‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 213 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

biens , que devers notre dit cousin de Bourgogne, pour quelque mandement ou commandement de lettres, requêtes, sommations ou promesses qu'il leur ait faites ou fasse faire ni enroyer, sous ombre de notre service ou du sien ni autrement, ils ne voisent ou envoient, ne le servait en quelque manière. Et si aucuns s'en alloienl ou retoumoient à eux en allant avec lui , qu'incontinent ils ^en reviennent, et qu'ils ne lui donnent conseil, aide , foveur ni consolation quelconque qui soit ou puisse être. Et tous ceux que vous pourrez savoir Être en sa compagnie ou service , et être favorables en sa dite entreprise , prenez-les si vous les pouvez prendre; et si ce non , faitesles appeler à peine de ban, et prenez et faites prendre; et mettre réellement et de fait tous lean biens, meubles et non meubles, villes, châteaux, seigneuries, flefs, arriër&flefs, rentes, revenus et autres possessions quelconques en notre main, et sous icelle gouverner.

» Et outre , faites faire commandemoit de par nous, par proclamation solennelle, comme dessus, à tous prélats, abbés, prieurs, chapelains et autres gens d'église de votre dit bailli<i^ qui nous doivent charrois , charrettes , sommiers et autres services à nos arrièrcbans, que ces dits services ils nous fassent, et que les dits charrois , charrettes et sommiers ils nous envoient incontinent, ordonnés , prêts et appareillés pour nous servir au fait dessus dit, en eux contraignant ou faisant contraindre à ce par prise de leur temporel et par toutes autres voies accoutumées et pertinentes en tel cas.

» Et avec ce faites inhibition et défense de par nous, sur les peines qui ont été dessus dites , que nuls laboureurs ou gens de métier ni autres quelconques, sinon les dessus nommés, s'assemblent ni mettent ensemble par manière d'armée, de communes ou de compagnie ou autremenl, par manière de brigands, ainsi comme il a été fait au temps et ans passés , mais entendent à foire leur métier et labeur. Et si aucuns d'iœux sont trouvés faisant le contraire, si les emprisonnez, et faites ou faites faire d'iceux telle punition et justice qu'au cas appartiendra , tellement que les autres y prennent exemple. Et en outre , voulons et Tous comoundons , et étroitement enjoignons

que quelques gens d'armes et de trait, en quelque nombre qu'ils soient , passant parmi votre dit bailliage et ressort d'icehii , de quelque nation ou pays qu'ils soient de notre dit royaume ou dehors , venant devers nous en notre dite ville de Paris, i notre commandement , pour nous servir en ce que dit est , vous les laissez passer, aller et venir pleinement et paisiblement par tous les lieux , portes , ponts et passages de votre dit bailliage et ressert d'icclui , sans à eux faire ou soufTrir être fait destourbier ou autre empêchement quelconque , sous ombre de nos lettres d'inhibition à vous envoyées ; et de non souffrir aucuns passer s'ils n'éloient mandés à venir devers, nous par nos lettres-patentes octroyées en notre grand-conseil, de date 8id>séquente de nos lettres de défense devant dites ou autres quelconques à ce contraire , mais leur baillez et faites bailler et délivrer passage, conseil, aide et faveur, et secours, si métier est, par gardes-ponts , ports , passages et détroits de votre dit bailliage et autres quelconques , auxquels nous mandons qu'ainsi fassent sans aucun refus ou contradiction. Car ainsi nous platt-il être fait , et ainsi l'avons ordonné et ordonnons être fait , non<d>< stant nos lettres et défenses à ce contraires. Et de leurs réceptions et de ce que fait en aurez , nous certifiez suffisamment ou & notre féal chancelier, afin qu'il appére mieux de votre diligence. Et gardez bien, sur peine de privation de votre office et sur les peines devant dites, qu'en ce n'ait point de faute. < '' K Nous voulons outre, et vous mandons par ces présentes que toutes les causes et querelles mues et & mouvoir, dettes , besognes, possessions et biens quelconques de tous ceux de votre bailliage qui sont venus et viendront devers nous à notre dit mandement et service , vous les tenez et faites tenir par tous prévôts , Juges et autres officiers de votre bailliage, en état, du Jour du parlement jusqu'à quinze Jours après leur retour, sans faire ou souffrir être fait ni encontre eux être contraints , molestés ou aucunement être empêchés au contraire ; mais si aucune chose étoit faite au contraire, que vous le réparez sans délai. Et de toutes les choses dessus dites et chacune d'icelles vous donnons et octroyons puissance, autorité et mandement spécial par ces présentes. Par

SI

CHRONIQUES D'ENGLERRAND DE MONSTRELET

lesquelles aussi nous mandons à tous nos au< ires justiciers et sujets qu'à vous et à vos commis et députés , en Taisant ce que dit est, obéissent et entendent diligemment , et vous prêtent conseil, confort et aide , et prisons, si métier est, et de ce sont requis.

