LIVRE PREMIER
poursuivre leurs faits quand lui plaira ; lequel, pour toute roisiveté que nous avons eue de' sa bonne grâce, tousdis a gardé noire honnenr. Et quant & ce que vous désirez d'être en lieu et en jour regardé tant de vous comme de nous, en une place où nous fussions nous deux accompagnés chacun de son côté de cent chevaliers et écuyers de nom et d'armes, sans avoir reproehe et gentilshommes, & nous combattre Jusqu'au rendre : vous faisons savoir qu'il n'a été TU devant cette heure que aucun de nos I nohXes progëniteurs rois ait été ainsi calengé par aucune personne de moindre état qu'il n'étoit hii-mème ; qu'il n'avoit mis ni employé son corps en tel fait avec cent personnes ou autre nombre pour telle cause; car il nous semble que ce qu'un prince roi fait, il le doit faire & l'îionneur de Dieu et commun profit de toute chrétienté ou de son royaume, et non pas pour vaine gloire ni pour nulle convoitise temporelle. Et, parce que nous voulons partout conserver l'état que Dieu nous a donné, pris avons tel propos, qu'A quelque heure qu'il nous {^ira et semblera mieux expédient, à l'honneur de Dieu, de nous et de notre royaume, nous irons personnellement en notre pays de par delà, accompagnés de tant de gens qu'il nous plaira, et lesquels nous réputons tous nos loyaux serviteurs, sujets et amis, pour y conserver notre droit.
» Auquel temps, si vous pensez qu'il soit à faire , vous vous pourrez mettre avant , avec tel nombre de gens comme mieux vous semblera, pour vous acquérir honneur et accomplissement de tous vos courageux désirs. Et si Dieu plalt , et Notre-Dame , et monseigneur saint George, vous ne partirez sans être tellement répondu à votre requête , que vous en devrez être tenu pour répondu, soit pour combattre entre nos deux personnes, autant comme Dieu veuille souffrir, laquelle chose nous désirons plus qu'autrement, pour eschever efltision de sang chrétien , ou autre plus grand nofld>re. Et Dieu sait que nous voulons que tout le monde sache que cette nôtre réponse ne procède pas d'orgueil ni de présomptueu- Mlé de cœur , ni pour mettre en reproche nul pmdliomme qui a son honneur cher , mais seulement pour faire abattre la hantesse de €«ear et surcuidance de celui, quel qu'il soit ,
qui ne sait discerner qu'il est lui-même. Et si vous voulez que ceux de votre partie soient tous sans reproche, gardez mieux vos lettres , vos promesses et votre scel que vous n'avez fait devant cette heure. Et pour ce que nous voulons que vous sachez que cette nôtre réponse , laquelle nous vous écrivons et mandons, procède de noire certaine science, et que nous l'accomplirons en notre droit, si Dieu plalt, nous avons scellé de nos armes ces présentes lettres.
» Donné en notre cour de Londres, le quinzième jour du mois de décembre l'an de grâce mil quatre cent et deux , et de notre règne le quart. »
S'ensuit la lettre d'alliance, translatée de latin en françois, faite entre le duc d'Orléans et le duc de Lancastre avant qu'il fftt roi d'Angleterre.
« Louis , duc d'Orléans , comte de Valob , de Blois et de Beaumont , à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut et dileclion. Savoir faisons par ces présentes que jaçoit ce que entre très haut et puissant prince , notre très cher cousin Henri duc de Lancastre et dllerford, comte de Derby, de Lincoln, de Leicestre et de Nortbe-Hampton, en présent nous soit donné dilection et affection , néanmoins, nous, désirant avoir plus ferme amitié et alliance ensemble, attendu que nulle chose en ce monde ne se peut à peine trouver meilleure, ni plus plaisante , ni plus profitable de ce : au nom de Dieu et de la très sainte Trinité, qui est très bel exemplaire, et aussi ferme et stable fondement, en parfaite charité et amitié , ni sans le bras de sa grâce, rien ne se peut bien ni profilablement mettre à fin ; nous , en forme et manière que cette nôtre amitié soit réputée honorable et honnête , sommes venus et venons & faire ensenible alliance et confédération en cette maniéro. Et premièrement , chacun de nous tient être raison et approuve moult qu'en cette alliance soient exceptes tous ceux qui sembleront à chacun de nous être exceptés au regard de honnêteté ; et pour ce nous exceptons de notre fait ceux qui s'ensuivent :
» Premièrement, notre très haut et très puissant prince et mon très redouté seigneur ,
CHRONIQUES D'EKGUliARÀND DE MOINSTRELET.
