‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 341 sur 761 · CHAPITRE CCXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXV

Comment Philippe, comte <le Cbaroloit, sut la piteuse mort de son père; le conseil qu'il tint sur ses «flaires, et les - trêves qu'il prit aux Anglois, et autres matières.

Or est vrai que Philippe , comte de Gharolois, seul fils et héritier du duc Jean de Bourgogne, étant à Gand , lui furent dites les nouvelles de la pileuse mort de son père. Pour lesquelles il eut au coeur si grand' tristesse et déi^aisir qu'à grand' peine, par aucuns jours, le pouvoient ses gouverneurs réconforter. Et quand madame Michelle de France, sa femme, et sœur du duc de Touraine, dauphin , le sut , elle en fut moult troublée et en grand ennui, doutjBint , entre les autres choses , que son seigneur et mari ne l'eût pour ce moins agréable, et qu'elle ne fût éloignée de son amour plus que par avant n'avoit été ; ce qui pas n'advint , car , en dedans bref terme ensuivant , par les exhortations et amiables remonstralions que lui firent ses dessus dits gouverneurs , il fut très content d'elle , et lui montra aussi grand signe dtamour que par avant avoit fait. Et tôt après tint conseil avec ceux de Gand, de Bruges et d'Ypres ; après lequel , sans le relever, prit possession de la comté de Flandre, et puis s'en alla à Malines, où il eut parlement avec le duc de Brabant, son cousin, Jean de Bavière, son oncle, et la comtesse de Hainaut, sa tante , sur plusieurs de ses affaires ; duquel lieu de Malines s'en retourna à Lille. Et de ce

jour en avant se nomma duc de Bourgogne en ses lettres , prenant tous les titres qu'avoil le duc Jean , son père.

Et là vinrent h, lui plusieurs grands seigneurs pour lui offrir leurs services ; lesquds par avant avoient été serviteurs de son feu père. Si en retint une partie de son hôtel, et aux autres promit grands biens à faire. Vinrent aussi de Paris vers lui maître Philippe de Morvilliers, premier président en parlement, et plusieurs autres gens notables ; avecque lesquels et ceux de son conseil le dit duc conclut d'écrire aux bonnes villes qui tenoient le parti du roi et le sien certaines lettres contenant que comme ils avoient tenu le parti de son père , ils voulsissent tenir le sien. Si manda à iceux aussi qu'il leur feroit impétrer trêves aux Anglois bien bref, et si leur fit savoir qu'ils envoyassent de leurs gens devers lui à Arras le dix-sepUème jour d'octobre ; et que ceux qui y seroient envoyés eussent puissance d'accorder ce qui par lui leur seroit requis.

Et après, le dit duc de Bourgogne envoya ses andoassadeurs à Rouen, devers le roi d'Angleterre , afin d'impétrer les trêves dessus dites certaine espace de temps pour tous les pays étant en l'obéissance du roi et de lui. Laquelle ambassade firent l'évèque d'Arras, le seigneur de Thoulongeon , messire Guillaume de Champ- Divers, messire GuiUebert de Launoy et aucuns autres ; lesquels impétrèrent et obtinrent les dessus dites trêves, sur l'espérance de plus avant procéder avec les dits Anglois.

Durant lequel temps, les Dauphinois étoient à Compiègne et sur les marches , où ceux tenant la partie de Bourgogne recommencèreol comme devant à mener très forte guerre les uns aux autres. Et d'autre côté, La Hireet Pothon de Sainte-Treille et autres en très grand nombre prirent la ville de Crespy en Laonnois et le châtel de Clarcy ; par le moyen de laquelle prise la ville de Laon, les pays de Laonnois et Yermandois furent tenus en grand' sujétion. Et entre-temps, le dix-septième jour du mois d'octobre venu, vinrent à Arras devers le doc de Bourgogne messire Jean de Luxembourg et plusieurs autres seigneurs et capitaines avec les commis des bonnes villes , qui avoient été mandés, comme dit est. Lesquels tous ensemble furent requis par le doyen de Liège au

LFVRE PREMIER.

commandemenl do dit duc, très affectueusement , et par spécial aux dits seigneurs et capitaines, que comme ils avoient servi son père ils Youlsissent servir à lui en une expédition laquelle il conlendoit à faire prochainement pour le bien du roi et de tout son royaume. Et pareillement fut requis à ceux des bonnes villes qu'ils promissent de tenir son parti, et lui baillassent confort et aide , si besoin en étoit. Lesquelles requêtes, tant des dits seigneurs et capitaines comme de ceux des dites bonnes villes, lui furent accordées.

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