CHAPITRE LXXXra
Gonnteiit aiHiire aignet d« BrdMBi euUa prendr* RiUnl, et depuii courut ia pifi du duc de Bourgogne, et de plu- (teon «Qtrei tribalttioni.
En après , moMire Glignet de Brabant , soi disant toujours amiral de France, certain Jour assembla jusqu'à deux miUe combattants ou environ, lesquels il conduisit le plus sûrement qu'il put des garnisons dont dessus est fteit mention au pays de Réthelois. Et avoit plusieurs écb^es et autres habillements de guerre, atout lesquels il se tira Jusqu'auprès des fossés de la ville de Réthel. Et environ l'heure du soleil levant , soudainement assaillit très roidement la dite ville , icelle voulant prendre et piller du tout ; mais les habitants avoient aucunement un petit par avant été avertis de la venue d'iceux ; et pour eux défendre s'étoient préparés le plus diligemment qu'ils avoient pu. Néanmoins l'assaut dura par très longue espace fort dur et merveilleux ; et tant que d'un parti et d'autre y eut plusieurs hommes morts et navrés, entre lesquels le ftit le dit messire Glignet. Lequel voyant la défense d'iceux , et qu'il lui sembloit mal possible d'entrer dedans, attendu la dite défense, fit sonner la retraite , et se tira avee tous les siens aux champs, en rapportant ou traînant avee eux les morl9 ou navrés ; et là départit ses gens en deux compagnies , dont les uns s'en allèrent parmi le pays de Laonois à Gouey et'Chauny, en emmenant et prenant avec eux tout ee qu'ils pottvoient atteindre , tant prisonniers comme autres gens. Et l'antre compagnie s'en retourna par l'empire et par la comté de Guise, en passant parmi Cambrésis , emmenant devant eux comme les autres tout oe qu'ils pouvoient
CHRONIQUES D'ENGUERRÂNT^JiE MONSTRELET. [1411]
trouver; et par spécial, emmenërenl très grand' multitude de bétail, atout lequel ils retournëleoteo la ville de Ham-sur-Somme et à leurs gamIsoQS.
Et après , quand ils furent retournés et reposés bien huit jours, se mirent sus derechef bien six mille combattants , qui prirent leur chemin pour entrer au pays d'Artois ; et de fait allèrent jusque devant la ville de Bapaume, appartenant au duc de Bourgogne ; et de prime venue prirent les barrières , et allèrent jusqu'auprès de la porte , où ils levèrent une très dure escarmouche ; mais le seigneur de Heilly, messire Hue de Bossuet, le seigneur d'Anceulles et autres vaillants hommes d'armes qui étoienl dedans la dite ville de par le dit duc de Bourgogne, saillirent i rencontre d'eux et les reboutèrent hors des dites barrières. Et y eut là fait grands appertises d'armes , et moult y eut de morts et de navrés de chacune partie ; mais en la fin fallut que les Bourguignons entrassent dedans, pource que les Orléanois étoient trop puissants et en très grand nombre.
Après laquelle besogne ils se retrabirent , et en accueillant grands proies sur le pays, atout icelles s'en retournèrent en la dite ville de Ham. Durant lequel temps les ambassadeurs du roi de France , c'est à savoir messire Jacques de Ch&tillon, amiral, et autres, traitèrent A Lolioghen, au pays de Boulenois, les trêves avec les légaux du roi d'Angleterre, durant un an , entre les deux royaumes , par mer et par terre.
Et entre-temps que ces besognes se faisoient, le duc de Berri vint un certain jour de Melun & Corbeil avec la reine de France ; duquel lieu de Corbeil il envoya Louis de Bavière à Paris devers le duc d'Aquitaine et ceux qui gouvernoient le roi, et aussi aux bouchers, eux prier qu'il leur plût èlre contents qu'il pût venir avec la reine au dit lieu de Paris demeurer en son bôtel de Nesie emprès le roi son neveu, attendu qu'il ne se vouloit entremettre de la guerre d'un oûtè ni d'autre d'entre les ducs d'Orléans ni de Bourgogne. Laquelle requèle ne lui fut pas accordée , principalement par les bouchers de Paris et autres de la communauté qui avoient grand' audience ; mais, tout le contraire , afin ' qu'il ne pensAt pas d'y venir, rompirent tous les huis et fenêtres de son dit hôtel de NesIe,
et y firent plusieurs destrois ; et avec ce envoyèrent devers la dite reine son Arère dessus dit, et lui mandèrent qu'elle vint, sans attarger, demeurer & Paris avec le roi son seigneur, et qu'dle n'emmen&t pas avec elle le dit due de Berri. Et outre, iceux Parisiens, afin que le roi et le due d'Aquitaine ne fussent emmenés hors de la dite ville de Paris , les firent partir du dit hôtel de Saint -P(4 et demeurer au Louvre ; et là avoient conlinnellement jour et nuit plusieurs guets, par doute que de la partie d'Oriéàns ne fussent soustraits et emmenés. Et adonc la reine oyant par son frère le mandement que lui fbisoient les dessus dits, doutant leurs commotions , se partit de Corbeil et s'en retourna au dit Heu de Melun, ledit duc de Berri et son frère en sa compagnie. Et brefs jours ensuivant, les dits Parisiens se niir«nt en armes à grand' puissance et allèrent à Corbeil ; et prirent la ville , et y mirent garnison ; et après rompirent tous les ponts qui èloient sur Seine , depuis Charenton jusqu'à Melun , pour que les Orléanois ne passassent la rivière à venir en l'Ile-de-France. Et lors la dite reine et le dit due de Berri étant au dit lieu de Melun , et avec eux le comte Waleran de Saint-Pol, qui y avoit été envoyé, le maréchal Boucicaut, le maître des artMlètriers et le grand-maître-d'hôlel vinrent devers eux à privée mégnie ; le duc de Bouriran et le comte d'Alençon , qui venoient de Yermandois et de Beauvoisis, pour aller avec le duc d'Orléans, qui faisoit son assemblée en Gfttinois , requirent & la dite reine et au dit de Berri aide contre le dit duc de Bourg(^^ , qui adonc ne leur fut pas accordée , pource que le roi avoit de nouvel fait un édit à Paris & plein conseil , auquel présidoit le duc d'Aquitaine, avec lui plusieurs autres. C'est à savoir, fut ordonné A envoyer par tous les bailliages et sénéchaussées du royaume certains mandements royaux, par lesquels fut signifié à tous nobles et autres, de quelconque état qu'ils lussent, qui avoient accoutumé d'eux armer, qu'ils se missent sus pour aller servir le roi en la compagnie du duc Jean de Bourgogne, et lui aider à bouter hors et combattre les ennemis et inobédieuts du roi, commandant qu'à lui comme au roi en tous ses albires obèbsent, et aussi que toutes cités, bonnes villes et passages loi
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