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Charles, par la grâce de Dieu, roi de France ; monseigneur le dauphin atnë , son âls et tous les autres fils et enfants de mondit seigneur ; madame la reine de France, et nos très cbers oncles les ducs de Berri , de Bourgogne et de Bourbon ; très nobles princes nos très cbers cousins , le roi des Romains et de Bohème ; le roi de Hongrie , son frère et leurs oncles ; et Prècop , marquis de Moravie ; et aussi tous nos cousins plus prochains , et tous autres de notre sang, présents et à venir, tant m&les que femelles -, et notre très cher çère le duc de Milan, la fille duquel nous avons à femme, pour laquelle affinité nous appartient être favorable à son bien et honneur ; et très nobles princes nos très chers cousins , le roi de Castille , le roi d'Ecosse, et tous autres alliés à mon dit sei* gncur ; et notre très cher cousin le duc de Lorraine, le comte de Cléves, le seigneur de Clisson , et tous autres nos vassaux et obligés par foi et serment , lesquels nous sommes tenus garder de mal, pour ce qu'ils se sont adonnés ^ nos services et commandements ; et finalement tous ceux qui sont nos alliés, auxquels il appartient garder et tenir nos couvents.
» Item, entre le duo de Ijincastre et nous sera toujours sans intermission bonne affection de vraie amour et dileclion , comme doit être en vrais et honnêtes amis ;
» It$m, chacun de nous sera, toqjours et en tous lieux, ami et bienveillant dm amis et bienveillants l'un de l'autre -, et ennemi & ses ennemis , ainsi qu'il convient & honneur et louange de l'un et de l'autre ;
» Item, en tous temps, en tous lieux , et en toutes choses et besognes , chacun de nous aimera , pourchassera , gardera et défendra le salut, le bien, honneur et état l'un de l'autre , tant en paroles comme en Caits , diligemment et soigneusement, tant comme foire se pourra, honorablement et honnêtement ;
» Jtem . en temps et en cas de discord , de débat et de guerre , nons aiderons et défendrons l'un l'autre, de grand désir, pure volonté et parfaite <9«vre, coptre et envers tous prinees, seigpeu^ et barons «t toute autre personne singulière, oucmnmunaulé , collège, université, de quelque seigneurie, dignité et état, d^ré et condition qu'ils soient, par toutes YoleS| remèdes, engins, consau^j forces,
aides , gens d'armes , bosts et autres subsides que nous pourrons et saurons; et chacun de nous se lèvera , résistera et combattra contre tous les adversaires , guerroyeurs et ennemi» de l'autre, et s'y eflbrcera de toute pensée, conseil et œuvres licites et honnêtes, exceptés toujours, comme dit e«t, les dessus nomnôés {
» litm, les choses dessus dites se feront, tiendront , garderont et dureront tant comme les trêves présentes faites entre mon dit seigneur et le roi d'Angleterre dureront { et si meilleure paix se fait, dureront tant comme icelle paix durera entre eux sans epCreindre.
» En témoin et fermeté de ce nous avons fait foire et écrire ces présentes lettres et y mettre notre scel pendant.
» Donné à Paris , le dix-septième Jour de juin l'an de grâce mil trois cent quatre-vingt et seize. »
S'ensuit la seconde lettre du doc d'Orlépas, répliquant aux premières lettres du roi d'Ang^terre :
u Haut et puissant prince Henri , roi d'Angleterre, Je, Louis , par la grâce de Dieu •■, flia et frère des rois de France , duo d'Orl^ns, etc., vous écris , mande et fais savoir que j'ai reçu en bonne étrenne , ce premier jour de janvier , par Lancastre , roi d'armjw et votre héraut, les lettres que écrites m'aves , taisant réponse à aucunes autres lettres que mandées et écrites vous avois par Champagne, r<H d'armes , et par Orléans , mon héraut , et ai bien entendu le contenu d'icelies.
» Quant à ce que tous ignorez ou voulez ignorer, que vQus ne savez si mes dites lettres s'adressent i vous, v<^e nom y est, lequel prîtes sur fonts , et que vos père et mère vous ^tpeloient eux étant en vie- Si la digni^ que vous détenez je ne écris pas au long. Je n'approuve pa« et ne voudrois en ce «f^trwver la manière comment vous yâtes venu; mais m« chez de vrai que mes dites lettre s'adressent à vous. Quant A ce que vous m'avez écrit, que veus avaz merveilles de la requAle que je vous a» faite, considérées leatrèves prises par mon très redouté seigneur, monseipoèur le roi de France, d'une part, et haut et puissant prince le roi Biebard , mon neveu et votre seigneur ligederrain trépassé, Dieu sait par qui, d'antre part) et aussi que vous dites par vos dites let-
LlVae PflEMIER.
