter par toutes manières à vous possibles , afin que la réparation du cruel homicide puisse être puni, ainsi que de raison faire se doit. Et, en ce faisant, vous vous acquitterez principalement envers Dieu notre créateur , et exécuterez justice, de laquelle vous êtes chef et souverain , et auquel, après Dieu , nous devons avoir recours. Et afin, notre très redouté et souverain seigneur, que vous sachiez que le contenu en ces I présentes procède de notre certaine science et
tolonlé, noud, Gharlefl, Philippe et Jean , vos très bumbles fils et neveux, y avons cbacun de nous mis noire seing manuel.
n Ëorit à Jargeau , le dixième jour de juillet 1411. »
Lesquelles lettres furent envoyées par un héraut du duo d'Orléans, à Paris, devers le roi ; auquel lieu elles furent visitées en plein conseil bien au long; et sur le contenu en iœlles furent mises avant plusieurs et diverses opinions. Et vouloientles aucuns que les frères dessus dits fussent ouïs en leurs raisons , et que le due de Bourgogne fût évoqué et contraint de répondre à ce qu'ils voudroient dire et proposer contre lui. Mais finalement, la besogne fut prolongée; et ne purent les dessus dits avoir aucune réponse qui leur fût agréable, parce que la plus grand' partie de ceux qui gouvernoient le roi et le duc d'Aquitaine étoient plus favorables au duc de Bourgogne qu'à la partie d'Orléans ; et mêmement, lui fût bref ensuivant envoyé la copie des lettres dessus dites. Lesquelles par lui vues, aperçut asses qu'il étoit apparent qu'iceux frères d'Orléans lui feraient guerre dedans bref temps ; et, pour y résister, se pourvut de gens et d'habillements de guerre le plus efforcément que fliire se put par tous ses pays.
Et pareillement que les dessus dits d'Orléans avoient écrit axi roi, écrivirent à plusieurs princes, cités et bonnes yillesdu royaume de France, en eux complaignant et requérant aide contre le duc de Bourgogne. Et pource que, selon leur intention, le roi leur oncle et son grand-conseil ne leur baillèrent mie réponse aux lettres qu'ils avoient envoyées, telle qu'ils désiroient, écrivirent derechef autres assez semblables, contenant, en substance, manière de sommation; donnant à entendre que si provision ne leur étoit baillée, il convenoit et ne s'en pouvoient déporter de la quérir par autre manière.
Et 1& donc fut de par le roi ordonné, tant à la reine et au duc de Berri, comme autres de grand' autorité et du sang royal comme du con< seil, i quérir moyen entre ces deux parties, c'est à savoir d'Orléans et de Bourgogne. Et furent envoyés plusieurs et divers ambassadeurs d'un côté et d'autre; mais finalement on ne les put accorder, par ce principalement que
le due de Bourgogne ne voulut pas descendre à faire quelque réparation, sinon ainsi qu'il avoil été traité à la paix de Chartres ; et se t&> noit fier pour ce qu'il avoit le roi et le duc d'Aquitaine de sa partie. Les autres, c'est &savoir les enfhnts d'Orléans, n'ëtoient pas de ce contents , et sentoienl qu'ils avoient plusieurs seigneurs de leur partie qui déjà leur avoient promis à donner confort et aide de toute leur puissance contre le dessus dit duc dé Bourgogne. Et par ainsi, la reine dessus dite et ceux qui étoient ordonnés de par le roi à poursuivre les traités dessus dits, voyant qu'ils n'en pouvoient venir à chef, et qu'il leur étoit impossible, selon les demandes et réponses des deux parties, de les accorder, délaissèrent cette matière, et firent un certain jour leur relation au roi des devoirs qu'ils en avoient fhits et des réponses qu'ils avoient de chacune partie. Et bref après, les dessus dits d'Orléans se conclurent de faire guerre mortelle au dit duc de Bourgogne et à tous ses aidants , et lui envoyèrent leurs lettres de défiance par un héraut.