CHAPITRE CLXXXI
Conameot le seigneur de Chaun; fut enrajA de par la roi •■ ambassade devers le duc de Bourgogne , qu'il trou\'a à Amiens, et de la réponse quil eut du dit duc de Bourgogne.
Après que le duo de Bourgogne eut par très long temps fait toutes ses préparations, sur intention de mener son entreprise A fin , et que tous ses gens d'armes et habillements de guerre fivent prêts, se partit au mois d'août, le Jour de Saint-Laurent, de la ville d'Arras , et alla h Corbie pour passer outre et tirer vers Parts. Auquel lieu de Corbie, la première nuit qu'il y vint, mourut l'abbé du dit lieu, nommé Raoul de Roye. Pour la mort duquel le dit duc fut très courroucé ; et après qu'il eut là été aucun peu de jours s'en alla à Amiens, où il toi reçu de tous ceux de la ville moult honorablement, tant des gouverneurs d'icelle comme du commim ; et crioit-on NoCl ! par tous les carrefours où il passoit. Et se logea en l'hôtel de mettre Robert Le Jeune , son conseiller. En laquelle ville devant son département, il ordonna nouveaux officiers , c'est A savoir le seigneur de Hnmberoourt , bailli , Andrieu Clamel , procureur, et autres, chacun en son degré, les commit selon son bon plaisir.
Auquel lieu d'Amiens lui fbrent apportées
• Othon Cotonm, ^nl fut éln le 11 noTvmbrv 1417.
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ISVKE PREMIER.
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Mtretdepvle roi, signéeide la main, le»* quelles lui présenta meMire Aubert, seigneur de Cbaun^ et de Varennes, en lui disant : « Très Boltle prince et redouté sei|;neur, » comme il appert par ces lettres du roi notre
> sire , il m'est enjoint et commandé que Je
> TOUS eqjoignisse de par lui et commandasse « détroitement en tant que pouvois que vous » laissiec le Toyage qu'avez encommencé en » congiant votre ost, et que retourniez en votre » pays, et lui récrirez pour quoi vous aves foit » cette assemblée outre son commanctement. >>
Auquel le dit due de Bourgogne répondit de sa bouche i « Yoos , dit41 , sire de Cbauny, si » vous voulez ou si vous ne voulez pas, vous N êtes de notre lignage du côté de Flandre ; » mais néanmoins pour cette l^ation par » vous faite , en vérité à peu tient que je ne » vous fasse trancher la tète. » Et adonc le dit siro de Ghauny, moult ébahi pour icelles parties, se mit h genoux , lui hundrfement excusant à son pouvoir, disant comment il avoit été contraint de par le roi é obéir, en lui montrant les instructions é lui sur ce baillées de par le roi et son conseil. Et avec ce fUt grandement excusé des ebavaliers étants autour du dit duc ; pour quoiaueunement s'apaisa, et dU qoepar lui il ne maoderoit pas son intention , mail par un autre il lui réeriroit, et que rien il ne f^oit pour le mandement et défense du roi ; mais à toute sa puissance prestement il iroit devers lui à Paris , et lui répondroit bouche à bouche de to«8 les articles & lui envoyés. Toutefois le dit duc fit répondre par son eonstil i tous les articles de l'instruction à lui baillée de par le roi; et ee bailla par écrit au dit seigneur de ChauBT , et avec ce , les noms des traîtres de son conseil et officiers icelui veuillants détruire; et fit promettre au dit sire de Chauny qu'il les baiUeroit en la main du roi et non d'autre. Et après qu'il eut besogné, se départit d'Amiens, et retourna à Paris devers le roi.
S'ensuivent avec les actes l'instruction baillée à measire Aubert de Chauny, seigneur de de Yareqnes , de par le roi et son conseil , de ce qu'il a i faire devers le duo de Bourgogne.
» Premièrement, il parlera au duc de Bourgogne, en lui disant que le roi et monseigneur 1b dauphin sont moult ébahis des manières qu'il « lennet et encore tient vers le roi et sa
seigneurie, vu qu'il est son parent tant prochain comme chacun sait , et à lui obligé par tant de manières , comme lui-même a toujours dit et confessé en toutes ses lettres et écrits.
» lum. et dit est, & déclarer ce que lui remontrera conflamment que ses gens et les su- Jets de ses pays, et autres, qui sont et s'avouent de lui , font guerre ouverte au roi et à ses sujets, en prenant par assaut et par siège les villes, châteaux et forteresses du roi , et font toutes les cruautés et inhumanités par feu, par sang et autrement que Mte pourroient les ennemis d'Angleterre , et encore pis.
» Item, en outre, lui remontrera comment ses gens et officiers prennent serment des habitants es bonnes villes du roi d'être obéissants au duc de Bourgogne ; et avec ce leur font défense de par lui que dorénavant ils ne paient plus rien au roi de ses aides ou redevances que ils lui ont accoutumé de payer r laquelle chose est moult merveilleuse et contre l'honneur, autorité et seigneurie du roi.
» Item , il lui remontrera en outre comment les choses dessus dites , qui maintenant sont faitoi par le dit duc de Bourgogne, quant au point de la venue et descendue des Anglois, font croire et imaginer A plusieurs gens qu'elles sont faitM au profit et avantage d'iceux Angkns, comme pour ôter la puissance du roi, et non résister aux mauvaises volontés et efforcements des dits Anglois, et que le duc de Bourgogne soit leur allié et assermenté.
