LIVRE PREMIER
les deux maréchaux de France, c'est & savoir messire Bouckaut et le seigneur de Longuy, aiMenls, et en autres besognes commis de par te roi, furent les devaat dits de Groy et de HeiUy députés de par te roiàexerciter les oflkesde otarècbal de France.
JBt l'arrière^garde conduisoient les seigneurs d'Arlay, c'est h savoir messire Jean de GhAloos, te seigneur de Yei^y, te maréchal de Bourgogne, te seigneur de Rouq et te seigneur de Rasse.
Et en la bataille éloit te roi de France, et aveeque lui étotent les ducs d'Aquitaine, de Bourgogne et de Bar, les comtes de Mortaigne eldeNevers, messire GuiUaume de Mortaigne et grand' planté de chevalerie.
Letquds, U venus, en une plaine assez près d'un aulnaie, face h ta.ce de la cité, furent bten r«pace de trois ou quatre heures en ordonnance, pour aviser et ordonner les lieux de leurs logis, et pour aviser et baiUer à chacun sa place, ainsi comme à chacun capitaine apfariànA. Et là, assez près d'an gibet de la cité, ftureat faits plus de cinq cents cbevaliav ; desquels, et aussi de jriusieurs autres qui n'airoient ptMrté bannières ftuenl tae^i de bannières étevées. Et puis comnKncèrent à ap> prodier la viUe de plus prés, entre les marais du petit fleuve devant dit et tes autres marais. Et lors commencèrent à tendre leurs tentes et leurs pavillons, et firent i^usieurs logis es vignes et contre tes masuresdesmaisonsdu prieuré Seint'-Martin-des-Champs, de l'ordre de Glngny, et d'un pan des faubourgs, lesquels avoieol été détruits et déscdés de ceux de te viUe, devant la venuedes dessus dits, et contre les aAmetgraads noyers qui lAétdent. Etest vrai qu'aucuns, pour la grand' soif qu'ils avoioit, tirèrent de l'eau des puits qui étoient es dits faiâKNirgs ; mais qiàoonque va buvoit iBonrott soudanenent, jusqu'à tant que l'on s^perçut de la mauvaiseté et fraude. Et adonc on fit crier au son de la tronspette et défendre de par te roi qu'il ne fût homme qui tirât m bût eau des dits puite, et qu'^e étoit empoH stmnée, mats bussent et usassent de l'eau de fontaines et de ruisseaux courants. Sur quoi kura adversaires dirent depuis et affirmèrent pour viai cpi'és dits puits avoiait jeté une herbe qu'on appeteit selon tes Grecs Uatù, et
selon tes Latins gado*, et cete avoient-ils tait afin qu'ils en mourussent, et aussi pource qu'ils ne ponvoient bonnement passer les marais ni les gués des dits Qeuves, pour la doute des assiégés, lesquels y avcMent franc alter et venir ; et pareillement pouvoient aller, atout diarrms et charrettes, pourvoir leurs vivres et nécessités, et tes mettre et mener en leur viIte;dont les dits seignrars et tout l'ost étoient moult courroucés.
Néanmoins tantôt firent ordonner en certains lieux leurs engins et tout ce qui étoit convenable en tel cas, et la nuit prochaine ftehèrent leurs tentes et fournirent leurs places, et y mirent grand' quantité de giens d'armes ; et là commença une forte guerre entre eux et ceux de te vilte, jetant continuellement les vas contre tes autres des traits de canons, de bricoles et de bonnes ari»alétes, et par grand' force de tenoeset d'épées se combattotent souvent ; et par spédal ceux de la ville navréreot et oooirent plusieurs adversaires. £t souventes f(H8 les iqjurioiént de paroles en eux appdaait faux traîtres Bourguignons, ot disant : « Vous avez ici amené le roi enclos en » sa tente comme non bien sain de prqpos et » de pensée. >^Et appeloient le duc de Bourgogne feux homicide, disant que s'il n'eût là éte, ils eussent ouvert leurs portes au roi et lui eussent fait obéissance.
