‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 273 sur 761 · CHAPITRE CLXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXIV

Comneat le due d« BourgogiH) «iiW]ra m* ItUmi phuieun ta)«n«a TiU(» à^ ttrjrun»ie Fraacs, «mMVBt Vé\^\ df ceux qui gouYernojent Iç rojaumc,

En ces jours , le duc de Bourgogne envoya ses lettres - patentes avec ses lettres closes è plusieurs bonnes villes du royaume de France, afin de les émouvoir et attraire en son parti , dont la teneur s'ensuit:

« Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre, 4' Artois, de Bourgogne» palatin, seigneur de Salm et de Malines, à tous eeox <pii ces présentes lettres verront , salut et recommandalbn de bpnne paix.

» Comme Jadis, par la grâce de Dieu , ep ce royaume et ailleurs nous fussions venus en recommandation et domination , et trouvé la disposition de la chose publique de ce noble royaume être gouvernée par gens de petit état et inconnus de lignage, qui à autres choses n'ont attendu fors à eux aller et attraire en secret et en apcrt par voies innumérables finances de la chose publique, et icelle appliquer à leur singulier profit , si outrageusement que monseigneur le roi , sa noble génération , ses gens çt officiers petitement étoient contents , avec <^ ils ne payoient pas, ni souffraient être payées les aumônes et réparations de lieux et garnisons royales, fournissoiept leurs marchandises

■ Jean VI de Bavière fut nommé par le pape i l'évèehi de Ltége en 1390, i Fftge de dh-sept ans, et avait •lArae été «tnelqae tempt auparavant préceniêé i l'éir^ 4b^ dt Cambial. ti«t évéelii loi fat «mteaté, le* nnnas • U main, pw Tf^rry de Perweis. Jean deSav|ire, u^ nqmméJeaA sans pitié, abdiqua l'évèché de (.iége en 1418, pour épouser Éilsabclh de Forlitz , dachesse de UuenAoarg,

et dépens, et ik ne payoient point les aatres choses nécessaires et compétentes; nm, Mmaw dit est , la dite finance ètoit perdue avec ceBs qui étoit levée et cueillie par lattes, pirsnpruntements et autres exactions.

» Nous, à ee ayant regard , eensidéraat la prochaineté du lignage dont aousadenonsi mon dit seignenr, comme dit est, d'êtrs son cousin-germain, de hii tenant la duché de Bourgogne et comtés de Flandre et d'Artois, étant double pair et doyen des pairs de Fnoce, et aussi par autres voies sommes obligAii bi et à sa couronne, si grandement que nul nele pourroit ignorer ; pomf pracorer de tout nom pouvoir que les dits inconvénients cessent, et que bonne réparation fut mise en la chose publique, nous avons fait remontrer en la ville de Paris, au Louvre, en la présence du grandeoBseii de mon dit scignepr, auquel éloit président notre très redouté seigMar et Us, k dued'Aquitaine déftint, dont Dieu en ait I'sm! an requérant que par son boa avis et acquit de eopseienae ils vonlsissent pourvoir an bia et oonaarvation dHeelui, à hqueUe proiècalion adono s'adjoignit avee b«us l'uniwnité de Paris, et de ce noua baiM« aes lettres, laquelles Airant puldiquement taes à. Saints^ neviève, à Paris, «ten générale preeessiaB. B ]à aoit ce qu'il noua ffttnaentréseoiblintde noua vdoBtiers otrtr et de vouloir entendre à ce, Béanmoios leur intention ètoit autre, car, comme il est tout notoire, qods n*avcw iwiré fors cautelles, déeepliens, dissimiditiow et persévération de tQus maux, dont en ce rsyaona grosses guerres se sont enaniviesi «( <* non(d>stant, coatinueUement nqns avons poD^■ suivi la dite réparation, teHemant que par ao' tables clercs, tant de parlement que de ta dite université, par prudents chevaHars et aatres sages bourgeois ftirent hitee ordonasoee* tendant à iccHe publiée et Jurée en la préseeos de non dit seigneur, séant au lieu de Justice, lani quérir qouvelletés ou acceptions de persoanc*. Mais maintenant la chose est dolente et iniiéndde à racoqier, en ee que le eontraire a été fait, et est notoire qae lea dessos dits rsTOseurs ont trouvé manière de dous éloigna- de mm dit seigneur, et taatH apréafiMst roaqin lea dites ordoBaonees, et toDe^ sur tapiJes, * prtta sur i^éts, rtfomalioBt, humissaMoU,

uvm mmm.

