CHAPITRE CXXU
Cornmrat, aprèi le dépirlement da dac de Bourgogoe de Saint-Denis, le roi lit grands mandements par tout son nqrnuM pour aller contre loi.
Après le département du dit duc de Boui^ogne de la ville Saint-Denis, et qu'il fut venu à la connoissance du roi , du duc d'Aquitaine et des autres princes, lors étant à Paris avec ceux de son grand-conseil, comment le dessus dit duc de Bourgof^ avoit mis et laissé garnison de ses geos d'armes es villes de Compiégne , Soissons et autres lieux , lesquelles étoient au roi ou au moins sous sa domination, furent de ce moult émerveillés, et leur sembla qu'il n'avoil pas cause de ce faire. Et potu* tant, afin d'y obvier et résister, fut présentement envoyé par tow les bailliages et sénéchaussées du royaume certains mandements royaux contenant que pour y résister un chacun se mit sus pour servir le roi. Desquels mandements, est à savoir de celui qu'il adressa au bailli d'Amiens, la teneur s'ensuit:
« Charles , par la graoe de Dieu , rai de
France , au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut.
H Comme pour obvier aux grands et innumérables maux , dommages et inconvénients qui sont advenus et qui sont en aventure d'advenir en notre royaume, au préjudice de nous et de la chose publique , pour l'occasion des guerres , divisions et débats adonc étant entre plusieurs de notre sang et lignage, et afin qoe nos sujets puissent vivre et demeurer en bonne paix et tranquillité dessous nous en notre seigneurie, et désormais être gouvernés par bonne justice , laquelle , sinon en temps de paix , ne peut être duement faite ni administrée, nous ayoaa ordonné par grand' et mOire délibération, et avons accordé et mis bonne paix entre les dits de notre sang et lignage, laquelle ont promise et solennellement jurée en notre présence tenir et garder inviolablement. Et jà soit ce qu'il ne soit pas licite qu'aucuns de nos loyaux vassaux elsKjets, soit de notre sang et lignage ou autres , et mémemenl conlre nos inhibitions el défenses, de faire congrégations de gens d'armea en notre royaume, el que depuis qu'il est venu en notre connoissance ce que notre cousin de Bourgogne se douloit d'aucunes choses , lesquelles il disoit lui avoir été faites en son préjudice contre la teneur des dits traités et accords , et pource aussi qu'il tenoil ou occupoil, ou tenir et occuper faisoil plusieurs diftteaux et forteresses à nous appartenant contre notre volonté, et receptoit et tenoil devers lui en ses pays plusieurs malfaiteurs crimineux et coupables devers nous de lèse-majesté , eussions envoyé A notre dit cousin de Bourgogne plusieurs de nos notables ambassadeurs pour lui admonester d'entretenir le dit traité et accord , et lui oOrir toute voie el justice , et faire toute réparation due à faire de ce qui seroit fait contre le dit traité et accord, si aucune chose en étoit faite au contraire , el lui enjoindre el requérir qu'il rendtt et remit les dits chAteaux en notre main, si cranme il étoit tenu de ce faire i et avec ce lui commander et enjoindra de par nous qu'il ne receptAt aucunement les dits malfaiteurs , mais les nous envoyAl sans délai pour les punir de telle punition qu'il appartenoit de faire par raison , A quoi il ne fit point d'obéissance oa réponse coBveoaUe. £td<^s,
CHRONIQUES D'ËNGUERRAND DE MONSTRELEÏ.
par eerUiines dos lettres doses et patentes , et dernièrement par un des huissiers de parlement , pource qu'il étoit venu & notre connoissance que notre dit cousin de Bourgogne faisoil une grand' armée et congrégation de gens d'armes, eussions défendu et fait défendre & notre dit cousin de Bourgogne qu'il ne fit plus telles armées ni telles assemblées, mais surcessAt du tout.
