CHAPITRE OX
ComnMnt In offieien du roi étoient en grand doute; de 11 prise de meaaire Pierre des P^ssarls et du duc de Bir, el de plusieurs antre» besognes bites par les Parisiens.
Au commencement de cet an , les officiers du roi de France , c'est à savoir ceux qui avoient le gouvernement des finances depuis vingt ans par avant , étoient moult fort pressés et contraints de rendre compte , et se faisoient plusieurs informations à rencontre d'eux, tant publiquement comme secrètement, dont la plus grand', partie d'iceux étoient en
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
ftrand doute et soupçon , comme dit e»t aiU leurs , comme ils pourroient écbapper ; c«r déji en y avoit plusieurs arrêtés personnelle^ ment, et les aucuns s'étoient rendus (Ugilifs; desquels on avoit mis tous les biens en la main du roi. Si queroient diTers moyens envers les princes qui gouvernoient le roi. Entre lesquds messire Pierre des Essarts, qui s'en ètoit foi à Cbeiiwurg, par aucuns moyens qu'il eut envers le duc d'Aquitaine , fut remandé à venir dedans le dit lieu de Paris, et entra secr^ tentent dedans la bastille Saint-Antoine, etavec lui Antoine des Essarta, son firère; mais toutefois il fut aucunement su par aucuns des bourgeois de Paris , qui pas ne l'aimoient ; et le firent à savoir au doc de Bourgogne et à ses gens, qui pareillement de lui n'étoient pas contents : si fut assez bref faite une grand' as* semblée des communes de Paris, avec laquelle allèrent messire Élioo de Jacqueville, lors ca» pitaine de Paris, et aucuns autres des gens du duc de Bourgogne; et tous ensemble allèrent devant U dite bastille, et tant firent qu'ils eurent en leurs mains le dessus dit messire Pierr« des Essarts et son frère Antoine; et les menèrent prisonniers au cMtel du Louvre, et depuis furent menés au palais.
Et après ces besognes accomplies ; les dessus dites communes derechef s'assemblèrent, jusqu'au nombre de six mille ou environ, sous l'étendard du dit Jacqueville ; avec lesquels s'adjoignirent messire Robert de Mailly, messire Charles de Lens et plusieurs autres hommes d'armes de l'hôtel du doc de Bourgogne. Et tous ensemble, environ dix heures du matin , «lièrent eux mettre devant l'hAtel du duc d'Aquitaine; et étoienl les principaux émouveurs d'icelles communes Jeannot Caboche, écorcheur de vaches au maisiel Saint-Jacques, maître Jean de Troyes, surgien & Paris, et Denisot de Chaumont; lesquels entrèrent dedans l'hôtel , et allèrent au dit duc d'Aquitaine , disant en cette manière : « Notre très » redouté seigneur, vèez-ci les Parisiens, non >• pas tous, en armes, qui , de par cette bonne » ville de Paris , pour le bien de votre père et » de vous , requièrent qu'on leur livre aucuns » traîtres qui sont en votre hôtel de présent. » A quoi le dit duc répondit par grand' fureur que ce n'appartenoit pas à eux , et aussi qu'il
n'y avoit nuls traîtres en son hôtel. Auquel Us dirent que, s'il les vouloit bailler, il les baillM, ou si non, en la présence de son visage, ib les prendroient et puniroient selon leurs démérites. Et entre4emps le duc de Bourgogne et le duc de Lorraine survenant , y allèrent aucuns des dits Parisiens et entrèrent dedans le dit hôtel , et de fait prirent mettre Jean de TaiUy , nouveau chancelier du dit duc , Edouard , duc de Bar , cousin-germain du roi , messire Jacques de La Rivière, les deux fils du seigneur de Bossay , Michel de Yitry et son frère, les deux fils de messire Regnault de Guyennes, les deux frères du Mesnil , les deux Géresmes et Pierre de Nesson. El adonc le dit duc d'Aquitaine , voyant en sa présence être fait un tel outrage , jeta les yeux devers le duc de Bourgogne , et par grand couroux lui dit : « Beau- » père , cette émeute m'est faite par votre con- » seil; et ne vous en pouvez excuser, car gens » de votre hôtel sont les principaux. Si sachez » sûrement qu'une fois vous en repentirez . et » n'ira pas toujours ainsi & voire plaisir. » A quoi le dit duo de Bourgogne répondit, en soi excusant aucunement : « Monseigneur , vous • vous informerez quand serez refroidi de vo- » Ire Ire. •
Et adonc, nonobstant les paroles dessus dites, furent emmenés tous ceux qui avoientété pris, et mis en diverses prisons ; et après aOérent quérir mettre Raoul Bridoul , secrétaire du roi , lequel , ainsi qu'ils l'emmenoient, fut féru par l'un d'iceux, qui le hayoit, d'une hache en la tète , et un autre le bouta en rivière de Seine , et Ait là mort , et aussi occirent un tapissier moult riche et bien emparlé , nommé Martin d'Ave. Et si tuèrent un c&nonnîer qui avoit été Orlèanois , très excellent ouvrier de ce faire, lequel ils laissèrent tout nu deux jours devant Sainte-Catherine ; et après contraignirent monseigneur d'Aquitaine à demeurer é l'hôtel de Saint-Pol avec le roi son père , et gardèrent curieusement les portes, afin qu'il ne s'en allât hors dé la dite ville de Paris ; et disoient aucuns d'eux qu'on le faisoit pour sa correction, car il étoit de jeune &ge et ne pouvoit souffrir être redargué de quelque personne. Lesautres assignoient plusieursautres causes ; entre lesquelles l'une étoit pource qu'il vouloit aller le premier jour de mai jouter au
UVRE KVEMIER.
