‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 350 sur 761 · CHAPITRE CCXXXni · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXXni

Comment gnnd' partie an gens du duc de Bourgogne retournèrent en leur paji) et de la cbevauchée que firent le seigneur de rile-Adam, maréchal de France, et le seigneur de Croy.

Après que les Picards et autres gens d'armes furent retournés du siège d'Alibaudières à Troyes, comme dit est, prirent bref ensui-. vaut la plus grand' partie congé au duc de. Bourgogne de retourner en leur pays , lequel leur fut accordé. Et se partirent environ trois mille chevaux, desquels étoient les principaux le vidame d'Amiens , Le Borgne de Fosseux , chevalier, Hector de Saveuse, le seigneur d'E»;

CHRONIQUES D'ËNGUERRAND DE MONSTRELRT.

tenboM, le seigneor de Comminei et aucuns antres capitainM, tant de Picardie comme de Flandre , qui tous ensemble chevauchèrent de Troyes en tirant vers Rèlhel. Et nonobstant que les Dauphinois Hissent en grand nombre pour les ruer jus et détrousser, néanmoins par leur diligence eschevèrent leurs aguets et re> tournèrent en leur pays sans avoir aucun empêchement. Après lequel parlement le dit duc de Bourgogne envoya plusieurs des autres capitaines qui éloient demeurés avecque lui an pays d'Auxerrois pour mettre en l'obéissance du roi aucunes forteresses que tenoient les gens du dauphin , qui moult travailloient le pays, c'est & savoir le maréchal de l'Ile-Adam, Antoine, seigneur de Groy, le seigneur de Longueval, messireMauroy de Saint-Léger, Baudo de Noyelle , Robert de Saveuse , [Robert de Brimeu,lel)&tarâ de Thien et aucuns autres atout environ seize cents combattants, lesquels du dit lieu de Troyes chevauchèrent par plusieurs journées jusqu'à une petite ville nom* mée Toussy qui tenoit le parti du dauphin, et y iiepairoit très souvent le seigneur de La Trimouille. Et pour tant les dits capitaines atout éehelles de guerre et antres habUlements vinrent assez près du dit Heu de Toussy, entre le point du jour et soleil !levé ou environ, ayant volonté et espérance d'icelle ville par soudain assaut prendre, ravir, piHer et du tout mettre à leur 8Ï>andon. Et eux venus assez près, se mirent en bataille et s'assemblèrent tous ensemble. Et furent foils nouveaux chevaliers Antoine, seigneur de Croy; Butor, son frère bâtard , Baudo de Noyelle , Lyonnet de Bour^ nonville et aucuns autres par la main du seigneur de l'Ile-Adam , maréchal de France. Et assez tôt après, d'un commun accord, allèrent assaillir la dite ville en plusieurs lienx et dresser échelles contre les murs tout A leur aise sans trouver grand' défense. Toutefois, jà soit ce que les habitants d'icelle ville fussent moult ëbahia de première venue, si reprirent-ils coeur en eux , et commencèrent à eux défendre vigoureusement ! et tant que les assaillants dessus dits se retrahirent hors de leurs fossés , et se logèrent en plusieurs lieux autour de la dite ville.

• Auquel lieu furent par deux ou trois jours taisants faire nouvelles échelles, crocs de fer et

antres habillements de gaerre pour derechef foire nouvel assaut. Et au troisième jour se rassemblèrent atout les habillements dessus dits et allèrent comme devant assaillir très ardemment icelle et dresser plusieurs éehelles contre les murs ; mais les défendeurs en grand' hardiesse résistèrent de grand courage contre les dits assaillants , et de pleine venue en tuèrent et navrèrent plusieurs. Entre lesquels y furent morts un gentilhomme d'armes nommé Ogier de Saint-Tandrille et le capitaine des brigands dessus dits, nommé Tabary, avecque aucuns autres.

Finablement iceux assaillants , comme par avant avoient été, ftirent reboutés dehors les fossés en grand' confusion , et se retrahirent tous en leurs logis , et même demeura le dessus dit dedans les fossés. Et puis fut (mr iceux défendants porté dedans la ville atout son harnois , et lui dénué fut mis en un sareus et enterré en une église. En outre vinrent en cette propre nuit nouvelles au seigneur de l'Ile-Adam, maréchal de France, et aux autres capitaines que leurs ennemis venoient en grand nombre pour les combattre et ruer jus; pour qnoi hâtivement tous ensemble montèrent à cheval et chevauchèrent toute la nuit pour ioeux rencontrer, et le lendemain ouïrent nouvelles de leurs ennemis, Vpii étoient logés è deux lieux près d'Auxerre, dedans nn fort moûtier nommé Etampes -Saint -Germain.

Pour quoi les capitaines dessus dits sachant icelles nouvdies, au plus tdt qu'ils purent allèrent iceux assiéger dedans le moûtier, et mandèrent secours de vivres, ariMétriers et antres choses à eux duisables à Avallon , A Auxerre, lequel secours leur fttt envoyé. Et en conclusion , après que les parties eurent livré l'un A l'autre plusieurs escarmouches, en la fin de dix-huit jours se rendirent iceux assiégeai iceux capitaines , par si qu'ils auroient leurs vies sauves et demeureroient prisonniers tant qu'ils auroient payé finances chacun selon son état. Après lequel traité ainsi fait, fui icelui moûtier, c'est & savoir la fortification, désolée et abattue , et après, les dits capitaines retournèrent à Troyes atout leurs gens devers le duc Philippe de Bourgogne, leur mattre et seigneur.

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