décoUatioiu, travaux et autres innumërables p^rcUtioQ» dont OQtre très redovté s«igQeur défunt deuus dit prit trè^ graml' dépIaimoM, ayant inteation de pourvQÎr en ce de re^nède compétent, pour I«iquel remède il nous maoda qu'en armes et puissance allissions devers lui, nonobstant quelque mandeioeat qui nous fiU fait au contraire, et de ce nous envoya troM paires de lettres écrites et signées de sa main. Et pour obéir é lui bous aUftmes i Saint^Denis et vers la dessus dite ville, mais nous ne pûmes pas approelier & lui, car la besogne étoit ih venue à la connoissance des dits ravisseurs, et de fait ils saisirent notre très redouté seigneur et fils, en tenant le cb&tel du Louvre, levant les ponts et tenant les portes closes par oer-r tain espace de temps, et firent emprisonner une très grand' parue de ses serviteurs, telle* ment qu'oncques puis ne put être en sa pleine francbise. £t j^ soit ce que par l'espace d'un an et phis ils purent avoir avis que ^s ennér mis de ce royaume étoient en intentiep ayee^ que toute Içurpui^ncede grever ce ipyaume, néanmoins, par leur damnable avarice et cqvir Gopi8cençe,>ils ne firent pas au contraire pror vision et résistapce, dont advint que mon dit seigneur perdit un port des plus notables de ce royaume et clef de tous paySi avecque U deslruotioo de la plus grand' partie de sa cb^ Valérie, et que ne pourroit savoir les grands périls et dommages qui sont en aventure d'ad* venir, que Dieu ne veuille I

M £t qui plus est, pour ce qu'il uqus convenait acquitter en loyauté vers mon dit aetr gneur, w faisant son service, nous, &mm» loyal pwent et vassal, bous avons mis ta armes aveoque toute notre puissance pour résister et soutenir et défendre ce royaume, cpmme faire devons. Et les dessus dits rapineurs et dissir peurs firent défense par cités et bonnes villes fermées qu'en icelles on ne nous laissât pas «ntrer ni nos gens, ni vivres ne nous fussent pas administrés» comme si nom fussions pror près eonemis de ce royaume. Toutefois, tous Kevn de BQtre compagnie mieux aimoient et aiment man dit seigneur très grandement. Et «n assemblant maux avec maux, ils firent emprisonner très grand nombre de prud'hommes par les villes et cités de ce rpyaume, lesquelles ■HwieBt la eoBS«nr«ttM) «( ^oiaiMiioi 4«

mon dit setgneur, et il prenait déplaisanoe è voir les inconvénients desaus dits.

