‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 16 sur 761 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Commeot Loalt, due dtMéant, (Mre du nri de France, en- Toya lettres au roi d'Aogleierre pow Mr* arnm. «l ■• réponse qu'il euL

En après, en cet an 1402, Louis, duc d'Orléans , frère au roi de France, envoya une lettre pour flaire armes au roi d'Angleterre, dont la teneur s'ensuit :

« Très haut et puissant prince Henri, roi d'Angleterre, je, Louis, par la grâce de Dieu, flls et ft-ére des rois de France, duc d'Orléans, vous écris et fais à savoir qu'à l'aide de Dieu, et de la benoîte Trinité, pour le désir que j'ai de voir à honneur l'emprise que je pense que vous devez avoir pour venir à prouesse, et regardant l'oisiveté en quoi plusieurs seigneurs extraits de royale lignée se sont perdus, quand en faits d'armes ne s'emploient, jeunesse qui mon cœur requiert employer en aucuns faits pour acquérir honneur et bonne renommée, me fait penserdeprésentàcommenceràfaire métier d'armes, et que plus honorablement ne le pourrois acquérir, tout regardé, que d'être en lieu, à un jour avisé tant de vous comme de moi, et en une place où fuissions nous deux accompagnés chacun de son côté de cent chevaliers et ëcuyers de nom et d'armes, et sans aucun reproche, tous gentilshommes, et nous combattre jusqu'au rendre. Et cil à qui Dieu donnera la grâce d'avoir la victoire le jour, chacun chez soi, comme son prisonnier pourra mener son compagnon pour en faire sa volonté : et si ne porterons sur nous quelque chose qui tourne à son sort ou invocation quelconque, qui de l'église soit défendu : et n'y aura trait en la dite bataille , fors que chacun s'aidera du corps que Dieu lui a prêté, armé comme bon lui semblera, tant à l'un cOté comme à l'autre pour sa sûreté, ayant bâtons accoutumés, c'est à savoir, lance, hache, épée et dague \ et chacun de tel avantage comme métier et besoin lui sera pour sa sûreté et pour soi aider, sans avoir aIénes,ou crocs, broches, poinçons, fers barbelés, aiguilles, pointes envenimées, ni rasoirs, comme pourra être avisé par gens en ce connoissans, ordonnés tant d'une part comme d'autre, avec toutes les sûretés qui en ce cas sont nécessaires. Et pour venir à l'effet de celte désirée journée dessus dite, je

CHRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTRELET

[140ÎJ

TOUS Tais à savoir qu'à l'aide de Dieu, de Notre-Dame et de monseigneur saint Michel , je pense être, sue votre volonté, accompagné du nombre dessus dit en ma viUe et cité d'Angoulftme, pour accomplir , à l'aide de Bieu, ce que dit est devant. Or m'est avis que, si votre courage est tel que je pense pour ce fait accomplir , vous pourrez venir jusqu'à Bordeaux ; et, là es marches, nous deux nous trouverons pour outrer notre Journée comme pourra être avisé , tant de vos gens comme des miens commis à ce, pleine'puissance ayant de toutes parts, comme si nous y étions en ce faisant en nos propres personnes.

» Très haut et très puissant prince, mandezmoi et faites savoir en ce cas votre volonté , pour accomplir les choses dessus dites; et veuillez abréger le temps d'en mander votre plaisir ; car je pense que vous pouvez savoir qu'en tout fait d'armes bien avisé, le plus bref compte est le meilleur ; principalement et généralement aux rois et aux princes et aux seigneurs. Et en avisant, tant par mandemens comme par écrit en cette emprise, n'en pourroit venir entre vous et moi qu'empêchement de faits nécessaires, qui sont ou peuvent être en nos mains. Et pour ce, afin que vous sachez et connoissez que ce que je vous écris et mande je veuil accomplir à l'aide de Dieu , je me suis souscrit de ma propre main, et si ai scellé du sceau de mes armes ces présentes lettres , écrites en mon chastel de Coucy. le septième jour d'août 1402...

S'ensuit la première lettre de réponse du roi Henri aux lettres du duc d'Orléans :

« Henri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre et de France, et seigneur d'Irlande, à haut et puissant prince Louis de Valois, duc d'Orléans , vous écrivons , mandons et faisons savoir que nous avons vu vos lettres de requêtes d'armes, dont la teneur s'ensuit : « Trës- » haut et puissant prince Henri, etc. »

>. Par la teneur desquelles nous pouvons bien apercevoir à qui elles s'adressent : néanmoins il est à nous, comme être pourroit entendu, par ce que vous en avez mandé ; nous en avons grandes merveilles pour les causes qui s'ensuivent. Premièrement, pour les trêves jurées entre notre très cher seigneur et cousin le roi Richard, notre dernier prédéces-

seur, que Dieu absolve , et votre seigneur et frère, lesquelles vous-même avez jurées à tenir, et qui sont affirmées par votre seigneur et frère et nous. Secondement, pour l'alliance qui fut pourparlée entre nous et vous à Paris ; et aussi pour les sermens que vous baillâtes en nos mains et es mains de nos très chers chevaliers et écuyers, messire Thomas d'Espinghen, messire Thomas Rampson, et Jean Marbury, de labonneamitié etalliance quevous promîtes à nous tenir : desquelles lettres de votre alliance scellées de votre scel , la teneur s'ensuit :

» Ludovicus , etc. »

« Or, puisqu'ainsi est que vous avez commencé devers nous, contre raison, parles causes dessus dites, comme il nous semble qu'il nous soit par voiis envoyé, nous vous voulons répondre en la manière qui s'ensuit ; c'est-èdire que nous voulons que Dieu et tout le monde sachent qu'il n'a été et n'est notre intention d'aller contre chose que nous ayons promis en notre défaut, ni par nous commencée.

» Mais puisque vous avez ainsi commencé en votre personne devers nous , nous vous prions , mandons et faisons savoir que la pareille lettre d'alliance que vous avez reçue de nous, laquelle nous voudrions avoir tenue, si vous eussiez tenu la vôtre, nous cassons, annulons, et renonçons tant comme est en nous, et tenons pour nulle amitié, amour, n'alliance dorénavant, et ce en votre défaut, car il nous semble que nul prince, seigneur, chevalier, ni autre, de quelconque état qu'il soit, ne doit demander ni faire armes sous icelle alliance cl amitié, et pour ce nous vous quittons devers vous toute notre alliance, et vous répondons à votre dite lettre de requête : combien que , considéré la dignité que Dieu nous a donnée et là où Dieu nous a mis de sa bonne grâce, ne devrions répondre à nul tel fait, sinon de pareil état cl dignité que nous sommes, vous faisons savoir que, là où il est contenu en votre lettre que : « l'entreprise que vous pensez que nous devons avoir pour venir à prouesse, regardant l'oisiveté, etc. >. Il est vrai que nous ne sommes pas tant employés en armes et en honneurs comme nos nobles progénifeurs ont été ; mais Dieu est trop puissant de nous mettre à

Page 1