LIVRE PREMIER
tains moyens assez étranges el peu honorables, débouté d'icelui royaume son propre cousingermaio, Richard , roi d'Angleterre . après ce qa'ilen avoit joui et possédé paisiblement l'espace de vingts-deux ans , moult aggravé et piteusement oppressé de la maladie de lèpre , ieraiioa sa vie <, et fut mis en sépulture royakment et honorablement en l'église de Wastemoutier emprës ses prédécesseurs. Lequel roi délaissa quatre fils : c'est à savoir le premier nommé Henri , qui éloit prince de Galles, et succéda au dit royaume; le second éloit nommé Thomas , duc de Clarence ; le tiers , Jean, duc de Bedfort ; le quart, Honfroi, duc de Glocestre-, et avoit une Me qui fut mariée au rouge duc de Bavière. Lesquels quatre frères dessus dits étoient tous beaux personnages, bien adressés en plusieurs sciences ; et eurent chacun d'eux depuis assez grand gouvernement , dont il sera fait aucune mention ciaprès. Toutefois il faut parler aucunement d'aucunes paroles qu'icelui roi défunt dit à son fils atné , à son derrain jour.
Vérité est que lui étant par plusieurs Jours si étreint de maladie que plus ne pouvoit, ceux qui de lui avoient la garde , un certain jour , voyants que de son corps n'issoit plus d'haleine , cuidants pour vrai qu'il fût transi , lui avoient couvert le visage. Or est ainsi que, comme il est accoutumé de faire au pays , on avoit mis sa couronne royale sur une couche assez prés de lui, laquelle devoit prendre présentement après son trépas son dessus dit premier flb et successeur ; lequel fut de ce faire assez prêt ; et prit la dite couronne , et l'emporta sans le donner à entendre des dites gardes. Or, advint qu'assœc tôt après le roi jeta un soupir ; si Ait découvert , et retourna en assez bonne mémoire, et tant qu'il regarda où avoit été sa couronne mise ; et quand il ne la tit, demanda où elle étoit; et ses gardes lui répondirent : « Sire , monseigneur le prince » votre Bis l'a emportée ». Et il dit qu'on le nt venir devers lui ; et il y vint *. Et adooc le
* Henri éloit sgjet i des aUt^QM d'apoplexie depuis MB relonr d*Éeo«M. Hardyng, dans sa Cliroiiiqae métriqoe anglaise, dit aussi qu'ii mourut d'une affection
* Ce ntaie tiit est rMoolé par Walsim^m et les autres historiens aoilals.
roi lui demanda pourquoi il avoit empol*té sa couronne, et le prince lui dit : « Monseigneur , » voici en présence ceux qui m'avoient donné & » entendre et alBrmé qu'étiez trépassé ; et pour » ce que suis votre fils atné , et qu'à moi ap- » partiendra votre couronne et royaume, après » que serez allé de vie à trépas, l'avois prise. » Etadonc le roi, en soupirant, lui dit : « Beau » fils , comment y auriez-vous droit , car je » n'en eus oncques point, et ce savez-vous » bien. » — « Monseigneur, répondit le prince, » ainsi que vous l'avez tentie et gardée à l'épée, » c'est mon intention de la garder et défendre » toute ma vie. » Et adonc dit le roi ; « Or , » en faites comme bon vous semblera ; je m'en » rapporte i Dieu du surplus , auquel Je prie » qu'il ait merci de moi. » Et bref après, sans autre chose dire, alla de vie à trépas.
Et après qu'il fut mis en terre , comme dit est desstis, le dit prince de Galles fut couronné très honorablement par tous les princes et prélats du royaiune d'Angleterre ; et ne fut hom^ me, de quelque état qu'il fût , qui s'apparût pour lui contredire.
Et tantôt après, le duc de Qarence et les autres Anglois qui étoient encore en la duché d'Aquitaine , quand ils ouïrent les nouvelles de la mort de leur roi , retournèrent au plus bref que faire purent au royaume d'Angleterre ; et ji soit ce qu'il y eût trêves entre les deux royaumes, nonobstant ce, après sa mort, les dits Anglois des frontières de Calais commencèrent à courir et à travailler très fort le pays de Boulenois ; et tant qu'il fallut que le connétable renforç&t ses garnisons d'Ardres , Gravelines et autres lieux tenants le parti des François.