LIVRE PREMIER
nés et attachés aux poteaux des églises et publiés en plusieurs lieux , an grand déshonneur et en grand' charge des plus grands de notre sang et lignage , comme de notre très cher et très aimé fils , nos très chers et bien aimés neveux et cousins les ducs d'Orléans et de Bourbon , les comtes de Vertus , d'Alençon , d'Armagnac et aussi d'Albret, connétable de France , de plusieurs barons , nobles et autres bienveillants , et conséquemment de nous et de notre domination. Pour lesquelles choses nous , par iceUes lettres , abandonnâmes tous nos dits oncles, fils, neveux et cousins avec leurs adhérents , serviteurs et bienveillants , à prendre et détruire avecque toutes leurs terres et seigneuries et biens quelconques, en déclarant ioeux avoir forTait envers nous corps et biens. Et encore, à eux plus grever et injurier et de nous éloigner et émouvoir le peuple contre eux sous la couleur d'une certaine bulle ,. outre quarante ans impétrée et octroyée contre les gens de compagnie , lesquels , sans titre et sans cause , de leur autorité levoient et assembloient gens d'armes par manière do compagnie contre nous et notre dit royaume ; lesquelles bulles ne se pouvoient ni dévoient comme par claire inspection d'icelles peut apparoir clairement appliquer contre nos devant dits fils , oncle , neveux , cousins ei autres devant dits , et tout par défaut de bon et vrai conseil , et sans ce que par notre dit et souverain très saint père le pape , et sans délibéralion de notables personnes , comme il appartenoil au cas , et sans ordre de droit , de procès ou monition à ce requise^ ni observées ; et sans précédentes délibérations quelconques, ftirent ioduemenl par force, faveur et volonté désordonnée, déclarées aucunes sentences d'excommuniement contre les devant dits de notre sang et lignage, leurs oflBciers, sujets et adhérents et complices; par lesquels ils furent contre vérité publiés comme excommuniés par tout notre royaume. En outre ftorent derechef proclamés à peine de ban, comme traîtres et malfaiteiirs , et de fait bannis de notre royaume et dépeinte de leurs bénéfices et ofiices. A l'occasion desquelles choses furent semées et publiées plusieurs erreurs et exercées plusieurs inhumanités contre plusieurs; lesquels, à l'occasion des choses devant dites , furent pris et mis A
mort, au regard de l'ame, comme de celle mort naturelle et pileuse, comme gens hors de lui et sans confession, comme bêtes brutes sans avoir administration de quelque sacrement de sainte église, et enfouis aux champs et Jetés aux bétes brutes et aux oiseaux, comme si fussent chiens: lesquelles choses sont moult dures et inhumaines, damnables , iniques et crueuses, et par spécial entre chrétiens et vrais catholiques; Lesquelles choses devant dites ont été faites à l'instigation , impression, violence et importunité d'aucuns séditieux , troubleurs de paix, malveillants de nos oncle , lils , neveux et cousins , contre raison et vérité , par machination et damnables fictions , et pour venir à leurs fausses et mauvaises entreprises , comme nous avons été depuis et sommes de présent informés pleinement. Et pour ce, nous qui voulons par raison , si pouvons, telles choses et tels blasphèmes non vraies et ainsi faites et procurées, comme dit est, en la déshonneur et charge de ceux do notre sang et lignage et d'autres devant dits demeurer ainsi , et qui désirons toujours et avons désiré la vérité des choses dessus dites être connue et réparée , laquelle par inadvertance ou autrement induement a par nous été faite au préjudice , à la charge et déshonneur d'autrui , et mèmement de ceux de notre sang et lignage et des autres devant dits, comme nous y sommes obligés ,
» Savoir faisons nous être pleinement informés de nos dits oncle, fils, neveux et cousins , prélats , barons , nobles et autres leurs bienveillants, avoir eu toujours par devers nous bonne et loyale intention , et avoir été nos bons et vrais parents obéissants et sujets, et tels qu'ils doivent être envers vous, et que tout ce qui a été fait mauvaisement, damnablement et subrepticement impétré contre vérité et raison, à l'instance, impression, instigation, importnnité et violence d'aucuns séditieux , troubleurs de paix et malveillants , comme dit est, pour laquelle cause toutes les lettres et mandements qui contre leur honneur et leurs charges ont été faites, touchant les choses dessus dites ou leurs dépendances , nous icelles déclarons et par ces présentes avons déclaré avoir été torsionnairement et de nulle valeur faites et passées, cl subrepticement impéirôes par etîlrepr isc, soiït advenues
CHRONIQUES D'ENGLERRAND DE MOINSTRELET.
CD notre bonne ville par hommes séditieux, troubleurs de paix , rebelles et coupables de «rimes de lèse-ma^slé, qu'ils pourroient notifier et publier par le monde en diverses parties et régions, autrement que iceux faits et entr(H prises n'ont été commis et perpétrés.
