CHAPITRE CLXL
Comment l'iTtque d'Arru flt Tévoqner It sentence autrefois donnée contre maître Jean Petit; et la Tenue de l'empereur d'Allemagne en la ville de Paria.
En cet an dessus dit , par la diligence de l'è- Vèque d'Arras, docteur en théologie, nommé Martin Porée , et d'aucuns autres ambassadeurs au duc de Bourgogne, ayant de lui procuration , fut sentence prononcée au concile A Constance, dont la teneur s'ensuit :
, « Par le conseil des clercs de droit , par icelle notre sentence oMinaire^ laquelle nous
affirmons en ces écrits , nous prononçons et déclarons les procès, sentences et condamnations, arsions, défenses, exécutions faites par l'évèque de Paris contre matire Jean Petit, et toutes choses que de ce se sont ensuivies, être de nulle valeur, et les annulons et cassons. La condamnation des dépens faits légitimement devant nous en cette cause , nous les laissons A laxer pour cause. Ainsi moi Jourdain, évèque d'Albano; ainsi moi Antoine, cardinal d'Aquilée, ainsi moi François, cardinal de Florence, le prononçons.
» Lequel procès flit condamné au concile do Constance le vingt-cinquième jour de janvier l'an mil quatre cent et quinze. »
Auquel temps vinrent A Paris deux chevaliers des gens de Sigismond , empereur et roi d'Allemagne, pour préparer son hôtel et pourvéances, pource qu'il devoit venir au dit lieu de Paris 1, auxquels deux chevaliers fut baillé, pour loger leur dit seigneur et maître, le chAlel du Louvre. Et le jour du gras dimanche ensuivant vint le dit empereur A Paris, accompagné de huit cents chevaucheurs ou environ. A rencontre duquel allèrent le duc de Berri , le cardinal, le comte d'Armagnac, connétable de France ; le chancelier, les prévôts de Paris et des marchands , et les échevins et bourgeois de la dite ville en moult noble état; lequel roi par iceux tùl amené loger au Louvre ; et aucuns jours après flt exposer au roi et A son conseil la cause de sa venue , c'est A savoir pour l'union de notre mère sainte église. Et après il s'olh'it moult au roi A faire ce qu'il pourroit pour lui et pour son royaume. Et depuis y eut un docteur en Uiéologie nommé maître Girard Machet qui proposa devant lui
■ Sigismond était parti, tar la On da mois de Joillet 1416, du concile de Constance, pour Perpignan, où «e tenait alors Pierre de Luna, tous la protection de Ferdinand d'Aragon, qui, quoique malade, se fit transporter de Valence i Perpignan pour te TOir. Sigismond parvint enfin k décider Pierre de Luna i abdiquer la papauté. C'est prolMblement à son retour de Perpignan que Sigismond se rendit i Paris. Le Laboureur termine sa traduction du moine de Saint-Denis avec la condamnation faite dans le concile de Constance de Jea» Hus et de Jérdme de Prague, qui furent brûlés tIIï ; da pape Jean, absent, qui fut desUtué, et de Wickleff, dont les livres fbrent condamnés ; et avec le voyage de Sigiamond i Perpignan; mais le curieux original eulatin s'éicnd jusqu'à la mort de Cbarlfs Vf<
LEVRE PREMIER
moalt notablement de par le roi de France , de laquelle chose il fat moult content. Et Charles, roi de France, fût alors assez sentieax, et mangèrent plusieurs fois ensemble.
Et le lendemain des brandons, vinrent dedans Paris pour voir le dit roi d'Allemagne , Louis, roi de Sicile , et son beau-flls le comte de Pontbien ; et entre-temps que le dit empereur fut au dit lieu de Paris , lui fut de par lé roi et ses princes fait les plus grands honneur et compagnie qu'on eût pu fotre à un roi de tout le monde. Et après que plusieurs parlements eurent après été faits sur l'état de l'uni- Terselle église et autres besognes, il s'en partit de la dite ville de Paris le mercredi devant les Pâques fleuries ; et le convoya le roi de France jusqu'à la Chapelle, entre Paris et Saint-Denis. Anqael lieu, & leur département, s'offrirent moult l'un à l'autre , et de là fut convoyé jusqu'à Saint-Denis par le roi Louis , le duc de Berri et le cardinal de Bar. Lequel roi d'Allemagne ftit reçu honorablement au dit lieu par l'abbé d'icelle ville, et de là chevaucha à Beauvais. A rencontre duquel vinrent l'évèque de la dite ville de Beauvais et grand' foison de bourgeois qui lui firent grand' révérence, et le mena le dit évêque loger en son hôtel, et là fit ses Pâques, accompagné du duc de Milan , oncle du duc d'Orléans , de l'archevêque de Kheims , et d'aucuns autres ambassadeurs du roi de France , par lui envoyés vers le roi d'Angleterre , son adversaire.
