CHAPITRE CXXXL
Commeat Charles, roi de Frauce, après qu1l eut mit B>paume en ion obéinancc, alla mettre lo liége tout i l'en- . Tiron de la ville d'Arrai et de la cité, atout sa paistaoee.
En outre, après que le roi Charles de France eut mis en son obéissance la ville de Bapaome, comme dit est, le dix-neuvième jour de Juillet se partit avec toute son armée , et s'en alla loger à un village nommé Waucourt, séant sur une petite rivière A deux lieues d'Arras; auquel lieu de Bapaume laissa tous ses engtos
IJVRE PREMIER.
et mesure Gagtelin Du Bos, avec une suffisante garnison sous lui. Auquel messire Gasielin, capitaine d'icelle ville par le roi , firent serment solennel le mayer et èchevins de Bapaume avec toute la commune, de tenir loyauté au roi et à 90a commis.
Ea après, deWauoourl le roi aUa lomr, passant par devant Arras, en la viUe deYailly; auquel Ûeu et devant les portes d'Arras eut très grandes escarmouches de gens du roi contre ceux de la ville ; lesquels en grand nombre saillirent hors de la dite ville, tous & cheval, à rencontre de leurs ennemis , desquels ils prirent prisonniers ce Jour par phisieurs fois bien soixante ou an-dessus, lesquels emmenèrent dedans leur ville avec grand' quantité d'autres bagages. Avec le roi étoient, eomoie dit est , son premier fils , Louis, duc d'Aquitaine , les ducs d'Orléans , de Bourbon , de Bar et de Bavière ; le comte des Vertus, le comte d'Alençon, le comte de Richemont, le comte deVendâme, le comte d'Auxerre, le comte de La Marche , le comte de Marie , le comte d'Eu, le comte de Roussy, l'archevêque de Sens , l'évêque de Laon , le comte d'Armagnac ; et si y éloit Charles d'Albret, connétable de France , et aucuns autres chevaliers et écnyers menant l'avant-garde , en laquelle y avoit tnen trois mille hommes d'armes sans les gens de trait ; et tant qu'en l'ost du roi étoient bien, comme on pouvoit estimer, deux cent mille personnes. Toutefois le roi alla deYailly lo^r à la maison du Temple , vers le chemin de Bapaume, environ un Jet de canon près de la viOe, et son Ah le duc d'Aquitaine assez près de lui.
En après , le duc de Bourbon et ceux qui conduisoient l'avant-garde entrèrent par un matin dedans les faubourgs de Yaudemont, et li se logèrent, nonobstant la résistance de ceux de la dite ville ; mais ce ne fût pas qu'il n'y eut de grands estours entre les deux parties.
Un autre jour, le duc de Bar, le comte de Marie, le comte d'Armagnac et ceux qui condnisoioit l'arrière-garde se logèrent à l'autre «été es faubourgs ven BeOemote, et par ainsi la dite ville d'Arras et cité ftirent tellement environnées qu'à grand' peine en pouvoit-il saillir personne que tôt ne fût prise, combien que de Jour en Jour, durant le dit siège, ieeux assiégés
firent plusieurs saillies , une fois de pied, l'autre de cheval. Et souvent advenoit qu'ils sailloient dehors par deux portes ou par trois , tout en une heure. Auxquelles saillies souventes fois gagnoient plus qu'ils ne perdoient, comme il fut su certainement; car devant le. dit siège, & plusieure saillies qu'ils firent de premier Jusqu'en fin , emmenèrent dedans la ville bien douze vingts prisonniers, sans ceux qui demeuroient morts sur les places, dont il y eut foison. Et parspécial à une escarmouche qui fut sur l'eau entre Bellemote et la poterne d'Arras, y eut grand' perte du 'côté des assiégeants, pourtant que ceux de l'avant-garde étoient passés à pied pardessus une petite planche, un au coup, Jusqu'à six ou sept vingts, pour venir devers la petite poterne. Mais incontinent les assiégés partirent à rencontre d'iceux pour les combattre, et de fait les rechassèrent Jusqu'à la dite planche. Et iceux voyants qu'ils ne pouvoient passer sinon à danger, rechargèrent sur ceux de la ville, et les remirent jusque assez près de la dite poterne.
