‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 283 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

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» Ittm, cf en tant qu'il tooehe que le roi t commandé au dit mestire Aubert qu'il fosse au due de Bourgogne et à tons ceux de sa compagnie, le phu doucement et gracieusement que il pourra, lesoommandementa et défenses contenues, et déclarées es lettres-patentée sur ce baillées , et obargées, de par le roi, à messire Aubert ; répond le dit duo : ayant en mémoire que pas ne lui Haut faire telles défenses, et qu'il sait bien que ees choses ne viennent pas de la certaine volonté du roi, et que le roi l'aime et lui veut du bien, et le désire, et de-> mande souvent de sa venue; mais ces fbux traîtres couvertement font ces instructions et défenses; et aussi, vu que les ennemis de ce royaume y sont naguère descendus, il n'est pas maintenant heure d'obéir é telles défenses ; mais ainçds tous les hommes loyaux se doivent employer à la défension de ce royaume. Et supposé que les ennemis Jà n'y descendissent, si ne voudroil pas souffrir le duo de Bourgogne que les fSsux traîtres demeurassent en telle gouverne.

> lum. et en tant qu'il touche que si le duc de Bourgogne et autres de sa compagnie disoient que ceux qui gouvernent le roi leur ont fait et font de jour en Jour maints grands duretés et choses qu'il ne pourroient souffrir, et autres choses, si n'étoit-ce pas chose raison* nable ni suffisante pour ainsi détruire le royau« me, ni par quoi le dit duc eût dû favoriser ou donner confort ou aucune aide aux Anglois : répond le dit duc de Bourgogne que ce qui est ci-dessus dit, et moult d'autres choses innumérables qui seroient moult longues à réciter, est tout notoire que les gouverneurs, c'est à savoir messire Henri de Marie, l'évéque de Paris, messire Tanneguy du Oifttel, messire Burel de Dammartin , mattre Etienne de Manregard, maître Philippe de Corbie et fivhmeurs autres ont été principaux promoteurs «t conduiseurs des dites iniquités, & la perturbation de paix qui est en ce royaume, et d'autres grands excès et crimes qui ci-après seront déclarés. Et pour tant le dit duc de Bourgogne s'est mis en armes, non pas pour détruire le royaume ou pour favoriser les Anglois , mais il est en armes pour enchâsser et dâwuter les dits gouverneurs de toute leur gouverne , et d'être entour le roi ; et ne cessera, tant qu'il

aura la vie au corps. Jusqu'à tant quil sera parvenu à sa bonne intention; car ils ne sont pas tels hommes qu'ils doivent avoir telle au» torité ; ni pas ne leur est dû pour lignage , science, loyauté, expérience ou autre bonté; mais est une grande ordure et dérision que par gens de si petit fait et condition la puissance des Anglois soit déboutée et enchâssée. Et à ce doivent bien avoir regard les seigneurs et les nobles de ce royaume et tous autres priKl'hommes de souffrir telle bèterie et or-» dore , de se laisser ainsi détruire , suppéditer et déshonorer par tels gens , qui rien ne savent et qui rien ne peuvent ni ne valent ; car chacun communément voit qu'ils n'ont de puissance, d'autorité et de seigneurie, fors ce qu'ils entreprennent de faire et que ils se donnent de gloire ; et ils conduisent et ont conduit les choses dessus dites par grands oroautés, tyrannies et humanités ; lesquelles ils ont toujours faites et font de Jour en Jour aux bons, vrais et loyaux sqjets du roi, sous ombre de faire et maintenir Justice.

» Item, en tant qu'il touche que le roi, é la requête du comte de Hainant, A qui Ueu par* doint! a autrefois octroyé, pour le bien de paix, au duo de Bourgogne et A tous ceux qui l'ont servi, moult de grosses choses, et qui bien lui doivent plaire, mais que le duc ne voulut pas excepter et n'en fit compte : répond le duc que pour le bien de paix et union de ce royaume, qu'il a toujours désirés et désire de tout son cœur, il se transporta devers monseigneur le dauphin derrain trépassé et monseigneur de Hainaut, auxquels Dieu fosse bonne merci ! et après moult de paroles dites sur le fait de la paix, le duc de Bourgogne leur bailla une cédule contenant la volonté finale qu'il avoit sur icelle paix, en l'offrant i tous qui la voudroieut avecque lui , excepté le roi Louis, naguère mort, pour aucuns intérêts qu'il avoit contre lui, dont le dauphin et le comte de Hainaut furent moult bien contents ; lesquels , pour la perfection de cette matière de paix, se transportèrent à Compiègne. Et combien qu'en telles choses on doit procéder le {dus hâtivement et diligentement qu'on peut, afin de faire oess^ tout inconvénient de guerre , néanmoins les traîtres d'entour le roi, qui manient les besognes par allées, venues et

