CHAPITRE CLXXI
Comment ceux de Naplet >e rebellèrent contre le roi Jaoqaei, comte de La Marche, et lui flrent guerre, et auati prirent la reine, et ce qu'il en adriou
En cet an * s'émurent et rebellèrent ceux de Naples contre le roi Jacques, comte de La Marche 3, et le Guidèrent prendre et emprisonner ; mais il en avoit aucunement été averti s. Si prirent la reine , sa femme , en la dite ville de Naples , et menèrent grosse guerre au dit roi et à ceux qui tenoienl son parti ; et furent pris son connétable et le seigneur de Saint-Maurice, beau-père au dit connétable. Et pour être mieux assuré, se fit le dit roi mener par un brigantin en mer, au ch&tel de l'OEuf , et laissa garnison de ses gens au Ghatel-Neuf. Et dura cette guerre Jusqu' au vingt-septième jour d'octobre ensuivant, que la paix se fit, moyennant ce que tous les François étant au dit royaume,
* Cest-i-dire 1416, car ane partie da chapitre précécédant n'appartient à l'année 1417 que d'aprèa le nouveau atyle.
' * Jacques, comte de La Marche, épousa, le 16 Juillet I41S, la fameuse Jeaipne II, veuve de Guillaume, fils de Léopold III, duc d'Autriche, et qui, après la mort de Ladislas, son père, était revenue à Naples, dont le trône lui était disputé par Louis d'Anjou, qui était en France. Jeanne II avait stipulé que son nouveau mari n'aurait que le titre de comte et de gouverneur-général du royaume, en se réservant i elle seule la dignité et le pouvoir royal ; mais, par inimitié contre Pandolfello Alopo, amant de la reine, ligués avec le brave paysan Sforoe, devenu prince, les grands saluèrent le comte de La Marche du nom d« roi. (Voyez Slsmondi, t. 8, p. 257 et suiv.)
* Le comte de La Marche avait voulu s'opposer aux débordemens de sa (femme, et la tenait enfermée, mais le peuple la délivra le IS septembre 14 M.
ayant état ou office ea îcelui , s'en partiroient et s'en retoumeroient chacun en aoa pays , excepté ceux qui seroient commis à servir le corps du dit roi , en Uen petit nombre.
Et après cdle paix faite, retourna le dit roi au Ghàtel-Neuf , et la reine aussi ; auquel châtel lui fut des Néapolitains le sèment renouvelé de le tenir pour roi toute sa vie, sans ce qu'il dût avoir nul gouvernement du dit royaume ; et lui fut son état ordonné pour sa personne de gens, de chevaux , et d'autres gens et choses , tout au plaisir d'iceux Néapcditaios *.
En après, le Jour que le roi arriva au dit (Mtel-Neuf , après la dite paix faite , ftrent ceux de Naples grand' Joie parmi la ville, et allumèrent feux et chMideOes parmi les mes et sur les terrasses des maisons ; et le lendemain furent les dames et daraoiselles danser et mener joie au dit châtel. Mais au tiers jour tat le dit roi si court tenu que nul ne pouvoit parier à lui, sinon en la présence de ceux qui l'avoient en gouvernement; et ne purent les gentilshommes de France prendre congé & lui.
Et tantôt après mirent la reine en oe parti,' pour doute que eux deux ensemble ne fussrat maîtres des dits gouverneurs. Ettout^ois, pour leur serment , ils tinrent l'un et l'autre pour leur roi et reine ; mais ils les gouvemoient eux et leur royaume du tout à leur volonté ; et fut le chef de tous ces rebelles et traitreurs un ancien homme de la plus riche et puissante lignée de Naples, nommé Hanequin Mournil 3, qui étoit celui en qui le roi avoit la plus grand' fiance de tous les Italiens. Et fut icelui roi par grand espace 4élenu en ce point. Enfin leur échappa , et fut conduit par mer au pays de Tarente, qui lui étoit donné, et puis se partit et fut du tout débouté du dit royaume s. Et y alla depuis lui leducd'Ai^ou, fils du roi Louis; et fut
■ Jacques perdit toute l'administratloii du royMme, et après avoir été tenu prisouBier Jusqu'en 1414, il rentra dans le palais pour y vivre sons la dépendance de Glannl Carraccioli, nouvel amant de sa femme.
* Je ne puis retrouver le nom dont il est question Ici.
* Jacques s'étant échappé du palais de sa femme, se réfugia à Tarente, et chercha à soulever les provinces méridionales; mais la reine Marie, veuve de Ladislas, vint assiéger le roi fugitif, qui fut réduit i s'embarquer de nouveau. Il retourna en France, et dès son arrivée, il entra dans l'ordre de saint François ; il moarot dane ■on couvent en I4|8. ^Sismondi, ^^. luu., t. 8, p. IM.)