‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 248 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

quand il eut passé l'eau et qu'il Tut sur la montagne, ses coureurs commencèrent à voir de toutes parts les François venant par grands compagnies de gens d'armes pour aller loger à Roussauville et à Azincourt, afin d'être au-devant des dits Anglois pour le lendemain les combattre '.

Et ce propre jeudi , vers le vêpre , à aucunes courses fut Philippe, comte de Nevers, fait nouveau chevalier par la main de Boucicaut , maréchal de France , et avecque lui plusieurs autres grands seigneurs. Et assez tôt après arriva le dit connétable assez près du dit Azincourt ; auquel lieu avec lui se rassemblèrent tons les François en un seul ost ; et là se logèrent tous à pleins champs , chacun au plus près de sa bannière ; sinon aucunes gens de petit état qui se logèrent es villages au plus près de là. Et le roi d'Angleterre avec tous ses Anglais se logea en un petit village nommé Maisoncelles , à trois traits d'arc ou environ des François.

Lesquds François, avec tous les autres officiers royaux, c'est à savoir le connétable, le maréchal Boucicaut, le seigneur de Dampierre et messire Clignet de Brabant, tous deux eux se nommant amiraux de France, le seigneur de Rambores, maître des arbalétriers, et plusieurs princes, barons et chevaliers, fichèrent leurs bannières en grand' liesse, avec la bannière royale du dit connétable , au champ par eux avisé et situé en la comté de Saint-Pol, au territoire d'Azincourt, par lequel le lendemain

■ Le Jeudi 24, le roi d' Angleterre, i la vae de la mnllltade dei Français qu'il aurait i combaUre , envoja proposer de sa part de réparer tous les dégâts qu'il Teoalt de tUn en France, pourvu qu'on lui donntt asrarance de le laisser retourner avec ses troupes en Angleterre. Les Français refusèrent. Hard7ng , qui était présent à la bataille du lendemain, à Azincourt, fiit monter le nombre des Français i 100,000, et celui des Anglais à 9,006. Monstrelet dit que les Français étaient ■ix foU aussi nombreux que les Anglais. Walsingham prétend que les Anglais étaient an nombre de 8,000, et les Français de 140,000. I^ lieutenant du roi d'Angleterre i Calais drclare, en date du 7 octobre (Rymer, I. 9, p. 314), que les Français avaient 100,000 bommes. VjB qui parait probable, d'après la comparaison des divers comptes rendus, c'est que tes Anglais avaient Hi à 16,000 hommes d'armes et archers, et nnedixaine de taille hommes de troupes ramassées à la hâte; que les FMncals avaient 100,000 bommes de troupes régnlières et S5.000 soldats Irrégallers.

dévoient passer les Anglois pour aller à Calais ; et Tirent celle nuit moult grands feux , chacun au plus près de la bannière sous laquelle ils dévoient lendemain combattre. Et jà soit ce que les François fussent bien cent cinquante mille cbevaocheurs , et grand nombre de chars et charrettes, canons, ribaudequins et autres habillements de guerre, néanmoins si avoient-ils peu d'instruments de musique pour eux réjouir; et à peine hennissoient nuls de leurs chevaux toute la nuit ; dont plusieurs avoient grand' merveille, disant que c'étoit signe de chose à venir.

Et les dits Anglois en tonte celle nuit sonnèrent leurs trompettes et plusieurs manières d'instruments de musique, tellement que toute la terre entour d'eux reteutissoit parleurs sons, nonobstant qu'ils fassent moult lassés et travaillés de faim, de froid et «titres mésaises, faisant paix avecque Dieu, confessant leurs péchés, en pleurs, et prenant plusieurs d'iceux le corps de Notre-Seigneur -, car le lendemain , sans faillir, attendoient la mort, comme depuis il fut relaté par aucuns prisonniers.

Et fut vrai que le duc d'Orléans en cette nuit manda le comte de Richemont, qui menoit les gens du duc d'Aquitaine et les Bretons ; et eux assemblés , jusqu' à deux mille bassinets et gens de trait , allèrent jusqu' assez près du logis des Anglois. Lesquels, doutant que les François ne les voulsissent envahir, se mirent tous en ordonnance dehors les haies en bataille, et commencèrent à traire l'un contre l'autre. Adonc fut le duc d'Orléans (bit chevalier, et avec lui plusimirs autres Après laquelle entreprise les dits François retournèrent en leur logis : et pour cette nuit ne fut fait autre chose entre icelles parties.

. Durant lequel temps le duc de Bretagne vint de Rouen à Amiens, atout six mille combattants, pour être en l'aide des François , s'ils eussent attendu jusqu'au samedi. Et pareillement le sei^eur de Longny, maréchal de France , venant en l'aide des dits François atout six cents hommes d'armes, coucha ce dit jour à six lieues près de l'ost; et le lendemain se partit très matin pour y cuider venir.

CHRONIQUES D'ENG13ERRAND DE MONSTRELET

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OHAPITRBCLIV,

fominent le* Frntoù et AngloU s'isumUèreal 1 biUiUer l'uii contre l'autre, auprès d'Azincourt, en la comté de Siint-Pol, et obtinrent les dits Anglois la Journée.