» Néanmoins , notre dit cousin de Bourgogne, en venant contre le dit traité et accord et les inhibitions et défenses devant dites , par manière d'hostilité et de guerre, a fait et continué la dite armée et congrégation de gens d'armes et de trait, et est issu de son pays atout grand' puissance , et a pris son chemin par voies dèceptives et frauduleuses , a pris et occupé , et encore occupe et détient par force et contre notre volonté nos viUes de Gompiëgne et de Soissons , et en icelles a mis garnison de gens d'armes , et s'est enforcé d'entrer en notre dite ville de Senlis, et est rehisant à rendre à nous ou à faire rendre nos chftleaux et forteresses devant dites ; et détient iceux et occupe, fait tenir et occuper contre notre gré et volonté, et a receplé devers lui et en ses pays les malfaiteurs et crimtneux , sans les avoir renvoyés devers nous; et retient aussi le dit huissier devers lui par voie de fait et induement avec les autres messagers de notre très chère et très amée compagne la reine et de notre très cher et très amé fils le duc d'Aquitaine , portant lettres contenant défenses et autres choses tendant A bmine fin et paix , sans de ce faire à nous ni à eux aucune réponse ; et vint notre dit cousin de Bourgogne atout sa puissance près et entour notre ville de Paris ; et au contempt de nous et de nos défenses , inhilùtions et commandements, amena avec lui et tint les dits malfaiteurs et crimineux ou grand' partie d'iceux, JA soit ce qu'ils fussent ou soient coupables et convaincus de crime de lèse-majesté, et pour ce bannis de notre royaume, lesqudles choses sont et ont été faites, commises et perpétrées par notre dit cousin de Bourgogne, ses alliés , adhérents et complices , contre notre majesté royale, contre les ordonnances des accords et traités de la dite paix, et en enfreignant icelles contre le bien public, paix et tranquillité de nos sujets et de notre royaume,
et aussi contre nos inhibitions et défenses devant dites , en désertation et destruction de notre peuple et de notre grande déplatsance ; et adonc encore plus grands inconvénients s'en pourroient ensuivir, si en ces choses n'étoit mis promptement remède.
" Nous , aux dits inconvénients et autres qui s'en pourroient ensuivir veaiOant divier, et nos sujets remettre et réduire en notre obéissance , et qui ne voulons plus souffrir ni tolérer les voies de fait et entreprises de notre dit cousin de Bourgogne , mais voulons de tout notre pouvoir réprimer icelles et corriger, A l'aide de ceux de notre sang et lignage , et de nos autres loyaux et bons vassaux et sujets , par telle manière que ce soit exemple A tous autres, vous mandons et commandons, et détroitement enjoignons qu'incontinent ces présentes vues, vous faites proclamer solennellement A hante voix et A son de trompe, en votre dit bailliage , votre arriére-ban , de par nous , en faisant commandement, tant par proclamation en votre dit bailliage et es ressorts d'icelui comme autrement , et par tant de fois que nuls ne puissent ou veuillent ignorer A tous les nobles de votre dit bailliage qui ont accoutumé d'user et ensuivir les armes , et qui sont en état de poursuivir, et autres qui tiennent fleti ou arriëre-flefs venant ou valant par an vingt livres tournois , et outre, aux bourgeois et habitants de toutes bonnes villes et ressort de votre dit bailliage ; c'est A savoir aux dits nobles qui ont accoutumé d'user et ensuivir armes , comme dit est , sur la foi et loyauté, et aussi le service qii'ils nous doivent, et sur la peine de confiscation de leurs biens, fiefs et arrière-fiefs et tennements, ib .viennent tantôt en diligence et sans demeure atout le plus grand nombre et puissance de gens d'armes et de trait qu'ils pourront, foutes excusalions cessants et autres essoines quelconques ; et aux dits bourgeois et habitants des bonnes villes qu'ils envoient le plus tôt qu'ils pourront des gens d'armes et de trait devers nous en notre ville de Paris, montés A cheval et armés , suffisamment accompagnés. Et nous leur mandons et commandons qu'ainsi le fassent A nous servir es choses dessus dites et ailleurs lA où nous les voudrons employer, en eux défendant sur les peines dessus dites, et forfaire corps et
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