Finalement , par la vaillance et entreprise d'un homme d'armes nommé Perceval Le Grand, lequel conduisoit ceux de la dite ville, Airent iceux assiégeants repoussés Jusqu'à l'eau ; et là furent très fort combattus, tant qu'il en demeura sur la place , pris et morts , bien cinquante , sans ceux qui se noyèrent en la dite rivière à saillir l'un sur l'autre pour passer outre, desquels on tira le lendemain de quinze à vingt tout armés. Et des dits assiégés furent pris ou morts & icelles-saiUies durant le dit siège environ vingt hommes, entre lesquels (tarent pris gens de nom, Beaugeois deLaBeuvrière, le bâtard de Bellay, le bâtard d'Ambrine et aucuns genlilshonunes de Bourgogne; mais grand' partie de leura meiUeura chevaux furent tués en faisant les dites saillies sur leurs ennemis.
En outre, le chfltel de Bellemote, séant assez près d'Arras, durant le dit siège, se tint assez toqjours de la partie du dit duc de Bourgogne. Auquel châtel fut commis pour le garder messire Fleurant d'Ancre et messire Simon de Behaignon, avecqne lesquels étoit un homme d'armes nommé Jean Rose , lequel fut soupçonné de vouloir vendre le dit chfttel , et pour
cette cause ta\ détenu prisonnier et ses biens confisqués. Toutefois le dit siège durant , fut la dite forteresse gardée par les devant dits chevaliers toujours en l'obéissance du duc de Bourgogne, nonobstant que les assiégeants mis* smt grand' peine d'icelle conquéter. Et tant qu'est à parler des courses et cheYancbées que firent les gens du roi au pays d'Artois, de Ternoia et à l'environ , H dit siège durant , il seroit long à réciter chacun à part soi. Mais entre les autres, un des bâtards de Bourbon et aucuns autres capitaines, accompagnés de mille combattants ou environ, allèrent fourrager la oomlé de Saiat-Pol , en laquelle prirent et ravirent biens sans nombre : c'est A savoir paysans , cbevaux , juments , vaches , brebis et plusieurs autres choses. El mèmement furent autour de la ville de Saint-Pol, en laquelle étoient le comte Waleran , soi disant enoore connétable de France, et sa femme la comtesse, soeur da duo de Bar. Auquel Waleran ioeux appelèrent par plusieurs fois de moult de reproches, disants qu'il (eignoit être malade, afin qu'il n'allAt servir le roi son souverain seigneur , et en lui remontrant ipi'il avoit grand' affection au duc de Bourgogne, attendu que pour le servir il avoit envoyé messire Jean de Luxembourg, son neveu, et la plus grand' partie de ses gens. Néanmoins le dit comte Waleran, oyant ces paroles et pluùeurs autres, ne voulut onoquee souffrir que ses gens saillissent A rencontre d'ieeux , pour ta doute que le roi et son oobaeil n'en fussent mal contents. Et pour tant ne laissèrent pas qu'ils ne boutassent le feu et ardiasent grand' partie des faubourgs de la dite ville de Saintr-Pol , et après s'en retournèrent à toutes leurs proies en l'ost du roi devant Arras. Et puis un autre jour s'assemblèrent bien douze cents combattants, lesquels chevauchèrent par'-devant Lucheu , tout fnstant jusque devant la ville de Hesdin , où ils tirent moult de dommages. Mais ceux de la viUe de Hesdin et d'autres places tenants le parti du duc de Bourgogne les poursuivirent bien et roidement , et resconyrent aucuns prisonniers et aussi prirent aucuns d'ieeux.
Ainsi et par plusieurs fois firent les gens du roi plusieurs courses es pays du duc de Bourgogne, dont le pauvre peuple fut moult fort travaillé et m<de8té.
En outre , les gens d'icelui due de Boarfogne étants &a ses bonnes villes et forterasaea, c'est à savoir & Douai, Lens, Hesdin , Maiserolles et plusieurs autres, issoient de jour mi jour, en mettant aguets sur ceux de l'ost qui alloient en fourrage et aussi sur ceux qui d'Amiens, de Coiitiei de Péronne et autres lieux menoient vivres à l'ost du roi ; lesquels souvent détronssoient, tuoient et prenoient ivi»»»' niers. Et par spédal Hector de Saveose, lors très renommé ra armes, assembla de deux A trois cents combattants dessous son étOKlard, lesquels par plusieurs fois il mena seerèl»ment en aucuns contre les gens du roi, dont il aoquit rosommée très grande. Et tant fit que son seignmir et maître le duc de Bourgogne l'eut moult pour reeommandé. Avecque lequel se tenoit Philippe son frère,Louis de Wargaies, Lamon de Launoy et aucuns autre» esperla hoaunes d'armes.