Eb après, le leodemaio, qui Tut le T«Bdredi viogt-oinquiëme jour 4u mois d'octobre mil quatre cent et quinie , les Franfoig , c'est & savoir le connétable et tous les autres oiBcier^ du roi, les ducs d'Orléans, de Bourbon, de Bar et d'Alenfon ; le^ comtes de Nevers, d'Eu , de Bicbemont, de Yendônae, de Marie, de Yaur demont, de Blamont, de Salm, de Grand- Pré, de Boussy , de Dammartin , et généralement tous Ifis autres nobles et gens de gueiro s'armèrent et issirent hors de leurs logis. Et adonc, parle conseil du oonnétable et aucuns sages du conseil du roi de France, fUt ordonné & faire trois batailles, c'est à savoir avanHiatde, bataille çt arrière-garde. En laquelle avantgarde furent mis epviraa huit mille bassinets, chevaliers et écuyers , quatre mille archers et quinze cents arbalétriers. Laquelle avankfanle conduisoit la dit connétable, et avec lui les ducs d'Qdéaiis fit de Bourbon , les comtes d'Eu et Biohemopt, le maréchal Boucicaut, le maître dttS arbalétriers , le seigneur de Dampierre , amiral de France, messire Guicbard Dauphin, et aucuns aqtre^ capitaines. Le comte de YendAme, et aucuns autres ofiSùers du roi , atout seize cents hommes d'armes, fut ordonné faire une aile pour férir les dits Anglais de côté ; et l'autre aiks oonduisoiuit messiredignet de Bra< bant, amiral de France, et messire Louis Bour* don, atout huit cents hommes d'armes de che* val, gens d'élite, avec lesquels étoient, pour compre le trait d'icoux Anglois, messire Guillaume de Saveuse, Hector et Bhilippe, ses ftères , Ferry de MaUly, Aliaume dç Gapaumes , Alain de Yenddme, Lamont de Launoy et plusieurs autres, jusqu'au nombre dessus dit.

Et en la hatfiUe turent ordonnés «lotant de chevaliers et écuyers, et gens de trait, comme en l'avant-garde ; desquels étoient conduiseurs les ducs de Bar et d'Alençon, les comtes de Nevers, de Yaudemont, de Blamont , de Salo^, de Grand-Pré et de Roussy.

Et en l'arriëre-garde étoit tout le surplus des gens d'armes, lesquels conduisoient les comtes de Marie, de Dammartin, de Fauquembergue,

et le seigneur de Lauroy , capitaine d'Ardre, qui avoit amené ceux des frontières de Boulenois.

Et après que toutes les batailles dessus dites furent mises en ordonnance , comme dit est , e'étoit grand' noblesse de les voir. Et, comme on pouveit estimer à la vue du monde, étoient bien en nombre six fois autant que les Anglois. El lorsque ce fut fait, les dits François séoient par compagnies divisées, chacun au plus près de sa bannière, attendants la venue des dits Anglois, en eux repaissants, et aussi faisants, l'un avec l'autre, paix et union ensemble des haines, noises et dissensions qu'ils pouvoient avoir eues ea temps passé les uns contre les autres. Et furent en ce point jusque entre neuf et dix heures du matin, tenants iceux François pour certain , vu la grand' multitude qu'ils étoient , que les Anglois ne pourroient échapper de leurs mains. Toutefois y en avoit plusieurs des plus sages qui moult doutoient, et craigncnent à les combattre en bataille réglée.

Pareillement les dits Anglois, ce vendredi au matin, voyants que les François ne les approohoient pas pour les envahir, burent et mangèrent ; et après, appelant la divine aide contre iceux François qui les dépitoient, se délogèrent de la ditfi ville de Maisoncelies ; et allèrent aucuns de leurs coureurs par derrière la viUe d'Azincourt, où ils ne trouvèrent nuls gens d'armes; et, pour effrayer les dits Françras, embrasèrent une grange et maison de la pn'oré SaintrGeorge de Hesdin. Et d'autre part, envoya le dit roi angtois environ deux cents archers par derrière son ost, afin qu'ils ne fussent pas aperçus des dits François; et entrèrent secrètement à Tramecourt , dedans un prè assez près de l'avant-garde d'iceux François ; et là se tinrent tout coyement jusqu' à tant qu'il Sût temps de traire ; et tous les autres An^is demeurèrent avec leur roi. Lequel tantôt fit ordonner sa bataille par un chevalier chenu de vieillesse, nommé Thomas Epinhen, noetlaat les archers au f^ont devant , et puis les gens d'armes -, et après fit ainsi comme deux ailes de gens d'arpies et archers ; et les chevaux et bagages furent mis derrière l'ost. Lesqvels archers fichèrent devant eux chacun un pieu aiguisé à deux bouts. Icelui Thomas enhorta k tous ^q^raleçoent, de par le dit roi d'Angleterre, qu'ils oonbattissent vigoureusement

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