‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 282 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

seront ci-après, nonunés, furent cause de tout rompre, de gftter et dissiper, non pas tant seulement la substance du roi et de f>on royaume, mais généralement de tous ses sujets et particuliers étants au royaume ; et mémement du duc de Bourgogne et de tous ses bons amis et bienvciilanls, en les détruisant de corps et de tennements, ainsi conune ils les ont pu prendre et appréhender, et ont procuré, tant en cours spirituelle comme ailleurs, son déshonneur et damnement de sa bonne mémoire et ren<Hnmée, et de sa postérité et génération ; mais le duc de Bourgogne, au saint concile de Constance, <Atint une sentence pour soi, par laquelle il appert clairement du bon droit d'icelui duc et de la mauvaiseté et haine des autres.

» Ittm, en tant qu'il touche et dit que les gens et sujets des pays de Bourgogne et d'autres qui se avoïKnt au dit duc font guerre ouverte au roi et à ses sujets, et prennent, tant par assaut comme par siège, les villes, diftteaux et forteresses du roi, et font toutes les cruautés et inhumanités par feu, par sang et autrement que pourrment faire les ennemis d'Angleterre, et encore pis: répond le duc de Bourgogne que quand il vit que ceux qui sontentonr le roi ont toujours persévéré et persévèrent en leurs rigueurs, et qu'ils n'ont voulu entendre à aucun bon régime et bien de paix, et qu'il étoit toujours envahi et agressé, et ses bons amis et fde bonoe volonté, par voie de feu et de sang, lors le dnc de Bourgogne fut contraint cte signifier par ses lettres-patentes, en plusieurs particulières villes de ce royaume, les dures rigueurs coramises et perpétrées par ceux qui sont entour le roi, et la volonté qu'il avoit, et pareillonenl les manières qu'il tiendra pour y re* médier. Et pour cause de ce, fit-il son mandemmt de gens d'armes et de traits; et que, grâces à Dieu, il a ponr servir le roi, et pour le bien de lui et de son royaume, six mille chevaliers et écuyers, et jusqu'au nombre de trente mille combattants, tous bienveillants du roi et de son royaume, et de ses bons sujets. Lequel duc et les siens en tenant leur chemin, ont trouvé et trouvent en plusieurs notables villes et cités bons bourgeois et autres connoissanl la bonne intention et volonté du duc, à tout bien, qui lui ont fait ouverture de&bonnes

villes et cités. Etavecque ce. les gensjdu duc ont fait qu'aucunes places qui étoient garnies de pillards, robeurs et autres malfaiteurs, lui ont été rendues, baillées et délivrées, et les ont prises au nom du roi et laissées en la garde des nobles vaillants hommes sujets de monseigneur le roi, qui, pour quelque chose du monde, ne voudroient faire déloyauté devers le roi et le bien de ce royaume ; et ce qui en a été fait a été fait au gré des bonnes villes, des cités et de tout le pays environ.

» Item, et en tant qu'il touche que les gens et officiers du duc de Bourgogne prirent les serments des habitants es bonnes villes du roi, d'être obéissants à icelui duc, et avecque ce leur font défense de par lui que désormais en avant ils ne paient plus au roi ni autres aides débites qu'ils lui ont accoutumé de payer: répond le duc de Bourgogne que s'il prend les serments des dits habitants, c'est afin qu'ils soient et persévèrent en bonne loyauté devers le roi et le bien de son royaume, à la confusion et reproche des empêcheurs de paix et détruiseurs du royaume qui sont entour le roi. Et ceux qui se joignent et sont obéissants au duc de Bourgogne, c'est pource qu'ils voient et connoissent qu'il a tant bonne volonté au bien du roi et de son royaume que plus ne pourroit et plus que nuls autres. Et n'est pas vrai, sauf la révérence du roi, que la défense soit faite de non payer au roi ses aides et autres dettes ; mais bien pourroit être qu'ils ont fait défense qu'on ne les baille pas aux faux traîtres et empêcheurs de paix, et qu'elles soient conservées et gardées à employer au bien du roi et de son royaume en temps et en lieu, et ils ont bien fait; car tout l'argent qui chet es mains des dits traîtres, qui monte une très grande somme de deniers, a été toujours mauvaisement et déloyaument emblée au roi et départie entre eux & l'avantage des ennemis de France et au très grand et innumérable dommage du roi et de son royaume et de sa chevalerie , comme chacun sait. Toutefois, l'intention du duc de Bourgogne est de procurer, quand il sera devers le roi , que tels aides plus n'aient cours , et que les bons sujets du royaume soient tenus en leurs anciennes libertés et franchises en pourvoyant aux affaires et nécessités du royaume par toutes bonnes voies et manières.

