LIVRE PREMIER
tiemment, et encore pour l'observance de la dite paix, qui est souverain bien de ce royaume ; et entre les plus grands maux , inconvénients et dommages , qui autrement se pourroienl ensuivir, l'eussions voulu porter, Jusque adonc que mon très redouté seigneur et fils, le duc d'Aquitaine , nous a fait savoir que , après plusieurs excès et dépits à lui faits à son déplaisir, il étoit tenu au Louvre, comme prisonnier, & pont levé, au dit ch&tel du Louvre, qui est chose abominable, et qui bien doit déplaire, non pas tant seulement à nous, mais à tous autres sujets et bienveillants de mon dit seigneur le roi. Sur quoi , mon très redouté seigneur et fils plusieurs fois par ses lettres et messagers nous a requis notre aide et secours pour le délivrer du danger où il étoit tenu.
» Et pource que nous, en gardant notre loyauté envers mon dit seigneur et mon très redouté seigneur et fils le duc d'Aquitaine, son premier fils, auxquels, par lignage et confédération de mariage , foi , hommage et tant d'autres manières sommes obligés à eux , ne pourrions nullement faillir en telle nécessité, nous sommes délibérés d'aller incontinent devers Paris atout tant de gens d'armes que nous pourrons finer. Lesquels, pour la sûreté de notre personne , afin qu'au plaisir de Dieu nous puissions aller voir en toute bonne prospérité mon dit seigneur le roi , madame la reine , mon 1res redouté seigneur monseigneur d'Aquitaine et ma très redoutée fille sa compagne , et pour eux , i mon pouvoir, 6ter hors de danger auquel ils sont, et eux mettre A leur liberté et volonté, comme il est de raison, sans ce que nous ayons intention d'enfreindre la dite paix, si vous signifions, très chers et bons amis , afin que vous nous sachiez et connoissiez être bienveillants et vrais obédients de mon dit seigneur le roi ; sachez vraiment que notre intention et volonté est telle, comme dit est , et non autre ; et vous prions, tant acertes et de cœur que plus pouvons , qu'en ce fait-ci, lequel est tant favorable pour mes dits seigneurs , et pour paix et tranquillité et utilité de ce royaume, vous nous veuilliez assister et venir à notre aide le plus tôt que vous pourrez consommer et accomplir ce fait-ci & l'honneur de moi et de monseigneur le roi et de mon dit
seigneur d'Aquitaine , et du bien commun de ce royaume j et vous tellement porter qu'on s'aperçoive de votre bonne loyauté envers monseigneur le roi et mon dit seigneur d'Aquitaine , et du bien commun de ce royaume , si comme nous , qui ne désirons que paix , car nous avons parfaite fiance en vous. Très chers et bons amis , Notre Seigneur vous ait en sa garde.
» Écrit en notre ville de Lille, le vingt-troisième jourdejanviermil quatre centet treize ^, bien en hâte , sur mon département. £t la subscription étoit telle : A mes très chers et bien aimés les bourgeois, manants et habitants de la ville d'Amiens. »
Lesquelles lettres ainsi envoyées par le duc de Bourgogne, et aussi l'assemblée des gens d'armes qu'il faisoit , furent tantôt sues en la ville de Paris ; et pour tant, afin d'obvier à l'entreprise d'icelui duc, fut tant traité vers icelui duc d'Aquitaine, par le conseil du roi , qu'il écrivit lettres aux bonnes villes pour rompre le voyage du dit duc de Bourgogne , dont la teneur s'ensuit;
« Louis, premier fils du roi de France, duc d'Aquitaine et dauphin de Vienne, au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut et dilection.
» Savoir faisons que pource qu'il est venu de nouveau à notre connoissance que notre très cher et très aimé père le duc de Bourgogne naguère a fait et encore fait de jour en jour grand mandement et grand' assemblée de gens d'armes, en intention, si comme on dit, de venir devers nous ; laquelle pourrait être préjudiciableàmonditseigneur, àson royaume et & sa seigneurie et sujets, et par spécial à l'entretènement de la dite paix par mon dit seigneur dernièrement faite & Auxerre entre aucuns grands seigneurs de son sang et lignage, et du nôtre, nous pleinement écrivons à notre dit père par lettres, desquelles la teneur s'ensuit :
* Louis, premier fils du roi de France, duc d'Aquitaine et dauphin de Vienne, à notre très cher et aimé père le duc de Bourgogne, salut et dilection.
