CHAPITRE CCXXII
Copie des leltrKi rnTOyét» par le dauphin en plusieurs bonnet villes du roytume, apris II mort du duc Jean de Boargognc.
Le lundi onzième jour de septembre , après ce que le duc de Touraine , dauphin , eut tenu dedans la ville de Montereau grand conseil sur ses affaires, afin qu'il ne fût noté d'avoir rompu la dite paix et aussi qu'on ne le tentt pour parjure , fit écrire plusieurs lettres , lesquelles il envoya à Paris , Rheims , Châlons et autres bonnes villes du royaume , desquelles la copie de celles qui furent envoyées à Paris s'ensuit :
u Chers et bien aimés, nous tenons qu'assez avez eu la connoissance comment naguère nous convînmes avec le duc de Bourgogne au lieu de Pouilly, après ce que nous loi eûmes accordé toutes les choses qu'il nous requit en faveur du bien de la paix, et pour eschever la perdition de la seigneurie de monseigneur et de nous , et qu'entre les autres choses il nous promit, par la foi et serment de son corps, dedans un mois faire guerre aux Ânglois , anciens ennemis de monseigneur et de nous, et en ce faisant il eût été accordé par entre nous deux d'ensemble convenir derechef à besogner et pourvoir aux besognes de ce royaume et contre les ennemis dessus dits; pour laquelle
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cause nous vtnmes en cette ville de Montereau, et en iceUe attendîmes dix-huit jours la venue du dit duc de Bourgogne , auquel fîmes bailler le ch&tel de cette ville de Montereau, en nous délogeant d'icelui.
» Et après ce que nous convînmes avec lui en la manière qu'il demanda, nous lui remontrâmes amiablement comment , nonobstant la dite paix et ses dites promesses , il ne faisoit ni avoit fait aucune guerre aux dits Anglois, et avec ce n'avoit fait issir les garnisons qu'il tenoit , comme il avoit été traité et promis par le dit de Bourgogne ; desquelles choses nous le requîmes. Lequel de Bourgogne nous répondit plusieurs folles paroles, et chercha son épée à nous envahir et villener en notre per- .sonne. Laquelle, comme après nous avons su, il contendoit à prétendre et mettre en sa sujétion. De laquelle chose, par divine piUé et par la bonté et aide de nos loyaux serviteurs , nous avons été préservés; et il, par sa folie, mourut en la place.
» Les choses dessus dites nous vous signifions, comme à ceux qui auront grand' joie , comme nous sommes certains qu'en telle manière de tel péril nous avons été préservé. Et vous prions et néanmoins vous mandons sur toute bonne loyauté que toujours avez eue à mon dit seigneur et à nous que, pour quelque chose qu'il advienne , vous ne laissiez que ne fassiez bonne résistance aux dits ennemis de monseigneur et de nous, et vous prépariez à faire toute guerre. Et soyez certains que nous vous secourrons et aiderons et conforterons avec toute notre puissance , laquelle , par la grâce de Dieu, est bonne et grande. Et voulons que toutes choses advenues soient pardonnées, et que pour iceUes à nul ne soit fait dommage ou déplaisance ; mais l'abolition faite par mon dit seigneur nous garderons de point en point, et la dite paix. Et ce vous promettons en bonne foi et en paroles de fils de roi.
» Et sur ce envoyons nos lettres-patentes au prévôt des marchands , des échevins et bourgeois de Paris, à icelles signifier à vous et aux autres, et à publier où il appartiendra : et de ce donnerons telles sûretés comme il voudra ; et entretiendrons an duc de Bourgogne et à ses serviteurs, et à tous autres qui ont tenu son parti paix, commedle fut concordéo et publiée.
sans icelle enfreindre en aucune manière, désirant tenir tous les sujets de mon dit seigneur et les nôtres à résister en bonne paix aux dits ennemis. Et à ce est notre intention à nous employer en notre personne ; et voulons que les choses dessus dites fassiez publier es villes et places autour de vos marches, et que semblablement icelles choses vous assuriez de par nous.
» Chers et bien aimés , Notre-Seigneur vous ait en sa sainte garde.
» Ecrit à Montereau où faut Yonne , le onzième jour de septembre.
» Ainsi signé, Charles Champion. »
Au dos étoit écrit : « A nos très chers et bien aimés les bourgeob , clergé , manants et habitants de Paris. »
Auxquelles lettres , par spécial es villes qui tenoioit le parti du roi et du duc de Bourgogne , ne fut par eux rendue aucune réponse. Et pareillement messire Clignet de Brabant, qui se tenoit à Yitry, écrivit à plusieurs bonnes villes pour les attraire du dauphin ; nuis quand il vit qu'elles ne lui répondirent pas & son plaisir, il commença A leur faire très forte guerre.