» Donné à Paris, le huitième jour de février l'an de grâce mil quatre cent treize, et -de notre règne le trente-troisième.

« Ainsi signé à la relation de son grand-conseil tenu par la reine, où étoit le duc d'Aquitaine et plusieurs autres.

» Jean du Ghatel. »

Lesquelles lettres, portées à Amiens, fUrenl là publiées.

Et adone tous ceux qui tenoient le parti et avoient tenu du duc de Bourgogne, tant à Paris comme ailleurs la marche environ, furent et étoient fort oppressés et travaillés ; et en y eut plusieurs pris et décapités, et les autres emprisonnés, et leurs biens pris et confisqués. Et derechef, par la délibération du grand conseil royal, fut fait et envoyé un mandement royal par toutes les parties du royaume de France, par lequel le duc de Bourgi^e fut privé de toutes les grâces à lui autrefois foites ; el aveeque ce, lui et ses favorables bannis et abandonnés. Duquel mandement la copie s'ensuit:

« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à tons ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

"Comme après le très cruel et damnable homicide naguère commis et perpétré du commandement el ordonnance de Jean, notre cou* sin de Bourgogne, en la personne de bonne mémoire notre très cher et très aimé seul frère, Louis, due d'Orléans, à qui Dieu pardoint! et depuis ledit homicide, le dit de Bourgogne fût venu en notre bonne ville de Paris atout grande quantité de gens d'armes et de trait, contre notre gré et volonté, par dessus nos défenses à lui faites, et qu'il se fdt efforëé de soi cuider justifier du dit horrible etd^estable homicide, par le moyen d'aucunes choses notoirement fausses et non véritables, et par plusieurs erreurs, et autres choses scandïdiseuses et périlleuses pour notre seigneurie, et pour toute la chose publique, nous, considérant les très grands maux , inconvénients et dom-

mages irréparables, lesquels, par l'occasion du dit homici(te, étoient en aventure d'advenir â nous, à notre peuple et à tous nos snjets, veuillant obvier de tout notre pouvoir aux périls el inconvénients, el garder notre dit peuple des dits donunages, eussions mandé et fait venir en notre ville de Chartres notre très cher et très aimé fils, et notre neveu le duc d'Orléans, qui est à présent, et notre très cher et très aimé neveu le comte de Vertus, son frère, enfants de notre dit frère, adonc minevrs d'ans; et là eussions fait certains traités et apaisements entre nos devant dits neveux d'une part, et le duc de Bourgogne d'autre part; et jà soit ce que le dit traité fût nooalt dur à nos dits neveux, et étrange, néanmoins s'y fussent condescendus pour nous (d>éir, el pour pitié qu'ils avoient des donmiages qui pour la guerre pouvoient advenir au peuple, et qu'ils ont aussi souffert pareillement. Mais jà soit ce qu'ioelui traité, entre les autres choses, le dit de Bourgogne eût juré et pronis en nos mains de ci en avant il seroh bon, vrai et loyal ami à nos neveux et de ceux qui les avoient soutenus et aidés, toutefois, ce nonobstant, assez tôt après il fit tout le contraire. Car, en venant contre son serment devant dit et promesse, pour soi venger d'aucam de nos serviteurs, lesquels il soupcoonoil nous avoir conseillé de faire justice et raison de la mort de notre dit trén, et aussi poor pourvoir à la fin à laquelle il lendoit toujours venir, et pour laquelle il avoit fait faire le dit damnable et détestable homicide, c'est À savoir afin qu'il eût seul et pour tout le gouvernement de ce royaume et de notre personne, flt prendre plusieurs de nos bons el loyaux serviteurs, dont il fit mourir les plusieurs, et des autres, par voles étranges et déraisonnables, grandes et excessives sommes de deniers exigea. Et pour ce, nos neveux d'Orléans devant dits, voyant comment le dit duc de Bourgogne par plusieurs manières le dit traité de Chartres avoit rompu, et rien n'en étoit, qifoiqu'il eût juré et promu, nous requirent, siM^ièrenC humblement et par irfusieurs fois que noos leur voulsissions faire et administrer justice de leur père, si comme nous y étions leaia , mais le dit duc de Bourgogne, qui nous avoit 6lé nos bons et loyaux servitears, et devers mnis

[im

UVRË PREHIEa.

avoit mis serviteurs et (rfBciers à sa poesté, nous empêcha afin que nous n'entendissions à faire ladite justice comme nous étions tenus; et qui pis est, pource qu'iceux nos neveux Téoleot qu'ils ne pouvoient avoir justice pour l'empêchement que y metloil le dit duc de Bouiigogne, voulurent aucunement procéder contre lui par voie de Tait, pour venger la mort de leur dit père, si comme naturellement éloient tenus, le dit duc de Bourgogne leur imposa et fit publier faussement et contre toute vérité, comme nous sommes pleinement informés et acertenés, qu'eux et autres de notre lignée étant en leur compagnie nous vouloient destituer de notre état et dignité royale, et bif8 nouvel roi en France.

