CHAPITRE LXXXIV
Gnaaait l« dnc Jetn de Bourgogne flt gnnd' aasemUéc d« gcDi d'anna pour meUre siège deTint la ville de Hun, et } n«na la FUmands.
Après que le duc Jean de Bourgogne fut véritablement acertené comment le duc d'Orléans et ses alliés se mettoient sus en grand' puissance pour lui venir courre sus en ses pays, et que déjà avoii assis ses garnisons en plusieurs villes et forteresses appartenant à lui et aux siens, et aussi qu'ieelles garnisons avoient couru et fait grands dommages en ses pays et de ceux qui tenoient son parti, il ne fut pas de ce bien content : et pour à ce résister, manda i tous ses pays , tant en Bourgogne , Flandre el Artois , cumme ailleurs , tous les nobles et antres qui avoient accoutumé d'armer, avenir devers lui le plus hâtivement que faire le pourroient, très bien habillés et bien armés , prêts pour aller en sa compagnie au mandement du roi, pour débouter ses ennemis et adversaires. £t d'autre part flt requête à ses bonnes villes du pays de Flandre qu'ils voulsissent servir i p^ssance en iceUe exercite ; lesquelles bonnes villes hii accordèrent assex bonnement el libéralement. Et se mirent bien sus jusqu'au nombre de quarante h cinquante mille combattants, très bien armés et embâtonnés, selon la eoutome et manière du pays ; et si avoient pour porter et mener leurs harnois, vivres et habillements de guerre , environ douze mille (|ue chariots que charrettes, et très grand nom-
bre de ribaudequins *, auxquels falloit pour les mener à chacun un cheval ; et étoient iceux ribaudequins habillements qui se portoient sur deux roues ; et y avoient manteaux ^ de ais ; et sur le derrière, longues broches de fer, pour clorre une bataille si besoin éloit, et à chacun d'iceux étoit assis on gros veuglaire ^ ou deux.
Et outre, le dit duc de Bourgogne manda & y venir pareillement, à toute sa puissance , le duc Antoine de Brabant , son frère , lequel y vint à très belle compagnie ; et y vint aussi un vaillant chevalier anglois, nommé messirc Guillaume Baldoc, lieutenant de Calais , atout environ trois cents combattants anglois. Et se firent toutes icelles assemblées environ les villes de Douai et d'Arras.
En après, le dit duc de Bourgogne partant de la dite ville de Douai, avec lui son frère le duc de Brabant, et très grand' multitude de noMes hommes, s'en vint loger en la ville de l'Ecluse, appartenant au comte de La Marche ; et le lendemain, qui étoit le premier jour de septembre, se délogea assez matin, et alla loger en une plaine aux champs emprès Marquion ; et là fit tendre ses tentes et pavillons , et attendit tout son ost par deux jours, et par spécial les communes de Flandre, qui y vinrent en très grand appareil , et se logèrent par très belle ordonnance. Si sembloit, à voir leurs tentes, pour le grand nombre qu'il y avoit , que ce fussent grandes bonnes villes. Et pour vrai, quand tout fut assemblé en un seul ost , ils se trouvèrent de cinquante à soixante mille combattants , à compter les dites communes sans les variets, et dont il y avoit sans nombre. Et retentissoit tout le pays du bruit qu'ils faisoient. Et quant aux dessus dits Flamands, il leur sembloit que
* U'aprèt le dicUonnaire de Roquefort, le ribaodequin était uo petit chariot ou machine de guerre en forme d'are, de douze i quinze pieds de long, arrêté sur un arbre large d'un pied , dans lequel était creuié un canal pour j mettre un Javelot de cinq i aix pieds de long, Terré, empenné, et Tait qoelquefoii de corne. On le dressait sur les murailles des villes , et, par le moyen d'un tour, les javelots étaient poussés avec tant de force qu'il n'en jbllail qu'un pour tuer quatre hommes i la fois.
s Machines qui mettaient les soldats k couvert.
» Sorte de parapet qui servait i masquer les opérations et proléger ceux qui dirigeaient les machines.
