CHAPITRE CXIV
Conment le duc d'Aquitaine fit délirrer Its prisonnien; dn ptrteoentdo duo de Bouriognc, et de It venue de plulieurt princes dedtm Paria, et ce qu'ik Qreut.
Le quatrième Jour du mois de septembre, le duc d'Aquitaine, parle commandement du roi, Bt délivrer tous les prisonniers du palais ; et tantôt après, tous les biens de mattre Jean de Troyes, adonc garde du palais, lequel étoit allé dehors pour aucune de ses besognes. Turent par le commandement du duc d'Aquitaine tous vidés du dit palais par ceux de Paris, lesquels aToientaeeoutumé de l'accompagner ; et l'office de concierge qu'il tenoit lui fut aussi ôté, auquel Ait remis et restitué celui qui par avant l'exerçoit. Et pareillement en autres lieux parmi Paris tarent restitués à plusieurs officiers leurs offices, comme Antoine des Essarls. Les deux ducs, c'est à savoir de Bar et de Bavière, furent ordonnés capitaines; celui de Bar, du Louvre, et le duc Louis de Bavière, de la bas* tille Saint'Antoine, comme par avant ils avoient été. Et après ce que les prisonniers furent délivrés des prisons par le duc d'Aquitaine, furent sonnées toutes les cloches de Paris, toutes à une heure : et si firent deux Jours et deux nuits faites grandes liesses et grandes fêtes par toute la ville pour l'amour de la paix, tellement que c'étoil grand' Joie & voir.
En outre furent pris en l'hâte! du duc de Boni^;ogne le seigneur de La Y iefville et messire Charles de Lens, frère au chAtelin de Lens ; mais messire Robinet de Mailly, pour la doute ^*fl ne fftt pris, s'enttiit. Le seigneur de La yiefville, à la prière du duc de Bourgogne et de sa fille, duchesse d'Aquitaine, fut délivré de prison ; et le dit messire Charles fut mis en Cbâtelet, et l'autre, qui s'en éioit Aii, fut banni du royaume. Le seigneur de JaqueviOe, lui absent, fut démis de la capitainerie de Paris ; lequel avec plusieurs autres bouchers de Paris, ses principaux facteurs, qui èloient avec loi à Monterean-Faut-Yonne, par eux ouïes les nouvelles dessus dites, s'enfuirent en Bourgogne ; et Jean Caboche, mattre Jean de Troyes et ses enfants, et moult d'autres de Paris s'enfuirent en Flandre. Mattre Eustache de Laietre, nouvel chancelier de France, s'enfuit de Pwis comme les autres ; et en son lieu Tut remis mattre Amault de Corbie, autrefois chan-
celier ; lequel, i l'instance de lui-même et par sa volonté, pour tant qu'il étoit ancien, fut déporté du dit office de chancelier, au lieu duquel fut mis le premier président du parlement 1. Et mattre Jean Jouvenel, qui étoit en parlement, avocat du roi, tai fait chancelier de monseigneur d'Aquitaine. Et de Paris aussi s'enfuirent, tant les chevaliers comme les commissaires qui avoient été ordonnés & connottre des causes des prisonniers, tant criminelles comme civiles.
Et adonc leduc de Bourgogne voyant ce que faisoit le duc d'Aquitaine son gendre dedans Paris, doutant qu'il ne fût pas bien content de lui , et qu'il n'eût souvenance des outrages qui lui avoient été faits , tant en son hôtel comme ailleurs, où ses gens avoient été, comme dit est en autre Ueu , fut en grand soupçon qu'il ne fût arrêté en personne ; car avecqne ce il voyoit chacun jour que les plus féables de ses gens se partoient couvertement sans prendre congé h lui : et les aucuns étoient déjft détenus prisonniers. Et si étoit averti qu'on avait fait aucuns aguets de nuit autour de son faûlel d'Artois. Et chacun Jour venoient devers le dit duc d'Aquitaine en grand nombre ceux qui avoient été par avant ses adversaires.
Et pour ce , afin d'obvier et résistw aux périls qui s'en ponvoient ensuivir , trouva manière que le roi alla chasser en la forêt de Yille-Neuve-Saint-Georges. Si alla avec lui ; et quand il vil son point, il prit congé du roi , en disant qu'il avoit eu nouvelles de son pays de Flandre , où il falloit qu'il retournât pour et à cause d'aucunes grandes affaires qui y étoient survenues. El de fait se partit et alla passer en grand doute parmi le bois de Bondy ; et sans s'arrêter chevaucha jusqu' au pont Saint-Maxence à petite compagnie , et là geut cette nuit ; et le lendemain très matin le y'uA quérir le seigneur de Rouq atout deux cents combattants; et de là chemina en asses brefs jours Jusqu' à Lille en Flandre.