Ml de YiDeeiuMS, et qu'il evoit mandé à ntesàtt Pierre dea Enâils qu'il aotenftt lit Mats iMttinets et les paj&t poor tin mois, lequel mandement étoit ]à exécuté ; et aussi que le due d'Orléans et les autres de sa partie faisoient grand' assemblée de gens d'armes , pour être ar«e le dit duc d'Aquitaine au jour dessus dit ; dont le duc de Bourgogne et iceux Parisiens n'éioient pas bien contents.
Et pour vrai, c'étoit pileuse chose de voir lors Je régne des dites communes, et comment ils se conduisoient dedans Paris, tant envers le r6i comme envers les autres seigneurs. Et dereohef écrivirent les autres Parisiens leurs lettres à plusieurs bonnes villes du royaume, contenant que ce qu'ils avoient fait étoit pour le bien da roi, requérant que si besoin leur étoit le voulsissenl conseiller, aider et conforter en toutes leurs aflkirss, et aussi que tous ensemble demeurassent à la fidélité et service du roi et de son atné ; en après, afin que quelque congrégation ni assemblée de gens d'armes ne fût faite par ancMs des seigneurs, fut fait un édit de par le roi à la requête d'iceux Parisiens, adressante tous les baillis et sénéchatix du royaume, duquel la teneur s'ensuit :
• Charles, par la grâce de Dieu, roi dé France, au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut:
" Comme, es divisions et débats qui naguère étoient en notre royaume, nous et notre très cher premier llls duc d'Aquitaine , dauphin de YieuDoia, ayons tani labouré que. Dieu donnuit , ayons ordonné bonne paix être et demeorer en notre royaume, laquelle ceux de notre lignée, pour la plus grand' partie, ont lance et promis à tenir icelle; en outre ont promis de Jurer et le Jurèrent entretenir A leur pouvoir ; et ne loist aucun faire quelque mandement ni assemblée de gens d'armes , sinon de notre exprès mandement. Nonobstant ce , avons-nous entendu qu'aucuns de notre sang et aocuns autres se préparent d'assembler gens d'armes et autres gens par manière de compagnies en plusieurs parties de noire royaume, sans de ce avoir licence de notre partie ; laquelle chose est et pourroit être à notre très grand' charge, et s'en ponrroientensuivir plusieurs inoonvènients, s'il n'y étoit brévement pourra de remède. Pour laquelle chose nous
vous mandons et expressément enjoignons que de votre partie soit publié publiquement en tous les lieux publics de votre bailliage, en défendant de par nous , et sur peine de confisquer corps et biens, que quelconque personne, de quelque état qu'elle soit, soit baron, chevalier ou autre, ne Voise en armeS au mandement de quelque seigneur , sinon au mandement de nous ou de notre fils ou de notre bien-aimé cousin le comte de Saint-Pol , connétable de France, ou autre notre commis.
M Et afin qu'il vous appère de ce, nous vous envoyons nos lettres scellées de notre grand soel, en notre conseil. Et leur soit enjoint que, toutes fols et quantes fbis qu'ils seront mandés par nous ou par notre dit fils, viennent. Et pour tant que nos très chers oncle et cousin , c'est A savoir les ducs de Berri et de Lorraine sont continuellement en notre service, notre intention n'est pas que leurs vassaux et sujets ne puissent venir devers eux toutes et quantes fois qu'ils aeront mandés, pour eux employer en notre service. Et si aucuns de la dite baillie font le contraire, nous voulons, et par la teneur de ces présentes vous mandons que vous les contraignez, par prise de eorpa et de biens, qu'il» soient, comme ils sont, tenus A leur souverain seigneur.
• Donné A Paris , le neuvième Jour de mai l'an de grâce mil quatre cent et treize , et de notre régne le trente-troisième. Ainsi signées par le roi , A la relation du conseil tenu par le duc d'Aquitaine , où étoient les ducs de Berri , de Lorraine et plusieurs autres.
» J. MiLLEt. »
Lequel mandement fut tanlét envoyé es lieux accoutumés, et publié. Et Mors tous les Parisiens avoient fait une livrée de blancs chaperons, lesquels ils pbrtoient, afin qu'ils pussent mieux eonnottre ceux qui étoient de leur parti et alliance ; et mèmement les firent porter A plusieurs princes et autres notables seigneurs, et aussi A plusieurs gens d'église; et qui plus est, depuis, les porta le roi en propre personne ; laquelle besogne sembla être A plusieurs prud'hommes grand' dérision , attendu les détestables et cruelles manières qu'avoient tenues et encore lenoient iceux Parisiens, lesquelles n'éioient pas A tolérer ni A souffrir; toutelbis Ils étoient lors si puissants et si obs-
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Unes en leur mauvaiseté que les princes ne savolent pas bonnement y pourvoir. Toutefois iceux avoient grand' fiance et espérance qu'ils seroient soutenus et aidés du duc de Bourgogne et de ceux de son parti, si besoin leur étoit.