Et d'autre lez au contraire , leurs adversaires semblablement les appeloient faux traîtres Armagnacs, rebelles contre leur roi et souverain seigneur, et moult d'autres injures et opprdsres disoient les uns contre les autres. Mais le duc de Bourgogne , qui souvent tes oyoit , n'en disoit mot ; ainçois pensoit toujours de les grever. Et le mercredi treizième jour du mois de juin , furent trêves données entre les dites parties, à la requête du duc de Berri, durant lesquelles il advint qu'aucuns des famili^rs du roi, ^ris de trahison, mandèrent à ceux de la ville .- « Issez dehors, il est temps, » sachant ce qu'ils avoient à fledre. Lesquels ii»contment, entre «w et deux heures après midi, te roi étant en sa tente, et aussi les ducs d'AquH taine et de Bourgogne qui reposoient , et pa-
* L'iVân; est une herbe dont parle Dioscoride, I. S, c. 187, 188. C'est une espèce de laitue sauvage. On l'appelle «n latin fhttum, et ei< franfait suide.
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
tt4iîl
réilledÂent la plus gfand' i>artie de Tost étaint désanné , comibe ceux qui de rien né se doa*» teient, issirenl de la ville par deux portes, environ cinq cents hommes d'armes A l'élite , tesquels prirent le chemin par les Tignes , le plus cinemebt et secrètement q^'Hi purent , non voulant être aperçus, si qu'ils pussent venir sur ceux de l'ost soudainement , et eut courir sus, ayant volonté de prendre le roi et son fils en leurs tentes, et tuer et ocoire le duo de Bourgogne. Mais ce qu'ils douloient advint ; car deux pages du seigneur de Croy, q«i lorsmenoient deux coursiers rafratchir, en les abreuvant aperçurent les dessus dits ; lesquels soudainement tirèrent sur frein , et s'en coururent le plus vilement qu'ils purent devefs l'ost j criant : « A l'arme, voici vos eanemis qui viennent ! » Et saillirent hors de la ville, et tant que leurs voix furent oUles.
Et tantôt chacun saillit hors de sa tente et de son logis ; et incontinent s'armèrent et ae* coururent ceux de l'avant-garde à rencontre , et tant qu'ils vinrent l'un contre l'autre, commençant è frapper de lances et de glaives ) mais les assiégés furent tdlemeat of^reHés de leurs adversaires , lesquels acoouroient de toutes parts à grand noBobre, qfee plus ne purent tenir. Et présentement en y eut bien six vingts morts et quarante pris ou environ i et les autres commencèrent A fuir et reculer i grand' honte, et renlr^rent en leurviUe A grand exploit, le seigneur de Gauooiui au front devant.
Entre \o» morts étoil Guiltaume Batillier, le»quel naguère avoit été {M'es àSaint-Cloud, et puis délivré, et Guillaume de iMlons t cheva-^ lier, lesquels , après qu'ils furent dépouillés, fdrent Jetés en un des puito qu'on disoit avoit été empoisonnés, et lA earent leur sépulture et «imetière.
Entre les antres qui ftarent pris étoit le grandmattre-d'hMel du dod de Berri^ et avec lui un écuyer du seigneur dfAlbi«t et le principal ■quMix du dSt.d'AIbi^l , qui avoit A nom Gustard, lequel dit-, en la présence de phiueurs , qu'il diroit et taommeroit les faux trattres qui A cdie havre leur avoient fait faire telle entreprise. A laquelle accusation le lendemain furent pris mattre Geoffroi de Bouillon, secrétaire du duc d'Aquitaine et de la fiuniUe du
gneor de Boissay, premier mattre-d'MiaA du roi. Aprés^ un nommé Gilles deTorsy, éouyw, natif de Beaavais, et son variât, et Enguèmnd deSèvre^ écuyer, qui étoit normand dent^an; lesquels, pour eette cause, tarent décollés da^ vant la lente du roi ; et le dit rteigneor de BcMBsay, par aonpçoa, fut mis prisonnier et Ait présent A déeoUer ks déssuë dits.
Or est véHlé qu'aucuns des gens du roi , et qui étoient en son ost, pour faite «t donner àidt aux assiégés , un certain Jour, e'eét à savoir aucuns Anglois et François, lesquels étéient sôus Amé de Yiry, Jusqu'au nombre de trois œnts, dont las deux «enta se partirent pour eux en aller, enti^relit an la cité; mail , hilh çois qu'ils pussent «ntrer dedans la porte , ils furent si roidetnent poursuivis dd ceux de l'ost que plusieurs en furent morts fle lawtes, d'ô« pées et de trait. Et aussi la moitié dé la §ani<son de Gian'cur-Loire, qui étoient environ cpiatre oents ouirasses , le samedi , qui étoit le dix-neuvième jour du mois de jua, bien matin, semMablensnt entrèrent en la aité ; tûm^ avant qu'ils pusaent Un Iretous N^Us, aucutafi de ceux de l'ost, par lesquels ils furent avisés, terribléméBl les assaiUireiit et envahirent, et tant qu'ils en oooirèal bien de oént A six vingts.