CHRONIQUES D'ENGUEARAND DE MONSTRELET

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» lUm , et ea tant qoe toaebe tes choses oidessus déclarées , qui maintenant sont feites par te duc de Bourgogne sur te point de la venue et descendue des Anglois , font accroire A plusieurs gens et imaginer qu'elles sont faites au profit et avantage des Anglois, c'est h savoir pour 6ter la puissance du roi et non résister & la mauvaise volonté et eflbroement des Anglois , et que le duc de Bourgogne soit leur allié et sermentés répond te duc de Bourgogne que celle imagination ne peut ni doit checHr en cœur de loyal homme, car autrefois on a vu la descendue des Anglois sans ce qu'on leur ftt résistance au contraire, combien que les traîtres, qui pour lors gouvernoient et encore gouvernent, fussent tous sages etadvisés de la dite descendue et venue, dont le roi a eu telle perte de terre et chevalerie que chacun sait. Et doiton fermement tenir que si les Anglois eurent lors l'avantage sur le royaume par te faux et m^iivais régime des traîtres , ils ventent en ce persévérer, et mémement, vu que par teurs damnables manières ils ont pris Harfleur, qui est une des plus fortes défenses de Normandie. El cette chose doivent bten fermement noter et afficher en teurs coeurs les nobles chevaliers et écuyers de la compagnie du duc de Bourgogne, auxquels les destourbeurs de paix veulent imposer telle trahison et déloyauté, comme d'empêcher au résistement de la mauvaise volonté des Anglois ; et, sauf la révérence du roi, tous ceux qui disent te duc de Bourgogne être sermenté et allié aux Anglois , ils mentent mauvaisement et faussement.

» Item, et en tonl que touche te requête que te duc de Bourgogne fasse issir tous ses gens d'armes qu'il a assemblés et fasse retoui^ ner en leurs lieux et pays et autres choses : répond le dit duo qu'on voit maintenant clairement te fausse et damnable volonté des traîtres; car tout te monde perçoit bien qu'ils n'ont nulle puissance de résister aux Anglois, et que maintenant il est temps de faire assemblée de gens d'armes pour le roi et pour son royaume ; mémement de bons et loyaux chevaliers, comme sont ceux de te compagnie du dit duo de Bourgogne, et non pas d'eux donner congé et envoyer chacun en sa maison. Et est apparence cteire et évidente qu'ils te font en faveur des Anglois, et pour grever te

roi et sa seigneinrie. Et encore d'abondant doivent noter les chevaliers et écuyers de la compagnie du dit duc que les traîtres les réputent ennemis du roi et devers lui et son royaume; et pour ce répond le dit duc de Bourgogne , pour soi et pour tous ceux de sa compagnie tout absolument, qu'il n'en fera départir se* gens, mais poursuivra toujours comme par la teneur de ses lettres il a promis.

» Item, et en tant qu'il touche que te dit messire Aubert de Chauny démontrera qae te duc de Bourgogne fut déshonneur gruid et grand blftme et reproche qui sera pour hû et sa génération s'il persévère, en tenant les manières qu'il a commencées, et qu'il ne fasse pas telle vitenie à son bon père, qui tant fut vaillant et loyal , et qui en sa mort exiwessèment lui commanda toujours obéir an roi et & ses commandements : répond le duc de Bourgogne que son père, de bonne mémoire, é qui Dieu pardoint! M tonjours, eomme dit est, bon et loyal devers le roi. Et pouroe qu'il vëoit et connoissMt tes iniquités des mauvais régner en te eour de France au temps de son trépas, il commanda à son fils loyaument servir au roi et à te couronne de Franee , sans épargner son corps ni sa chevance > dont te duc de Bourgogne a pris ces bonnes manières tendant à la réparation et à te bonne réformation de ce royaume, et à te conservation d'iee> lui ; et n'a pas ee fait soudainement, mais ton» jours par très grand' et mûre dèUbératioa de conseil ; et s'il s'en départoit, il en seroit blftmé et r^roché à sa grand' charge et de ceux qui de lui istrent, et pour ce il ne s'en départira.

» Ittm. et en tant qu'il touehe que messire Aubert remontrera pareillement tes choses devant dites, et tous tes seigneurs barons, cbe^ valiers, écuyers et autres notables gens étant en la compagnie du dit duc de Bourgogne > répond le dit duc que tot^ours les manières qu'il a tenues et entend à tenir, il a fait et fera au plaisir de Dieu, par te conseil de ses barons, chevalters et écuyers, et autres gens notables ; et pour ce il octroie pteinement que tout leur soit remontré ; ear de tant qu'on leur partera plus des dites besognes, de tant plus verrontils et connoltront les iniquités de ceux qui détournent te paix et te bonne intention du dit duc.

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