‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 357 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

grand' ii«is89Q0« et environnée tout autour. Et le dit roi de France avec les deux reines dessus dites allèrent tenir leur état à Corbeil ; et rut icelui roi Henri , avec lui ses frères , le rouge duc de Bavière, son serourge, et ses autres princes, logé au côté vers Gfttinois; et le duc Phili]^ de Bourgogne atout ses gens , et le comte de Hauliton avec aucuns autres capitaines anglois furent logés à l'autre côté vers la Brie. Si mirent iceux assiégeants toute leur intention et volonté d'approcher «t combattre leurs adversaires ; et , pour les adommager, firent en plusieurs lieux asseoir leurs engins volants , bombardes , canons et autres instruments et habillements de guerre pour dérompre, confondre et abattre les murs de la ville.

Dedans laquelle étoit principal capitaine le seigneur de Barbasan , noble vassal , expert , subtil et renommé en armes ; et avec lui le seigneur de Préaux, c'est & savoir messire Pierre de Bourbon et un nommé Bourgeois, qui «voient en leur compagnie de six à sept cents combattants ; lesquels , par grand' vigueur, montrèrent à leurs ennemis semblant de grand' tiardiesse , en eux défendant vaillammant contre les entreprises et approchements des dits assiégeants. Toutefois , nonobstant les défenses dessus dites, furent en plusieurs lieux autour de leur ville approchés jusqu'à leurs fossés, tant par mines, taudis i, bouleverts, comme par autres habillements de guerre ; et tant'fut par les dits assiégeants continué que les murs de la ville (tirent fort dcHumagës en plusieurs lieux.

Et d'antre part, du côté où étoit le dit duc de Bourgogne , fut par soudain assaut pris un très fort boulevert, que avoient taH les dits assiégés dehors leurs fossés ; par lequel ils travailloient fort ceux du siège. Et depuis la prise dessus dite fut icelui fortifié par le dit duc de Bourgogne et tenu durant le dit siège, en faisant guet de nuit et de jour.

En outre fut bit un pont par- dessus la rivière de Seine snr bateaux, par lequel les deux osis pouvoient aller l'un avec l'autre pleinement ; et avec ce , fit le roi d'Angleterre clore son ost tout autour de bons fossés et do pieux

' Ifaqvttsès imitons.

attachés sus, afin que de ses ennemis point ne

fût surpris , délaissant en aucuns lieux nécessaires entrées, lesquelles se fermoient à bonnes barrières, et y faisoit-on guet de nuitet de jour. Et pareillement fut fait au côté où étoit bgé le duc de Bourgogne et les autres Anglois. Et en tel état dura le dit siège l'espace de dixhuit semaines , durant lequel hirent faites auicunes escarmouches et saillies par les assiégés, et non pas grandement. Toutefois en icelles furent tués par trait un très vaillant capitaine anglois nommé messire Philippe Lis et un notable gentilhomme du pays de Bourgogoa nommé messire Everard de Vienne, avec plu^ sieurs autres. Et comme les dits assiégeants entendissent curieusement à grever nuit et jour et subjuguer leurs ennemis , en cas pareil les assiégés se défcndoient par grand' vigueur, et tantôt que leurs murs étoient dërompus par les engins de leurs adversaires , les reforlir Soient de queues pleines de terre et de bois, et d'autres besognes à ce compétentes.

En après , du côté du roi d'Angleterre toi faite une mine au-dessous de la ville, laquejlf) fut percée jusqu'assez près des murs ; mais lep assiégés , se doutant, conlreminèrent à l'oppor site d'icelle; et firent si bonne diligence qu'elle fut effondrée , et y eut des deux partis grands poussis de lances. Et adonc , du côté des Anglois, fui faite une barrière dedans la dite mine, en laquelle combaftoient ensemble contre de\x%. Dauphinois le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne , en poussant de lances l'un contre l'autre ; et depuis, en continuant, allèrent plusieurs chevaliers et écuyers combattre à la dite mine. Desquels y furent faits chevaliers, de l'hôtel du dit duc de Bourgogne, Jean de Hor<nes, seigneur de Baussignies; Robert de Mamines et aucuns autres.