En entre « le l-dt éiaût A ton siéga devait Bourgeâ, oomme dit est , leti varlets et fout-ra- ^rs de son ost , lesqaak de Jour en jam queroient vivres iwur las chevaux y par les aguets de leurs ennemis étoient seuvènt poursuivis, pris et emmenés , et aueimi'laisrtéB pour raof ts et leurs ehevAux perdue , poitf tafit q*11 leur falloit querii' les dits Vivres Mien arx ou Init tieues loin, po«r ipiei ils entrât ilonlt de di^ sette aU dit ost; et pource ausai qwies dha^ riots et charrettes i}ui vettoiént de FrêvÊte et de Bourgogne, les soudoyers des assiégea elleurs eoinpfoes, o'eét A savoir oenx de Saml42éaaire, et d'autres t^oAs qUi n'étdent paA de l'ebéiesance du toi , quand ils veboient ou ponvoient rencontrer les desaua dits^ kli détnwisboieDl 14 prenoieht leurs vivres et provisiotev et les convertisÉoient en ieari usage») d(»t.soudainemeat advint grend ftmiDe en l'ost du roi, et .teUement queplutiéulv ed eeUtiiirent grand' peuvreU^ et foiUeite de-eoMur pour la déirale de pain ; nmiobttant ique ce m dura pas km-
UVRE PREMIER
Oaiotanl iMiupbhi, U tille et le ebfttel 4e S«iaM}émir« 5 qdi pkn leur naiioit , on ceptdo Jour les 4ito aowloyen issas et portant rivito* «etOL â»ii dita dtè dfi Bourges, farent nAcoÉttte dt to readlrMt an roi ; «t ^r «inN d» ht dbette qu'Ut >t»i»Bt eue furent eompA>taoMdeBt relerès et rasBasiés par iceui d«8-^
bla fin du moii de Juia, «près soleil ooo^ ctnnt , issirent de la dite eit6 de Bourges quatre entk lumnms d'Mnes «a eotiroa , lesquels «voieot été iadaita et BVertis pur les prison- ■iers qu'ils arotent que le pr^rM de l'aintral de France et le tidaim d'Amiens venoient au siéfife dewre le roi eà aifwnoient de Paris grund' planté è» financea poUrpafer les sondoy«tS4 plnir quoi ioeox eheTaoehant se mt^ nut es tois , «a œrtaiBS passages par oâ iceui devaient paMer, «to que leHemeM ils les pussent ewabtr et mûrir Ms qu'ib les passent détronsKr de ce qu'ils menoient.
Laquelia etaose vint A ta eonurnssance du seigbenr de Rouqpar «es gens et guettes, qui les avoieul Vu iesir. Lequel tantôt appela avëe lui le due de Lorraine et le seigucfnr de Heilly srtoot onq cmIb honmes d'nrmes ou environ ,, et «osi, comme s'ils aUassent en fourrage , se partireat 4e l'ost , et par^lessos un tîeil pont , lequel ils ratreut te Biieux qu'ils purent, pas* seront reaa , et -se logèrent coiement «u une vîgMi «t eeUe «ak emvydrent le«TS «spiei pour sKVoir le «Mtènement de leurs «hnemis ; etiant qnefiuMement les trouvèreut «U ils uttMtdeiéflt lés dites fluaueiBi , qu'ils cuîdôiotil piindre et dérober. IMate eut-memes Airent pris; «r lautét et MtcoMineDt quelesdetàitl tits surent oâ ils étoient, les Tinrent envahir et «ttorir sus, et Ht lurent tantôt tnineus et OMrts ; et si y «ut plusieurs pris et morts, et IM antres qui s'en pureM èi^pper se touis Mnmt en Alite et se sauvéreat. Entre lesquds Alt pris un géniflhomme d'armes nommé Ûuieliwdoa dé Séres. IK ce ftiit, le dit ducda Lop' raine et les seigneurs de Rooq et Beitty, lAoat letftpriaanniers, s'en ratouraèrevt en l'ost du roi, très Joywu de leur Tietofare.
