‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 305 sur 761 · CHAPITRE CXCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCVI

Comment la ville de P«ri< tut priM par lei gent dn due de Bourgogne, et se lournérenl lea Pariiiena de ce câtc; et ce qu'il en advint i cette cauie.

Vous avez bien oui ci-dessus recorder «omment les Parisiens n'étoient pas bien contents du comte d'Armagnac, connétable de France , ni des autres gouverneurs du roi, pource principalement qu'ils n'avoient pas voulu entretenir le traité dernièrement fait avec le duc de Bourgogne , comme ci-dessus est plus à plein déclaré. Lequel duc et sa puissance moult doutoient iceux Parisiens, et véoient bien que s'il n'étoit réconcilié avec le dit roi et le dauphin , ils demeureroient longuement en la tribulation oili ils étoient. Et aussi en y avoit grand' partie qui fort l'aimoient et désiroient qu'il eût le gouvernement , mais bonnement n'y savoient comment pourvoir; car moult étoient de près gardés et ne s'osoient ou poovoient mettre ensemble pour communicatitm l'un avec l'autre , parce que les gouverneurs dessus dits étoient toujours fort fournis de gens d'armes prêts pour les punir tantôt qu'ils les verraient faire aucune apparence de rébellion.

Néanmoins y eut aucuns jeunes compagnons de moyen état et de légères volontés , qui autrefois avoient été punis pour leurs démérites, lesquels s'aventurèrent d'aller parler secrètement au seigneur de Ille-Adam, qui se tenoit & Pontoise en garnison. Desquels compagnons étoient les principaux un nommé Perrinet Le Qerc, ffis de Jean Le Qerc, Perron, Jean Thiebert, fils de Michel Thiebert, boncher, Perrin, Bourdechon et autres, jusqu'à six ou sept ; et tant traitèrent avecque lui qu'il leur promit d'assembler gens de guerre au plus grand nombre que faire le pourroit et les m»ner le vingt -neuvième Jour de. mai ensuivant devant la porte de Sainl-Germain-des-Prés, pour entrer dedans Paris ; laquelle porte lui promirent délivrer et ouvrir, et sur ce partirent. Et le dit seigneur de l'He-Adam , le plus secrètement qu'il put , assembla jusqu'à huit cents combattants ou environ , entre lesquels étoient Le Veau de Bar, bailli d'Auxois, le sei»

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gneur de Chaslellas, le seigneur de Chevreuse, Ferry de Mailly, Louis de Wargnies, Lyonnet de Bournontille , Daviod de Gouy, Jusqu'au nombre dessus dit , lesquels il conduisit au jour et lieu dessus dit , où ils trouvèrent lé dit Perrinet Le Clerc, lequel avoit emblé à son père , dessous son cbevet , les clefs de la dite porte Saint-Germain, qu'il gardoit ; et avecque lui étoient les compagnons dessus dits. Si fut icelle porte ouverte, ainsi que promis l'avoient; et adonc issirent les aucuns dehors et parlèrent à icelui seigneur de l'Ile-Adam et autres , disant qu'ils entrassent sûrement dedans et qu'ils le conduiroient par toute la ville. Lesquels seigneurs avecque leurs gens tous armés comme s'ils dussent entrer en bataille , sur le rapport des dessus dits , se boutèrent dedans tout achevai, moult doutablement; et pouvoit être environ deux heures après minuit. Et lors icelui Perrinet Le Clerc , après qu'ils furent ens , referma la porte à la clef; et après , voyant eux tous , les jeta par-dessus la muraille ; et puis commencèrent à cheminer tout eoyement à cheval jusqu'assez près du Gbfttelet, auquel lieu ils trouvèrent environ quatre cents combattants des dits Parisiens tous prêts pour aller avecque eux.