Et entre-temps, le dessus dit roi d'Angler terre s'en alloit de fois à autre à Corbeil voir sa femme la reine , avec laquelle étoit la duchesse de Clarence et autres nobles dames du pays d'Angleterre. Et après certaine espace que le dit siège de Melun futrerermé,con)meditest, y fut amené le roi de France, afin que plus sûrement on pût sommer les dits assiégés qu'ils rendissent la ville de Melun au roi de France^ leur naturel et vrai seigneur ; mais ^ ce firent réponse qu'à son élol privé lui fe-

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

roienl ouverture très volontiers sans en rien contredire, disant qu'au roi anglois, ancien ennemi mortel de France, point n'obéiroient. Néanmoins le dessus dit roi de France fut grand espace au dit siège logé en ses tentes , sous le gouvernement de son beau-flls le roi Henri d'Angleterre, non pas en tel état de compagnie et habillements qu'autrefois avoit été vu ; car, au regard du temps passé, étoit peu de chose de le voir à présent.

Et en ce même siège, fit le dit roi amener sa femme la reine , grandement accompagnée de dames et de damoiselles; et y séjournèrent environ un mois , étant logées en une maison qu'avoit fait faire le dit roi d'Angleterre, toute propice emprès ses tentes , qui étoient loin de la ville , afin que des canons ne pussent être travaillées. Et là, devant la tente du dit roi, de nuit sonnoient moult mélodieusement par l'espace d'une heure ou environ , & jour faillant et au point du jour, huit ou dix clairons d'Angleterre et autres divers instruments. Et pour vrai, icelui roi d'Angleterre étoit alors plus grandement accompagné à icelui siège qu'il n'avoit été en nul autre durant son règne , et avec ce de sa personne faisoit merveilleuse diligence pour achever son entreprise.

Et entre-temps que ces besognes se faisoient, Pierre de Luxembourg, comte de Gonversan , retournant du dit siège de Melun , pour aller en sa comté de Brienne , accompagné de soixante hommes ou environ, fut rencontré des Dauphinois, qui se tenoieut à Meaux en Brie , c'est à savoir Pierron de Luppel et aucuns autres ; lesquels , pource qu'ils étoient en trop grand nombre au regard de lui , l'emmenèrent, avecque toute sa gent, au dit lieu de Meaux , où il fut longue espace , jusqu'à tant que le roi d'Angleterre l'assiégea, comme vous orrez ci-après.

En après , en ces propres jours, la reine de Sicile, veuve du roi Louis, de bonne mémoire, donna congé à Louis , son Als atné , non pas sans soupirer de cœur, d'aller à Rome, afin que de la main de notre saint père le pape il fût couronné à roi. Et le bailla aux Florentins et aux Genevois sur leur loyauté ; lesquels étoient entrés , atout quinze galées d'armes , au port de Marseille, qui est de la terre de la dite reine. Mais elle retint devers elle en otage , |

pour son fils , huit des plus nobles barons du royaume de Naples etde ses pays environ, qui l'étoient venu quérir de par les cités et bonnes villes , et les plus grands seigneurs du dit royaume. Et ce firent par la haine qu'ils avoient à leur reine , femme de messire Jacques de Bourbon, comte de La Marche : laquelle tenoit son dit mari en prison pour discord qu'elle avoit à lui et à ses gouverneurs ; et ainsi le dit Louis, nageant par mer et galées dessus dites , entra à Romeet reçut solennellement son dit royaume par la main de notre saint père le pape, jft soit ce que pour lors ne fût pas couronné. Et tiil , de ce jour en avant, nommé roi Louis, comme avoit été par avant son feu père.

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