Pour laquallo «tenture, et aussi pour pludMsrs antres usez pareilles, ledne*Bcrri et «eu qui étoient «v«eqa« lui dedans Beorges
furent très dolents «t courroucés , tant pour ce comme pour la désolation de sa cité et de son pays, et pour la destruction de ses cheta^ licrs et écuyers, qu'il voyoit être morts et natrés chacun Jour. Néanmoins, de toute sa puiBlaaoe éoit son ajfection de soi défendre contra tous ceux qui nuire lui touloient ; et «dtenoit très souteUt que ses gens portoient grand doÉiBoage A ceux de l'est. Et entre^teupa que ces besognes se faisoient, messire Philibert de Ligbac, grand-maltre de Rhodes , qui étoit en la omnpagnie du roi, s'employa par plusieurs et diverses foià & inciter les dôix parties adterses à être d'accord et faire paix l'une «teo Fautre.
Entre-rteops vint au dit siège le maréchal de Satoie -, et avec lui aucuns chevaliers et écuyers du dit pays lUrenl lA envoyés de parleur seigneur le comte de Savoie devers les deux parties, afin de traiter qu'ils fiasent paix ensemble. Lequel maréchal et ce«x qui étoient tenus «tecqua lai se joignirenA avec le dit maître de Rhodes, et firent grands diligences d'aUerpar la lioence du roi d'un côté et d'autre , et par spécial deveis le duc d'Aquitaine , qui créai'doit «t étoit Ueuteuant du roi ; avec lesquels ftnreat ordonnés le mattra des aiimlétriers de Fraaoe^ le aèaéohal de Hainaut et aucuns autm; et pour ta partie adverse, l^rchevôque de Sources , te seigneur de Gaucourt, le seigneur de Tignontille, le eetgoeor de Barbasan, te seigneur d'Aubrecieourt , et autres avec eux ! lesqaelles deux parties entendirent très diligemoient A mener leurs traités A fin et «onolusioa. Et pour y parvenir, furent par t^uflieurs (bis deversles prinoes d'un «ôté et d'autre. Mais 4 bref dire , il ne &it en eux de les «voir concluB si hMitefflent, carune.cha* cane des parties se éisoit grandement Mr« intéressée ; et entre les autres choses étoit fort ramentn ce que le^ assiégés avoient leurs gens envoyé sur l'est du roi & main armée pour eux «ourir Sus durait les trêves , dont par avant est fliito meirtion ; [et par ainsi pour plu* sieurs raisons «'attarg^nt aucunement les dits traités.
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
t CHAPITRE C.
Comment le roi de France se délogea et lUa atout sa pai*sancc i l'autre c4té de la Tille de Bourges, où le firent les traités d'entre les parties.
En après, est vérité que quand le roi et tout son ost eurent sis enTiron un mois devant la cité de Bourges, du côté devers la Gharité-eur- Loire, voyant bonnement qu'il ne la pouvoit dommager, et aussi que ceux de la dite ville étoient par l'autre côté chacun jour rafraîchis et pourvus de vivres et autres leurs nécessitée, se délogea d'iUec et fit bouter le feu par tous les logis. Si s'en alla loger à la dextre partie de la cité , à quatre lieues ou environ, sur la rivière , assez prés d'Yèvre-le-Ghfttel *. Et pour ce , ceux de la ville voyant leurs ennemis ainsi délogés soudainement , cuidërent qu'ils s'enfuissent et retournassent en France pour la doute des Anglois , lesquels leur avoienl promis confort et aide. Si en avoient grand' joie ; . et y en eut plusieurs issant d'icelle ville en intention de gagner et prendre aucuns de l'ost du roi. Et par spécial, en saillit hors moult des paysans; mais il advint autrement qu'ils ne pensoient ; car Enguerrand de Bournonville et autres capitaines demeurèrent derrière en em» bûche atout trois cents hommes d'armes ; et quand ils virent leur point , férirent en eux , et en prirent et tuèrent plusieurs ; et après s'en retonmèrent en l'ost du roi. Et le lendemain le roi et tout son ost passa la rivière , et prit son chemin pour aller devers Bourges par l'autre côté vers Orléans , afin , comme ils avoient fait i l'autre lez , gâtassent et délniisbsent tous les vivres du pays à l'environ. Et quand ceux de la dite ville aperçurent qu'ils passoient l'eau , tantôt et h&tîvement boutèrent les feux es faubourgs de la dite cité, qui étoient moult beaux, afin que leurs adversaires ne s'y logeassent ; et si furent arses aucunes églises qui là étoient , dont ce fut pitié. En outre, le roi là venu et son ost , tous se logèrent entour la dite ville , et firent leurs ordonnances ; si assirent leurs engins , canons et pierres es lieux convenables , pour plus grever et nuire la dite cité.