» Vous savez les commandements et défenses que plusieurs fois, tant par lettres-patentes
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CHRONIQUES D'ENGUERRAISD DE MONSTRELET
comme par ambassadeurs notables, mon seigneur, pour le clair et évident profit et bien de son royaume, tous a fait et Tait faire de non assembler ni faire assemblées ou mandements de gens d'armes. Aussi vous savez les serments que sur ce vous fîtes tant à Auxerre comme après à Paris. Et néanmoins il est venu à la connoissance de notre dit seigneur et à la d6- Ire que contre les dites inhibitions et défenses et contre la dite paix faite par mon dit seigneur et par vous jurée tenir à Auxerre, vous avez fait et faites de jour en jour grands mandements et assemblées de gens d'armes en intention, si comme on dit, de venir A nous; et que pour avoir couleur de faire le dit mandement, vous fîtes et faites publier de par nous, par vos lettres, que nous vous avons mandé de venir & nous atout grand' puissance; laquelle chose nous n'avons pas fait ni pensé.
» Et pource que nous savons vraiment que votre venue devers nous seroit de présent nuisible et préjudiciable, et contraire à l'entreténement de la dite paix, et bien de son dit royaume et seigneurie et de ses sujets, et que pour ces causes mon dit seigneur derechef vous envoie un huissier de parlement sur "X faire défense, nous vous requérons, et néanmoins vous commandons et défendons, de par mon dit seigneur, sur la foi, loyauté et obédience que lui devez, et aussi pour l'amour que vous avez A lui et A nous, et vous dites toujours avoir eue au bon état de ce royaume, et sur quant que vous pouvez encourir de malivolence envers mon dit seigneur et nous, que, nonobstant les dits commandements que par nos lettres vous dites avoir eus de nous, ou d'autres quelconques que de ce vous pouvez avoir, ou sous quelque cause et occasion, ou quelque couleur que ce soit, ou ait été, vous pour le présent laissez de venir A nous, et que les mandements et assemblées de gens d'armes, que jA vous avez faits et assemblés, contremandez iceux, et ceux qui ne sont encore venus A TOUS, ou là où vous les aurez mandés de venir. Et s'il étoit aucune chose de quoi vous eussiez cause de vous douloir ou qu'aucunement ce fQt A l'inAraction de la dite paix, auljrement faites le savoir A mon dit seigneur ou A nous ; et nous savons de vrai que mon dit sei-
gneur vous y pourvoira par telle manière que vous devrez être content.
» Donné A Paris, le vingt-quatrième jour de janvier l'an mil quatre cent et treize.
» Si vous requérons, et néanmoins mandons, par mon dit seigneur, que ces présentes vous faites publier par tous les lieux A faire publications et proclamations accoutumés en votre dit bailliage; en défendant, de par mon dit seigneur, A tous ses vassaux et sujets, comme autrefois par ces présentes leur a été notifié, qu'au mandement de notre dit père de Bourgogne, sous ombre de la cause devant dite ou autres quelconques, ils ne voisent aucunement, ni sans avoir commandement de mon dit seigneur, dont il leur appert par ses lettres-patentes, de date subséquente A ces présentes.
» Donné A Paris, le quatrième jour du mois de janvier l'an de grâce mil quatre cent et treize.
» Ainsi signé par le duc d'Aquitaine.
» J. DE LA Cloye. »
Et pour ce que le dit duc de Bourgogne ne voult désister de son entreprise, nonobstant la défense du roi et de son fils le duc d'Aquitaine, le roi manda ses gens d'armes pour résister au dit duc de Bourgogne, et A cette cause fit un édit, duquel la teneur s'ensuit :
« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, au bailli d'Amiens ou A son lieutenant, salut et dilection.
» n est venu A notre connoissance que notre dit cousin de Bourgogne, contre le traité de la paix par nous faite A Auxerre, et de par lui et autres de notre sang et lignage jurée, et au dit Auxerre promise, et depuis A Paris et ailleurs, et que depuis lui ont été faites plusieurs inhibitions et défenses, tant de par nos autres lettres-patentes comme par ambassadeurs notables et autrement, a fait et fait faire chacun jour grandes congrégations et assemblées de gens d'armes et de trait, et d'autres gens de guerre ; et jA est parti de son pays et se tient sur les champs en intention, comme on dit, de venir A Paris; dont la dite paix pourroit. être rompue et enfreinte, et par ce pourroient venir et sourdre grands et innumérables et irréparables maux, et inconvénients A nous et A notre rovaume, domination et sujets, si par nous