LIVRE PREMIER
autremeDl faisant font contre totre dite ortkmnance; laquelle chose, sauve TOtre honneur et révérence, mon (rés redouté seigneur, il o'est pas vrai, car je ne l'ai pas fait ni pensai oncques à ce ni & autre chose quelconque qui TOUS dût déplaire en quelque manière, ni je ne fis oncques ni veuil faire le contraire, mais serai tant comme je vivrai votre bon et loyal parent et très obéissant sujet.
» Item, est vrai, mon très cher et très redouté seigneur, que plusieurs, si comme je suis informé pleinement, ont dit publiquement et contre vérité, sauve toujours l'honneur et révérence de vous, que j'avois à Paris meurtriers et tueurs convenables pour eux tuer et meurtrir. Sur quoi, mon très redouté seigneur, je vous aisirme en vérité que je ne fis oncques ce, mais, qui plus est, ne pensai, et ce ne sont point les premières chairs qu'ils m'ont voulu donner.
» Item, que plusieurs ont été bannis au contempt de moi, dont aucuns disent qu'ils ne Font point desservi; et cela montreront-ils bien, si comme ils disent, si pouvoient être sûrs de leurs corps et avoir bonne et vraie justice, lesquelles choses je ne dis pas ni entends à empêcher la punition et correction des mauvais ou de ceux qui vous ont fait déplaisir ni à ma dame souveraine, et à mon dit très redouté seigneur d'Aquitaine, mais pour ceux qui au contempt de moi ont été ainsi déposés.
» Item, que par aucuns ont été es hôtels de mes pauvres serviteurs que j'ai en voire dite ville de Paris, entour et environ mon hôtel d'Artois, les dits hôtels chargés et retournés, pource qu'on disoit que lettres avoient été portées es dits hôtels de par moi pour bailler  plusieurs des quartiers des halles pour faire une commotion de votre dite ville de Paris, et par spécial au Ht quartier des halles ; dont plusieurs des femmes de mes dits serviteurs ont été durement traitées, et en votre Chàtelet examinées sur ce. Pourquoi, mon très redouté seigneur, plaise vous savoir qu'oncques je n'éerhris ni fis écrire aucunes lettres en enfreignant votre dite ordonnance ; et font mal et pèchent ceux qui me baillent telles charges, de quoi vous ni autres puissiez ou puissent avoir mauvaise imagination rontre moi, et
bien doivent connottre ceux de Paris, tant ceux du dit quartier comme des autres, que pour mourir ne feroient ni voudroient faire pour moi ni pour autre quelconque quelque chose qui dût tourner à votre déshonneur et dëplaisance ; et tant qu'est à moi, Dieu ne me prêle jà tant vivre que je fasse le contraire.
H Item, et qui pis est, on dit, comme j'ai entendu, contre vérité, sauve l'honneur et révérence de vous, que j'ai traité un mariage en Angleterre, auquel mariage j'ai promis les chftteaux de Cherbourg et Caen, avec plusieurs autres choses faites au dit traité au grand préjudice de vous et de votre dit royaume : laquelle chose je ne fis oncques ni pensai, et plût & Dieu que tous ceux de votre royaume vous eussent été et fussent toujours aussi loyaux à la conservation de votre personne et progénie et conservation de votre seigneurie et domaine de votre dit royaume, comme j'ai été et serai toute ma vie.
>• Item, que contre votre ordonnance ont été faites et poursuivies plusieurs autres choses à déclarer en temps et en lieu, qui sont contre l'état et honneur de ma personne et des miens, lesquelles choses devant touchées et autres & déclarer, comme dit est, ne sont tenir les plus principaux termes de votre dite ordonnance, mais faire plus dure guerre et plus mauvaise qu'homme & peine pût faire, c'est à savoir de controuver toutes les voies qu'ils puissent trouver, par ce que dit est, de moi faire éloigner de l'amour et grâce de vous et de mon très redouté seigneur monseigneurd'Aquitaine, et aussi de ma très redoutée dame. Lesquels, ensemble les biens, l'honneur et état de vous et d'eux, j'ai désiré toute ma vie, et désire sur toutes les choses qui sont en ce monde. Toutefois, mon très redouté seigneur, je ne vous écris pas ni fais savoir les choses devant dites afin que je veuille aller contre votre ordonnance, ni icelle enfreindre de réintégration ou réparation de votre état ni de votre royaume, qui tant a à souffrir en tous états et en tant de manières, qu'il n'est homme tant pervers ni cruel auquel il ne doit prendre pitié.