» Nous, voulant des choses dessus dites être «ne la vérité, et être sue à un chacun, afin d'éviter toutes erreurs et folies crédenoes, lesquelles, par déPaute de non être sue la vérité, pourroient les cœurs humains induire à plusieurs et diverses fins et intentions dont moult de maux et inconvénients s'en pourroient ensuivir à nous et à notre royaume , comme il poorroit à tous autres princes et seigneurs qui ont peuple à gouverner : savoir faisons et pour vrai certifions que, nous étant et faisant notre résidence en notre résidence et en notre bonne ville de Paris , et avec nous notre très «hère et amée compagne la reine, notre très cher et amé fils Louis d'Aquitaine, et notre oncle le duc de Berri , et plusieurs autres de notre sang et lignage, et de nos conseillers et serviteurs, ainsi que nous avons accoutumé , •dvint que le vingt-troisième jour du mois d'avril dernièrement passé, messire Uélion de JaqueviUe, Robinet de Mailly , Charles de Recourt, dit de Lens, chevaliers; Guillaume Barrau, adonc secrétaire, et un surgien nommé maître Jean de Troyes et ses enfants, Thomas Le Goys et ses enfants , Gamot de Saint-Yon, boucher; Simon de Coutelier, écopcheur de vaches, fiau de Bordes, Andrieu Roussel , Denisot de Chaumoat , maître Eus» tache de Laictre, matlre Pierre Cantbon, maître Diusque François, maître NicoUe de Saint- Hilaire, mattre Jean Bon , mattre NicoUe du Queanoi, Jean Guérin, Jean Pimorin, Jacques Labaa, Guillaume Gente, Jean Parent, Jacques de Saint-Laurent, Jacques de Rouen, -Martin de NéauviUe, Martin de Coulommiers, mattre Toussaint Bangart, maître Jean Rapiot, maître Hugues de Verdun, mattre Laurent Gak>t, Jean de Rouen , fils d'une tripière du Puits-Notr&*Dame , Jean Maillart, fripier, et idusieurs antres leurs complices et adhérents , de divers étals et conditions , lesquels par avant le dit jour avoient fait plusieurs congrégations, assemblées et conspirations secrètes e4 plusieurs monopoles en divers lieux ,
de jour et de nuit, s'assemblèrent en grand et excessif nombre tous armés, et à l'étendard déployé, vinrent par manière d'hostilité et puissance désordonnée par devant notre hôtel de Saint-Pol , sans ce que de nous sussions quelque chose ; et allèrent par devant l'hôtel de notre fils duc d'Aquitaine, auquel hôtel voulurent entrer par force et par violence ; et pour ce rompirent les portes contre la volonté de notre dit fils et ses gens et serviteurs , et de fait entrèrent dedans ; et allèrent en sa chambre, contre sa volonté, nonobstant quelconques requêtes et inhibitions que pour ce il leur Ht. Et quand ils furent entrés, ils prirent de fait et par force et violence notre cousin-germain le duc de Bar, et le chancelier, qui étoit lors de notre fils, et plusieurs autres notables hommes nos chambellans et conseillers de notre dit fils, et les menèrent de fait en prison, où bon leur sembla, et les mirent en plusieurs, diverses et privées prisons, où ils les ont tenus et fait tenir continuellement, tant qu'ils ont pu. Duquel excès notre dit fils prit telle ire qu'il fut en péril d'èire encouru en une grande maladie ; et depuis, en persévérant en leur faux, mauvais et déloyal propos, vinrent devers nous en notre dit hôtel de Saint-Pol ; et là proposèrent ou firent proposer en notre présence ce que bon leur sembla, disants absolument qu'ils vouloienl avoir certaines personnes, lesquelles ils avoient par écrit en un roUet que ils portoient ; lesquelles éloient en notre compagnie et en notre présence ; desquels étoient Louis, duc de Bavière, frère à notre compagne la reine , et plusieurs autres nobles hommes de nos chevaliers, conseillers, le maître de notre hôtel et autres plusieurs de nos serviteurs, de plusieurs et divers états et en plusieurs offices, lesquels ils prirent par force et violence ; et contre notre volonté les mirent en prison là où bon leur sanbla, comme ils «voient fait les autres. Et puis «près ce, s'en allèrent en la chambre de la reine, notre dite compagne, par la manière devant dite; et en sa présence, contre son gré et v<4onté, en sa dite chambre prirent plusieurs dames et damoiscUes , desquelles plusieurs éloient de notre lignage et de celui de la reine, et les menèrent comme les autres en prison. Duquel excès notre dite compagne prit telle fureur, peur et aboHiina-
UVa£ PREMIER.
