‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 249 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pear garml» kiin vieS) et aiasî cheTaochant loi troisièine par-devant la dite bataille, après qail eut fiait les dites ordonaances, Jeta en haut on bâton qu'il teaoil en sa main, en disant : Ne tiredte < ! et descendit à pied comme étoit le roi, et tons les autres ; et au jeter le dit bâton, tous les Anglois soudainement firent une très grand' huée, dont grandement s'émerveillèrent les François.

Et quand les dits Anglois virent que les François ne les approchoient , ils allèrent devers eux tout bellement par ordonnance ; et derechef firent un très grand cri en arrêtant et reprenant leur haleine. Et adonc les dessus dits archers abscons au dit pré tirèrent vigoureusement sur les François, en élevant, comme les autres , grand' huée ; et incontinent les dits Anglois approchant les François , premièrement leurs ardters, dont il ; en avoit bien treize miHe, commencèrent à tirer h la volée contre iceux François, d'aussi loin qu'il pouvoieat tirer de tonte leur puissance; desquels archers la plus grand' partie étoieat sansarmuresen leurs pour^ p(HDts, leurs chausses avalées , ayant haches pendues à leurs courroies ou épées ; et si en y avoit aucuns tout nu-pieds et sans chaperon.

Les princes étant avec le dit roi d'An^eterre étoient son frère le duc de Gloeestre , le doc d'York, son oncle, les comtes Dorset, fl'Oxinfbrde et de Suflbrt , le comte Maréchal et le comte de Kent, les seigneurs de Chamberj de Bea^mont , [de Yilleby et de Gomouaille, et de plusieurs autres notables barons et chfr< vdiers d'Angleterre.

En après , les François voyants iceux Anglois venir devers eux , se mirent en ordonname chaow dessous sa bannière, ayant le batsÎMt au chef ;] toutefois ils furent admo- ■estés par le dit connétable et aucuns autres princes ft confesser leurs péchés en vraie coor trition , et «nhortés A bien et hardiment combattre, comme avoient été les dits Anglois.

Et là les Anglois sonnèrent fort leurs tronn

* Holllngsbed (Ut que le Jet de ce bâton ilait le signal poar que les archers commençassent la iMtaille. Il est donc présumable qu'an lieu de ne tireeque, qui ne signifie rien, al en fmcait ni en anglais. Il faut lire aoit', urikt, qql tigaifie tnainUaant Mtfti. iA Mns e(t raisonnable, et la ressemblance des sons aura pu tromper des copitles qui ne savaient pas la langue. Je suis éton- ■é que Jolines ne s'en soit pas aperçu.

pettes * l'approcher ; et les François commencèrent à incliner leurs chefs, afin que les traits n'entrassent en leurs visières de leurs bassinets; et ainsi allèrent un petit à rencontre d'eux et les firent un peu reculer ; mais avant qu'ils pussent aborder ensemble , il y eut moult de François empêchés et navrés par le trait des dits archers Anglois. Et quand ils furent venus, comme dit est, jusqu'à eux, ils étoient si bien et près serrés l'un de l'autre qu'ils ne poU'>voient lever leurs bras pour férir sur leurs ennemis, sinon aucuns qui étoient au front devant, lesquels les boutèrent de leurs lances qu'ils avoient coupées par le milieu , afin qu'elles fussent plus fartes et qu'ils pussent approcher de phis près les dits Anglois. Et ceux qui dévoient rompre les dits archers , c'est à savoir messire Oignet de Brabant et les autres avec hii, qui dévoient être huit cents hommes d'armes , ne furent que sept vingts qui s'efforçassent de passer parmi les dits Anglois. Et ftat vrai que tnessire Guillaume de Saveuse , qui étoit ordonné à cheval comme les autres , se dérangea tout seul devant ses compagnons à cheval , cuidant qu'ils le dussent suivre, et alla frapper dedans les dits archers ; et là incontinent ftat tiré jus de son cheval et mis à mort. Les .autres, pour la plus grand* partie, atout leurs chevaux , pour la force et doute du trait , redondérent parmi l'avanl-garde des dits François, auxquels ils firent de grands empêchements; et les dérompirent en plusieurs lieux ; et firent reculer en terres nouvelles parsemées, car leurs chevaux étoient tellement navrés du trait des archers Anglois qu'ils ne les pou voient tenir ni gouverner ; et ainsi par iceux fut la dite avant-garde désordonnée; et commencèrent & eheoir hommes d'armes sans nombre, et les dessus dits de cheval, pour peur de mort, se mirent à fuir arrière de leurs ennemis ; A l'exemple desquels se départirent et mirent en fuite grand' partie des dessus dits François.

Et tantôt après, voyants les dessus dits Anglois cette division en l'avant-garde , tous ensemble entrèrent en eux et Jetèrent Jus leurs arcs et sagettes , et prirent leurs épées, haches, maillets, becs-de-faucons et autres bâtons de guerre, frappants, abattants et occisants iceux François : tant qu'ils vinrent à la seconde bataille, qui étoit derrière la dite avant-garde >

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

et après les dits archers suivoit et marctioit le dit roi anglois moult fort atout ses gens d'armes.