ires'qm je ne vous devois demaBder de Caire armes , pour aucune allianoe faite entra nous deux , laquellfi vous m'avez envoyée de mot à mot , je la récite pour les voyants mieux informer, et en vous remontrant que je ai prdé mon propos que lors avois , et aurai , si Dieu plaît , toute ma vie ; et eusse gardé l'alliance , si envers vous n'eût eu aucun défaut i premièrement, d'avoir entrepris à rencontre de votre lige et souverain seigneur le roi Richard, é qui Dieu pardoinl! ce qu'avez fait , qui étoit allié de mon dit seigneur , monseigneur le roi de France , tant par mariage comme par écrits scellés de leurs sceaux, en quoi nous jurâmes, ceux de leur lignage d'un c^ié et d'autre, comme il appert par les lettres faites pour le temps où ils assemblèrent devers monseigneur et votre seigneur dessus dit, yous en sa compagnie et plusieurs autres de son lignage. Et pouvez connottre et apercevoir par mes dite» lettres dont vous m'avez envoyé U copie si ceux qui éloient par avant aUiè§ de mon dit seigneur ne sont point exceptés ; et si pouvez sa^ voir si ce seroil bien honnête ebose à moi d'avoir alliance k vous de présent; car, au tentps que je fls la dite alliance, je n'eusse cuidé ni pensé que vous eussiez fait eontre votre roi ce qw est connu et que chacun sait que vous avez fait.
• £1 pource que vous dites que nul seigneur oi ehevaiier, de quelque état qu'il soit, ne dmt Boander à fhire armes sans rendre leur alliance avimt que Von fit telle entreprise, je ne sais si & votre seigneur le roi Richard vous rendîtes lo serment de féairté que vous aviez A lui , avant que vous procédassiez contre sa pcnomM m la manière qu'avez fait. Et quant ft la q«i(ttnee que vous me faites, avant que vous me répoaét* 4 la promesse que CMte m'aviez , amam il appert par les lettres sur e« fiailes que je ne puis avoir , saches que depuis que je ns le eût que vous fttes à votre seigneur Uge, Je n'eus espérance que vous dussiez tenir à mm ta à autrui quelconque eenvenanee que dussiez aveir fait; et devez penser et assez eoMMttre que Je n'ai «euloir d'avoir alUanee à votre personne.
• Quant i la eoBsiièratiop que poHvez avoir à ta dignité en qnoi vous Mes, Je ne pense que la vertu divine vops y ait mis i Dieu le sut et
peut bien «voir dissimQlé , comme il fait plusieurs princes régner, et, à la fin, à leur eon» Aision ; et à mecomparager à votre personne, point n'en est besoin regardant mon honneur.
» A ce que vous me récrivez que pour l'oisiveté que vous avez eue votre honneur a tout jours été bien gardé , assez est su par toutes contrées.
•• Quant à la venue que vous pensez à faire par deçà , sans le moi mander quand ni où ce sera , récrivez-le moi ou le me mandez , et Je vous assure que vous aurez nouvelles sans guère attendre , pour faire de tout mon vouloir et parfaire, à l'aide de Dieu, si j'ai santé, ce que j'ai émt par mes autres lettres, si à vous oe tient.
» A ce que vous me récrivez que vos progé* niteurs n'ont point accoutumé d'être ainsi ca-' loigés de moindre personnes qu'ils n'étoient eux-mêmes, qui ont été et qui sont les miens , n'est Je besoin qu'en sois mon héraut : il est connu par tout pays. Et quant à moi , Je me sens sans reprodies , la merci Dieu , et ai toujours fait ce que loyal prud'homale doit faire, tant envers Dieu comme envers monseigneur et son royaume. Qui fait ou a fait autrement, eûtril tout le monde en sa main, si n'a-tr4l rien et n'est pas à priser.
> Quant à ce que vous récrivez que ce qu'un prince roi doit faire, il le doit faire à l'honneor de Dieu, au commun profit de toute chrétienté «t de son royaume, et non pas par vaine gloire ni pour nulle convoitise temporelle , Je vous réponds que c'est bien dit ; mais si vous l'eus* siez fait en votre pays le temps passé , plusinus clioses par vous faites n'eussent pas été exécutées au pays où vous demeurez. Qu'avoit A comparoir ma très redoutée dame madame la reine d'Angleterre , laquelle , par votre rigueur et votre cruauté, est venue en ce pays, désolée de son seigneur qu'elle a perdu , dénuée de son douaire , que détenez , dépouillée de son avoir qu'rfle emporta par delà et qu'elle avoit de par son seigneur? Où est celui qui quiert avoir honneur , qui ne se montre pour soutemr son fait? Où sont tous nobles qui doivent ^jxier, en tons états, les droits desdames veuves et des pucelles , de si belle vie comme
tous savent qn'étoit ma dessus dite dame et
ni«ee7 Et peur ce que Je hii appartiens de si
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
près, comme chacun sait, m'acqnittant envers Dieu et envers elle comme son parent , vous réponds aux points que vous me dites que pour eschever l'elTusion de sang humain, vous, étant venu de par deçà et moi à rencontre de vous, me répondrez plus volontiers de corps à corps , ou de plus grand nombre que de présent ne m'écrivez , qu'A l'aide de Dieu , de la benoite vierge Marie et de monseigneur saint Michel, sue devons la réponse de ces lettres, soit & corps à corps , nombre ft nombre , soit pouvoir à pouvoir , vous trouverez en faisant mon devoir et gardant mon honneur, telle réponse par effet comme en tel cas appartient.
