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UVRË PREMIER.
CHAPITKE GXGIV.
Comment lei urdimux dtlnin et de Saint-Marc Tinrent en France pour apaiaer les lelgneurs ; et de la paix qui fut inilée à Honlereau, et non tenue.
Eo ces propres jours, le duc de Bourgogne étant en son pays de Bourgogne, vinrent devers lui les cardinaux d'Ursin et de Saint-Marc , envoyés de par notre saint père le pape en ' France pour apaiser la dissension qui étoit entre le roi et son fils d'une part , et la reine et le iduc de Bourgogne d'autre part. Auiquds cardinaux le dit duc fit grand' révérence et les festoya grandement. Et après que le dit duc leur eut dit et remontré qu'il étoit prêt de faire paix A tous ceux qui la vouloient, et pour cette cause il avoit envoyé ses ambassadeurs &Braysur-Seine, devers les gens du roi, pour traiter de paix, ils se départirent du pays de Bourgogne, et par Troyes allèrent au dit lieu de Bray-snr-Seine et de Montereau, où ils furent des ambassadeurs, tant d'un côté comme d'autre , très Joyeusement reçus et bonorés ; et de là le cardinal de Saint-Marc alla à Paris. Auquel lieu, en la présence du roi, de son conseil et du connétable , il proposa l'état de son ambassade et le bien qui pouvcHt venir par le moyen de la paix. Et après qu'il eut été dedans Paris grandement honoré par les seigneurs dessus dits, il s'en retourna au dit lieu de Montereau devers les dits ambassadeurs. Auquel lieu il demeura lui et le cardinal d'Ursin durant la dite ambassade; et alloient chacun jour avec les dits ambassadeurs au moûtier de la Tombe, là où les parties convenoient ^semble, et tant y continuèrent qu'ils furent d'accord. Et fut la paix faite et jurée par les dits ambassadeurs , présents les deux cardinaux dessus dits, par condition que chacune des parties reporteroit par écrit devers ses souverains le traité tel comme ils l'avoient ialt ; et s'il ne leur étoit agréable, chacune des parties demeureroit en tel état comme devant , sans avoir paix ni trêves. Et ainsi s'en retournèrent les uns à Paris devers le roi et le connétable, et les autres à Troyes devers la reine et le conseil du duc de Bourgogne.
Lequel traité dessus dit montré à elle et à son conseil, l'eut très bien pour agréable. Et tantôt fut envoyé en Bourgogne devers le dit
duc pour le visiter et savoir s'il en étoit content; sur lequel, en la présence de son conseil, fit réponse qu'il le tenoit pour bon, sans y rien excepter, et que volontiers il jureroit et feroit jurer ceux de sa partie de l'entretenir. Et pareillement les ambassadeurs du roi et du connélable , retournés à Paris , montrècent la copie du traité qu'ils avoient fait au roi , au dauphin et à aucuns notables de leur conseil et de ceux de la ville. Lesquels , après qu'ils l'eurent vu et oui , furent assez contents que le roi le scellât. Mais quand il fut montré au comte d'Armagnac , connétable , au chancelier, au prévôt de Paris et à Remonet de La Guerre, ils l'eurent du tout pour désagréable , et dirent tout pleinement que jà ne seroient en lieu où le roi l'accordât tel qu'il étoit ; et même dit le chancelier que le roi le scellât s'il lui plaisoit, et que j à il ne le scelleroit.
Pour lesquelles réponses l'évêque de Paris, plusieurs notables bourgeois de la ville et autres du conseil du roi et du dauphin, ayant grand désir d'avoir paix, furent pour les dites réponses moult émerveillés, et pour tant conseillèrent au dauphin qu'il ttnt au Louvre un conseil pour la dite paix , lequel il tint; mais oncques le dit connétable n'y voidut aller, et dit que ceux qui conseilloient telle paix étoient traîtres. Finablement , par le moyen des contradictions dessus dites, tout fut rompu; et demeurèrent les parties dessus dites en tel état comme devant , sans avoir trêves ni paix ensemble; pour quoi plusieurs Parisiens et autres du conseil du roi conçurent grand' haine contre icelui connétable. Néanmoins il envoya ses gens devant les forteresses de Mont-le- Héry et de Marcoussy, que tenoient les gens du duc de Bourgogne, qui firent contraints de les rendre et délivrer en la main du dit connétable , lequel y mit garnison de &es gens au nom du roi.