‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 317 sur 761 · CHAPITRE CCYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCYII

Comment let mesugera Turent envoyéa de Rouen devers le roi pour avoir secours; de l'ambassade envojie devers le roi Henri, et plusieurs antre* matière*.

En ces propres jours fut envoyé devers le roi et son conseil, & Paris, un prêtre assex ftgé , de bon entendement , par les assiégés de Rouen. Lequel venu à Paris, fit proposer par un docteur augustin nommé Eustache de P«r ville ,. devant le roi et son grand-conseil, l'état et la tribulation des dits assiégés ; et prit icelui proposant son thème en disant : Domine, quid faeiemuif lequel il proposa moult sagement et autbentiquement. Et après qu'il eut fine sa dite proposition , icelui prêtre dit au roi : « Très excellent prince et seigneur, il m'est » enjoint de par les habitants de la ville de

UVR£ PREMIER.

■> Rouen à crier contre vous , et aassi contre » tous , sire de Bourgogne , qui avez ie gou- » vemement du roi et de son royaume, le grand » haro, lequel signifie l'oppression qu'ils ont » des Anglois ; et tous mandent et font savoir » par moi que si par faute de votre secours » il convient qu'ils soient sujets an roi d'An- » gleterre , vous n'aurez en tout le monde pi- » res ennemis d'eux , et s'ils peuvent, ils dé- » trairont vous et votre génération. »

Telles et semblables paroles remontra moult bien le dit prêtre au roi et à son conseil ; et après qu'on lui eut fait grande réception et aussi que le duc de Bourgogne lui eut promis d'y pourvoir au plus bref que faire le pourroit, il s'en retourna au mieux qu'il put, portant les nouvelles dessus dites aux dits assiégés.

Et bref ensuivant, le roi de France et le duc de Bourgogne envoyèrent leurs ambassadeurs au Pottt^e-r Arche pour traiter au roi d'Angleterre de la paix du roi de France et de lui, et alla avec les dits ambassadeurs pour moyenner le cardinal d'Ursin; en laquelle ambassade étoient pour le roi de France l'évêque de Beauvais, maître Philippe de Morvilliers, premier président, maître Régnant de FoUe ville, chevalier, messire Guillaume de Champ-Divers , maître Thierry-Leroi et aucuns autres. A rencontre desquels vinrent de par le roi d'Angleterre au dit lieu du Pontrde-l'Arche le comte de Warvick, le chancelier d'Angleterre, l'ardievèque de Cantorbie et autres du conseil du roi anglois ; et dura cette ambassade environ quinze Jours , dedans lequel temps le dit cardinal alla devers le roi d'Angleterre ft son siège devant Rouen ; duquel et des autres princes il fut très honorablement reçu; et avoient porté les dits ambassadeurs du roi de France la figure de Catherine, fllle du roi, laquelle fut présentée au roi d'Angleterre et lui plut moult bien. Toutefois , pource qu'il fit demandes extraordinaires, c'est à savoir qu'on lui donnftt avec la fllle du roi cent mille écus d'or, la duché de Normandie, dont il avoit conquête une partie, la duché d'Aquitaine, la comté de Ponthieu et autres seigneuries, sans ressort tenir du roi de France, rien ne se put concorder. Et aussi les dits ambassadeurs du dit roi anglois firent réponse que le roi de

France n'étoit pas en' état pour quoi on pût traiter avec eux ; car le dauphin, son fils, n'étoit pas encore roi, et au duc de Bourgogne n'appartenoit pas de traiter des héritages du roi de France.

Après lesquelles choses ouïes, le dît cardinal et les dits ambassadeurs s'en retournèrent devers le roi de France , la reine et le duc de Bourgogne, qui nouvellement de Paris étoient venus à Pontoise, et leur racontèrent l'état et la manière, de leur dite ambassade. Et dedans bref temps ensuivant, s'en retourna le cardinal d'Ursin en Avignon devers le pape Martin, pource qu'il sentoit et apercevoit assez bien que rien ne pouvoit faire ni concorder entre les trois parties dessus dites.

Et adonc ceux de la cité de Rouen , qui savoient assez bien la rompture et la brisure de l'ambassade d'entre les deux rois de France et d'Angleterre, voyant que le secours mettoit trop longuement à venir, prirent ensemble conclusion de saillir dehors à puissance , et combattre un des sièges du roi d'Angleterre , et puis de là aller quérir les dits secours. Si se trouvèrent bien dix mille combattants , et la ville fut gardée ; et fut ordonné que chacun tùi garni de vivres pour deux jours. Et quand tout fut prêt pour accomplir leur entreprise , et que déjà en avoit sailli bien deux mille sur le logis du dit roi, où ils avoient fait grand dommage, et ainsi que les autres les dévoient suivre par la porte devers le chàtel et commençoient à issir, il leur advint que secrètement et par mauvaiseté on avait scié les estaches qui soutehoient le pont. Pour quoi , tantôt qu'ils commencèrent à monter sus , rompit et churent plusieurs es fossés, desquels une partie furent morts et les autres blessés, dont ils furent fort émerveillés. Et tantôt se retrahi-» rent à une autre porte pour secourir et aider à leurs gens. Si les firent retraire et rentrer dedans la ville ; mais, devant qu'ils les pus> sent ravoir, perdirent plusieurs gens ; et d'au* tre part avoient fiiit grand dommage à leurs adversaires.

Après laquelle besogne on commença fort &

murmurer contre l'honneur de messire Guy

Le Boutillier, et fut mècru d'avoir fait scier le

pont dessus dit.

Et tantôt après celte besogne , trépassa La-

CHRONIQUES D'ËNÇUERRÀiND DE MONSTRELET.

gben, bftlard d'Arly, de maladie qui lui survint ; pour la morl duquel ceux de la coni' munaulé furent fort dëconfortés; ur, comme dit est ailleurs, ils se fioient plus en lui qu'en nul des autres capitaines.

Auquel temps messire Jean de Luxembourg prit à mariage Jeanne de Béthune, fille et héritière du vicomte de Meaux, laquelle par avant avoit eu épousé Koberl de Bar, comte de Marie et de Soissons, et avoit une petite fille de l'Age de deux ans ou environ, héritière des dessus dites comtés , lequel mariage fut traité en partie en la faveur du duc Jeao de Bourgogne et de son fils le comte de Cbarolois ; et par ainsi le dessus dit duc de Luxembourg à cette cause eut de grands seigneuries en gou* vernement} et dedans un an ensuivant eut de la dame dessus dite un fils, lequel fUt mort Jeune , et aussi le dit duc de Bourgogne lui rendit plusieurs seigneuries, c'est i savoir Dunkerque, Yarveston et autres , lesquelles il tenoit en sa main comme confisquées, pource que le dit messire Robert de Bar, en son vivant, tenoit parti contraire à lui.

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