LIVRE PREMIER
des congrégations et assemblées de gens d'armes et autres gens de guerre , en très grand' quantité , tant Anglois et étrangers cmnme autres si^ets à nous , pour mettre à eflèt de tout leur pouvoir leurs certaines entreprises damnibles ; lesquelles ils ont faites et ont intention de mettre à exécution contre nous et notre domination , comme nous avons été et sommes suffisamment informés , et jà soit ce qu'on les ail favorisés et soutenus, et qu'on soutienne et favorise chacun jour , et que ce ait été par long temps et denture sous dissimulation ; et plusieurs gens de guerre , lesquels se sont mis et assenoblés en grand nombre , par manière de compagnies, en notre royaume, sur intention de eux aider des dites dissimulations et mettre à effet leurs entreprises dessus dites; lesquels gens dérobent et gâtent, ont robe et gftté, et dépouillé notre dit royaume et nos bons et loyaux sujets , et ceux qui nous ont loyaument servi , par spécial au temps que nous fïlmes & Bourges, et qui ont soutenu notre fait et notre parlie contre ceux que nous tenions adonc et répulions nos ennemis et inobédients , ont aussi dérobé et fait dér<d>er plusieurs de nos sujets , et violant fliles à marier, et autres énormités , dépouillant églises et monastères ; ont fait aussi et commis , et de jour en jour s'efforcent de faire et commettre plusieurs grands et énormes maux, et crueb excès et maléfices, tout en telle manière que ennemis peuvent faire les uns aux autres ; lesquelles choses sont de très mauvais exemples et non pas à souffrir , vu qu'ils sont au très grand grief , préjudice et dommage de nous et de notre royaume, domination et seigneurie, et en notre charge et destruction de notre peuple etde nos sujets j et de notre dit royaume ; et de ce ont été faits à nous piusiear» grands pleurs , lamentations, complaintes et clameurs , et sont faits de jour en jour, tant par lettres de nos vassaux et sujets c(»nme autrement ; et pourroient encore plus 6lre faits, si par nous n'étoit pourvu de remède convenable, bon et bref.
«Pour ce est-il que nous, veuillant remédier de tout notre pouvoir aux choses dessus dites, lesquelles nous ont tant déplu et déplaisent que plus ne peuvent ni pourroient, et nos dits sujets el notre dit peuple garder et maintenir en bonne paix et tranquillité, el obvier aux
grands inconvénients et autres dommages irréparables, lesquels pour vraisemblable sont en péril d'ensuivir par le fait et entreprise des dessus dits de noire sang et autres leurs adhérents, alliés et complices, ainsi que par grand' et mûre délibération de conseil avons ordonné, conclu et délibéré de faire, vous mandons, commandons et expressément enjoignons, en commettant par ces présentes, que vous faites ou faites faire de par nous exprès commandement el défense, par proclamations et publications à son de trompe et autrement solennellement, à tous chevaliers et écuyers et autres non nobles qui ont accoutumé de suivre les armes el les guerres, et généralement à tous autres quelconques de vos bailliages, de quelconque étal ou dignité qu'ils soient ou puissent être; auxquels par nos présentes lettres détroitement commandons que, par la foi et loyauté qu'ils nous doivent, et surtout quant que ils nous peuvent offendre, et sur peine d'encourir notre ire et indignation perpétuelle et forfaire envers nous corps et biens, eux ni aucun d'eux ne soient tant hardis ni osés d'eux armer ni assembler en notre royaume, ni venir ni aller à quelconque mandement de quelque personne ou personnes, de quelque état prééminent ou condition qu'ils soient, jà soit ce qu'ils soient de notre sang, pour quelconques mandements, commandements ou injonctions, soit de bouche ou par lettres, qu'ils puissent avoir de ceux ni d'aucun d'eux ; ni autrement eux armer ni assembler en quelconque manière, ni pour quelque cause ni occasion que ce soit ou puisse être, sinon que par nos lettres nous les eussions mandés et fait assembler pour venir à notre mandement et service, ou pour aller là où nous les voudrons employer en notre service, et non autrement ni ailleurs. £t tous ceux que vous trouverez ou saurez autrement être assemblés en votre dit bailliage ou es ressorts d'icelui, «t qui iront au mandement de ceux de notre san;^ ou autres leurs complices, leur commandez ou faites commander, de par nous, sur les dites peines, que tantôt et sans délai ils retournent et aillent paisiblement en leurs hôtels, où bon leur semblera, sans faire ou porter aucun dommage ou grief à notre peuple ou sujets. Et en cas qu'ils soient en ce trouvés déso-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