» £t vous mercie, pour ceux de mon côté , que de leur sang avez plus grand' pitié que n'avez eu de votre lige et souverain seigneur. Quant à ce que vous m'avez écrit qn'icelui qui ne sait discerner en quel état il est soi-même, qui veut élire gens sans reproche, sachez que je sais que je suis et ceux de ma compagnie , et le vous mande, et vous le trouverez que nous sommes tous prud'hommes et loyaux, et pour tels nous tenons et nous répuions ; et nous savons bien et saurons, si Dieu platt, garder de faire autre chose que loyaux, prud'hommes et gentils ne doivent faire, ni par écrit, ni par dit, ni par fait. Mais vous et vos gens regardez A vous, et me récrivez sur toutes choses votre intention, laquelle chose Je désire moult de savoir bref. £t pource que vous sachez et connoissez que ce que Je vous écris etque je vous mande je veuil accomplir a l'aide de Dieu , j'ai ici fait mettre le scel de mes armes, et m'y suis souscrit de ma propre main, le lendemain de la Notre-Dame, vingt-sixième jour de mars 1402.»
S'ensuit la seconde lettre du roi Henri, duplicant à la seconde lettre du duc d'Orléans :
« Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d'Angleterre, seigneur d'Irlande, A vous, Louis de Valois, duc d'Oriéans, vous récrivons, mandons et faisons savoir que nous avons vu unes lettres de votre part, le derrain jour de ce présent mois d'avril, que nous avez envoyées par Qiampagne, roi d'armes, et Orléans, votre héraut, en cuidant avoir donné réponse A nos lettres par vous reçues, le premier jour de janvier dernier passé, par Laneastre, roi d'armes, notre dit bénvt, laquelle
votre dite lettre porte date du vingt-sixième du mois de mars l'an de grâce 1402, et avons bien entendu le contenu d'icelles. Et jaçoit ce que, toutes choses considérées, et, par spécial, l'état où Dieu nous a mis, nous ne dussions répondre A votre requête que faite nous avez, ni aux réplications ajoutées A icelles, toutefois, puisque vous touchez notre honneur, si vous voulons répondre , voyant et considérant qu'en votre première requête d'armes A nous faite, et A laquelle nous vous donnAmes réponse, vous prétendîtes icelle avoir procédé d'entier désir et' jeunesse de cœur, pour vous acquérir honneur et bon renom, A commencer A venir et savoir le métier d'armes.
» Si nous semble, par votre présent écrit , qu'icelui votre dit désir avez tenu grandement en frivoles et en paroles de tenson et dépit, en diffamant notre personne, cuidant par aventure que ce toumeroit A la conlUsion de nous, ce que Dieu peut bien tourner A la vôtre, et A bon droit.
» Si sommes pourtant émus, et non pas sans cause raisonnable, de vous donner réponse aux principaux points compris en vos dites lettres, par manière comme ci-après vous pourra plus pleinement apparoir, pensant bien et considérant que point n'appartient A notre état , ni que ne pourrions notre honneur garder -par tenser, et avec ce, sur les autres points frivoles pleins de malice et de tenson, ne vous donner réponse aucunement , sinon que tout ce qui touche notre reproche est faux.
» Premièrement , quant A la dignité que vous dites nous tenir, laquelle vous n'écrivez au long, n'approuvez pas, ni ne voudriez en ce approuver la manière comment nous y sommes venus, certes, nous nous émerveillons grandement , car nous vous l'avions bien dit et dédaré avant notre parlement de par delA, auquel temps vous approuvâtes icelle notre venue, et promîtes aide encontre notre très cher seigneur et cousin le roi Richard, que Dieu absolve! si nous le voulions avoir eu. Néanmoins, de la preuve ou de la dépreuve de vous, en ce nous tenons de vous bien peu dé compte ; car, puisque Dieu, de sa bonne grâce, en notre droit nous a approuvé et toai ceux de notre royaume aussi, il nous suffit pour