» Item, et pour ces causes requerra le dit messire Aubert de Chauny, de par le roi , an duc de Bourgogne , qu'il veuille cesser de tels efibrcements et choses dessus dites , et spécialement d'assaillir les bonnes villes du roi et de ses sujets et de mettre siège devant, et aussi de prendre serments de lui obéir par les sujets du roi demeurants en ses bonnes villes. Et avec ce lui requerra que tous les gens d'armes qu'il a assemblés fasse départir , issir et retourner chacun en son lieu ; car, vu les manières qu'il a tenues et lient jusque ci, le roi croit fermement qu'il tient et fait assembler iceux gens d'armes pour donner secours, faveur et aide aux Anglois et pour grever le roi et sa seigneurie.
» Item , et pour induire le duc de Bourgogne à ce, messire Aubert lui remontrera le grand
CHRONIQUES D'ENGUERRAM) DE MONSTRELET
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déshonneur qu'il a fait et le grand' diffame et reproche qui sera à lui et à sa génération , s'il persévère en tenant les manières qu'il a commencées, en lui priant très humblement et doucement qu'il veuille à ce bien penser et aviser, et qu'il ne fasse telle vilenie à son bon père , qui tant fut vaillant et loyal, et qui en sa mort lui commanda de toujours obéir au roi et  ses commandements.
» Item , messire Âubert remontrera semblablemenl les choses dessus dites à tous les seigneurs, barons, chevaliers, ëcuyers et autres de la compagnie du duc de Bourgogne auxquels il pourra parler, en eux priant et requérant , de par le roi , que eux et leurs prédécesseurs , qui toujours ont été tant bons et loyaux devers le roi et sa seigneurie, maintenant ne s'en veulent pas défier ni eux déshonorer ni diffamer par mauvais conseil, en faisant aucune chose dont eux ni leurs successeurs puissent être réputés au temps à venir d'avoir été désobéissants au roi et d'avoir donné faveur à ses ennemis.
' » Jtem , et en la fin , en exécutant à la personne du duc de Bourgogne et à tous ceux de sa compagnie ce que le roi a commandé au dit messire Aubert, il fera, le plus doucement et gracieusement qu'il pourra, les commandements et défenses contenues et déclarées en lettres-patentes sur ce baillées de par le roi à messire Aubert, et de ce demandera réponse.
- Ittm. et si le duc de Bourgogne, ou autre de sa compagnie, disoit que ceux qui -gouvernent devers le roi lui ont fait et font de jour enjour plusieurs grands duretés et choses qu'il ne peut ni doit endurer ni souffirir, encore répondra messire Aubert que si aucuns de ceux qui sont entour le roi ont fait aucune chose au duc de Bourgogne qui lui dût déplaire, si ne seroit-ce pas cause raisonnable ni suffisante pour ainsi détruire le royaume comme il a fait détruire, et encore fait chacun jour, ni que pour ce il eût dû favoriser ni donner conseil, confort ni aide aux Anglois, ennemis du roi, à la charge de son honneur et de sa génération à toujours mais, et qu'il peut bien procéder par autre manière plus honnête.
» lum. dira en outre messire Aubert, quant à ce point, à la requête de bonne mémoire monseigneur de Hainaut, à qui Dieu pardoint !
a autrefois voulu et octroyé par le bien de la paix au duc do Bourgogne et à tous autres qui l'ont servi moult en très grosses choses, et qui leur dévoient plaire ; car elles étoient au bien et profit du duc et de tous ceux qui l'ont servi; mais il ne les voulut pas accepter, et n'en fit compte ; dont le roi n'en est pas bien content, et à bon droit. Et néanmoins encore n'a-t-il pas la main si close qu'il ne soit bien enclin de faire grands courtoisies et grâces au dit duc de Bourgogne et à tous autres qui ont été & son service, si métier est, et ils font vers lui leur devoir comme ils sont tenus.
» Ittm. à cette fin seront baillées, si métier est, à messire Aubert, les réponses par écrit que le roi à faites autrefois aux complaintes et doléances que faisoit le dit duc de Bourgogne des choses qu'il disoit à lui être faites et perpétrées contre lui en son préjudice, afin de montrer telles réponses aux barons, damoiseaux, chevaliers et autres nobles étants au service et en la compagnie du duc de Bourgogne.
» Donné & Paris le second jour d'août l'an de grâce mil quatre cent et dix-sept.
» Ainsi signé par le roi.
» Ferremoitt. »
S'ensuit la copie des réponses que fit le dit duc de Bourgogne sur les articles A lui baillés de par le roi, par messire Aubert de Giauny, seigneur de Yarennes :
« Premièrement, en ce qu'il touche que le roi est moult ébahi des manières que le dit duc de Bourgogne a tenues et tient encore devers le roi et sa seigneurie, vu qu'il est son parent si prochain, comme chacun sait, et qu'il est obligé à lui par moult de manières, répond le duc de Bourgogne que vrai est qu'il est son parent et k lui obligé devant tous et contre tous ; et pour cause de ce, il a tenu les manières de lui aimer et servir, en contendant, au temps passé, que bon régime fût mis en son royaume, tant au regard de sa personne, de la reine et de ses enfants, comme sur la réparation de ses maisons et places, de bonne justice et bonne administration des finances, comme il appert notoirement par les ordonnances royaux. Lesquelles choses k la poursuite du dit duc ont été publiées et jurées en la présence du roi tenant lit de justice; mais les manières de ceux qui sont entour le roi, qui
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