CHAPITRE CCXXXn
Comment le comte de Conrertm, menire Jean de Luxemtx>urg, aon frère, le wigneur de Croy, etaulrei eapilainn, mirent le (iége devant Alibaudières, el ce qu'il en advint.
Au commencement de cet an, envoya le duc de Bourgogne Pierre de Luxembourg , comte de Conversan et de Briautë , messire Jean de Luxembourg, son frère, et plusieurs de ses capitaines, comme le maréchal de l'Ile-Adam , le vidame d'Amiens, Antoine, seigneur de Croy ; Hector de Saveuse, messire Mauroy de Saint- Léger, le bâtard de Thien et aucuns autres en grand nombre mettre le siège devant le châtel d'Alibaudières , dont par avant est faite mention. Lesquels du dit châtel avoient reforlifié très bien leur boulevert , qui autrefois par le dit messire Jean de Luxembourg et ses gens avoit été pris et mis en feu ; et tant en la dite fortification avoient continué qu'il éloLt plus dèfensable que jamais n'avoit été. Mais néanmoins le dit de Luxembourg venu devant la dite forteresse sans y faire long séjour, fit armer et habiller grand partie de ses gens , lesquels atout échelles et autres habillements de guerre il mena pour assaillir le dit boulevert , le cuidant prendre, comme autrefois avoit fait. Et là très âprement et par longue espace fut le dit assaut continué, tant que les deux par-
UVRE PREMIER
lies corabaltoienl l'une contre l'autre très vaillamment; et étoicnt contre icelui dressées aucunes échelles sur lesquelles combattirent par grand espace et vigueur Hector de Saveuse , Henri de Chauffour et aucuns autres eiperts en armes. Lequel Henri de Chauffour, très renommé en armes, étant sur une des dites échelles , armé de plein barnois , fut Téru d'un fer de lance au vide de son barnois de jambes parmi son jarret, duquel coup il mourut dedans brefs jours ensuivant. Et là les défendeurs combattoient par merveilleuse vertu en défendant leur garde.
Durant lequel assaut messire Jean de Luxembourg, qui étoil au plus prés du ditboulevert, aroit levé sa visière de son bassinet , et regardoit la contenance des dessus dits défendeurs par entre deux chênes ; mais l'un d'iceux défendeurs ce percevant, le férit assez prés de l'oeil d'une lance ferrée ou non ferrée , ne sais pas bien [lequel , duquel coup il fut très durement navré , et en perdit finablement la vue d'icehii œil. Et lors aucuns de ses gens le ramenèrent dedans sa tente pour lui reposer, et assez t6t après son étendard , qui avoit été porté au dit assaut, fui pris parle bout et coupé au plus prés de la lance où il tenoit , dont le dit de Luxembourg, en poursuivant de cournmx en autre, fut très iré. Pour lesquels inconvénients , et aussi pour la grand' résistance des défendeurs , cessa pour cette fois le dit assaut, mais ce ne fut pas qu'il n'y eût plusieurs des assaillants morts et navrés.
En outre , le comte de Gonversan et les autres capitaines se logèrent tout à l'environ de la dite forteresse. Et furent assises contre la porte, tours et murailles d'icelle plusieurs grosses bombardes pour icelui châtel confondre et abattre. Et le dit messire Jean de Luxembourg, pour la grand' douleur de sa blessure à soulager, fut ramené à Troyes en Champagne, où il fut soigneusement visité par notables médecins.
Son frère, le comte de Gonversan dessus dit, demeura principal conducteur d'icelui siège , ell&> par les engins dessus dits , fit tant continuer qn'icelle forteresse fut fort dommagée, et la porte et aucunes tours abattues jusqu'à moitié ou environ. Pour quoi les assiégés comntencèrent à eux ébahir, et requirent d'avoir
parlement avec le dit comte , lequel leur tut accordé. Mais pour celte première fois ne purent être d'accord, par quoi incontinent que ceux qui étoient issus pour traiter furent rentrés, les assiégeants , sans commandement de leur capitaine, en plusieurs lieux commencèrent à eux armer , et vigoureusement et de grand courage atout échelles allèrent pour assaillir la dite forteresse. Et de pleine venue entrèrent dedans deux tours bien soixante hommes d'armes , mais bonnement ne pouvoienl passer plus avant , pour la fortification qu'iceux assiéigés avoient faite. Toutefois le dit assaut dura moult terrible, périlleux et dangereux par l'espace de cinq heures ou environ, et y eut, tant des dits assaillants comme des dits défendants, plusieurs morts et navrés. Et, pour mettre fin , ceux qui étoient entrés dedans les dites tours furent chassés et boutés, dehors par la force et défense d'iceux défendeurs. Et même tirèrent dedans une trompette qui étoit armée en état d'hommes d'armes.
Et le lendemain iceux assiégés, doutant d'à-, voir nouvel assaut , requirent d'avoir traité. Et en conclusion, furent d'accord par con-. dition qu'ils s'en iroient, sauve leur vie tant seulement , excepté aucuns qui emmenèrent chacun un petit cheval et s'en allèrent en lel état à Moymers. Et la forteresse dessus dite fut du tout démolie , arse et abattue , et les biens furent pillés par renforcement des gens d'armes assiégeants, et en prit chacun qui plus tôt y put advenir, en rompant les ordonnances des capitaines, lesquels bref s'en retournèrent à Troyes et es villages à l'environ.