‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 342 sur 761 · CHAPITRE CXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVI

Commant le due Philippe de Bourgogne fil bire on lerrice i Stlnt-Viast d'Arras, pour feu le duc Jean ton père; etpluiieon «mres matières «lifant après.

Le treizième jour du dit mois d'octobre, fit le dit duc de Bourgogne faire un service en l'église Saint- Yaast d'Ârras, pour le salut de l'ame du duc Jean son père. Auquel service (tarent les évêques d'Amiens, de Cambrai, de Therouenne, de Tournai et d'Arras, avec plusieurs abbés de Flandre, d'Artois et des pays à l'environ; et étoient en tout vingt-quatre crosses. Et faisoient le deuil avec le dit duc messire Jean de Luxembourg et messire Jacques de Harcourt; et dit la messe l'évèque d'Amiens. Durant laquelle messe prêcha frère Pierre Floure, docteur en théologie, de l'ordre des frères prêcheurs, inquisiteurs de la foi en la province de Kheims. Lequel prêcheur en son dit prêcbement désenhortoit le dit duc tant qu'il pouvoit qu'il ne prenstt vengeance de la mort de son père, en lui remontrant qu'il requit ft justice réparation à lui être faite , disant que si justice n'étoit assez forte, qu'il la devoit aider, et non par sa puissance prendre vengeance, laquelle appartient à Dieu tant seulement; pour lequel propos et désenhortement, aucuns nobles là étant avec le dit duc ne furent pas bien contents du dit prêcheur.

Après lequel service fait, vinrent au dit lieu d'Arras, devers icelui duc, sire Jean de Sens, chevalier, docteur en lois et chancelier de feu le duc Jean, messire Andrieu de Yalinés, maître Jean d'Orles, avocat en parlement, Jean de Chaumesnil, et aucuns autres bourgeois, tous ensemble envoyés de par le comte

de Saint-Pol et les Parisiens devers le dit Philippe, pour savoir ce qu'il avoit volonté de faire. Auxquels, après que joyeusement de lut «t de ceux de son conseil eurent été reçus, fut dit qu'en dedans brefs jours le dit duc feroit traité et alliance avecque le dit roi d'Angleterre, par le consentement du roi de France ; et avecque ce , de toute sa puissance poursuivroit vengeance et réparation de la cruelle mort de son père.

Après lesquelles réponses et autres conclusions prises avec eux, s'en retournèrent à Paris pour reporter les nouvelles et entretenir les Parisiens et autres villes sur les marches de ITle-de-France en bonne obéissance. Et ce fait, le dit duc de Bourgogne rassembla plusieurs notables seigneiu^ des plus fèables de ses pays, tant d'église comme séculiers, avecque lesquels tint plusieurs détroits conseils, pour savoir comment il se avoit à conduire et gouverner selon les grandes affaires qui lui étoient survenues, et par spécial de Qa mort de son père. Si furent de diverses opinions; mais flnablement, selon le conseil de la plus grand' partie, fut conclu et délibéré pour le mieux, par la licence, autorité et congé du roi de France, que il s'alli&t au roi d'Angleterre, comme dit est dessus. Et sur ce furent bref ensuivant envoyés ses ambassadeurs derechef à Rouen devers le dit roi, c'est à savoir l'évèque d'Arras, messire Athis deBrimeu, messire Roland de Hutekerk et aucuns autres. Lesquels là venus atout la charge qu'il savoient, furent bénignement reçus par le roi dessus dit, et aussi par ses princes;,car moult désiroit d'avoir alliance avec le dit duc de Bourgogne, pource qu'il savoit que par ses moyens pourroit avoir dame Catherine, fille du roi de France, mieux que par nul autre, laquelle lui étoit moult agréable. Et pour tant , quand les dits ambassadeurs eurent montré les causes et articles pour quoi ils étoient envoyés, en fut icelui en partie assez content, et leur fit réponse que dedans bref temps il envoieroit ses gens devers leur seigneur et mattre, qui seroient chargés de ce qu'il aurait intention de faire. Après laquelle réponse s'en retournèrent les dessus dits à Arras.

Environ la Saint-Andrieu ensuivant, vinrent les ambassadeurs du dit roi d'Angleterre de-

CHROMQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

vers lo dit duc, au dit lieu d'Airas, c'est à savoir révAque de Roohestre, les comtes de Warwiok et de Kent, avec plusieurs autres «hevaliers et ëcuyers; lequel duo leur fit très honorable réception; et aprte ce, montrèrent «uciuis articles de par le roi, contenant les traités tels qu'il les youloit avoir avecqne Charles, roi de France et le dit duo de Bour> gogne, sur lesquels furent baillés pareillemoit certains autres articles de par le dit duo de Bourgogne, ésquels étoit contenue et déclarée grand' partie de sa volonté.

Finablement, tant envoyèrent les dits roi d'Angleterre et duc de Bourgogne l'un devers l'autre qu'ils vinrent & conoiusion d'avoir bon appointement ensemble, au cas que le roi de France et son conseil en seroient oontents. Lequel roi de France et la reine sa femme, ei, dame Catherine, leur fille, pour lors étant à Troyes en Champagne, étoient gouvemès et conduits de plusieurs qui étoient & la posté et tenant la partie du dit duc de Bourgogne. Sur lesquels traités et appointements ainsi eneommenoés, fut ordonné que les pns des deux partis ne ftruieBt point guerre nullement l'un contre l'autre , c'est A savoir les gens du roi de FnoM et du duc de Bourgogne aux Anglois, ni les Anglois aussi à eux ; et Airent les trèvn derechef reconfirmées. Et si Ail apointé que le dit roi d'Angleterre envoieroil ses ambassadeurs en la compagnie d'icelui duc de Bourgogne, au dit lieu de Troyes en Champagne, devers le roi de France, pour au surplus parconolure des dessus dits appointements ; lequel duo avoit intention d'y aller bref ensuivant.

kptèt lesquelles besognes, et qu'iceux ambassadeurs eurent été grandement (totoyés et moult honorés dedans la ville d'Airres par le duc de Bourgogne et ceux de son conseil, s'en retournèrent à Rouen devers leur roi.

Durant lesquels traités et besognes dessus dites, messire Jacques de Harcoutl se montroit en toutes manières bienveillant de la partie du dessus dit duc de Bourgogne; et étoit des premiers appelé à tous ses plus privés conseils , et aussi lui fbisoit le dit duo grand honneur et révérence, autant qu'à nul autre de sa cour ; et raim<Nt moult cordialement ; car depuis la mort du duo Jean, son père, «voit ftA

serment de le servir en toutes ses afCaires. Lequel messire Jacques, pour ce temps, ftooit grandement réparer, fortifier et pourvoir d« vivres , habillements de guerre et autres choses nécessaires la ville et Ibrteresse du Crotoy, dont il avoit le gouvernement de par le roi.

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