Les assiégés pareillement avisoient toutes les voies et manières comment ils ponrroient
* ProbibI«ment Mchun-sur-Yévre.
grever leurs ennemis par leurs traits, canons et autres habillements déferre. Les sogneurs qui dedans la dite cité étoient assiégés étment , pour les innumérables dommages et démolitions de la ville et cité, de coeur tristes et dolents et tout émerveillés. Toutefois', le due d'Aquitaine , fils et lieutenant du roi, par riii> duction d'aucuns, ayant en sa mémoire et eon» sidération la désolation de si noble cité , et qui étoit la superiative de tonte la région d'Auvergne et de Berri , de laquelle il devoit Mre hdr, et que ce lui ponrroil redonder à grand doramage, fit commander et défendre aux canonniers et à ceux qui se mèloient de jeter pierres et d'engins gouverner, qu'ils n'en jetassent plus ciHitre la dite cité, sur p«ne de la tête. Dont le duc de Bourg(^;ne , qui en toutes manières s'efforçoit de grever icelle et ceux de dedans, fut fort émerveillé, et eut grand soupçon que le dit duc d'Aquitaine n'eût sa pensée changée et qu'il ne fût mu de pitié contre ses ennemis ; et tant qu'entre les choses sur cette matière dites et proférées entre eux deux , le dit duc d'Aquitaine, son gendre, lui dit alMolument qu'il feroit finir la guerre. Adonc le duc de BMirgogne lui pria moult fort que s'il vouloit ce faire , au moins fit selon la conclosioB du conseil du roi <pu avoit été faite dernièrement à Paris ; c'est à savoir que , s'ils ne venoientà sa votonté et en tuumlité eux soumettre et rendre, il ne 1^ recevroit. Et néanmoins , quelque chose qu'il lui requit, il ne loi voidmt requérir chose qui fût à son déshonneur.
Aquoile dit duc d'Aquitaine r^qua etdit que vmrement la guerre avoit trop duré, et que c'étoit et avoit été au préjudice du royaume et du roi son père, et qu'à lui-même pourroit redonder; et aussi ceux contre qui la guerre se faisoit étoient ses oncles , cousins germains et prochains de son sang, desquels il p<rav(Mt grandement être servi et accompagné en tous ses affaires ; mais bien vouloit qu'ils vinssent en l'obéissaBce du roi son seigneur et père , . ainsi qu'autrefois au parlement de Paris avoit été pourparlé.
Après lesquelles paroles et plusiears autres, le dit duc de Bourgogne se commença fort & humilier envers le duc d'Aquitaine ; et aperçut assez que par aucuns grands seigneurs avoit été instruit.aux besognes dessus dites , et en-
tre les autres se douta fort et eut grand soupçon sur le ducdeBar; et depuis certains temps après montra assez clairement qu'il n'ëtoit pas content de lui. Toutefois, il dit là présentement au duc d'Aquitaine qu'il étoit bien content que les traités se fissent et poursuivissent selon son bon plaisir, à l'honneur du roi et de lui. Et adonc fut ordonné & ceux qui autrefois s'en étoient entremis de poursuivre leur matière , lesquels le firent volontiers. Et quand ils eurent mis par écrit les demandes et réponses des deux parties, firent iceux traiteurs requête aux princes que les ducs de Berri et de Bourgogne pussent convenir ensemble et eux entremettre de traiter la paix ; laquelle requête fut accordée de par le roi et son fils le duc d'Aquitaine, et aussi de l'autre partie.
Et par ainsi convinrent ensemble, l'oncle et parrain, le neveu et filleul ; et fut la place élevée en un marais qui étoit assez sûr, car chacun d'eux n'avoit pas grand' fiance en sa partie; et pour ce avoit été le lieu ordonné et advisé par les parties. Auquel lien étoient ftites barrières toutes propices, sur lesquelles les ducs de fierri et de Bourgogne, eux là venus, s'appuyèrent l'un contre l'autre sur les dites barrières, et chacun son conseil derrière lui, auxquels ils avoient aucunes fois recours en leurs traités et réponses en leurs articles ; et, i caufelle, avoit aussi chacun son assemblée de gens d'armes, en certains lieux, assez près d'eux, sans ce qu'ils pussent rien ouïr de leurs conseils ; et étoient tous deux bien armés et très bel ; et avoit le duc de Berri, nonobstant qu'il fût ftgé de plus de soixante et dix ans, épée, dague et hache d'armes, capel- Boe d'acier en la tète et un fennaillet au (Iront devant moult riche, et dessus ses armures une jacquette de pourpre, et la bande au travers toute semée de marguerites.