Lorsque son parlement fut su , commencer rent les Parisiens et autres de la partie d'Orléans fort à murmurer contre lui , disants qu'il s'en étoit fui pour doute qu'il ne tùl arrêté , conome dit est dessus; car adono ceux qui étoient demMirés dedans Paris tenants son
■ llmri &t Marie.
CHRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTREtET.
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parti f arenl en moult grand soupçon ; car chacun jour on prenoit les aucuns, dont on faisoit justice assez hAtire. Et mêmement furent exécutés les deux neveux de Jean de Caboche , après qu'ils eurent été tratnës parmi Paris grand espace; et pareillement fut l'hôte de l'Httis-de-Fer, nommé Jean de Troyes, cousingermain de mattre Jean de Troyes, chirurgien, dont dessus est faite mention.
Et quant est à la reine , les ducs d'Aquitaine, de Berri , de Bar et de Bavière , ils furent assez contents et joyeux du département du dit duc de Boulogne, et furent aussi plusieurs autres seigneurs , et se tournèrent en assez briefs jours du tout contre loi et les siens , tant de fait comme de paroles.
En après, le roi, les ducs d'Orléans et de Bourbon , les comtes d'Alençon , de Vertus , d'Eu, de Yaudemont et deDammartin, l'arcfaevôque de Sens, frère Jacques Le Grand, Le Borgne Foucaut, tous ensemble vinrent & Paris à grand' compagnie de gens d'armes en très belle ordonnance. A rencontre desquels issirent les ducs de Berri , de Bar et de Bavière , l'évèque de Paris et autres plusieurs prélats et bourgeois. Si s'entreflrent grand' joie les uns les autres, et allèrent tous à cheval jusqu'au palais, où étoient le roi, la -reine et le duc d'Aquitaine, qui les reçurent bien notablement, et soupèrent 1& tous les seigneurs, et puis s'en allèrent loger en leurs hôtels par la ville. . Et le lendemain vint au dit lieu de Paris messire Charles d'Albret, auquel présentement fut rendue son.oflice de connétable. ' Et le huitième jour de septembre ensuivant, à l'instance et faveur des dits seigneurs , le roi sit en la chambre de parlement en son lieu accoutumé : et là fit et constitua par son grandconseil un édit , lequel il (ordonna être promulgué et publié par tout son royaume , duquel la teneur s'ensuit :
<< Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.
"Gomme, par l'occasion des divisions et guerres et disoords jà pieça mus en notre royaume entre aucuns de notre sang et lignage , plusieurs choses nous eussent été damnablement et mensongèrement rapportées, sous ombre desquelles et pource qu'en notre conseil et aussi en notre
ville de Paris n'étoit pas telle franchise , et que ndus n'étions pas conseillés vraiment et loyalement à l'honneur de tous et au bien de notre royaume, comme il appartenoit ; car plusieurs étoient partials et affectés désordonnément; et les autres avoient telle cremeur qu'ils chéoient en leur personne mémementde grand' vertu et de grand' constance, parce qu'ils véoient pour dire et tenir vérité plusieurs perdre leur état: et ainsi plusieurs véoient par spéciaux notables, prélats, nobles etautres aussi de notre conseil et de notre viUe de Paris être torsioonairementet violentement pris et dépouillés de leurs biens mis à rançon : pour quoi plusieurs de nos bienveillants étoient fugitifs et absents d<» notre conseil et de notre dite ville de Paris. Et furent plusieurs lettres-patentes damnablement procurées et induement obtenues en notre nom et scellées de notre soel, et envoyées à notre très puissant père , souverain seigneur des chrétiens rois au saint collège de Rome, à autres plusieurs grands princes et seigneurs, contenants qu'il étoit venu à notre connoissanoe pleinement et clairement. Et nous tînmes pour bien et duement informés, tant par oerlaines lettres qui naguère furent trouvées et apportées en nos mains et de notre conseil , comme par envie que nous avions vu et vîmes tous les jours, ja soit ce que de piéça nous en doutions et que la chose avoit grand temps été couverte sous dissimulation , que Jean de Berri , notre oncle , Charles d'Oriëans et ses frères, nos neveux, Jean de Bourbon, Jean d'Alençon, Charles d'Albret, nos cousins, Bernard d'Armagnac et leurs aidants et confortants, adhérents , alliés et complices , mas el induits de mauvais propos inique et danmable, avoient entrepris et s'étoient efforcés d'expeller , destituer et détruire nous de notre état et autorité royale et de tout leur pouvoir et notre genre, que Dieu ne veuille ! et outre ce faire un nouvel roi en France , laquelle chose est abominable à ouïr et à réciter à tous cœurs de nos bons et loyaux sujets. Et qu'en ce et en autres choses qu'ils leur imposoient iniquement et mauvaisement, ils avoient commis envers nous el notre royale majesté grands et énormes crimes et maléfices , tant de lèse-majesté oomnae autrement; et aussi plusieurs libelles diflhmatoires ont été faits et baillés & plusieurs persoit-