CHAPITRE Xin
Comment Pnnivertité de Parit eut grand ditcord contre metsire Charles de Savoisy, et pareillement contre le prévùl de Paria.
En ce temps , l'université de Paris faisant procession générale, en allant à Sainte-Calberine-du-Yal-des-Ecoliers i se mut dissension entre aucuns de la dite université et les gens de messire Charles de Savoisy, chambellan du roi de France, qui menoienl leurs chevaux boire à la rivière de Seine. Et fut la cause de la dite mutation, pour ce que les dessus dits chevauchèrent roidement parmi la dite procession, et tant qu'ils blessèrent aucuns des dits éc<diers là étant : lesquels , de ce non contents , ruèrent dos pierres après eux, et boutèrent aucuns assez rudement jus de leurs chevaux. Après laquelle envahie , se partirent de là retournant en l'hôtel du dit Savoisy , auquel lieu ils s'armèrent et prirent arcs et sagettes; et avec aucuns de leurs autres gens qu'ils avoient assemblés au dit hôtel, allèrent derechef envahir les dessusdits écoliers; et de fait, tirèrent sur eux et en blessèrent aucuns du dit trait et d'autres bâtons , mêmement dedans la dite é^ise. Si commença entr'eux un grand hutin; mais flna-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
lement, par la tnaltiliide d'ioeax écoliers, qui . étoient si graûd ûmnbre, furent les dessusdits rebouls apris ce que les plusieurs eurent été battus et navrés vilainement. Et qui plus est , après la procession retraite, allèrent grand* parUe de ceux de l'université devers le roi faire plainte de Toffense qui faite leur avoit été, requérants instamment au roi dessus dit, par la bouche du recteur, qu'amende leur en fût faite selon le cas, disant que pour vrai ainsi ne se faisoit, se partiroient tous de la ville de Paris, et iroieol demeurer ailleurs où ils se> roient tenus paisibles. A laquelle requête fut répondu de la bouche du roi que si bonne provision leur seroit baillée qu'ilsdevroient être contents. Finalement, après que par plusieurs Journées ils eurent très diligemment poursuivi cette besogne et tant envers le roi, les seigneurs de son sang comme son grand conseil , en hi fin Itat ordonné de par le roi, pour les apaiser, que le dessus dit messire Charles de Savoisy, pour l'amende de la dite offense faite par ses gens, comme dit est, seroit banni et bouté hors de l'hôtel du roi , et aussi de tous ceux de son sang; et avec ce, qu'il seroit privé de tous offices royaux. Et si fïit sa maison démolie et abattue de fond en comble; et avec ce fut condamné & fonder deux chapelles de cent livres de rente ; lesquelles furent ft la donation de la dite université. Après laquelle sentence ainsi faite et accomplie , ioelui messire Charles s'en alla demeurer hors du royaume de France en étrange pays, assez désolé et en grand' déplai' sance ; mais depuis se conduisit et gouverna si doucement et honorablement , que certaine espace de temps après, par le moyen prineipa* lement de la reine de France et autres grands seigneurs , Il r'eut sa paix et retourna en l'hOtel du roi , et en la grâce de ceux de la dessus dite université.
En après , en autre temps , messire Guillaume de Tignonville , prévôt de Paris , fit exécuter deux clercs de ladite université; c'est A savoir : un nommé Roger de Montillel , qui étoit Normand, et l'autre, nommé Olivier Bourgews, qui étoit Breton; lesquels étoient chargés d'avoir commis plusieurs larcins en divers cas. Et pour cette cause , nonobstant qu'ils lussent clercs , et qu'en les menant A la Justice criassent haut et clair : « Clergé! » afin
d'être recous, néanmoins, eonime dit est, flirent exécutés , et mis au gibet. Et depuis , par les pourchas de l'université, fut ieeloi prévôt privé de tout office royal, et avec ce flit condantné de faire une croix de pierre de taille , grande et élevée, assez près du dit gibet, sur le ctaemiii de Paris, où étoient les images d'iceux deux clercs entaillées. Et outre, les fit dépendre d'icelui gibet , et mettre sur une charrette couverte de noir drap; et ainsi acccompagnéde ses sergents et autres gens portant torches de cire allumées , furent menés à Saint-Mathorin , et Ift rendus par le prévôt au recteur de l'université, qui les fit enterrer honorablemetat au clottre de ladite église. Et lA fut derechef fait une épilaphe , A leur semblance, pour perpétuelle mémoire.