CHAPITRE XIV
Conmeiit le iénécbtl de HiiMut, lai qiuiriéne, ilt attfi««, prêtent le rot d'Aragon, et du TOjage que fit rtmifal d« Bretagne en Angleterre.
En l'an dessus dit furent entreprises ai-tnes A faire par le gentil sénéchal de Hainaut, en la présence du roi d'Aragon ; c'est A savoir , de quatre contre quatre; et étoient les arnàes telles , qu'ils dévoient combattre de haches , d'épées et dagues Jusqu'A outrance, sauve en tout la volonté du juge. Si étoient en la compagnie du dit sénéchal, messire Jacques de Montenay, chevalier normand ; le second» messire Taneguy du ChAtel , chevalier de la duché de Bretagne ; et le tiers étoit un notable écuyer, nommé Jean Carmen. Et leurs adverses parties étoient du royaume d'Aragon ; et , par spécial, le principal, nommé GoUenMch de Sainte-Coulombe , étoit de l'hôtel du roi d'Aragon, et de lui moult aimé} te second étoit nommé messire Pierre de Moncade ; le tiers étoit nommé Polhon de Sainte-Goulombe ) et le quart se nommoit Bernabo de l'Œuf. £t quant ce vint au Jour assigné, le dessus dit roi, qui avoit fait préparer les lioes en la ville de Yalence-la-Grande , près son palais, moult richement , vint à son écbafaud , accompagné du duc de Candie et des comtes de Cardonne et d'Agnenne , avec autre très grand' noblesse ; et tout A l'environ d'iœlles lices étoient faits échafauds, dessus lesquels étoient les noble»
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UVRË PREMIER.
du pays avec tel daines et damoiselles , et aossi les notables bourgeois et bourgeoises. Et ftarent conunis de par le roi dedans les lices, pour garder le champ , quarante boœmes d'armes moult richement parés ; et entre les ciiayëres des dites lices étoit le connétable d'Aragon atout grand compagnie de gens d'armes, très richement armés selon la coutume du pays. Si avoit dedans le champ deux petites logfts pour reposer et ombrer les champions dessus dits , qui moult ëtoient bien'ornées et parées de blasons d'un chacun d'eux. Et adonc quand le roi fut venu , comme dit est , il fit savoir par aucun chevalier de son conseil au sénéchal et A ses compagnons qu'ils vinssent premiers dedans le champ, et qu'ainsi éloit-il ordonné, jàçoit ce que les Aragonnois étoient appelants. Lesquelles nouvelles ouies par iceini sénéchal et ceux de sa partie, s'armèrent incontinent; et montèrent chacun d'eux sur un bon cout^ier , lesquels étoient parés semblablement les uns comme les autres de drap de soie vermeille , qui leur battoit Jusqu'aiiprës de la terre; et sur les draps dessus dilà étoient semés plusieurs écussons de leufs armes; et ainsi, en noble appareil, issants de leur hôtel, allèrent Jusqu'à la barrière des lices. Si alloil devant l'écuyer dessus nommé ; et après lui roessire Taneguy, lequel suivoit messire Jacques de Montenay ; et tout derrière aOoit le sénéchal, lequel conduisoit le sénéchal de Chin ; et ainsi entrant dedans, allèrent faire la révérence, tout à cheval, au roi Martin d'Aragon , qui leur fit très grand honneur ; et pais se retrahirent dedans leurs tentes, où ils attendirent leur adversaires bien heure et demie ; lesquels vinrent ensemble, tons à cheval comme les antres ; et étoient tous leurs chevaux couverts de blancs draps de Mie , oA il y avoit plusieurs écussons semés de leurs armes. Et après qu'ils eurent fait la révérence au roi, allèrent en leur tente, qui était au dextre côté, et depuis leur venue dirent bien cinq heures ainsi tous armés dedans les dites tentes j et la cause pourquoi ib y futtnl H longuement fut pource que le roi et son conseil les vouloient accorder, et qu'ils ne M combattissent pas. Et pour cette cause Airent par le roi dessusdit envoyés plusieurs an»> busadeors devers le sénéchal , afin qu'il vooUt
être content de non plus avant procéder en celte matière ; auxquels il répondit à toutes les fois bien et sagement : disant que l'entreprise avoit été faite A la requête de Gollemach, et qu'il étoit venu, et ceux de sa partie, déUritH tain pays A grand travail et dépens, pour lai accomplir son désir , lequel lui et les siens vouloient entretenir.