> Et soua ombre des dits mensonges et avènements, contre toute vérité, émut notre peuple contre eux et par ce voulant couvrir sa mauvaise et damnable querelle sur mensonge; dont tant de maux et inconvénients sont advraiis, comme chacun sait.

> Et sous ombre de la dite guerre, le dit due de Bourgogne a fait prendre et emprisonner, en notre dit GbAtelet de Paris et ailleurs, plutiears notables gentilshommes, chevaliers et écnyers et autres, pource qu'il maintenoit qu'ils éloient favorables aux bienveillants de la partie de nos neveux ou de plusieurs autres de notre sang et lignage étant en leur compagnie ; et desquels il fit (riosieurs questionner et craeasement tourmenter, et puis après Boorir sous ombre de justice, sans cause et sans raÎ8(», et les autres mourir de faim es dites {«isons, et à eux dénier confession et antres sacrements ecclésiastiques, eux jeter aox cbamps, aux chiens et aux oiseaux, et faire dévorer aux bétes sauvages, sans vouloir souffrir qu'ils ewsent s^ulture ecclésia»fique ou autrement, ni que leurs enfants nou- Tdlement nés ne (tassent baptisés, qui est •spreaaAment contre notre foi ; et en ces choses Bt foire horribles , cruelles et les {dus grandes iahnmanité» qn'oneqaea fussent vues ni oiOes.

" Et o«tre plus, Boos <Hnbre de la dite gunre, qui B'étoit pas aMre ni devoit être , mais étoit neuM et pour son Cait particulier, kelni de Bourgogne fit lever et ex^^r, et sur noa sqjets, BOuU exeesùvea et merveioeoses finances, tut par tailles, par etaproats et par réforaïa-

lions , cOTune en prenant au trésor d'églises , en nos cours de parlement, Chftielet et ailleurs, mises en dépôt, et autres sommes de deniers, qui étoient mises et consignées , et déposées es dits lieux au profit des femmes veuves et d'enfonts mineurs d'ans, pour cause de retraite ou radiais de revenus ou d'héritage, ou autrem«it par plusieurs manières. Fit outre le dit de Bourgogne, en nos monnoies, grands dèbilitations et vilipensions de valeur, dont il prit et par long temps cueilla moult grands profils et revenus, au préjudice de nous, de notre peuple et de la chose publique ; et tant que , par icelles voies frauduleuses et exhortations , le dit de Bourgogne les prit ; et depuis deux ou trois ans en fà, a appliqué à son singulier profit, de nos finances et de l'argent de nos siûets, la valeur de dix cent mille florins d'or et plus, si comme nous a été clairement montré par les comptes, et sans ce qu'aucune chose en ait été eonvertie en notre profit. Pour laquelle occasion, le fait de marchandise et autres affoires nécessaires pour le bien de nous et de notro royaume ont cessé et été empêchés par aucun temps ; et les revenus de notre domaine et de nos aides sont, pour cette cause, moult outra< geusement diminués, si comme tout ce est no* toire.

» Et de ce non content , mais en intention totalement de détruire nos neveux devant dits, et aussi notre cher et aimé oncle le duc de Berri et plusieurs autres de notre sang et lignage, afin que le gouvernement de notre royaume demeurât au dit de Bourgogne seul et pour le tout. Et nous fit mettre en armes, et notre très cher et très aimé premier fils le duc d'Aquitaine , & tout très grand' puissance de gens d'armes et de trait , en contraignant à là venir plusieurs de notre sang, barons , chevaliers et autres, sous couleur qu'il disoit la guerre être nêtre, dont il n'étoit rien, comme dit est ; et nous mener hors de Paris pour aller envahir, combattre et assembler contre nos oncle, neveux et autres de notre sang, comme s'ils n'eussent toqjoars été nos bons, vrais et loyaux palenlfl, sqfels et obéissants. Et de f)ùt nous fit mettre le siège devant la viHe de Bourges , où étoit notre onde devant dit; et là nous fit tenir par l'espace de cinq semaines et plus , à notre «rand d^isir, now et aussi notre fils en grand