CHRONIQUES D'ENGUERR^D DE MONSTRELET
LHii)
BuUes bonnea ville» ni forteresses ne se tiendroient contre eux, et avoit fallu que le dit ducde Bourgogne, à leur partentent, leur eût abandonné tout ce qu'ils pourroient conquérir. Et quand ib alloient de logis en autre, ils étoient communément tous armés de pleins barnois de pieds , tous en ordre par compagnie, selon les bonnes villes et usages de leur pays de Flandre. El mèmemeot, Jà soit ce que ils allassent de pied , comme dit est, toutefois il y en avoit grand' partie armés de barnois de jambes. Et quant est à leur gouvernement en passant le pays, tout ce qu'ils pouvoient atteindre étoit par eux pris et ravi , et mi» sur leur charroi , puisque c'étoient cbose» portatives. Et avec ce, pour la grand' multitude de peuple qu'ils étoient, étoient si orgueilleux qu'ils ne taisoient compte de nuls nobles hommes , de quelque état qu'ik fussent } et quand ce venoit au loger ou à prendre vivre» , il advenoit souvent qu'ils chassoient bora les autres gens de guerre moult rudement , en spécial ceux qui n'étoient pas de leur pays -, et avec ce leur tolloientce qu'ils avoient pourvu de vivres et autres besognes -, pour quoi se mouvoient moult souvent de grands butins^ noises et débats entre les parties, et par spécial entre les Picards et eux, lesquels ne soutfroient pas bien patiemment leurs rudesses } et avoit le duc de Bourgogne et aucuns de ses capitaines assez à besogner pour les tenir en paix et concorde l'un avec l'autre.
En outre , quand le dit duc de Bourgogne eut par aucuns jours attendu ses gens au dit lieu de Marquion , comme dit est , et qu'ils furent tous assemblés , il se partit de là en grand triomphe et appareil, «t aUa loger sur la rivière de l'Escaut, auprès d'une ville aonunée Marcoing ; et le lendemain au matin partant de là, vint loger à Moucby-la-Gache , auquel lieu y eut un Flamand pendu et étran^^é, pource qu'il avoit dérobé un calice qui étoit dedans une église , avec autres biens et richesses; et de là se retira vers Ham-snr-Somme, où étoient ses ennemis et adversaires. Et en approchant la ville d'Alhies , apparlenanl au comte Dammartin, qui étoit à lui contraire, furent ceux dedans icelle ville si ébahis et épouvantés, que tantôt atout les defs de leur ville vinrent à rencontre du dit duc ; auquel , eux, leur ville
et leurs clefs lui présentèrent, par convenant qu'il les garderoit de dommage et inconvénient. Lequel duc, pource qu'ils s'étoient de leur bon gré et bonne volonté humiliés et rendus à lui, leur octroya libéralement leur requête et tout ce qu'ils demandoient i et leur bailla provision de ses gens pour les garder qu'on ne leur fit aucun dommage ou aucune vilenie.
Si chevaucha outre atout son ost jusqu'assez prés de la dite ville de Ham, devant laquelle il envoya plusieurs coureurs des plus experts de sa compngnie pour voir le gouvernement d'iceux. A rencontre desquel» saillirent hors les Orléanois. Et y eut très grand' esoannoucbe, tant d'un côté comme d'autre ; mais en la fin , pour la grand' multitude des Bourguignons, ils furent reboutés dedans. Et le lendemain le dit duc, qui chevaueboit en moult belle ordonnance, ayant avant-garde, bataille et arrière-garde, se logea devant la dite ville, et fit tendre ses tentes haut en une plaine au-devant de la porte, environ le jet d'un canon près. El parwUement se logèrent les Flamands et toutes autre» manières de gens, par ordre en l'art ptogke et convenable, ainsi qu'il leur étoU ordonné par les maréchaux et conducteurs de l'ost.
Durant lequel temps firent ceux de dadaos aucunes saiUies ; mais à diacone fois furent raboutés par force, nonobstant qu'ils se y naintinrenl très vaillamment} et en y eut de morts et de navrés d'un côté et d'autre. Et en aprte, le duc de Bourgogne, qui assiégea icelle ville d'un eélé tant seulement, fit asseoir contre la porte et muraille plusieurs engins et babiUemeaf» de guerre , pour icelle démolir et abattre. Et d'autre partie, les Flamands assirent grand' frfaolé de leurs ribaudequins, desquels ils jetoient jour et nuit déduis la ville , dont moult travaiUërwt leurs adversaire». Et avec ce , les dits engins dérompirent en assez brefs jours la porte et muraille contre qiri ils jetoient. Mais ceux de dedans, en grand' diligence la réédiâoient de bois et de fient au mieux que faire le pouvoient.
Toutefois, à on certain jour, les assiégeants ea très grand noad)re s'armèrent et allèrent assaillir vigoureusement à la porte sur inten^ tion d'entrer dedans -, et dura le dit assaut bica trois beure» très ftpre et cruel. Mais, à yir'M