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CHRONIQUES DIENfilJERRANn DE MONSTRELET.

voies frauduleuses, ftirent par espace de trws mois ou environ sans de ce prendre aucune conclusion. Toutefois, il est bien vrai que finalement le comte de Hainaut alla à Paris , et moyennant la reine procura devers les traîtres, sur la dite besogne, certain appointement dont assez étoil content ; mais ainçois que l'appointement fût entièrement passé, il s'aperçut secrètement et occultement qu'on devoit prendre lui et la reine et les emprisonner, afin qu'après ils fissent du dauphin leur volonté : pour quoi le comte de Hainaut prit un hfttif conseil de partir couvertement de Paris, et retourna à Compiègne, auquel lieu, assez tôt après sa venue, le dauphin trépassa par fausse et damnable manière. Laquelle chose le duc de Bourgogne déclara par ses lettres dessus dites. Après le décès duquel, le comte de Hainaut se transporta en son pays de Hainaut , auquel lieu lui fut adressé la réponse de la dite paix, dont il ftat très mal content, disant qu'après le décès du dauphin les traîtres ont changé et mué ce qui par avant avoit été octroyé et passé; et envoya icelle réponse au duc de Bourgogne. Laquelle réponse, vue par le duc Jean, à très grande et mûre délibération de conseil , il trouva qu'elle étoil moult mal gracieuse au regard du bien du roi et de son royaume et du duc de Bourgogne. Et pour ce le duc ne fut pas bien content, et n'en fit compte ; mais fut mu de faire et d'envoyer en plusieurs lieux de ce royaume les dites lettrespatentes, contenant la désolation du royaume et sa bonne volonté et intention. Lesquelles lettres présenta en sa personne an comte de Hainaut, icelui comte étant malade, de laquelle maladie il mourut. Lequel en son bon sens et entendement ouït la lecture des lettres et les reçut agréablement pour faire publier en son pays , et dit que le duc de Bourgogne faisoit bien, car les traîtres d'entour le roi étoient pires que nul ne pourroit dire ni imaginer, en offrant au duc de Bourgogne son service de corps et de gens , si Dieu lui donnoit grâce de relever de sa maladie. Et si son corps, pour l'enfirmeté, demeuroit empêché, il lui offk-it ses sujets, amis et bienveillants, et sa finance. Et lors Jura un très grand serment que s'il ne se tût l'autre Jour hâtivement parti de Paris, que les traîtres avoient conclu de prendre la

reine et lui-même, conune tantôt bien notoirement apparut en tant qu'il touche la reine ; car ils prirent et empoignèrent et emportèrent tous ses biens au déshonneur du r<H, d'elle et de toute leur génération. U est vrai aussi que quand le duc de Bourgogne étoit à Lagny, le duc de Bretagne fht en grand péril à Paris ; et convint qu'il s'en partit, pource qu'il procuroit la paix du royaume. En outre, dit le comte de Hainaut, en jurant comme dessus, que certainement il tenoit que si les Angloîs étoient à un lez des portes de Paris, et le doc de Bourgogne fût à l'autre lez à une des portes, ils lairroient ainçois entrer les Anglois que le duc de Bourgogne. Et toutes les choses dessus dkes dit le comte de Hainaut en la présence de madame de Hainaut, monseigneur de Charolois , monseigneur de Saint-Pol, le trésorier de Hainaut, Jean Bâtard, maître Eustache de Laictre, monseigneur de Champ-Divers et plusieurs autres.

» Aussi, il y a bien apparu qu'ils n'ont nuUe volonté de bien faire ; car nouvellement ils ont fait ardoir les lettres-patentes du duc de Bourgogne en le palais à Paris , par lesquelles le duc de Bourgogne offt-oit paix à tous ceux qui avec lui la vouloient avoir, comme ci-dessus est touché , laquelle chose leur fût et est une pauvre vengeance et grand' foibiesse de coeur d'eux cuider venger d'ardoir un peu de parchemin.

» Item et flnablement, afin que chacun sache la volonté et intention du duc de Bourgogne , il fait savoir à tous , et signifie qu'il persévérera en son bon propos, et ne le délaissera jusqu'à ce qu'il aura eu grand conseil avec le roi et lui aura fait démontrer au long les iniquités, tyrannies, cruautés et inhumanités cidessus déclarées , la désolation du royaume et les manières qu'il convient tenir pour la réparation d'icelles, tellement et tant que le roi et tous les bons loyaux pnid' hommes de son royaume en devront être contents. Et combien que le duc de Bourgogne, par ses lettrespatentes, ait offert paix à tous, comme dit est, et que ceux d'entour le roi ne l'aient pas reçu & ce , mais aient persévéré en leur rigueur, néanmoins le duc de Bourgogne veuillant , en cette partie, laisser toute rigueur et vengeance pour le bien du royaume, qui tant a besoin de

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