Uon qoe de ce elle fut en péril de mort et de griève maladie. El depuis la prise hommes et femmes, les dits malfaiteurs ooi procédé eon- Ire plusieurs par voie de fait et de voloaté, par très dures voies de tortures et de tyranoie merveilleusemeot, contre toute forme de droit et de Justice; et plusieurs autres hommes de noble lignée en grand état ont tué es prisons ; et puis après ont fait publier que eux-mêmes s'étoient occis ; et les ont fait mener au gibet; et aucuns autres ont fait envoyer en Seine, les autres décoller et décapiter où ils les avoient fait eroprisuaner. Et les dames et damoiselles, lesquelles ils avoient ainsi prises comme dit est dessus, les ont inhumainement traitées. Et jà soit ce qu'ils fussent très instamment requis qu'ils voulsissent souffrir que la voie de Justice fût ouverte aux personnes par eux prises et détenues prisonnières , comme dit est , et que notre cour de parlement eût de cela connoiS" sance, comme il étoil de raison, néanmoins ils n'y voulurent obtempérer ni condescendre; mais firent faire et écrire lettres^-patenles A leur volonté , lesquelles ils firent par force et par contrainte sceller de grand scel en notre chancellerie ; et avec ce nous contraignirent , et notre fils pareillement, de les signer de nos seings manuels, et tous leurs faits et leurs œuvres approuver. Et pour mieux avoir le chancelier i leur poste, et leurs lettres avoir , de là en avant, lui firent sceller par force et par menaces ; et puis firent mettre dehors de son office notre bien aimé Arnault de Corbie , qui si long temps nous avoit servi bien et loyaument. En lieu duquel ib firent mettre maître Eustache de Laictre. Par lesquelles lettres, contre toute vérité, étoit dit ce que TOttloient leurs faux et malveillants accusateurs. Et eu ce avons été déçus et non bien avertis de la vérité par défaut de boa conseil et liberté de dire vérité, comme dit est; et toutes les lettres et mandements, avec toit> tes les autres choses quelconques qui seroient i la charge et déshonneur de nos dits oncle, flls, neveux , cousins, et autres devant Bon»- «oés , et gënéralemeat lont ce qui s'en est ensuivi.
> N«u8, étant en votre parlement et lit d^ jiulice , tenant de (dusieurs de notre sang et Ufiiage , de plusieurs prélats , gens d'église,
tant de notre fille l'université de Paris comme de plusieurs barons et autres notables person* nés , tant de notre grand-conseil et de noire parlement comme de notre ville de Paris, accompagnés, révoquons et annulons, et par ces présentes avons révoqué et annulé, damnons et annicbilons et du tout en tout mettons au néant. Et défendons A tous nos sujets, sur peine d'encourir notre indignation, et surtout quant que ils peuvent méfaire envers nous , que contre la teneur de nos affections, déclaraliwis, révocations et ordonnances, ne fassent, disent on viennent, pour le présent ni en temps A venir, par fait ni par parole ou autrement, par quelconque manière que ce soit. Et qoe si aucunes lettres on mandements aucuns étoient ou fussent exhibés , montrés ou pro-' duits en Jugement ou dehors, ne voulons A iceux aucune foi être ajoutée maintenant ni autrefois; mais voulons et eommaodoos qu'ils soient déchirés et coupés partout où ils pour.* ront Atre troavés.
• Et pour oe, donnons en maadement A dos amés et féaux nos conseillers , gens de notre parlement , au prévôt de Paris et A tous au» très DOS baillis, prévOts, séoédiau» et autres justiciMS, A leurs Ueut^iants et à chacun d'eux, si comme A eux appartiendra, que nos présentes assertion, dédaralion, révocation et ordonnance Cassent publier, afin que nuls ne puissent de oe avoir ignorance, ea leurs auditoires et en tous Im autres lieux A Aire proclamations en tel cas et autres accoutumés, ea leurs JuridictioM et mettes, A son de trompe ou autrement duemeot ; et tout ce voulons^ no«8 être prêché et être remontré par 1» prélats et clercs qui ont accoutumé de prêcher au peuple, que es dioses dessus exprimées avons été déçiw, séduits et mal informés au tenq;» passé par les manières et eautelles dessus dites. El aussi voulons et ordonnons qu'aux transcrits de ces présentes lettres faites sous seel royal, ou autre authentique, comme A l'original soit pleine foi ajoutée. En témoift desquelles dioees nous avons A ces présentes (Ait mettre notre seel.
» DoBBé SB M>tre grand' chambre de parler ment A Paris, où étoit le lit de Justice, le douzième Jour de septembre Tan mil quatre cent et treize, et de notre régne le trenlc-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
troisième. Par le roi tenant son lit de justice en sa cour de parlement. Baye. »
Et depuis furent publiés à Amiens au mois de décembre, le quinzième jour de l'an dessus dit.