Finalement, après pluftieurs paroles portées d'an côté et d'autre , fUteoncla qu'ils comnien' ceroient ensemble la balaiHe. Et lors furent faits, de par le roi, les cris accoutumés ; et tôt après le roi d'armes d'Aragon cria hAut et elaifi «Que les dessus dits champions fassent leur devoir! ■ Et adonc iBsirettt de leurs tentes aussitdi tes uns comme les autres ,' chacun d'etix tenants leurs haches en leurs mains , et flOlBinencèrent A marchei' tes uns envers les autres moult fièrement.
Si Bvoient tes Aragonnois proposé ensemble d'assembler, de première venue, eut deux sur le sénéchal poar le porter Jus : et étoient toutes les deux parties de pied , et entendoient qu'il fût A un des bouts au-de«stis des autres ; mais il étoit sur la moyenne. Et quand ce Vint A l'approcher, le sénéchal s'avança devint les autres de trois A quatre pas , et assembla premier A GODenilaéh , qui ce Joui* avoit été fait chevalier par la main du roi , et lai donna si grand coup de sa hache suf te côté de son bassinet , qu'il le fil déniarcher et tourner demitour. Et les autres assemblèrent chacun en droit soi , tant d'une partie comnte d'autre , très vaillamment. Toutefbis messire Jacques de Montenay Jeta sa hache Jus et prit messire Jacques de Moncade d'une main par le bord dessous des lames , et en l'autre avoit sa da« gne , dont il le cuida férir par dessous. Mais ainsi que toutes icelles parties montroient seinblant de bien besogner , te roi les fit prendre sus. Et pour vrai , selon l'apparence qu'on pouvoit voir, si la besogne se fût poursuivie Jusqu'A outrance, les Aragonnois étaient en grand péril d'avoir le pire ; car le dit sénéchal et ceux qui étoient avec lui ëtoient tous quatre moult puissants de corps et bien usi* tés et éprouvés en armes, pour foire etaccom' plir tout ce qu'on leur eût su ou pu demander; par quelconque manière que ce eût été. Et après que les dits champions eurent été pris
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
sus, comme dit est, le roi avala de son écbafaud dedans les lices , et requit au sénéchal et èCk>llemach, bien doucement , que le surplus des armes voulsissent mettre sur lui et sur son conseil, et qu'il en feroit tant que tousdevroient être contents. Et adonc le sénéchal, en soi mettant & un genou, pria humblement au roi qu'il fût content que les armes se parfissent selon la requête de CoUemacb. A quoi le rm ré|diqua, en requérant derechef que le surplus fût mis sur lui , ce qui lui fut accordé. Si prit le sénéchal parla main et le mit au-dessus de lui , et Ck>liemach à l'autre cAté. £t ainsi les mena luinnême hors des lices ; et de là retournèrent chacun en leurs hôtels, où ils se désarmèrent. ' Et après , le roi envoya par ses principaux chevaliers quérir le sénéchal et -compagnons, auxquels, par trois ou quatre Jours, il fit aussi grand honneur et réception en son hôtel , comme il eût pu foire de ses propres frères. El après qu'il les eut accordés avec leur adverse partie, leur fil dons et beaux présents ; et puis se départirent de là et retournèrent en France, et le dit sénéchal en Hainaut. Auquel temps, l'amiral de Bretagne , le seigneur du Ghàtel et plusieurs autres chevaliers et écuyers, tant du dit pays de Bretagne comme de la Normandie ,^ Jusqu'à douze cents ou plus , montèrent en plusieurs nefe au port de Saint-Malo, et se mirent en mer pour aller descendre au port d'Atemue > ; mais le dit amiral et aucuns autres deslouèrent à descendre illec. Néanmoins le dit seigneur du Chàtel et plusieurs autres descendirent et prirent port, pensant que les autres les suivissent , ce que pas ne firent. Si s'allèrent combattre aux Anglois, qui là en grand nombre s'étoient assemblés ; et tant dura la besogne, qu'enfin les Bretons et Normands ftirent déconfits ; et y furent occis le dessusdit seigneur du Chfttel et ses deux frères, messire Jean Martel, chevalier normand, et plusieurs autres, et en y eut environ cinquante de prisonniers , desquels étoit le seigneur Blacqueville , qui depuis réchappèrent par force de finance-, et l'amiral dessusdit, avec ceux qui étoient demeurés au navire , se retrahirent en leur pays, tristes et dolents de leur perte.
* Le manuKrit 8348.** dit loajoort Trodrenne au