LIVRE PREMIER
par Amiens, Montreail et Boulogne à Calais, et ià, passant la mer, allèrent & Douvres en Angleterre. Si étoient trois cent cinquante che- Taocheurs. En après allèrent i Cantorbie ; duquel lieu furent menés par les gens du roi anglois par Rochestre jusqu'A Londres, et en la fin Tinrent à Yincestre, auquel lieu, devant le roi, les ducs de Clarence, de Bedford et Glocester, ses frères, les autres grands seigneurs et conseil du dit roi, clergé et grand' chevalerie, et le peuple de la cité de Yincestre, en la salle de l'èvêque, par la bouche de l'archevêque de Bourges, ils exposèrent leur ambassade au dit roi. Lequel archevêque exposa premièrement en latin, et après en firançois si ëloquemment, si distinctement, si^brièvement et si sagement que les Anglois et les François ses compagnons grandement s'en émerveillèrent. En la fin de sa dite proposition oflirirent au dit roi terre et très grand' somme de pécane, avec la fille du roi de France qu'il prendroit à femme, mais pour ce qu'il voulstt délaisser et défaire son armée, qu'il assembloit au port de Hantonne et les autres ports voisins pour aller contre le roi de France, si qu'on disoit; et par ainsi on accorderoit et ordonnerait perdurablement avec lui et son dit royaume vrûe, entière et parfaite paix *.
Après laquelle proposition flnée, tous se partirent les ambassadeurs fi-ançois dessus nommés, et forent grandement reçus au dtner avec le roi.
Après ce, le dit roi, en un autre certain jour, fit faire réponse aux dits ambassadeurs sur leur dite proposition par l'archevêque de Cantorbie. Lequel, répliquant de point en point ce qui avoit été dit par le dit archevêque de Bourges, ajouta toutefois aucunes choses et aucunes en délaissa. Lequel archevêque de Cantorbie fut assez aigrement repris par celui de Bourges , où il ëtoit besoin, en lui disant: « Je n'ai pas » ainsi dit; mais j'ai dit ainsi, et par telle ma- » nière. » En la fin de la dite réponse, fut conclu parle roi d'Angleterre et son grand-conseil que si le roi de France ne lui donnoit avec sa tUle h mariage, les duchés d'Aquitaine, de Normandie, d'Anjou et de Touraine; les comtés de
■ VoyM Ict attei de ceHe négocUUoii dans le* Fcedera de Rymer.
Poitou^ du Mans et de Ponthiei), et toutes les autres choses jadis appartenants héritablemen^ aux rois d'Angleterre ses prédécesseurs, il ne se désisteroit pas de son voyage, entreprise et armée, mais déiruiroit de tout en tout à son pouvoir le royaume et le roi de France son adversaire et détenteur d'iceux pays injustement, et que par épée il recouvreroit toutes ces cho? ses, et lui êteroit la couronne du dit royaume, s'il pouvoit.
Le roi de sa propre bouche avoua le dit archevêque de Cantorbie , et dit qu'ainsi le ,feroit par la permission de Dieu; et ainsi le promit aux dit4 ambassadeurs en parole de roi.
Adonc, le dit archevêque de Bourges, selon la coutume de France, demanda congé de parler, et puis lui dit : « 0 tu, roi , avec honneur » et révérence, que penses-tu , yeuillant ainsi » débouter et adnichiller injusteinent le très » chrétien roi; des François, notre très cher e^ » très redouté sire , le plus noble et le plus ex- » cellent de tous les rois chrétiens, de la chaire » et trOne de si grand et si puissant royaume? » 0 tu, roi, avec honneur et révérence, cuides- » tu qu'il ait offert ou fait offrir & toi donner » sa terre et finance, avecqoe sa propre fille » en femme , pour la ci'emeur de toi et dfi » tes amés et bienveillants? nennj, Mais en » vérité, icelui, mu par pitié comme amour de V paix , a ce fait afin que le sang innocent ne » fût pas épandu , et le peuple chrétien par ces » tourbillons de bataille ne fût par détruit. E( » en appelant l'aide de Dieu tout-puissant , de » la benoite vierge Marie et de tous les saints. » de droit et de raison , par }es armes de lu} » et de ses loyaux vassaux , sujets , alliés et » bienveillants , si tu y viens , tu seras en- » chassé des régions de son royaume , et de » toute sa domination , ou tu seras pris , ou » tu y mourras. Pour la révérence duquel si » grand roi, auquel nous sommes ambassa- » deurs et serviteurs, nous te prions de par » nous que tu nous fasses sûrement et sans » dommage conduire et mettre hors de tes rë- » gions et de toute ta domination , et aq dit » roi notre sjre tu écrives entièrement la ré- » ponse que tu as faite , sur ton scel et sejng » inanuel. »
Laquelle çhpsele ^i| rflî A' et leur octroya bénignement ; et en celle manière les dits am-
CHRONIQUES D'ENGUERRVM) DE MONSTRELET
bassadeurs , après ce qu'ils eurent reçu grands dons, retournèrent à Douvres, et depuis à Calais. Et après ce qu'ils eurent retourné à Paris au duc d'Aquitaine , en plein conseil du roi, devant plusieurs chevaliers, le clergé et le peuple, ils racontèrent par écrit toute la réponse et ordonnance de leur ambassade. Et par devant ce, le dit duc d'Aquitaine et grand-conseil du roi avoient reçu lettres de réponse finale du dit roi d'Angleterre, faites à Yincestre, et envoyées au dit roi Charles de France.