n Item, si aucuns m'ont donné ou veulent donner charge de reculer, et éloigné d'exaucer votre ordonnance, je vous aflirmo qu'oncques n'y pensai, ni icelle n'ai voulu empêcher, oasis
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE M01NSTREI.ET
l'ai voulu autant que gens de votre royaume, soit de votre sang ou autres, exaucer. Mais il est bien vrai que je quérois provisions & met- Ire bonne paix, ferme et stable en voire royaume, doutant les choses dessus dites à venir. Pour quoi je vous supplie, mon très redouté seigneur, tant humblement et cordialement .que, puisqu'il vous plaise & pourvoir aux inconvénients devant dits, par telle manière que ceux qui de ce sont blessés ou empêchés n'aient cause d'eux plusdouloir, et que voire dite ordonnance soit tellement entretenue que ce soit au bien et honneur de vous, et salut et .restauration de voire dit royaume, et que chacun puisse dormir, ainsi qu'on cuidoit, eX reposer en paix ; et à ce faire et exposer tout mon corps, le mien, mes amis et tout ce que Dieu m'a prêté en ce et en toutes autres choses à votre bon plaisir et commandement d'accomplir, je suis prêt et appareillé, et, mon très cher et redouté seigneur, je supplie au benoit fils de Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde, et vous donne bonne vie et longue.
» Écrit en notre bonne ville de Gand, le seizième jour de novembre. »
Lesquelles lettres furent présentées au roi par le roi d'armes de Flandre ; lequel roi de France les reçut assez agréablement, nonobstant que ceux qui le gouvernoient alors n'en furent pas bien contents, et ne souffrirent pas que le roi fit réponse ni autrement par écrit } mais fut dit  icelui roi d'armes, par le chancelier de France, que le roi avoit bien vu ce que son mattre le duc de Bourgogne avoit envoyé, et auroit avis sur ce de lui faire réponse en temps et lieu. Et après le dessus dit roi d'armes s'en retourna de Paris en Flandre devers son mattre.
Nonobstant les lettres qu'avoit envoyées le dessus dit duc de Bourgogne pour ses excusations, ne demeura pas que ceux qui gouvernoient le roi, <x>mme dit est, ne procédassent contre lui en toute rigueur. El en dedans briefs Jours ensuivant fut faite à Paris une grande assemblée de maîtres en théologie par l'évftque de Paris et l'inquisiteur de la foi , afin qu'ils déterminassent sur aucunes propositions proposées devant les seigneurs du sang du roi, et ^u duc de Bourgogne , et pour lui autrefois proposées contre feu Louis d'Orléans, par mat'
tre Jean Petit , à savoir si les dites propositions sont hérétiques et erronées. Pour laquelle assemblée furent aucuns moult troublés , doutants que le dit duc de Bourgogne pour celte cause ne les eût en son indignation , et qu'en temps à venir autre chose n'en vint.
S'ensuit la copie des cédules sur cette matière baillées à aucuns mattres en théologie , desquelles la forme est telle :
« De la partie de l'évêque de Paris et de l'inquisiteur et conseil de la foi solennellement assemblés, mattres révérends, on vous fait à savoir et vous envoie-t-on la cédule contenant aucunes assertions avec leurs réprobations, pour quoi nous vous requérons, sur peine de droit, que vous donniez votre délibération publiquement, par écrit ou par paroles, si icelles assertions, desquelles est venu notoirement scandale , si comme dit le conseil du roi et de la foi , sont erronées et à condamner, afin que nous puissions conséquemment procéder si comme ordre de droit le requiert, et ce dedans mercredi vingtième jour de ce mois de décembre. La première assertion est : Chacun tyran doit , et peut être loyalement et par mérite occis de quelconque son vassal ou sujet , et par quelque manière, mêmement par aguets , par flatteries ou par adulations , nonobstant quelconque jurement ou confédération faite envers lui , sans attendre la sentence ou mandement de juge quelconque. Cette assertion ainsi mise généralement pour maxime , et selon l'acception de ce mot tyran , est erreur en notre foi et en doctrine de bonnes mœurs, et est contre les commandements de Dieu : Non oeeidet (glota) propria auctoritate : Tu n'occiras pas (glose) de ton autorité. Et Matth. 26 : Omnes qui gladium aecipiunt agiota) propria auctoritate.
» Jtem. cette assertion tourne & la subversion de toute chose pid)lique et de chacun roi ou prince, hem donne voie et licence à plusieurs autres maux, conune à fraudes et violations de foi, de serments et de trahison , mensonges et déceptions , et généralement à toute inobédience de sujet à son seigneur, & toute déloyauté et diSdence des uns aux autres, et conséquemment à perdurable damnation.
» Ittm. celui qui affirme obstinément telle
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