péril et danger de notre personne, tant pour les chaleurs qui couroienl, comme pour les instances qui survinrent en notre exercile et autrement en moult de manières ; et tant qu'il convint que du dit lieu nous revinssions en notre ville d'Auxerre. Auquel lieu nous fimes venir et assembler nos dits oncle, fils, neveux et plusieurs autres de notre sang et lignage. Et lé , par la grâce et aide de Dieu , et du commandement et ordonnance de nous et de notre dit premier fils, furent faits certains accords, traités et apaisements entre nos dits oncle, fils, neveux et cousins et ceux de leurs alliés d'une part , et le dit duc de Bourgogne d'autre et ceux de son alliance ; lesquels traités et accords toutes les deux parties Jurèrent et promirent solennellement tenir, garder et entrenir sans enfreindre.

» Ce nonobstant , assez tôt après que nous fûmes revenus en notre ville de Paris , le dit duc de Bourgogne , en venant contre son dit serment et sa promesse, pour vouloir briser et anichiler la dite paix par nous faite et par lui jurée, comme dit est dessus, fit faire et ordonner certaines lettres parlant en notre nom, lesquelles furent appliquées à édit. Par lesquelles il nous faisoit rappeler et mettre à néant grand' partie de ce qui avait été par nous et notre dit fils promis et octroyé, en faisant le contraire de la dite paix ,. c'est ù savoir la restitution des terres et héritages, bénéfices et offices de ceux qui avoient tenu la partie de notre dit oncle, de nos fils et neveux devant dits , et autres de notre sang et lignage , de leurs alliés et de ceux de leur c6té. Et qui plus est, a fait tenir de fait par longue espace de temps, contre notre plaisir et volonté , et contre nos délibérations et lettres sur ce faites , et contre son serment, les châteaux de Goucy et Pierrefons , appartenant à notre dit fils d'Orléans, et plusieurs autres châteaux , terres , maisons et héritages appartenants à autres qui avoient tenu leur parti, sans ce que pour lettres quelconques par nous octroyées, ni pour vérification sur ce faite par notre cour de parlement, ni autrement, notre fils d'Orléans et plusieurs autres de ses bienveillants pussent avoir restitution et délivrance de ses dites forteresses et châteaux , terres , maisons et autres biens dessus dits ; en opprimant et en forçant justice es choses dessus dites et en plusieurs autres, et mémement celle de no-

tre souveraine cour de parlement , qu'à peine étoit-il homme qui osât dire quelque chose contre les volontés et entreprises du dit de Bourgogne et de ses complices; Et outre, pour tot^ours détenir le gouvernement de nous, lequel il avoit empris, et celui de notre très ch^ et très aimée compagne la reine , et de notre premier fils , et aussi de tout le fait de notre royaume, et pour nous tenir en sujétion, le dit de Bourgogne fit élever et dessus mettre en notre dite ville de Paris gens populaires de petit état et de bas ; lesquels, sous la confidence et sous la puissance 'et autorité de lui et de son enhort, enIreiMirent à gouverner les personnes de nos dits compagne et premier fils , et tons les faits de notre royaume ; lesquels souvenles fois sont venus es conseils de nous et de notre cour de parlement moult impétueusement et violentement, et portant à nos bons conseillers et ofliciers grands menaces, tellement que justice n'y avoit point de lieu , et qu'il conveooit que tout ce qu'il entreprenoit fût fait et passé comment qu'il fût. Et en persévérant en leurs maux et en leurs damnables entreprises , vrai est que le vendredi vingt^uitième jour du mois d'avril dernier passé , pource que le dit de Bourgogne et les dits gens de bas état et ses complices et alliés sentirent et- aperçurent que plusieurs de notre sang et lignage et autres, tant des officiers de notre dite compagnie et de notre fils comme de l'université , bons bourgeois et marchands de la dite ville de Paris, étoient mal contents du gouvernement et aatorite que le dit de Bourgogne et ses dits complices avoient entrepris, doutant qu'ils ne les voulsissent expulser du dit gouvernement , et pois après punir et corriger de leurs malfaits, firent faire une grand' assemblée de gens, dont la plus grand' partie ne savoient la cause pour quoi lis les bisoient assembler.

" Et de fait, sans autorité de justice, vinrent en armes par manière d'ennemis, à étendard déployé, devant l'hôtel de notre dit fils, auquel, contre son gré et volonté, et en son grand déplaisir, ils prirent de fait notre très cher et très aimé cousin le duc de Bar et plusieurs autres des plus spéciaux conseillers et serviteurs de notre dit fils, qui étoient écrits en un rôle, lequel portoit le duc de Bourg<%ne en sa main, qui les fit mener en s<»i hôtel d'Artois^ et pois

Page 1