m environ deux heures après qu'ils eurent Ut été ensemble en la dite place, se partirent d'icelle, faisant et montrant bonne chère l'un & l'antre, si comme il pouvoit sembler. Toutefois le duc de Berri dit au duc de Bourgogne, par manière de rancune : « Beau neveu et beau •• filleul , quand votre père , mon beau-frére, « vivoit, il ne falloit point de barrière entre
> nous deux, nous étions bien d'accord moi
> et lui. •> A quoi le dit duc de Bourgogne
répondit : «Monseigneur, ce n'est pas par » moi. » Et lors monta le duc de Berri sur son cheval, et s'en retourna en sa cité avecque ses gens, et le duc de Bourgogne pareillement retourna avec les siens ; et disoient communément les chevaliers et autres, en la compagnie du dit duc de Bourgogne, que les gens du duc de Berri en communes devises disoient qu'ils n'avoient pas été rebelles ni désobéissants au roi, et qu'il y avoit long temps qu'il n'avoit été en santé, pour quoi il leur dût rien commander ; et que s'il eût été bien disposé, il n'eût pas laissé la mort de son frère impunie et n'eût point amené avecque lui le tueur impuni.
Et quant est aux amendes demandées pour avoir bouté les feux et pris forteresses, villes et chftteaux, et les avoir dépouillées et robées, comme Saint-Denis, Roye et plusieurs autres au] royaume , répondoient qu'attendu que leurs seigneurs sont du sang royal, ils pouvoienl aller libéralement et franchement par les bonnes villes du dit royaume, et mener leurs gens d'armes pour le fait de leur guerre particulière ; laquelle ils faisoient à bonne et juste cause contre le duc de Bourgogne, disants qu'en ce faisant, n'ont point forfait ni offensé envers le roi ; mais en tant qu'ils ont tenu la cité de Bourges close envers lui, tenoient avoir mépris pour ce qu'il y étoit en personne; et de ce, le traité fait, lui crieroient merci et lui rendroient les clés.
Et est vrai que le mercredi ensuivant, les • dits ducs, avec leurs traiteurs, convinrent aux barrières, devant la porte de la cité, et tinrent leur parlement et conseil ; lequel fini et conclu, prirent le vin ensemble, et puis se départirent l'un de l'autre très joyeusement. Et le jeudi, assemblèrent tous les chevaliers et tous les nobles de l'ost du roi devant la tente du duc d'Aquitaine, tenant l'état et lieu du roi. Et étoient en sa compagnie les ducs de Bar et Lorraine, et y étoient aussi plusieurs autres grands seigneurs. Et lors le chancelier d'Aquitaine, c'est à savoir messire Jean de Nesie, chevalier, licencié en lois, qui avoit moult belle fkconde, lequel très notablement dit et récita tous les excès et rébellions faits par Jean de Berri, Charles d'Orléans, Jean de Bourbon, Jean d'AIençonetBemardd'Armognac, Charles
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d'Albrct et leurs complices ; et aussi dit comme ils éloient alliés aux Anglois, adversaires du roi, et comment ils avoient détruit ce royaume, faisant de ce et de plusieurs autres choses lin grand et long sermon ; et tant qu'au dernier demanda, de par le roi et sou fils d'Aquitaine, que chacun dtt tantôt et promptement ce qui lui en sembloit à faire , ou la paix ou la guerre ; dont plusieurs répondirent qu'il valoit mieux que paix fût entre les seigneurs et qu'ils fussent remis et réduis en la grâce dif roi qu'autrement, au cas qu'elle seroit ferme ; et aucuns dirent autrement ; et ainsi fina le dit conseil, dont y il eut grand murmure;
Or est vrai qu'il faisoit lors très grand' chaleur, et moult étoient ceux de l'ost malades ; et tant que plusieurs se partirent sans prendre congé, voyants que de Jour en jour plusieurs de leurs compagnons mouroienti et, par spécial, il mouru( grand' planté de chevaux, dont l'ost étoit moult Mnpuanti.