LIVRE PREMIER
qu'ouir bonnes nouvelles de vous , que Dieu par sa sainte grâce me doint toujours ouïr ! et savoir telle si bonne que vous voudriez , et que je voudrois et desirerois pour moi-même.
» Très cher et (rés redouté seigneur, si de votre grâce et humilité vous platt savoir de mon étal , j'étois au département de cette en très bonne santé de ma personne, grâce A Dieu, qui toqjours vous veuille semblablemenl octroyer. Très cher et très redouté sire , je tiens bien être en votre bonne mémoire comment par votre ordonnance du conseil de mon très redouté seigneur monseigneur d'Aquitaine , voire fils et le mien, de plusieurs seigneurs de votre sang et de votre grand-conseil , et à la grand' et humble requête de votre fllle l'université de Paris et des gens d'église d'icelle ville , du prévôt des marchands et des échevias , et généralement des autres bonnes gens de votre dite ville, certaines ordonnances, tant de votre dit grand-conseil comme de plusieurs autres grands seigneurs et conseillers des dits seigneurs et du mien de la dite université et de l'église de la dite ville de Paris, a avoir paix et uoioa des seigneurs de votre sang pour le bien qui en peut advenir & vous et & eux , et géoé* ralemenl à tout votre royaume, et mêmement pour k réparati(M) de la misère et misérable étal de votre dit royaume, qui étoil en état de toute désolation, si ne Tût la grâce de Dieu qui vous in^ira 'de la dite ordonnance , moyenmot la^pielle chacun votre loyal parent et sujet de votre royaume peut avoir espérance de dormir et reposer en paix, si comme il fut dit et exposé notablement par devant vous , où éloient plusieurs , tant de votre sang comme autres, par un notable chevalier, conseiller de BMM très cher seigneur et cousin le roi de Sicile.
» El néanmoins, mon très redouté seigneur, Jft soit ce que j'eusse juré en votre présence de boDM foi et bonne intention, et tant cordiale- BBent, comme plusieurs adunc assistants préseats devant vous pouvoient voir, et pour ce ^le J'ai douté que pour mon département plusieurs puissent prradre aucune étrange imagination §ur la rompure et infraction de votre dite ordonnance, le plus tdt que j'ai pu •près awn départeotent, je vous ai envoyé nés ietires à vous certifier de la volonté et in-
tention que j'avois et ai à reotrelènement de votre ordonnance; et encore à plus grand' confirmation , j'ai envoyé devers vous mes gens pour cette cause principalement, comme tiens être en votre bonne mémoire. Mais ce nonobstant, mon très cher et très redouté seigneur, et que je n'ai rien fait contre votre dite ordonnance, quelque charge qu'aucuns m'ont voulu donner contre vérité, sauve l'honneur et révérence toujours de vous, moult de choses sont et ont élé semblablemenl contre la teneur de votre ordonnance, au contempt, préjudice et vitupère de moi et des miens, qui étoienl dedans icelle ordonnance déclarés. £t pour ce suis-je moins tenu de procéder de votre volonté et de votre fils, mon très cher et très redouté seigneur, ou d'aucuns autres prud'hommes de votre sang et lignage, ou aussi plusieurs autres de votre grand-conseil ; mais je suis tenu de procéder & l'instigation et pourchas et grandes importunités d'aucuns qui ont longuement contendu et coatendeut à étranges voies et matière, lesquels Dieu par sa sainte grâce veuille réduire et ramener A bien, ainsi qu'il sait que métier est, et que je désire.
» £t pour la déclaration des causes dessus dites, il est vrai, mon très redouté seigneur, qu'à l'instigation et procuration d'aucuns, assez tôt après le serment fait sur votre dite ordonnance, ont été faites plusieurs chevauchées, armées et congrégations, par le moyen de votre dite ville de Paris, par spécial emprës mon hôtel , de mes logis et à l'environ , lesquelles semblaMement étoienl iîaites au contempt et préjudice de moi, car depuis que je suis parti de Paris n'ont pas là été faites telles armées, chevauchées et assemblées; et qui pis est, qui eut adonc cru aucuns, la main eût été mise sur moi devant mon département, qui n'étoit pas signe d'avoir paix et union.
» Jtem, est vrai que devant et après plusieurs de vos bons et anciens serviteurs, et plusieurs des miens, qui n'avoient rien forfait, furent pris et emprisonnés, et les autres contraints par force et par voies «riiliques à eux départir hors Paris.