El adonc Antoine, duc de Brabant, qui avoît été mandé de par le roi de France, accompagné de petit nombre , se bouta entre la dite avant-garde et bataille. Et pour la grand' h&le qu'il aYoit eue , avoit laissé ses gens derrière : mais sans délai il fut mis à mort des dits Anglois. Lesquels conjointement et vigoureusement envahirent de plus en plus les dits François, en dérompant les deux premières batailles dessus dites en plusieurs lieux , et abattant et occisant cruellement et sans merci iceux. Et entre-temps aucuns furent relevés par l'aide de leurs varlets et menés hors de la dite bataille ; car les dits Anglois si étoient moult ententieuxetoccupés à combattre, occire et prendre prisonniers, pour quoi ils ne chassoient ni poursuivoient personne.

Et alors toute l'arriére-garde étant encore à cheval et voyant les deux premières batailles dessus dites avoir le pire, se mirent à fuir, excepté aucuns de chefs et conducteurs d'icelle , c'est à savoir qu'entre -temps que la dite bataille duroit, les Anglois, quijà étoient audessus, avoient pris plusieurs prisonniers françois. Et adonc vinrent nouvelles au roi anglois que les François les assailloient par derrière, et qu'ils avoient déjà pris ses sommiers et autres bagues, laquelle chose étoit véritable ; car Robinet de BouraonviUe, Rifllart de Clamasse, Ysambert d'Azincourt et aucuns autres hommesd'armes,accompagnèsdesix cents paysans, allèrent férir au bagage du dit roi d'Angleterre, et prirent les dites bagues et autres choses avecque grand nombre de chevaux des dits Anglois, entre-temps que les gardes d'iceux étoient occupés en la bataille. Pour laquelle détrousse le dit roi d'Angleterre fut fort troublé ; voyant avecque ce devant lui à plein champ les François , qui s'en étoient fuis , eux recueillir par compagnies ; et doutant qu'ils ne vdulsissent faire nouvelle bataille , fit crier à haute voix , au son de la trompette , que chacun Anglois, sur peine de la harl, occtt ses prisonniers , afin qu'ils ne fussent en aide au besoin à leurs gens. £t adonc soudainement fut faite moult grand' occision des dits François prisonniers. Pour laquelle entreprise les

dessus dits Robinet de Boumonville et Ysambert d'Azincourt furent depuis punis et détenus prisonniers longue espace par le commandementduducJean de Bourgogne, combien qu'ils eussent donné & Philippe, comte de Çharolois, son fils, une mwilt précieuse épée, ornée de riches pierres et autres joyaux , laquelle étolt au roi d'Angleterre ; et avoit été trouvée et prise avecque ses autres bagues par iceux, afin que s'ils avoient aucune occupation pour le cas dessus dit , icelui comte les eût pour recommandés. En outre, le comte de Marie , le comte de Fauquembergue , les seigneurs de Lauroy et de Gbin, atout six cents hommes d'armes qu'ils avoient à grand' peine retenus , allèrent fî-apper très vaillamment dedans les dits An^ois , mais ce rien n'y valut ; car tantôt furent tous morts ou pris. Et là en plusieurs lieux les François s'assemblèrent par petits morceaux -, mais par iceux Anglois, sans faire grand' défense, furent tous assez bref abattus et occis ou pris. Et en la condusion, le dit roi d'Angleterre dbliai la victoire contre ses adversaires ; et furent morts sur la place, de ses Anglois, environ seize ceats hommes de tous états, entre lesquels y mourut le due d'York, oncle du dessus dit roi d'Angleterre. Et pour vrai, en ce propre jour, devant qu'ils s'assemblassent à bataille, et la nuit de devant, furent faits , de la partie des François , bien cinq cents chevaliers ou plus.

En après, le dit roi d'Angleterre, quand il fut demeuré victorieux sur le champ, comme dit est , et tous les François , sinon ceux qui furent pris ou morts, se furent départis, fuyants en plusieurs et divers lieux, il environna avecque aucun de ses princes le champ dessus dit où la bataille avoit été. Et entre-temps que ses gens étoient occupés h dénuer'et dévêtir ceux qui étoient morts, il appela le héraut du roi de France, roi d'armes, nommé Montjoie, et avecque lui plusieurs autres hérauts anglois et tnaçois , et leur dit : « Nous n'avons pas fait cette » occision; ains a été Dieu tout -puissant, » comme nous croyons, par les péchés des » François. » Et après leur demanda auquel la bataille devoit être attribuée, àlui ou au roi de France. Et lors icelui Montjoie répondit au dit roi d'Angleterre qu'à lui devoit être la victoire attribuée, et non au roi de France. Après,

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