‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 148 sur 761 · CHAPITRE LXXXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVn

Comment ieelui duc de Bourgogne conquit la rille de Sitnt- CkMid sur la OrManois qai la gardoient, et Rommeot le doc d'Orléani e( loua lei liem, qui le trouToient t Saist-Denii et ailleurs i l'Knviron, t'en retoornèrent i leur ptjs, et anlrei matiire*.

Après que le duc de Bourgogne eut avec tout son exercite séjourné grand espace dedans Paris , et tenu plusieurs conseils avec les princes et capitaines 1& étant, le neuvième jour de novembre issit de Paris environ & heure de minuit par la porte Saint-Jacques, et avec lui grand' et notable compagnie, tant de gens d'armes comme de Parisiens; entre lesquels étoient les comtes de Nevers, de La Marche, de Yaudemont et de Penthiëvre, de Saint-Pol et d'Arondel, Boucicaut, maréchal de France, le seigneur de Yergy, maréchal de Bourgogne, le seigneur de Heilly, qui naguère avoit été fait maréchal d'Aquitaine, le seigneur de Saint- George, messire Jean de Croy, Enguerrandde Bournottville, le seigneur de Fossenx, messire R«gnier Pot, gouverneur de la Dauphiné, le sénéchal de Hainaut, messire Jean de Guistelle, messire Jean de Brimeu, le comte de . Kime, anglois, et plusieurs antres nobles, tant des pays de Bourgogne comme de Picardie et autres lieux et pays ; et furent estimés, par gens à ce connaissant, au nombre de six mille combattants, tous gens de guerre, et de trois é quatre mille piétons de la ville de Paris.

Et quand ils lurent aux champs, cheminèrent par bonne ordonnance, ayant plusieurs guides, jusqu'à demi -lieue de la viUe de Satnt-GIood, où étoivnt logés les Orléanois ; et

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

pouYoit être huit heures du matin quand ils y vinrent ; si faisoit moult divers temps de froidure et de gelée. Et là, eux ainsi yenus et arrivés sans ce que leurs adversaires en hissent avertis, le dit duc de Bourgogne envoya le maréchal de Bourgogne, messire Gaultier de Huppes, messire Guy de La Trimouille et Le Veau de Bar, atout huit cents hommes d'armes et trois cents archers, tout outre sur la rivière de Seine, devant Saint-Denis, pour empêcher leurs adversaires qu'ils ne passassent par un neuf pont qu'ils avoient fait sur la dite rivière. Lesquels seigneurs dessus dits en firent grandement leur devoir. Si rompirent une partie du pont, et si bien le gardèrent qu'iceux leurs adversaires ne purent passer.

Et après, le dit duc étant en la montagne en bataille, où il y a trois chemins, mit en l'un le sénéchal de Hainaut, messire Jean de Guistelle, le seigneur de Brimeu, Jean Philippe et Jean Potier, capitaines anglois ; et avoient tous ensemble quatre cents chevaliers et ècuyers, et autant d'archers. En l'autre chemin furent mis les seigneurs de Heilly et de Rouq, Enguet^ rand de Bournonville et Amé de Yiry, atout autant de gens que ceux devant nommés. Et en la tierce partie furent ordonnés Orsonville, oomte de Kime, avecque aucuns capitaines picards; et au-dessus de la ville, sur les vignes, furent ordonnés tous les Parisiens et autres piétons en très grand nombre.

Lesquelles compagnies dessus ordonnées et mises en conduite par le dit duc, ainsi qu'il 4eur avoit été baillé, en charge, vinrent tous à un faix assaillir la dite ville, laquelle iceux Orlèanois avoient fortifiée tant de tranchées et fossés comme barrières, au mieux qu'ils avoient pu. Auxquelles barrières et autres lieux défensables, eux qui déjà étoient avertis de la venue de leurs ennemis, se mirent très vaillamment A défense, par l'ordonnance de leurs capitaines, qui étoient avecque eux : c'«st à savoir, en chef, messire Jacques de Plachel, gouverneur d'Angouléme, le seigneur de Cambour, Guillaume BariUer et messire Mansard du Bois, Le Bourg Jacob, chevalier, et trois autres chevaliers de Gascogne. Et se défendirent aucune espace; mais pour le grand nombre de leurs adversaires, qui de toutes parts vidottreusementles assailloienl, fallut en

assez bref terme qu'ils perdissent leurs premières barrières, et derechef ftarent poursuivis très rudement, et perdirent la secondé barrière.

Et adouc , en combattant et défendant, se retrahirent en la tour du pont et dedans l'église, qui èloit aucunement fortifiée. Et alors toute la puissance de ceux qui étoient commis à faire le dit assaut vinrent devant iceUe église, réservés aucuns qui gardoient l'entrée du dit pont. Et là, plus que par avant s'efforça le dit assaut. Et Jà soit ce que ceux de dedans se défendissent par très grand' vigueur, toutefois ftirenlpils pris par force; et y en eut plusieurs morts tant aux dites barrières et défenses comme dedans l'église; et aussi à rentrer dedans la dite tour, pour la presse et grand' hftte qu'ils avoient, rompit le pont dessous eux pour quoi y eut grand' planté de noyés. Et Ait trouvé et par nombre rapporté, par gens à ce connoissant, que des dits Orléanois (Virent morts pour ce jourj A eompter ceux qui furent noyés, bien neuf cents on plus, et de quatre A cinq cents prisonniers ; entre lesquels furent les principaux le dit seigneur de Gambour, Guillaume BariUer et messire Mansard du Bois. Et avecque ce, titrent trouvés pris et ravis dedans ieelle ville de Saint4]loud de douze à seize cents chevaux, avec autres bagues en grand' fbison.

Et entre-temps que ces besognes se faisoimt, le dit duc de Bourgogne étoit en bataille en une plaine au dessus de la ville ; et avoit là la plus grand' partie de ses princes ; et avoit ses épies et coureurs en divers lieuX) pour avoir regard que ses adversaires ne vlnssoit par aucun lieu pour envahir et combattre lui et ses gens. Et toujours se continuoit l'assaut pow prendre la tour du pont ; mau pour vrai c'étoit peine perdue, car ceux de dedans le défendoient très diligemment. Et entre-temps aucuns issirent par l'autre côté, et allèrent A Saint-Denis noncer au due d'Orléans la maleaventure de ses gens : lequel, de ce très déplaisant, monta incontinent à cheval, en sa con»> pagnie le duc de Bourbon, les comtes d'AIençon et d'Armagnac, le connétable de France, le mattre des arbalétriers et le petit Boucicaut; et atout environ deux mille combattants vinrent par l'antre cMé de la rivière de Seine

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