CHAPITRE CVn
Comment le duc d'Aquitaine te courrouça i son chancelier ; des envies qui le murent entre lef gnndt aeigneun, et antres kengnes.
En ces jours, en plein conseil royal, où présidoil le duc d'Aquitaine , se murent aucunes paroles entre le chancelier de France et maître Jean de Nesie , chancelier d'Aquitaine, et tant que par leurs paroles fut dit par le dit chancelier de France qu'il ne disoit pas évangile , et icelui répondit fellement qu'il mentoit par ses dents , et plusieurs fois lui répéta telles injures et pareilles , et adonc le chancelier de
* Boger d% La Heuse, dit r-c Boi-gne.
CHRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTRELET
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France lui dit : » Tous m'ii^uriez , et l'avez autre fois fait, moi qui suis chancelier du roi ; néanmoins je l'ai toujours porté et souffert , pour l'honneur de monseigneur d'Aquitaine qui est ci présent , et ai encore en pensée de le Taire. » Et lors le dit duc d'Aquitaine , oyant les paroles dessus dites , tout ému d'ire , prit son chancelier par les épaules , et le bouta hors de la chambre en disant : « Vous êtes un mauvais ribaut et orgueilleux , ni nous n'avons plus cure de votre service , qui avez injurié en notre présence le chancelier de monseigneur le roi. » Laquelle chose ainsi faite , le dit sire d'Olhaing rendit ses sceaux, et en son lieu fut fait chancelier maître Jean de Yailly , avocat en parlement.
Nonobstant ce , la dite reine cuida apaiser son fils, et mèmement le dit duc de Bourgogne, qui l'avoit mis au dit office. Mais ils ne le purent nullement fléchir; car déjà il commençoil fort à dominer , et vouloit que tous ses gens et ceux de son royaume se conduisissent du tout à son plaisir, et disoit aucunes fois à ses féables qu'à lui touchoit plus qu'à nuls autres. Et avec ce avoit souvent qui lui remontroit secrètement que dorénavant il avoit sens et &ge compétent pour prendre le gouvernement du dit royaume, et que faire le de voit, attendu U nécessité où étoit te roi son père ; et entre les autres, le duc de Bar, le duc Louis de Bavière, le comte de Vertus , et autres de cette alliance , qui adonc se tenoient à Paris , et le visitoient très souvent , et ne désiroient autre chose qu'il en prtt le gouvernement.
Et de tout ce étoit assez averti te duc de Bourgogne ; et apercevoit assez que toutes les besognes se parachevoientet macbinoient à intention de le mettre hors du dit gouvernement du royaume ; si ne le prenoit pas bien en gré, et avoit plusieurs imaginations, èsquelles il lui souvenoit bien de ce que le dit duc d'Aquitaine lui avoit dit devant Bourges, qu'il feroit finir la guerre ; et avoit connu que le traité fût fait outre les promesses quiavoient été jurées et conclues à Paris , présent le conseil royal ; néanmoins , il monlroit semblant que rien ne lui en (ût.
En outre , en ces mêmes jours , Ait donnée la comté de Ponthieu à Jean de Touraine, son second fils , et ce à l'instance et pourchas du duc Guillaume, comte de Hainaut , duquel il
avoit épousé la fiUe ; et nonobstant que ceux de la vilte y résistassent à leur pouvoir, veuillant demeurer sous la seigneurie du roi, si en fut la possession prise par te dit duc de Touraine , par tes seigneurs d'Andregines et de Mouchas , familiers d'icelui duc Guillaume ; et portèrent les tettres au dit lieu d'Abbevilte , auquel elles furent publiées.
Esquels Jours, est à savoir la rai-carème , aucuns bourgeois et le commun de la viUe de Soissons soudainement s'émurent , et vinrent au chfttel de leur cité ; si rompirent te mur du dit chàtel , qui joignoit aux murs de leur vilte, tant d'un cAté comme d'autre. Et tout ce firent, afin que par toute la circailé de leur dite cité pussent aller sur leur muraille sans danger ; et avec ce dénxdirent te pont venant d'ioelai ch&tel sur la rivière , afin que nuls ne pussent être mis dedans par navire ni autrement , ce qui par avant se pouvoit taire sans teur congé, lequel ch&tel appartenoit au duc d'Orléans, qui en fut très d^laisant ; mais à présent ne le pouvoit avoir autre, nonobstant qu'il en fit plusieurs complaintes envers le roi et son conseil , pour en avoir réparation.
Et adoBC, & l'instance du duc d'Aquitaine, ta\ rendu à sa femme et à ses enfants le chef et corps de messire Mansart du Bois , lequel avoit été décapité à Paris, comme dit est devant : et à dix heures en la nuit son chef fut 6té des halles, et son corps de Montfaucon, et mis ensemble en un sercus, et porté en te vilte de Rousseval, au diocèse d'Amiens; et I& (tat enterré honorablement emprës son père et ses prédécesseurs.