Et adonc conclurent d'un commun accord d'aller assainir plusieurs hôtels des gouverneurs du royaume et ordonnèrent deux parties qui allèrent par diverses rues, criant à haute voix et disant outre que ceux qui vouloîent la paix allassent en armes avecque eux. Auquel cri furent tantôt grand' multitude de peuple, atout lesquels s'en allèrent, comme dit est, envahir et assaillir plusieurs hôtels par ordonnance ; dont l'une des parties allèrent & l'hôtel du roi , à Saint-Pol , où ils rompirent les portes et les buis, et flrent tant qu'ils parlèrent au roi, lequel fut content de teur accoiv der tout ce qu'Us demandoient. Et tantôt le firent monter à cheval et le frère du roi de Chypre avecque lui, et chevaucher avecque eux parmi la ville de Paris ; et les autres allèrent à l'hôtel du connétable pour le prendre ; mais il étoit jà averti et ètoit sauvé en habit dëconnu en la maison d'un pauvre homme, assez près de son hôtel , et aucuns autres à l'hôtel do chancelier et de Remonet de La Guerre, lesquels furent pris.

Et adonc Tannegny du Gh&tel , prévôt de Paris , oyant cet effroi , incontinent s'enfuit à l'hôtel du dauphin, lequel, enveloppé d'un linceul tant seulement, il porta dedans la bastille Saint-Anloine. Avecque lequel se retrahirent tantôt plusieurs de leurs gens , qui ouïrent la criée parmi la ville de Paris.

En outre , toute celle nuit , le premier et second jour, les seigneurs dessus dits, avecque leurs gens et infini peuple de Paris avecque eux , fustèrent plusieurs maisons des gouverneurs dessus dits et de leurs favorisants ; lesquels ils dévêtirent de tous biens et prirent prisonniers sans nombre , et les menèrent au Palais, au Louvre , en Châtelet et plusieurs autres lieux. Entre lesquels furent pris les évoques de Senlis, de Bayeux , de Coutances, messire Hector de Chartres , messire Enguerrand de Martinet et autres sans nombre.

Le sire de l'He-Adam alla en cette nuit à l'hôtel de Bourbon , où il trouva Charles de Bourbon , âgé de quinze ans ou environ ; auquel , après qu'il l'eut éveillé , lui demanda quel parti il vouloit tenir, et il répondit : « Tel » parti que monseigneur le roi. » Et adonc le dit de rne-Adam le fit lever, et puis le mena devers le roi, avec lequel il se tint.

Et cette tribulation durant, grand' partie des gens d'armes du dit connétable et de messire Tanneguy, comme dit est, se sauvèrent en la bastiUe Saint-Antoine, et avec eux Jean Louvet, président de Provence, mattre Robert Masson et moult d'autres gens de grand état.

Pareillement furent pris les cardinaux de Bar et de Saint-Marc, l'archevêque de Rheims et tous leurs chevaux ; mais , par la prière de l'évêque de Paris, et pource qu'ils avoient conseillé la paix, ils furent mis au délivre, et il leur fut rendu toutes leurs bagues.

Le lundi , environ huit heures, fiit , de par le roi , au son de la trompette , Tanneguy du Chfttel démis de la prévôté de Paris, et en son lieu y fût constitué Le Veau de Bar, bailli d'Auxois. Et à bref comprendre, tous les couseillers du roi , de la chambre du parlement , des requêtes et autres bourgeois de Paris de nom tenants la partie du comte d'Armagnac, furent pillés, pris ou occis cruellement. Et avec ce fut crié de par le roi , de carrefour en carrefour, au son de la trompette , sur confis-

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

cation de corps et de biens , que tout honnne et femme qui savoient aucun tenant la partie du comte d'Armagnac , mucé ou repos en aucun lieu , le nonç&t au dessus dit prévôt de Paris ou à aucuns des capitaines.

. Pour quoi, assez tôt après, le pauvre homme en laquelle maison éloit le comte d'Armagnac l'alla noncer au dit prévôt, lequel sans délai y alla, et lo trouva ainsi comme il lui avoit dit, et le fit monter sur son propre cheval derrière lui, et le mena au palais avecque les autres qui ëtoient prisonniers. En après Iss choses dessus dites, roessire Tanneguy du Chàlel, le plus habilement qu'il put, envoya par le pont de Charenton, à Corbeil, à Melun, et de 1& à Monlargis, Charles, duc de Touraine, dauphin. M tantôt manda par tout son parti gens d'armes qui vinssent devers lui à la bastille Saint-Antoine à Paris. £t en pareil cas, le sire de l'Ue- Adam et les autres grands seigneurs mandèrent par tout le parti du duc de Bourgogne, jusqu'en Picardie , gens d'armes à venir sans délai à Paris, lesquels dedans brefs Jours ensuivant y vinrent en grand' multitude.