» Et enoore, qui pis est, au temps que mon très redouté seigneur oommencoU à eonnottre leurs dites maUoas, vemllant k oc obvier sdon raison et pouvoir, ils la firent mourir par poi« soB, comme il apparut par les manières de S4 mort, et se firent-ils augmenter leur autorité, Et quand noua vtmei leur fbreur, afin d'éobever, selon notre pouvoir, toute raatjère de di<* vision, BOUS allâimes en nos pays de Flandre et d'Artois, et vers notre très ober et très tmé f^ère le comte de Hainaut, afin d'exposer à notre très cher et très amé neveu, monseigneur le dauphin, naguère trépassé, dont Dieu ait l'ame ! notre bonne intention et les ineonvé^ pients et mauvaises nalièrea dessus dits ; la* quelle exposition nous ne pensions pas taire si tôt, pour ce que notre dit seigpenr et aefeu étoit en BollaBde, et ne put pas si tôt venir en Bainaut pour le péril de la mer. Toutefoia, après SB venue, nous allâmes vers lui à Valen* «ienaea, et lui exposâmes plusieurs «bases, et la paix générale à tous qui è noua hi vouloient avoir, excepté le roi Louis, oeotra lequel nous avons grands intérêts touobant et regardant grandement notre hoaneur et l'état de notre personne, dont il fut trè* bien content, et aussi AitBOtre dit firère. Et pour la perfeetion de la dite paix et autres graadea besognes de ee royaume, ils se transportèrent âSaint^^ueatin, en Yermandois, et de là à Gompiègneimais les dessus dits rapineura, par leurs malieieuses Araudes» attroyèrenl notre dit Beveu}asqu'âPa>ris, qui en bonne foi prctséddit à la diteber sogne, «t qui du tout ne creyoit pas que pour si gi«nd bien procurer aucun voulstt attmter é sa personne. Laquelle eboae efit été fiaite, «omiae il est tout notoire, a'il n'eût 4 ce pom-vn par son sens, car il se départit de Paria hâti* vemeal â petite c<HnpagBie, et vint à Coohpiègae en ce même Jour de hutte heure, jà soit ce qu'il y ait de Paris k Qonpiègne vingt lieues, et que eel ineonvénienl ne soit> pas tant seulement, oar ea c« jour, au» vflq;>res, n«ta« très redouté seigneur et sevau ftot si tràsgriè> vement malade que tantôt après il trépassa tout enOédes Joues par la langue et leslèvrest ayant les yeux élevàk et saillanisliors talla^ 1 ami qw e'At^t grand'ittli* à v^r, vtt q/ae

CHRONIQUES D'ËNGUËRRÂND DE M01NSTR£LET.

ceHe forme de mourir est use manière dont gens empoisonnés ont accoutumé de mourir. Les dessus dits rapineurs icelui empoisonnèrent comme notre dit très redouté seigneur et fils son frère ; laquelle chose nous racontons dolentement, tenant fermement que tous bons prud'tiommesde ce royaume en prendront déplaisance & ouïr réciter la mort d'iceux.

» Ainsi et en cet état demeura la cbose que les dits rapineurs et empoisonneurs ne voulurent entendre à la dite paix ni prendre pitié du pauvre peuple de France, qui est mis i destruction pour l'occasion des dits débats. Vraiment la nature d'iceux est moult malheureuse, qui ne Yeulent fors mal, et qui ont rompu et enfireint six traités solennellement Jurés, c'est à savoir de Chartres, de Vicestre, d'Auxerre, de Pontoise, de Paris et de Rouvres en Bourgogne. Lesquels traités et la manière de rompre iceux présentement nous ne déclarons point, pource qu'ils sont assez notoires et que ce seroit trop long h raconter. Les choses dessus dites BOUS vous signifions, afin que connoissies vraiment la mauvaiseté des faux traîtres, séditieux, pariures, tyrans, homicides et rapineurs, dissipeurset empoisonneurs des choses dessus dites, qui sont sans foi, sans loyauté, remplis de toute trahison , cruauté et déloyauté, et vous faisons savoir que JÂ soit ce que nous prenons patiemment comme faire devrais les dépbirirs et persécutions qui nous ont été faites touchant notre personne, ayant devant nos yeux ce qui est trouvé es anciennes histoires, tant divines qu'autres, que communément les anus de Dieu et de la chose publique flirent merveilleusement persécutés pour leurs prosécutions vertueuses , néanmoins notre bonne intention et volonté est de poursuivre de toute notre puissance, ft l'aide de notre créateur et de nos bons parents et amis, vassaux, «Uiés et bienveillants de la couronne de France et de nous, et la bonne prospérité de mon dit très redouté seigneur notre souverain seigneur, la destruction duquel qui seroit cause de la destruction des autres de son royaume ; et aussi de poursuivir justice et punition des coupables des deux dessus dits empoisonnements etde leur adhérents et conformants, si lotaguement que Dieu lui prêtera k vie au corps. Avecquo ce poùrsiiivrons la dite

réparation de ce royaume par nous commencée, comme dit est, et le relèvement du pauvre peuple, qui si grièvement est grevé et oppressé par aides, impositions, tailles et gabelles, dîmes, dépouilles et autres exactions. Nous avons conclu et fermé en notre courage de soutenir tous preux et nous y employer de tout notre pouvoir.