» Item , que tous ceux qu'on savoit qui avoient aucun amour et faveur à moi, turent destitués de leurs états , boimeurs et offices, par telle manière qu'aucuns, par élcdioa et
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
sans autrui préjudice, les eussent eus, et sans que sur ce on sût ou pût savoir aucun mal ni quelque autre cause, fors tant qu'ils étoicnt trop Bourguignons, etencoro tous les jours se fait ainsi ; et ce par advenlure dissent, ou fissent dire, ou voulsissenl dire, que cela avoit été fait et se faisoit pour ce que moi étant devers vous et en votre service à Paris, j'avois fait semblablement. A ce peut être répondu bien et vraiment ; car, supposé qu'ainsi fût, si peut-on clairement apercevoir et connof tre, considérés les termes de votre ordonnance, qui sont principalement fondés sur bonne paix, amour et union, que ce n'est fors vengeance que d'avoir fait ce que dit est, laquelle chose est signe de division et non pas de paix, amour ou union, cl eût été plus expédient, pour la confirmation de votre dite ordonnance et bien de votre royaume, de pourvoir par bonne et vraie élection à vos offices, non aux personnes, sans avoir regard à la dite vengeance.
» Item, que par les dites procurations et inductions, & peine étoit nul, fût de vos serviteurs, mon très cher et très redouté seigneur, de ma dite dame la reine, de mon très redouté seigneur votre fils, des gens de votre conseil, de votre sang, de ceux de l'université de Paris, qui osAt parler et communiquer avec aucuns, puisqu'on sentoit et savoit, s'ils voulsissent mon bien et honneur, qu'ils ne fussent grièvement punis et corrigés.
» Item, qu'en plusieurs serments, propositions ou assemblées, ont été dites paroles contre mon honneur et étal, contre vérité, sauve l'honneur et révérence de vous, en disant des paroles non pas si étranges qu'on n'entendit bien notoirement qu'on les disoit pour moi, en venant directement contre la paix ordonnée et par vous faite, tant à Chartres comme à Auxerre, et contre les termes de la dite cédule dernièrement jurée et promise ; lesquelles choses sont de très mauvais exemple et contre l'enseignement de Caton, et promouvant à toutes tensons, débats et dissensions qui pourroient tourner, que Dieu ne veuille ! en grand préjudice et détriment de votre royaume.
» Item, ont été faites plusieurs lettres en plusieurs lieux, tant en votre royaume comme dehors, grahdemeht faisants h^ention* qui bieà
les entend, contre l'honneur de vous, de mon très redouté seigneur mon dit seigneur d'Aquitaine et de plusieurs autres de votre sang et lignage, de votre grand-conseil, de votre fille l'université, de l'église de Paris, et aussi d'icello votre ville de Paris ; et si aucuns disoient ou vouloient dire que ce fût pour le recouvrer de leur honneur, dont par les lettres ils avoient été vitupérés, à tout le moins dussent-ils avoir exprimé la vérité es dernières lettres, sans donner charge à autrui, qui a bien voulu tenir les termes de votre dite ordonnance.
» Item, que plusieurs m'ont voulu donner charge contre vérité, sauve l'honneur et révérence de vous, mon très redouté seigneur, que j'ai tenu, contre votre ordonnance et défense, gens d'armes, qui grandement ont opprimé et dommage votre peuple. La vérité est telle, comme autrefois je vous al dit et fait dire, que par votre commandement j'ai eu charge d'avoir mille hommes d'armes avec monseigneur de Berri, mon oncle, et autres aussi, auxquels vous avez donné charge de gens d'armes i obvier à plusieurs dommages que faisoient plu < sieurs gens de compagnie, et & plusieurs entreprises qu'ils vouloient faire devant votre dite ville de Paris en grand déshonoration et vitupère de vous. Et incontinent après votre dite ordonnance jurée, je les contremandai, qu'oncques puis ne mandai pour gens d'armes, ni n'ai tenu aucuns sur le pays ; et si aucuns se sont là tenus eux avouants de moi, ce n'a pas été par mon ordonnance ni de commandement, ne sais si ce a été leur volonté, pource qu'ils voyoient les dites gens de compagnie, qui faisoient et encore font tant de maux que chacun sait.
» i/«m, est vrai, mon très redouté seigneur, comme il est assez notoire qu'aucuns ont tenu longuement et encore tiennent les dites gens de compagnie entre la rivière de Loire, les rivières de Seine et Yonne, et ailleurs, en venant contre votre dite ordonnance, qui est à la totale destruction de votre peuple, où ils ont été et sont, sans différence des personnes, de quelconque état qu'ils soient, gens d'église, nobles et autres, en moi donnant charge que les tiennent pour doute do ce qu'on dit que je fais assemblée do gens par tous mes pays poar aller i Paris A grand' puissance, et en ce et