Or est ainsi que le mercredi ensuivant la dite prise de Paris , du matin , le maréchal de Rieux , le sire de Barbasan et Tanneguy du Ch&tel atout seize cents combattants, gens d'élite, entrèrent dedans Paris par la porte Saint- Antoine, en intention de subjuguer et recon> querre la dite ville de Paris } etl'une des parties alla à l'hôtel du roi , à Saint>Pol , par derrière , le cuidant trouver, pour le prendre et l'em^ mener avecque eux.

Mais le jour de devant on l'avoit mené, et tout son état , demeurer dedans le chfttel du Louvre; et les autres à étendard déployé chevauchèrent très fort tous ensemble , jusque devant l'hôtel à l'Ours, criant hautement : M Vive le roi et le dauphin, et le connétable, » comte d'Armagnac I » Auquel cri soudainement s'assemblèrent les Parisiens en grand nombre, armés, avec le nouvel prévôt de Paris, le sire de l'Ile-Adam et tous les gens d'armes étant dans Paris , et vinrent vigoureusement et de toutes parts combattre les dessus dits. Auquel lieu y eut très ftpre bataille; mais en la fin, par la grand' multitude des dits Parisiens, qui venoient de toutes parts , il fallut que le éxl maréchal de Rieux et ses gens sq

relrahissent vers la dite bastille, non passons perte, car il en demeura de morts en la place de trois à quatre cents de ses meilleurs gens. £1 des dits Parisiens et de ceux de leur parti y en mourut environ quarante hommes , entre lesquels y mourut un gentilhomme nommé Harpin de Goy, qui étoit au sire de l'Ile-Adam. Eo après, Barbasan et Tanneguy du Chfitel, voyant leur perte de plus en plus se multiplier, mirent certain nombre de gens dedans la dite bastille; et après s'en allèrent, les uns à Meaux en Brie, les autres à Corbeil , à Melun et es autres lieux jt eux obéissants.

Le jeudi ensuivant, Hector et Philippe de Saveuse atout deux cents combattants arrivèrent dedans Paris, dont les seigneurs furent moult joyeux , et les logèrent aux TourneUes et autres hôtels devant la bastille Saint - Antoine, où étoient encore les gens du comte d'Armagnac.

Le vendredi, samedi, dimanche et huit jours ensuivant, vinrent au dit lieu de Paris la plus grand' partie des capitaines de Picardie atout leurs gens d'armes , c'est i savoir messire Jean de Luxembourg, le sire de Fosseux et ses frères, messire Jannet de Poix, le sire de Cohen et moult d'autres , espérant qu'au dit lieu de Paris trouveroient bon gagnage j mais la plus grand' partie trouvèrent le contraire de ce qu'ils avoient empensé , et fallut qu'ils payassent leurs dépens.

En outre, les dessus dits morts de la partie du dit connétable furent par le bourrel de Paris sur une charrette menés hors de la ville et enfouis aux champs, et les autres du dit parti des dits Parisiens furent notablement ensevelis et mis en terre sainte.

Et adonc, par toute la yille de Paris, on portoit communément l'enseigne du due de Bourgogne , c'est à savoir la croix Saint-Andrieu, laquelle par grand' espace avoit été fort déboutée dedans la dite ville.

Le samedi ensuivant, ceux de la bsf tille, voyant qu'Us perdoient leurs temps de la tenir, firent traité au sire de l'Ile-Adam et autres seigneurs étant à Paris , par si qu'ils s'en iraient saufs leurs corps et leurs biens, en rendant la dite bastille : et sur ce leur fut bailli sauf-conduit , et se départirent comme dit est. A laquelle bastille fut «ootinis à être capitaine,

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