‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 139 sur 761 · CHAPITRE LXXXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXn

Comment les Parisieni u mirent en armei contre ceux de Il partie d'Orléans ; et se commença à Amouvolr la guerre ea plualeun parties du royaume.

En ce temps, le roi de France , qui avoit été certaine espace assez santieux, reobèit en sa maladie; pour laquelle cause et pour les affaires et régime, dlscords et besognes du royaume qu'on traitoit à Melun , les bouchers de Paris, qui devant les autres de quelque état qu'ils soient sont plus privilégiés et plus forts, doutant que, par le grand labeur de la reine et du prévôt des marchands, nommé Charles Cudoc, les ducs de Berri et de Bretagne ne fussent mis au gouvernement du royaume , par le moyen d'un de leurs iuattres, appelé Thomas Le Gris , se mirent en armes et convinrent et déterminèrent ensemble que les deux ducs dessus dits n'auroient pas le gouvernement du royaume, mais seroit baillé au duo d'Aquitaine, premier 8Is du roi , nonobstant son enfance et M Jeunesse. Et en grand' multitude vinrent devers icelui duc d'Aquitaine, auquel ils conseillèrent et enhortèrenl que, pour le bien du roi •on père et de tout son royaume, il prit le gouvemMfient ; et en tous ses affaires quelconques lui promirent faire confort et aide loyaument Josqu'A la mort. Lequel duc d'Aquitaine s'in» eUna lantot & leur requête , et leur oetroya ce qu'ils voulurent. Et ee fait , le prévût des mar<

chands dessus dit et les autres de Paris en très grand nombre , lesquels ils soupçonnoient être favorables aux ducs de Berri, de Bourgogne, de Bretagne et autres de cette ligue, firent sonner au son de la trompette par les carrefours de Paris qu'ils se partissent dedans certains Jours ensuivants d'ieeUe ville et sur peine capitele.

Après lequel cri et pabliealion , vidèreot hors de la dessus dite ville, sans les funiliers des dessus dits seigneurs , Jusqu'au nombre de douse cents pwsonnes , tant iKHnmes comme femmes. Et bref ensuivant, te due de ft«tegne, oyant les commotions dessus dites , prit congé à la reine, qui étoit à Melun , et s'oa retourva en son pays de Bretagne. Et alors les dits bouchers , le quartier des Halles et la pbu grand' partie des Parisiens è toient tout affsetés au due Jean de Bourgogne, et ne désitoient que nul autre eût le gouvernement du roi ni de ton royaume, sinon lui ou ceux qu'ils savoient être ses amis et favorables. Et pour vrai , il foisoit en ce temps très périlleux en ioelle ville pont nobles bonunes de quelque partie qu'ils ftaa» sent, parce que le peuple et commun deams dit avoient grand' partie de la dominattoo do* dans icelle.

Et entre-temps, le duo d'Orléans et ses alliéa et sujets s'efforQoieat chacun Jour d'asseadder le plus grand nombre de gens d'armes qu'ik pouvoienA avoir de tous leurs pays; atnfirooment le duo de Bourbon et le oomte d'Alençoa vinrent en ces Jours en grand' compagnie en la ville de Roye en Yermandois, laquelte viUe est au roi de France ; et entrèrent dedans 4 heure de midi, plut par firaude et subtilité que par force d'armes , car les habitents d'ieeUe ne se doutoient pour lors de nulle guerre. Et quand ils eurent Ui dtné, ils mandèrent les gouvernewn de la ville et teur ordonnèrent , bel teur fût ou autrement i , A recevoir garnison de gens d'armes de par eux ; et puis chevauchèrent outre et allèrent à Nesle en Yermandois, appartenant au comte de Dammartin , oA ils mirent pareillement garnison. Et de 14 envoyèrent messire Clignet de Brabant, qui étoit avec eux, messire Manassès Qniéret, et aucuns autres capitaines très bien accompagnés , en la ville de

* C'ett-i-dirc bon gr< mal gré.

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LIVÎVE PREMIER.

Ham en Tminandois , qni étoit an dae d'Or> léans ; et depuis retournèrent à Ghauny-iur- Oise , où ils latisèrent aussi garnison ; et en plusiears autres lieux, tant de leurs seigneuries comme de ceux tenant leor parti , mirmt gens de guerre.

Et qui plus est, le dit due de Bourbon, retonmé en sa ville de Oennont du voyage dessus dit,famit sa dite ville de forteresses, et aveo ce, toutes ses autres places de sa dite eomté de aermont.

Après lesquelles garnisons ainsi assises , comme dit est, se commença la guerre tout à coup entre ieeHes parties < c'est à savoir entre le due d'Orléans, ses frères, sujets et bienveil» lanls, d'une part, et le duc Jean de Bourgogne, d'autre. Lequel de Bourgogne attendant du tout la guerre, fit pareillement mettre garnisons en plusieurs de ses villes et forteresses , et de ses amis et alliés , pour résister contre ses adversaires ; «t de sa personne étoit en «on pays de Flandie, où il se préparait à toute sa puissance pour venir é ost et grand' multitude «issiéger, eombattre et rebouter ses dits adversaires} lesquels tantôt coururent en plusieurs et divers lieux en son pays d'Artois, tant dessus ses su- Jets eomme de ceux tenant son parti ; et y firent plusieurs grands dommages , tant de prendre prisonniers avec tous leurs biens comme de ramener grands proies en leurs garnisons.

Et d'autre part, les Bourguignons ne se fen gnment pas à Aûre le pareil sur ceux qu'ils savoient être de leurs adversaires , et couroient très souvent Jusqu'en la comté de Glermont et autres Meux. Et quand d'aventure ils rencontraient l'un l'autre, les uns erioient t « Orléans !» et les autres i « Bourgogne ! >>

Et parainsi, à cause de cette maudite guerre, plusieurs et divers pays ètoient pour ce temps en gramh tribulations. Nèanmcrins, le due de Bourgogne aveit le roi de son parti ; car ceux qui gouvemoient le dessus dit roi , qui pour lors se tenoit en la dite ville de Paris , en son b6tel de Saint-Pol , ét<rient tous , ou la plus grand' partie, tenant le parti du due de Bourgogne, eomme dit est dessus.

Et pour ce temps étoit capitaine de la dite ville de Paris le comte Waleran de Saint-Pol, et avee lui Jean de Luxembourg, son neveu ,

qui étoit moult Jeune , Engoerrand de Boornonville et aucuns autres capitaines très bien accompagnés de grand nombre de gens d'armes et de chers. Lesquels sailloient et résisr toient très souvent contre les dits Orléanois qui, aucunes fois, venoient courre Jusqu'au]^ d'icelle ville de Paris. Et principalement y ètoient ordonnés pour garder la personne du roi , afin que par aucuns moyens de ceux tenant la dite partie d'Orléans ne fût séduit et emmené bors d'icelle ville de Paris.

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