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■béissantg ou refusanis, diflérants ou allants au contraire, ou qu'ils aillent encontre nos défenses ou mandements, ni en autre service que de nous, ou qu'ils ne se départent ou partent d'ensemble, comme dit est, vous les prenez oo faites prendre ; et mettez réellement et de fait en noire main, par bon et loyal inventaire, tons leurs biens meubles et héritages, villes, châteaux, dominations et possessions d'iceux; eticelles en notre main gouvernez ou faites gouverner par personnes suffisantes et sûres, qui de ce, quand et où il appartiendra, puissent et sachent rendre bon compte et reliquat toutes fois qu'il en sera métier. Et avecque ce procédez ou faites procéder contre iceux, par voie de fait, si comme contre inobédients et rebelles est accoutumé de faire ; lesquels, en ce cas, nous vous avons abandonnés et abandonnons par ces présentes, en eux prenant et mettant en prison, et iceux punir selon leurs démérites et selon que au cas appartiendra si on les peut prendre. Et sinon soient chassés et reboutés par toutes forces et voies de fait, soit par force d'armes ou autrement, par toutes les meilleures manières que l^ire se pourra, en eux cloyant et faisant clorre tous les ports et passages, et en eux déniant tous vivres ou autrement, eux grevant en toutes manières, et tellement que l'honneur et force soient à nous et à vous, et que ce soit exemple à tous autres.
» Toutefois, ce n'est notre intention qu'iceux de notre sang et lignage qui sont avec nous pour le présent et en notre service ne puissent par notre ordonnance mander par-devers eux leurs sujets et vassaux ft eux employés en notre service, quand ils leur notifieront, en eux requérant de ce faire, pourvu que de suffisamment apperra ; et que aussi en venant ils ne vivent sur le pays, et qu'ils ne fassent aussi aucuns robements on dommages à nos populaires ou sujets. Et si aucuns sont trouvés faisants le contraire, nous voulons et commandons que vous procédiez contre eux comme contre les dessus dits; et de ce, faites telle punition que dit est, ou autre telle que raison
- donnera, nonobstant quelconques lettres ou
- mandements qu'ils aient à ce contraires. Pour ' lesquelles choses dessus dites mieux faire et ' accomplir, vous avons donné et donnons pleine
puissance, autorité et mandement spécial de
demander, évoquer, assembler et cueillir de nos vassaux et sujets, amis, alliés et bienveillants, tels et en tel nombre que bon vous semblera et qu'il sera expédient pour le bien des besognes, et icelles mener et conduire, ou faire mener et conduire et employer par tous left lieux et places de votre bailliage ou ailleurs, où bon vous semblera, et là où vous saurez aucune des dites gens être et ft^uenter ; auxquels nos sujets, vassaux j amis, alliés et bienveillants mandons, commandons et expressément enjoignons sur la foi et loyauté qu'ils nous doivent, et sur la peine de confisquer corps et biens, que, sans aucune contradiction on refus, ils voisent à votre mandement, en nous aidant à ftiiré accomplir les choses devant dites, et chacune d'icelles, en procédant en icelles par voie de fait et à main armée comme dit est.
» Et afin que nuls ne puissent ou veuillent prétendre quelque cause d'ignorance, faites ces présentes publier solennellement par tous les lieux et villes notables de votre dît bailliage, es lieux où on a accoutumé de faire celles publications, et ailleurs où bon vous semblera d'être fait , en faisant icelles entériner, garder et accomplir de point en point , selon la forme et teneur d'icelles, et contraignez à ce les refusants et autres qui pour ce seront à contraindre par toutes les voies et manières qu'en tel cas est accoutumé de faire pour notre propre fait. Et de ce faire yous donnons plein pouvoir et autorité et mandement spécial, en commandant à tous nos autres justiciers , officiers et sujets et requérant tous autres : et priant à tous nos amis, alliés et bienveillants à nous, qu'à vous et à vos commis et députés, es choses dessus dites et es circonstances et dépendances d'icelles , obéissent et entendent diligemment comme à nous; et vous prêtent conseil, confort et aide et fSsveur, et prison si métier est , et de ce soient requis; car ainsi l'avons octroyé et voulons être fait de notre pleine puissance, nonobstant oppositions ou appellations faites ou A faire, et quelconques lettres impètrées ou à impétrer à ce contraires.
» Donné à Paris , le sixième jour de juin , l'an de grâce H13 et de notre règne le trentetroisième.
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