» Et pour ce vous prions, et néanmoins sommons sur la' foi et obédience que devez à mon dit seigneur et à la chose publique de son royaume, à eschever crime de lèse-majesté, que vous et chacun de vous veuillezaider, conseiller et conforter à faire punir les détruiseurs de la noble mégnie de France, et coupables des fausses trahisons , homicides , tyrannies et empoisonnements dessus dits , comme vous êtes tenus selon raison divine , naturelle et civile ; et en ce nous connottrons si charité, loyauté et vertu et cremeur de Dieu est en vous, à réprimer toute leur tyrannie, cruauté, déloyauté, fureur, vanité et avarice ; et par ce sera eschevée la destruction de France, et mon dit seigneur sera obéi et honoré. Laquelle chose est que plus désirons en ce monde , et que semblablement plus devez désirer. Et ainsi sera le royaume en paix, les églises seront défendues, mauvaisetës punies, et injures faites au peuple cesseront. Certainement icelle chose est digne et nécessaire que vous en icelle veuillez occuper vos cœurs et non quérir la grâce des faux trattres et damnablesgens dessus dits , en vilipendant la grâce divine. Et ne doutez aucun de vous que notre intention sok à prendre vengeance des dits déplaisirs qui nous ont été faits ; car nous vous promettons, sur la foi et loyauté que nous devons à Dieu , & mon dit seigneur et à la chose publique de son royaume, que toute notre intention et volonté est d'empêcher de tout notre pouvoir que mon dit seigneur et son royaume ne viennent pas à destruction, laquelle procurent no* toirement les dessus dits trattres, détruiseurs , rapineurs et empoisonneurs ; et que raisonnable punition soit faite de ceux qui par avis à ce nous aideront, conseilleront et conforteront i et pour celte cause voulons, et par ces présent tes , nous oifrons paix à tous ceux qui la voudront tenir et avoir aveeque nous , excepté le foi Louis^ pour la proséctttion de notre bonne

UVR£ PREMIER.

intention, tendant au bien de mon dit seigneur et de son royaume ; sachant qu'en cette^ k>yale et nécessaire prosécution nous attendrons jusqu'à la mort sans autres attentes ou douces voies devers les dessus dits traîtres , délruiseurs et empoisonneurs : car cette besogne a eu trop longue dilation , et chacun peut assez considérer qu'iceux sont tous obstinés à détruire la dessus dite noble maison de France, toute la noblesse, et généralement tout le royaume , et mettre icelui en main étrange. Nous avons ferme espérance en Dieu, qui connolt le secret des cœurs, que nous viendrons à la conclusion du bien dessus dit par moyen des bons et loyaux sujets de ce royaume , lesquels en ce cas nous soutiendrons, maintiendrons et serons avecque eux pour les maintenir perdurablementen toutes leurs iioblesse, franchises et libertés. Et ferons à notre pouvoir qu'ils ne paieront dorénavant tailles , aides , impositions, gabelles ni autres subsides ni quelconques exactions , comme requiert le noble royaume de France ; et contre ceux qui viendront au contraire ou qui dissimuleront en cette partie , nous procéderons par voie ennemie de feu et de sang , soit universités, étal ou communautés , chapitres , collèges , nobles et tous autres, de quelque condition qu'ils soient.

» En témoin de ce, nous avons signé ces présentes de notre ma\a\ et fait sceller de notre scel secret en l'absence du grand.

» Donné en notre ch&lel de Hesdin, le vingt-* quatrième jour d'avril l'an de grâce mil quatre cent dix-sept après Pâques. »

Lesquelles lettres dessus dites furent envoyées es villes de Montreuil , Saint-Aiquier, Abbeville, Dourlans , Amiens, Corbie, Saint- Quentin, Roye, Mont-Didier, Beauvais et pluneurs autres lieux ; et par le moyen d'icelles y eut plusieurs bonnes villes et communautés qui très fort furent émues au contraire de ceux qui goavemoient le roi.

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