Et après ce , de Beauvais , par le pont de R^ny, s'en alla à Saint-Riquier, pource que ceux d'AbbeviUe ne voulurent mettre ses gens dedans , pour tant qu'avec lui y avoit des ambassadeurs angkHS atout la rouge croix *; et de Saint-Riquier s'en alla à Saint-Josse en pèlerinage. El vinrent à rencontre de lui l'abbé et tout le couvent du dit lieu, en procession , eomnne ils eussent fait pour la venue du roi de France ; et quand il eut fait son oraison, il ne donna ni oflHl rien au glorieux ami de Dieu , saint Josse.
Et est vrai qu'icelui empereur étoit armé et Iiortoit à l'arçon de sa selle un diapeau de
* Avec Henri IV commencent les querelle* entre les MmImim de Uneutre et d'York; detignéei iwr les deux croli ro«|« «t bbiKlM.
Montauban, ayant sur ses armures une noire heucque en laquelle étoit une droite croix devant et derrière de couleur de cendre , sur laquelle avoit écrit en latin : 0 que Dieu est miserieors I et aussi étoient habillés et armés la plus grand' partie de ses gens, montés sur bons et légers chevaux
Et de là par étaples s'en alla à Boulogne ; mais ceux de la ville ne le laissèrent pas entrer dedans, dont il eut grand' indignation ; et pour ce ne voulut-il pas recevoir les présents à lui envoyés de par la dite ville. Et quand il eut dtné dedans la basse Boulogne, s'en alla au gfte à Calais , et vint à rencontre de lui le comte de Warwick, capitaine d'icelle ville, accompagné de gens d'armes et d'archers , recevant icelui et ses gens d'armes moult honora- Ùement , tout aux dépens du roi d'Angleterre jusqu'au mardi ensuivant, qu'il se partit et s'en alla en Angleterre.
Lequel empereur, durant le temps qu'il étoit en la ville de Paris, comme dit est dessus, aOa un certain jour seoir en la chambre de pariement avecque les présidents et autres conseillers, qui très grand' révérence et honneur lui firent. Et le firent seoir au siège royal, comme foire le dévoient. Et après commencé» rent les avocats à plaiderles causes d'entre les parties , ainsi qu'il est de coutume ; entre lesquelles en y avoit une d'un chevalier de Languedoc, nommé Guillaume Sorguet, et étoit pour avoir la sénéchaussée de Beaucaire , auquel un chacun d'eux se disoit avoir droit par le don du roi ; mais le dit chevalier mettoit en ses défenses que nul ne pouvoit tenir le dit office ni devoit, si premier il n'éloit chevalier. Et adonc l'empereur, oyant le différend des parties, demanda à icelui ècuyer, en latin, s'il vouloit être chevalier, lequel répondit que oui. Et lors le dit empereur demanda une épée , laquelle lui flot baillée, et en fit là présentement le dessus dit écuyer chevalier, auquel le dit office fut adjugé par les seigneurs de parlement. Néanmoins, quand le roi et son grandconseil furent avertis de cette besogne n'en furent pas bien contents , et par spécial des dits seigneurs de parlement, pource qu'ils lui avoient ainsi souffert ; car il sembloit que cette besogne se fit comme par autorité et hauteur de le piotivoir faire au royàuinc de France , ce
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
[im
que par nulle rien on ne lui eût BouOèrt. Toutefoisla chose se passa sous dissimulation, et n'en fut aucunement montré aucun semblant au dessus dit empereur.